• « Un matin, j'eus une curieuse révélation sur moi-même : Moktir, le seul des protégés de ma femme qui ne m'irritât point, était seul avec moi dans ma chambre. Je me tenais debout auprès du feu, les deux coudes sur la cheminée, devant un livre, et je paraissais absorbé, mais pouvais voir se refléter dans la glace les mouvements de l'enfant à qui je tournais le dos. Une curiosité que je ne m'expliquais pas bien me faisait surveiller ses gestes. Moktir ne se savait pas observé et me croyait plongé dans la lecture. Je le vis s'approcher sans bruit d'une table où Marceline avait posé, près d'un ouvrage, une paire de petits ciseaux, s'en emparer furtivement, et d'un coup les engouffrer dans son burnous. » André Gide (1869-1951), Prix Nobel, est notamment l'auteur de : Les Nourritures terrestres, La Symphonie pastorale, Les Caves du Vatican, Les Faux-Monnayeurs, Si le grain ne meurt, La Porte étroite, Feuillets d'automne, d'essais critiques sous le titre de Prétextes et Nouveaux prétextes et du célèbre Journal.

  • Il y a quelques jours encore, la vie d'Elmir était une vie normale. Le matin, dans le tramway qui l'emmenait au collège, il faisait du troc avec son meilleur ami, Ismène. Ensemble, ils allaient manger les beignets de la vieille Nourrédia. Le soir, il jouait avec Naïa, la fille des voisins. Et puis les attentats ont commencé, et bientôt la ville s'est trouvée prise dans un étau entre la terreur que font régner les « Combattants de l'ombre » , le couvre-feu, les contrôles permanents. Elmir n'a plus le droit d'aller seul au collège. Son père, qui est journaliste à La liberté, est menacé. La bibliothèque où travaillait sa mère a été incendiée. Une nuit, Elmir sort en cachette, prend son vélo et se rend à la bibliothèque. Quelques heures plus tôt, dans la cour noircie, il a repéré un livre qui avait échappé aux flammes: Les aventures du capitaine Hatteras de Jules Verne. Il veut le récupérer pour l'offrir à sa mère, qui est à l'hôpital et qui n'a pas ouvert la bouche depuis l'incendie. Elmir se cache à l'approche d'un voiture. Il voit trois hommes sortir de l'obscurité et faire feu. Il vient d'assister sans le savoir à l'assassinat du rédacteur en chef de La liberté. Et il a reconnu l'un des meurtriers, c'est le frère aîné d'Ismène. Mais le cauchemar est loin d'être terminé. Quelques jours après que son père a accepté de reprendre le poste de rédacteur en chef, Elmir est séquestré toute une nuit par des hommes cagoulés qui veulent obtenir la publication d'une lettre. Dès lors, la vie ressemble définitivement à un enfer. Il faut déménager sans cesse, en abandonnant tout sur place. Il ne faut donner son adresse et son numéro de téléphone à personne. Elmir continue d'aller au collège, mais sous bonne garde. Naïa, dont le père a lui aussi reçu des menaces, va partir pour la France. Elmir se sent seul, il étouffe, pris dans une tempête qui semble ne jamais devoir finir. Pourtant, un jour, le répit viendra pour son père et pour lui grâce à Nourrédia, la marchande de beignets, qui leur trouvera un refuge.

  • Surpris par l'irruption des « révoltes arabes », les régimes autoritaires d'Afrique du Nord ont, pour la plupart, fait preuve d'une certaine robustesse. Pour combien de temps encore ?

    Fin connaisseur de la région, Luis Martinez fait le point sur la situation de pays tels que l'Algérie, le Maroc, la Libye et la Tunisie. Il montre qu'en s'arcboutant aux deux fonctions héritées du pouvoir colonial, maintien de l'ordre et extraction des ressources naturelles, ces États ont omis de placer l'intérêt général au coeur de leur action. Incapables de se départir d'une obsession sécuritaire - partagée par la communauté internationale -, les yeux braqués sur la bande sahélo-saharienne, nouvel épicentre du jihadisme, leurs gouvernants paraissent ignorer le véritable défi qui se pose à eux : répondre à la colère d'une jeunesse nombreuse et au chômage, et gagner la loyauté d'un peuple qui paie le prix de la corruption, de modèles erronés de développement économique et d'une absence d'État-providence.

