Textuel

  • Trente-cinq ans après la parution d'Ainsi soit-elle, best-seller féministe qui a changé la vie de nombreuses femmes, il faut recommander l'écoute des entretiens que Benoîte Groult a accordés à Clémentine Autain pour l'émission de France Culture " A voix nue ".
    L'auteur y apparaît extraordinairement libre, vive, enjouée, provocante, intempestive, charnelle. Issue d'un milieu " artiste ", Benoîte Groult a expérimenté les brutalités et les joies de la Libération : mariages malheureux, veuvages, divorce, maternité contrariée, avortements clandestins, vocation de femme de lettres arrachée à un milieu d'hommes censément " éclairés "... Des épisodes édifiants qui rappellent d'où vient le combat pour l'égalité hommes/femmes, et le chemin qu'il reste à parcourir.
    Josyane Savigneau retrace ce destin détonnant, au féminisme tardif parce que vécu et découvert dans la lutte, pour l'avortement, contre l'excision... L'histoire des droits des femmes est loin d'être achevée. Travail, politique, vie privée : Benoîte Groult nous indique les territoires à investir, les lignes à écrire.

  • Jardinier, écrivain, poète et paysan : Pierre Rabhi est l'un des pionniers de l'agroécologie. Depuis plus de quarante ans, il développe ce principe d'agriculture qui vise à respecter les écosystèmes en associant le développement agricole à la protection de l'environnement. Mondialement reconnu - Nicolas Hulot en a fait une sorte de père spirituel - il intervient à l'ONU, dans les pays en voie de développement et vient de créer sa propre fondation.
    Face à la pléthore de théories et de concepts sur le terrain de l'écologie et de l'agriculture, Pierre Rabhi oppose une action concrète et efficace, un savoir de terrain, une expertise tirée de l'expérience.
    Sont réunis dans le disque qui ouvre ce livre les meilleurs entretiens radiophoniques donnés par Pierre Rabhi (issus des émissions : Les vivants et les dieux avec Michel Cazenave, 2005, France Culture ; Terres à terre de Ruth Stegassy, 2007, France Culture ; CO2 mon amour avec Denis Cheissoux, 2008, France Inter). Il livre sa définition de l'agro-écologie avec sa dimension pratique, philosophique et poétique, lui qui ne peut séparer l'esprit de la matière.

    À l'heure où les publications écologiques prolifèrent, l'inquiétude se généralise, Pierre Rabhi préfère la transmission et la prospective.

    Serge Orru, directeur de WWF France, présente et prolonge cette parole salutaire au vu des enjeux environnementaux à venir, chiffres et constats à l'appui.

  • André Gorz était un homme très discret. Ce livre disque est une occasion de découvrir la voix d'un penseur que l'on n'entendait que très rarement à la radio et de mettre en lumière l'une des pensées les plus visionnaires du XXe siècle. Père de l'écologie, on peut aussi le considérer comme l'un des premiers penseurs de la décroissance : " On ne peut pas continuer à exploiter au même rythme des ressources qui sont limitées sans arriver à l'effondrement... " A partir de cette critique percutante, il esquisse de nouvelles perspectives sur la place du travail dans nos vies et la relation entre écologie et travail, remettant l'homme au centre d'une éthique du travail et non le profit. " Consommer plus et vivre mal ou vivre mal et gagner bien, c'est un peu notre civilisation. Alors que travailler beaucoup moins et gagner correctement sa vie, c'est possible." Le texte de Michel Contat accompagnant ce disque vise à situer ces propos dans l'oeuvre globale de Gorz et constitue une invitation à poursuivre sa réflexion d'une étonnante actualité en ces temps de crise économique et d'incapacité de la gauche à formuler un nouveau projet de société.

