Verdier

  • Il est temps de relire la Révolution à la lumière du XXIe siècle. Il a duré une décennie ; la Révolution française aussi. Pour cette raison, elle doit être privilégiée. Déclaration des droits et Terreur, pour opposées que soient ces deux mémoires, chacune permet d'interpréter l'autre.

    Au fil du déchiffrage, apparaîtront la révolution soviétique et la révolution chinoise. Il faudra bien réveiller les somnambules : si elles sont des révolutions, alors la Révolution française n'en est pas une. Si la Révolution française est une révolution, alors elles n'en sont pas.

    Or, les droits de l'homme existent ; ce sont les droits du corps parlant. La révolution française les a rencontrés. De ce fait, elle a approché le réel de la politique. Au réel, les autres ont substitué la triste réalité de la prise de pouvoir. C'est pourquoi il n'y a qu'une seule révolution. Ce que nous voyons du XXIe siècle permet de relire la Révolution ; la révolution, relue, permet de comprendre ce que nous voyons.

  • Pour qu'il y ait politique, il faut que les êtres parlants parlent politique.
    À partir de là, on peut soulever diverses questions : depuis quand, comment, pourquoi parle-t-on politique ? Premier élément de réponse : la politique commence avec la découverte qu'un être parlant peut en asservir d'autres sans avoir besoin de les mettre à mort. Le langage peut suffire. Deuxième élément de réponse : la politique permet à des êtres parlants de vivre dans le même espace, sans avoir à s'entretuer.
    Mais vivre, mourir, tuer, cela concerne le corps. Parler politique, c'est donc aussi une technique du corps. Cette technique n'existe pas partout et, là où elle existe, elle n'use pas partout des mêmes procédés. En Europe, de nos jours, parler politique, c'est discuter politique. La discussion politique est une coutume locale, dont il convient de restituer le système. Elle repose d'abord sur une croyance : il faut que celui qui ne décide pas fasse semblant de se mettre dans la position de quelqu'un qui décide.
    De là un rapport essentiel au théâtre et à la mimétique. Toutefois, il serait insupportable à ceux qui discutent d'admettre qu'ils sont uniquement des mimes. Par chance, certains événements historiques semblent attester que ceux qui ne décident pas peuvent matériellement prendre la place de ceux qui décident. On parle alors de révolution. Prise entre mimétique et révolution, la discussion politique entre au labyrinthe.
    Un mot historique peut servir de fil d'Ariane. On l'attribue à Napoléon, s'entretenant avec Goethe: " Que nous importe aujourd'hui le destin ? Le destin, c'est la politique. " Analyser ce mot, vocable par vocable, cela permet de construire une grille de déchiffrement. On peut alors sortir des mirages et commencer d'affronter, en être parlant, le réel de la politique.

  • Théorie des maisons vise à mettre au jour - chez les penseurs modernes et contemporains parmi lesquels Benjamin, Deleuze, Derrida, Heidegger et Lévinas - une architecture qui, très souvent, ne se manifeste pas explicitement.
    L'auteur se propose de nommer cette architecture cachée : "une maison", la maison des philosophes. Cette maison, qui n'est pas toujours thématisée et dessinée dans ses contours, il s'agit de chercher à la localiser et à la rendre perceptible, comme dans ces jeux de devinette où une figure surgit d'un coup et saute aux yeux. Cet essai engage ainsi à un déplacement du regard. La "maison" ne se réduit plus aux visions du monde que le lecteur serait invité à habiter.
    Une maison n'est pas une image (pas plus qu'un visage n'est une image). C'est, au contraire, à partir de la maison que le monde se dispose pour être éventuellement contemplé en une vision. Théorie des maisons n'est pas une réflexion sur la maison qui est en vue mais elle cherche à montrer que la maison est un instrument de la vision.

  • Eternité et historicité apporte, au débat entre l'existentialisme et le marxisme sur l'idée de l'homme, une contribution qui aurait mérité de prendre place dès sa rédaction, en 1947, à côté de L'existentialisme est un humanisme de Sartre, la Lettre sur l'humanisme de Heidegger et Existentialisme ou marxisme ? de Lukacs.
    Ce volume - un des très rares livres conçus par Patocka lui-même en tant que tels - porte l'empreinte des circonstances dramatiques dans lesquelles il a vu le jour : esquissé à l'ombre portée de la guerre à peine finie et des changements politiques alors imminents à l'Est, il s'inscrit dans le feu d'une polémique déclenchée par la publication du testament philosophique d'Emanuel Radl, principal élève du grand humaniste que fut T.
    G. Masaryk. Le texte sera ensuite élargi, dans le prolongement du cours de 1947 sur Socrate, à un dialogue avec Scheler, Husserl, Heidegger, Sartre et Jaspers, mais il devra attendre jusqu'en 1987 pour connaître une première édition et vingt ans encore avant de paraître enfin sous sa forme intégrale. Illustration et défense de la possibilité d'une "éthique réellement historique", le texte se lit aujourd'hui comme une étape essentielle sur le chemin qui conduit au "socratisme politique" du propre testament de Patocka.

  • Par-delà les cinquante-cinq ans qui nous séparent de sa disparition, Merleau-Ponty s'adresse à ses nouveaux lecteurs comme à des contemporains qui ont à coeur de maintenir la parole vivante de ce philosophe du vécu.

    Réciprocité de l'échange aux cours de ces entretiens essentiellement menés par Georges Charbonnier.

    Une pensée qui épouse notre temps avec d'autres pensées et d'autres épousailles faisant époque.

    Cet ensemble se présente comme une introduction à la pensée de Maurice Merleau- Ponty, ce philosophe du vécu. Les thèmes abordés : la phénoménologie, la philosophie et les rapports avec autrui, la littérature et l'art, la psychanalyse, la politique...

  • Si le Dieu de la Bible ne peut être défini au moyen de prédications et d'attributions logiques, le discours philosophique peut-il supporter le nom de Dieu ? Si le premier mot du sensé est biblique, faut-il dire que le dernier mot est grec? Comment comprendre alors que le premier mot fasse retour à l'époque de la "fin de la philosophie" ? Au coeur de cette interrogation : l'entente de la Parole de Dieu dans le Visage, selon Emmanuel Lévinas.
    Si le Visage d'autrui se donne à l'intelligibilité phénoménologique, la visitation même du Visage implique l'intelligibilité éthique " de ce qui n'est pas de ce monde ". Plus encore : elle commande la sainteté. Sainteté que dit le paradigme du " Visage continu "d'Adam. La philosophie " positive " de Lévinas s'entend, ici, comme appartenant à la grande pensée du Retour où se sont essayés les juifs européens, "entre l'hitlérisme incessamment pressenti et l'hitlérisme se refusant à tout oubli".

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