  • Dans la gueule du loup

    Adam Foulds

    • Piranha
    • 4 February 2016

    « Adam Foulds est l'un des meilleurs auteurs anglais de cette dernière décennie. » Julian Barnes Will, jeune Anglais naïf et inexpérimenté, s'imagine déjà en nouveau Lawrence d'Arabie lorsqu'il est affecté en Afrique du Nord après le débarquement des Alliés en 1942. Ray, prolétaire new-yorkais d'origine italienne, rêve d'une carrière dans le cinéma lorsqu'il se retrouve, simple fantassin, catapulté au plus près de l'horreur des combats. Cirò, parrain mafieux d'un village sicilien, s'exile à New York à l'arrivée des fascistes avant de revenir dans son île natale pour prêter main-forte aux Alliés. Si les chemins des trois hommes finissent par se croiser, il s'agit moins de raconter la guerre que de mettre en évidence la force de la trajectoire impitoyable de la violence. La beauté de l'écriture d'Adam Foulds, alliant un réalisme terrifiant et une imagination poétique sensuelle, évoque avec une grande justesse l'horreur, la brutalité et la banalité des aléas des combats.

  • Les Berbères, dit Ibn Khaldoun au XVe siècle, racontent un si grand nombre d'histoires que, si on se donnait la peine de les mettre par écrit, on remplirait des volumes.
    Les contes qu'on lira plus loin proviennent surtout de la région du Haut-Sébaou ; mais il est évident qu'en raison des innombrables contacts entre les montagnes de la Grande Kabylie et Alger, la localisation des textes ne saurait avoir une rigueur absolue. Les Kabyles conservent jalousement leurs traditions et leurs coutumes, mais ne se dérobent à aucune influence. On s'est souvent demandé dans quel rapport étaient le folklore kabyle et le folklore arabe. le problème est peut-être insoluble et même un peu vain. La phrase citée d'Ibn Khaldoûn semble bien signifier que, dans son esprit, les Berbères avaient de nombreux récits propres avant l'invasion arabe. Frobenius estime qu'une partie au moins du folklore kabyle, par son caractère, ses héros et son style, a des affinités avec l'Europe occidentale plutôt qu'avec l'Asie. Ce qui est par ailleurs certain, c'est que l'invasion arabe contribua à apporter en Afrique du Nord tout le cycle de contes que nous voyons constitué et souvent littérarisé dans l'Orient médiéval.
    Nous nous sommes efforcés de reproduire les contes tels qu'ils sont dits, sans y ajouter des fioritures littéraires et de vains délayages. il convient, semble-t-il, d'abord et avant tout que soient recueillis tels quels les vestiges des traditions populaires. Tout le travail littéraire ou d'érudition qui peut être fait autour d'eux doit d'abord respecter leur intégrité. Toutes proportions gardées, il faut, comme pour les livres saints, établir des textes authentiques et corrects (extrait de l'Introduction, édition de 1945).
    Émile Dermenghem, né à Paris (1892-1971) journaliste, archiviste et bibliothécaire. Nommé archiviste-bibliothécaire du Gouvernement général d'Algérie en 1942, il le reste jusqu'à sa retraite en 1962. Les contes kabyles recueillis auprès de Saïd Laouadi sont publiés initialement en 1945.

  • Cet ouvrage évoque l'usage des alphabets touaregs et retrace leur histoire. Utilisés aujourd'hui pour graver des inscriptions sur la roche ou sur certains objets et écrire de petits messages à des proches, ces alphabets - presque exclusivement consonantiques - dérivent d'alphabets beaucoup plus anciens appelés « libyques » ou « libyco-berbères ». Parfois associées à des inscriptions puniques ou latines, on trouve des épigraphes libyques dans tout le Maghreb actuel, de la Libye au Maroc et même jusqu'aux îles Canaries. L'histoire de ces alphabets est en grande partie obscure, mais il est permis de faire à leur sujet quelques hypothèses... Notamment que, créés quelques siècles avant notre ère sous l'influence des Puniques, ils ont ensuite disparu de l'Afrique du Nord au moment des invasions arabes, pour ne subsister qu'au Sahara. Depuis quelques décennies, des intellectuels berbères - Touaregs, Kabyles ou Marocains - ont entrepris de les moderniser en y adjoignant des voyelles, ce qui aboutit à des formes d'écriture très différentes de celles du passé.