  • Antoine Vitez a su insuffler à la lecture qu'il a donnée en 1989 du Discours sur le colonialisme d'Aimé Césaire la rigueur rageuse de ce réquisitoire sans haine ni pathos, imprégné d'humour et d'amour. On y retrouve l'humanisme sans complaisance de Césaire et l'on redécouvre avec émotion la force d'un texte écrit au début des années 1950, qui pose encore aujourd'hui la question coloniale que l'Occident n'a pas su affronter. Vitez se fait l'écho du poète engagé dans le combat de la négritude, porte-voix de millions d'individus que l'hypocrisie européenne et le mensonge collectif ont littéralement écrasés. La décolonisation des esprits, comme le note Daniel Delas dans son commentaire, n'a pas encore eu lieu. Dans un contexte politique centré sur les questions d'identité nationale et d'immigration, cette lecture en rappelle l'urgence.

  • Tzvetan Todorov commente ici une archive sonore exceptionnelle constituée d'un montage des meilleurs entretiens radiophoniques de Germaine Tillion où sa voix lumineuse résonne, pleine d'humanité, de compassion et de malice. Plus encore que ses livres, pourtant remarquables, son oeuvre la plus imposante était sa vie même. Dans ces entretiens dans lesquels elle évoque sa formation, ses premières missions, sa rencontre brutale avec l'Histoire pendant l'Occupation et la guerre d'Algérie, il est frappant de constater comment Germaine Tillion entrelaçait en permanence son engagement dans l'action et son goût de l'étude et de la réflexion. Elle a, sa vie durant, transformé sa propre mémoire en histoire et a mis sans relâche son savoir au service d'un combat pour la dignité de tous les hommes et de toutes les femmes. Ethnologue et résistante, Germaine Tillion (1907-2008) est connue pour son travail de terrain en Algérie sur les populations des Aurès et pour la réflexion qu'elle a menée sur les régimes concentrationnaires après son retour de Ravensbrück, où elle a été déportée en 1943. Disciple de Marcel Mauss, membre du fameux réseau du Musée de l'Homme, très engagée pendant la guerre d'Algérie contre la torture et les attentats terroristes, Germaine Tillion a traversé les heures les plus sombres du XXe siècle. Sa soif de comprendre la condition humaine a conduit sa vie comme un fil rouge. Son témoignage, émouvant, passionnant, est une invitation à la méditation.

  • Voici 4 inédits de Georges Brassens qui rendent cette archive sonore exceptionnelle : quatre chansons interprétées par Brassens en direct et en public au Pop Club de José Artur sur France Inter en 1972 (Stances à un cambrioleur, Fernande, Les Passantes, Le Blason). Le CD comporte également un entretien singulier donné pour Radio Montpellier en 1980 au Père Doumairon dans lequel Georges Brassens évoque la famille, la religion, l'amitié, le progrès, la mort avec gravité, esprit, humour. Impertinent et libre, Brassens avec générosité, tendresse et authenticité. Faisant fi des contraintes tyranniques des modes, il survole aisément ces idées avec un accent de vérité et une pointe de dérision qui frôlent l'enchantement. Dans son commentaire, Bernard Lonjon replace ces thèmes d'inspiration et de prédilection dans le contexte de la vie et de l'oeuvre de l'artiste sétois. Trente ans après sa disparition, Brassens est toujours parmi nous, y compris au coeur de la nouvelle génération de la chanson française. Artiste hors mode et transgénérationnel, il occupe une place unique dans notre patrimoine.

  • Soixante-dix ans après la diffusion de l'Appel du 18 juin 1940, les discours de guerre du général de Gaulle, prononcés entre 1940 et 1945, sont rassemblés pour la première fois sur un CD audio.
    Archives directes, vibrantes, ces discours et allocutions constituent une clé d'entrée essentielle dans l'histoire de nos années troubles. C'est aussi une manière d'approcher au plus près l'intimité d'un homme, ses doutes et sa force de conviction. Hugues Nancy retrace, jour après jour, te fil de cette première guerre de communication ainsi que tes lignes de force de cette incroyable " guerre des ondes ".
    La France libre et le régime de Vichy n'ont eu de cesse de confronter leur légitimité, symbole contre symbole, discours contre discours. Porteuse d'une nation, d'un destin, la voix du général de Gaulle révèle avec puissance un sens et un courage politiques exemplaires.