  • Samia est encore toute petite lorsqu'elle comprend qu'elle n'est pas la bienvenue dans cette riche famille musulmane où la présence d'une fille est une véritable punition d'Allah.

    Son père la domine, sa mère la rejette et ses deux frères aînés, conscients du traitement injuste dont elle est victime, ne peuvent rien pour elle. Elle est seule au monde, et lorsqu'on daigne s'adresser à elle, ce n'est jamais pour la porter aux nues.

    Elle n'a que seize ans lorsqu'on la marie malgré elle à un employé de son père. Un régime de terreur s'installe alors dans sa nouvelle demeure. Elle se tourne vers son père et sa mère pour obtenir de l'aide, mais elle reçoit toujours la même réponse: elle est une femme, et une femme doit respect et obéissance à son mari en n'importe quelle circonstance.

    Battue et violée à répétition, Samia ne peut s'appuyer que sur elle-même pour se sortir de ce cauchemar qui n'en finit plus. Les années passent et la situation ne fait que se détériorer. De surcroît, l'Algérie a basculé dans l'intégrisme religieux; l'usage du chantage et de la peur est devenu quotidien.

    Samia, maintenant mère de plusieurs enfants, n'a désormais qu'une seule idée en tête: fuir vers la liberté ; fuir pour respecter sa promesse faite à ses petits qu'un jour la lumière et la paix seront au menu tous les jours de leur vie.

    Mais sa route est jonchée de milliers d'obstacles et de dangers mortels...

  • « Les Maghrébins sont des Arabes », « Au Maghreb, on parle français », « Le Maghreb est un carrefour de civilisations », « Au Maghreb, c'est l'explosion démographique », « Au Maghreb, les femmes n'ont aucun droit », « Les Berbères, ce n'est pas pareil... », « Le Maghreb, c'est la chasse gardée de la France » ... Pierre Vermeren nous invite à (re)découvrir cette Afrique du Nord avec laquelle nous avons des liens historiques et culturels très forts.

  • Cet ouvrage porte sur les modalités spécifiques de l'islamisation au Maghreb. Dans une première partie, l'accent est mis sur l'orientalisation que supposaient l'imitation et l'adaptation de modèles nés en Orient, qu'ils soient religieux, culturels ou politiques. Dans la seconde, sont livrés les résultats d'une enquête sur la construction de légitimités politiques propres : on y voit comment, d'une légitimation importée (délégation du calife, appropriation de doctrines d'origine orientale, adoption massive de l'orthodoxie par le biais du malikisme), les gouvernements et les mouvements religieux du Maghreb sont progressivement passés à une légitimation émancipée de l'Orient.

  • À la fin des années 1920 naît la première organisation antiraciste française, la Ligue internationale contre l¬'antisémitisme (LICA, actuelle LICRA). Ciblant d¬'abord les manifestations antijuives qui surviennent en Europe centrale et orientale, elle doit très vite affronter la résurgence de l¬'antisémitisme dans une France où on le croyait à tort éteint, et faire face à un défi sans précédent, le national-socialisme.
    Dans le contexte tourmenté des années 1930, les militants de la LICA inventent une doctrine et se dotent de moyens d'¬action. À côté des batailles rangées contre leurs adversaires, du boycottage des dictatures et d'une propagande véhémente, ils définissent un projet politique visant à donner une dimension institutionnelle à l¬'antiracisme dans la France républicaine.
    S'¬appuyant sur des fonds d¬'archives inédits et considérables ? dont les archives de la LICA rapatriées de Moscou au début des années 2000 ?, Emmanuel Debono retrace l¬'histoire des pionniers du militantisme antiraciste en France, avant que la défaite de 1940 ne plonge leur idéal dans les ténèbres. Il met en lumière l¬'attitude des pouvoirs publics, celle des élites politiques et intellectuelles, en métropole comme en Afrique du Nord, face à des démonstrations de haine souvent minimisées.

  • Ce n'est pas un roman d'aventures ; c'est le récit de l'odyssée de ces hommes et de ces femmes qui, fuyant la misère et le chômage, avaient fait le choix d'émigrer vers l'Afrique du Nord plutôt que vers les États-Unis, le Canada, l'Australie, l'Argentine ou la nouvelle Zélande. Cette histoire commence il y a juste deux siècles.
    Ils étaient de France, des Baléares, d'Espagne, de Suisse, d'Italie, de Malte et d'ailleurs ; certains comme Barthélémy arrivèrent à El Djezaïr plus de dix ans avant la conquête et vécurent le débarquement à Sidi-Ferruch à côté des Turcs.
    Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, dans le déroulement de cette histoire homérique, tout est vrai.
    C'est également un récit historique très étayé des conditions de "la conquête". On y trouve beaucoup de références à des documents originaux de l'époque, qui nous amènent à une réflexion sur l'attitude de la France pendant cette période. Les conséquences de décisions prises il y a près de deux siècles nous apparaissent encore aujourd'hui.

  • Les notions de conquête ou d´acculturation constituent-elles des concepts opératoires capables de dégager la signification historique du parc balnéaire africain ? Ou faut-il repenser les processus d´hellénisation et de romanisation, notamment pour établir une périodisation de l´histoire maghrébine dans laquelle les thermes peuvent s´intégrer, mais qu´ils contribuent aussi à définir ? N´y a-t-il pas là matière à réfléchir sur la « crise du IIIe siècle » ou à remettre en cause l´idée d´une rupture liée à la « conquête vandale » ? Comment interpréter la typologie des édifices ? Que révèlent les nombreux bains asymétriques ou l´équipement des sources thermales et des demeures ? Quelle corrélation établir entre les monuments les plus prestigieux, de plan symétrique, et le dynamisme relatif des différents pôles économiques et politiques de l´Empire ? En quoi les thermes de plan semi-symétrique sont-ils symptomatiques des relations entre l´Afrique et l´Italie et en quoi rendent-ils compte des mécanismes de l´évergétisme et de la construction privée ? Quel est le rôle des thermes dans la cité ? Comment s´insèrent-ils dans l´urbanisme et dans la vie politique, en tant que lieux de rassemblement et de propagande ? Qu´en est-il de la permanence des activités sportives ? Comment s´organisent les chantiers, véritables laboratoires de formes architecturales, qui procèdent à l´érection des grands thermes ? Dans quelle mesure les thermes, microcosmes et scènes du pouvoir, offrent-ils aux luttes idéologiques un terrain de prédilection pour s´exprimer ? Telles sont les questions fondamentales et variées auxquelles la présente étude fournit des réponses qui outrepassent son strict cadre géographique et chronologique en s´appuyant en outre sur un catalogue archéologique et un corpus épigraphique rassemblés et harmonisés pour la première fois. Les notices des bains publics et privés, fondées sur une définition rigoureuse du vocabulaire, et les planches, réalisées selon un jeu d´échelles cohérent (1 : 500 ou 1 : 250), débouchent systématiquement sur un schéma qui résume une proposition de lecture de l´édifice.

  • L´orientalisme des arabisants français, fortement controversé pour son implication dans la politique d´expansion coloniale, n´avait pas encore été l´objet d´une enquête historique fouillée. A travers une analyse de leurs carrières, de leurs publications et de leurs prises de position, l´ouvrage restitue les enjeux savants et politiques de leur action, inscrite dans le contexte culturel général d´un large XIXe siècle. Il permet de réapprécier l´intérêt d´auteurs souvent oubliés, qui ont à la fois travaillé à la constitution d´un patrimoine arabe et musulman et participé à la mise en oeuvre d´un projet impérial aux effets destructeurs.