  • Ecouter Paul Veyne, conteur hors pair, c'est passer quelques moments exquis à déambuler dans Rome, c'est se retrouver parmi la foule venue assister à un combat de gladiateurs, c'est s'arrêter un instant sur l'enseignement des grandes écoles de philosophies antiques, c'est apprendre l'Histoire autrement. Une écoute jubilatoire et merveilleusement ludique. Un entretien avec Lucien Jerphagnon, historien de la philosophie, spécialiste de la pensée grecque et romaine, lève le voile sur la complicité intellectuelle qui le lie avec le grand historien de l'Antiquité. En aèdes modernes, ces deux joyeux trublions de l'histoire et de la pensée antique, nous apprennent avec enchantement à regarder et à comprendre les Anciens.

  • Le 9 octobre 1981, Robert Badinter, Garde des Sceaux du premier gouvernement Mitterrand, obtient l'abolition de la peine de mort, malgré une forte hostilité de l'opinion publique et entre dans l'histoire. Documentaire de Joël Calmettes diffusé sur France Culture en 2002, cette magnifique archive sonore permet d'entendre la voix d'un humaniste hors du commun. Unique occasion d'entendre Badinter parler de sa vocation en racontant avec profondeur les principaux moments de sa carrière professionnelle et de sa vie.
    La violence d'une enfance marquée par le spectre du nazisme - son père Juif d'origine russe est mort en déportation à Sobibor, sa grand-mère également déportée - imprime chez le jeune Badinter l'esprit de justice qui ne le quittera plus. Après de brillantes études de droit, sa rencontre avec Henry Torrès, avocat socialiste qui défendit de nombreux anarchistes dans les années 20 et leur évita la condamnation à la peine capitale, sera déterminante dans son combat pour l'abolition de la peine de mort.

    Mireille Delmas-Marty revient sur les passions et les fièvres qui ont agité le débat faisant suite au procès de Patrick Henry en 1976, assassin d'un enfant de huit ans. Elle replace dans leur contexte, dans leur époque, les propos de Robert Badinter, qui a promu toute sa vie une politique active de promotion des libertés publiques en France. Ainsi, il a présenté et défendu devant le Parlement, outre les textes de lois portant sur l'abolition de la peine de mort (1981), des textes portant sur la suppression de la Cour de Sûreté de l'État (1981) et des tribunaux militaires (1982), ainsi que des lois accordant de nouveaux droits aux victimes. Il a également présidé la commission chargée de rédiger le nouveau Code pénal, adopté en 1992, en remplacement du Code napoléonien et a pris de nombreuses mesures pour humaniser les prisons.
    Mireille Delmas-Marty retrace ici le parcours passionnant et les convictions d'un homme à la parole charismatique : ses combats en faveur de la suppression des juridictions d'exception et du renforcement des libertés individuelles.

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  • " Alexandre est la joie. Celui qui n'a pas rencontré la joie, n'a pas rencontré Alexandre ", écrit Bernard Campan en ouverture de ce livre. A travers des extraits d'entretiens radiophoniques menés avec notamment Albert Jacquard et d'une conférence sur le thème de la résilience, Alexandre Jollien, tel un Socrate du XXIe siècle, fait part de son approche de la philosophie et met en oeuvre son talent de passeur. Exégète des textes anciens, amoureux de la dialectique et pédagogue averti, il nous fait comprendre la pensée de Spinoza et nous interroger avec Boèce. En forme d'écho, le comédien et réalisateur Bernard Campan, ami du philosophe suisse, évoque le cheminement de cette amitié sprirituelle avec une infinie délicatesse et une profonde pudeur.

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