  • Depuis les années 1990 et les réformes économiques mises en place au Maroc, des jeunes gens investissent régulièrement les rues de Rabat, de Bouarfa ou de Sidi Ifni, inventant une nouvelle forme de lutte contre la précarité. Ces personnes formées et diplômées sont pourtant au chômage et poursuivent un seul but : obtenir un emploi dans la fonction publique. Qu'est-ce qui incite ces hommes et ces femmes à braver sans cesse les autorités en occupant l'espace public ? Comment les différents groupes qui mènent ce combat se sont-ils construits et renforcés ? Et surtout, trente ans après, pourquoi ces groupes, dont le rêve serait de « mourir de succès », continuent-ils de manifester ? Pour répondre à ces interrogations, Montserrat Emperador Badimon étudie l'émergence de ces multiples groupes, les caractéristiques de leurs adhérents, leur organisation et leurs tactiques protestataires. Elle analyse également les relations complexes qu'ils entretiennent entre eux et avec le pouvoir, le potentiel disciplinateur de la « récompense-emploi » n'étant pas négligeable. Plus largement, cette synthèse originale donne à penser les mouvements sociaux en contexte coercitif.

  • Pendant longtemps, sous son voile, Samia a tremblé de peur, comme des millions de femmes dans sa situation à travers le monde. Jusqu'à ce qu'elle prenne une décision qui a changé sa vie. Fuir l'Algérie, contre vents et marées, contre traditions et soumission. Se sauver, elle et ses cinq enfants, dont ses deux filles, qui auraient à subir sûrement le même sort, si elles restaient sous l'emprise de leur famille.

  • Le succès de son reportage sur le bagne de Cayenne (Au bagne) décide Albert Londres à s'intéresser à d'autres geôles de la République.
    Il s'agit cette fois d'enquêter sur les bagnes militaires, situés pour la plupart en Afrique du Nord et dépendant du ministère de la Guerre. Malgré l'hostilité de la hiérarchie militaire, le grand reporter sillonne le Rif, recueillant les doléances des soldats bagnards. Sous le titre Biribi, son reportage est publié au printemps 1924. Pour répondre à la pression de l'opinion publique, le ministre de la Guerre se voit contraint d'envoyer sur place une commission d'enquête, et ce sera bien grâce à Albert Londres que les bagnes militaires et leurs odieux " travaux publics " seront définitivement supprimés en France.

  • Autobiographie de Norah Shariff qui risque de créer des remous, le livre Les Secrets de Norah nous amène dans un monde dur, rempli d'obstacles s'interposant entre sa famille immédiate et la liberté. En effet, elle a grandi dans un enfer créé à la fois par les comportements abusifs et violents d'un père dégénéré, les stricts préceptes de ses grands-parents, et dans un système religieux opprimant. Elle-même victime des conjonctures, Norah cherche malgré tout à constamment épauler, voire surprotéger sa mère, qui subit quotidiennement un véritable calvaire où la violence tant physique que psychologique est de mise. Avec le temps, Norah se rend bien compte qu'elle est en train d'y laisser sa vie en entier. Cependant, sa force de tempérament et son audace seront ses deux clés maîtresse pour se libérer de ses horribles entraves.

  • On sait à quel point la question des langues est aujourd'hui cruciale au Maghreb, où elle exprime à la fois l'enjeu présent du pluralisme, dans toutes ses dimensions, et celui de l'héritage colonial, toujours lancinant, dans un moment où les rapports à l'Europe revêtent une particulière acuité. On connaît moins les racines historiques de ces questions et des débats qu'ils suscitent, toujours traités à l'aune de situations contemporaines. Cet ouvrage collectif fait le point sur l'état le plus récent de ces problèmes et de ces débats, tout en analysant les processus historiques qui ont conduit à ce rapport si douloureux et conflictuel à la langue ; il met en évidence les multiples configurations linguistiques, aujourd'hui oubliées, voire occultées, qui ont produit l'actuel paysage linguistique maghrébin. Les auteurs restituent ainsi au Maghreb sa pleine diversité linguistique en interrogeant de manière critique sur les divers registres de langues qu'il a connus depuis l'Antiquité, mais aussi sur l'antériorité historique de certaines questions de fond telles que les politiques linguistiques, le multilinguisme ou la diglossie... Replacées dans le cadre d'une Méditerranée occidentale au sens large, croisant l'histoire et la linguistique dans une constante confrontation entre passé et présent, ces études pacifient ainsi le rapport des Maghrébins à leurs langues, sans pour autant occulter le caractère éminemment conflictuel des problématiques du métissage et de la souveraineté par la langue.

  • Faire d'un nouveau centre de recherche une institution et assurer sa réputation est une entreprise de longue durée. S'agissant d'une revue de sciences humaines et sociales, il faudrait compter dix bonnes années avant d'atteindre ce qu'on pourrait appeler sa majorité et ainsi assurer, avec son attractivité, sa pleine reconnaissance par la communauté scientifique. Les éléments qui qualifient un centre par rapport à une revue supposent la greffe de facteurs plus nombreux et aléatoires, au-delà des ressources humaines, des infrastructures et des équipements. En ce qui concerne en particulier ce qu'Outre-Atlantique on nomme area studies et que, nonobstant la stigmatisation saïdienne, on nomme encore en France « orientalismes », de longs apprentissages préalables s'imposent pour qu'un chercheur puisse accéder aux sociétés (à lui) étrangères. Quant à la consolidation des centres eux-mêmes, plusieurs conditions sont requises : au-delà des personnes, la constitution d'une « culture de laboratoire » minimale, une « capitalisation des savoirs » sur la durée et l'aboutissement des programmes sous forme de publications faisant sens collectivement et largement diffusées.Ouvert en octobre 1992 à Tunisavec dans sa corbeille de naissance une dotation exceptionnelle : la bibliothèque du Centre de documentation Tunisie-Maghreb (CDTM) de l'Ambassade de France, l'Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain est arrivé en une décennie à occuper une place importante dans le concert de la recherche en sciences humaines et sociales au Maghreb et sur le Maghreb. Ce résultat a été rendu possible parce que, durant toute cette période, l'Institut a bénéficié du soutien constant de ses autorités françaises de tutelle, de l'accueil toujours confiant des autorités tunisiennes et de l'action des directeurs, chercheurs et boursiers successifs, sans oublier les personnels administratifs et sectoriels permanents.

  • Au Maghreb, la figure de l'ingénieur moderne est née dans la première moitié du xixe siècle. Les souverains tunisiens d'abord et marocains ensuite ont fait appel à des experts étrangers pour mettre en place les réformes administratives et techniques qui devaient leur permettre de rivaliser avec l'Europe conquérante. Mais au bout du compte, ces efforts de modernisation se sont révélés insuffisants pour empêcher la France coloniale de prendre pied au Maghreb. La colonisation va constituer un frein à l'industrialisation des pays conquis et donc, à l'accroissement du nombre d'ingénieurs. Au fondement du pacte colonial, on trouve l'idée qu'il est indispensable de ne pas créer de concurrence aux industries françaises et que les colonies doivent se spécialiser dans la production de denrées agricoles destinées à la métropole. Les quelques ingénieurs « indigènes » voient leur possibilité de carrière réduite au profit des ingénieurs coloniaux issus de la métropole. Avec les indépendances, les problématiques changent. Il s'agit désormais pour les pays nouvellement indépendants de remplacer les ingénieurs français par des cadres techniques nationaux et de mener un développement industriel planifié par un État qui va rapidement devenir le premier employeur des ingénieurs. À partir des années 1980, la majorité des économies arabes entre dans un cycle nouveau. La figure dominante de l'ingénieur d'État entre en crise, alors que les pays du Maghreb mettent en place des programmes d'ajustement structurel. Aujourd'hui, la libéralisation de l'économie modifie les pratiques professionnelles et entraîne de nouvelles segmentations dans la profession.

  • Louisa est une amoureuse de la vie, des gens, des voyages. Quand elle rencontre Jacques, officier instructeur dans l´aviation, elle se laisse aller à ses désirs, à ses envies de romance. Doucement, pour commencer, puis avec la passion qui caractérise les âmes sauvages, elle emporte son amant dans les délices de l´amour. Ensemble, ils consumeront leur histoire, aussi douce et plaisante que les soirs de printemps à Marrakech.

  • Faute de documents, l'histoire sociale et économique de l'Islam médiéval est obscure. Il arrive néanmoins que cette pénombre soit percée de raies de lumière. C'est le cas pour l'Occident musulman grâce à une pléiade d'éminents juristes dont les nombreuses consultations fourmillent de précieuses "realia" introuvables ailleurs. Ainsi en est-il du Kitb al-Miyr al-murib wa-l-mi al-murib an fatw ahl Ifrqiya wa-l-Andalus wa-I-Marib faisant l'objet de cette première analyse thématique. Cet énorme corpus de consultations juridiques rendues par les juristes de l'Occident musulman médiéval compilé par al-Wansarisi (834 H/1430-1431-914 H/1508), contribue à faire connaître mieux le monde musulman. De cet ensemble de 12 volumes de l'édition lithographiée à Fès (fin XIXe siècle), dont une réédition récente a été effectuée, j'ai retenu 2144 fatw-s offrant quelque intérêt historique. Elles ont été analysées aussi succinctement que possible et classées sous le nom des muft-s qui les ont rendues. Elles sont donc presque toutes datables à un demi siècle près. Pour ce qui est du lieu, une certaine circonspection est de rigueur, sauf indication explicite, car les jurisconsultes se sont souvent déplacés au cours de leur existence et les plus célèbres sont interrogés de près ou de loin.Normalement chaque fatw comporte deux parties distinctes et nettement séparées : une question débutant par l'expression "a été interrogé" (su'ila) et une réponse commençant par "a répondu" (aba). Les plus intéressantes sur le plan historique, sont les fatw-s désignant le nom du mufti soit intégralement ou du moins avec une précision suffisante pour éliminer toute ambiguïté, soit succinctement, d'une kunya ou d'une ethnique attribuable à un juriste connu, surtout s'il s'agit d'un personnage que le rapporteur de la fatw a l'habitude de désigner de la sorte. Bien sûr, il est nécessaire de connaître les biographies des muft-s, notamment leur patrie, leurs voyages, la date de leur naissance et surtout de leur mort. Pour la chronologie, l'obituaire des muft-s fournit une précision suffisante ; d'autant plus qu'étant surtout consultés à l'âge mûr, on peut presque toujours négliger leur degré de longévité.

  • Los estudios aquí reunidos versan sobre el contacto intelectual entre musulmanes y judíos que tuvo lugar en el Occidente islámico medieval. El eje crucial de dicho contacto fue la lengua árabe, pues la arabización de los judíos posibilitó la comunicación diaria y literaria entre dos comunidades. ¿En qué consistió esa comunicación en el campo intelectual? ¿Hasta qué punto las partes implicadas se vieron afectadas por igual? ¿Qué disciplinas se prestaron mejor a tal encuentro cultural? ¿Cuáles fueron los márgenes entre los que se canalizó este para asegurar el mantenimiento, dentro de su inevitable devenir, de las identidades culturales propias? Las respuestas a estas y otras preguntas conciernen a la función identitaria de la lengua, al desarrollo de la gramática hebrea y de la exégesis de los textos sagrados hebreos, a la poesía ascética y las expectativas mesiánicas, a la obra de autores tan destacados como al-Harizi, Maimónides, Ibn Jaldun e Ibn Adret. Si los especialistas encontrarán materia de interés en el libro, la aportación de la obra no se limita a esos campos, pues atañe al lector no especialista que sienta curiosidad por el apasionante proceso de un encuentro entre culturas.

  • Los estudios aquí incluidos se enmarcan todos en el área geográfica que comprende el actual territorio de Marruecos extendido por el Este hasta incluir Orán. Se trata del territorio norteafricano de más intensa imbricación con la Península Ibérica y el único en no estar bajo el dominio otomano. La intensidad de las relaciones entre la Península y el Magreb se debe en gran parte a la población judía, verdadera mediadora entre estos dos conjuntos religiosos, culturales y políticos. Los judíos tuvieron que vivir en un ambiente fronterizo y adoptaron estrategias que dejaron una profunda huella en el judaísmo moderno. En este libro se habla de judíos y también de conversos al cristianismo o de criptojudíos. Los contactos de los judíos magrebíes con las comunidades peninsulares son constantes y la existencia de conversos, de «cristianos nuevos», es uno de los problemas más importantes de los primeros siglos de la Edad Moderna española. La historia de estas comunidades forma parte, pues, de la historia de España como de la del Magreb: aparente paradoja que estas actas contribuyen a esclarecer y definir en su justa escala.

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