Sulliver

  • Dès l'instant oú les grecs empruntent l'alphabet aux phéniciens pour écrire leur langue, l'etat pointe sous la forme de la cité.
    Langue et écriture se prêtent désormais secours dans son service. comme il y a pour la communication orale une fixation systémique dite phonologie, il y a pour fixer la langue en écrit un système phonématique dont l'etat établit les règles. d'après le codage grec se construit le codage latin, le nôtre, avec son contrôle maximal de la lettre sous ses trois aspects de système de langue écrite, de système de ce qui sert à l'écrire et de système de ce qu'on écrit avec elle sous l'autorité - et quelquefois la censure - de l'etat.
    Ainsi naquirent en gaule romaine deux langues nouvelles: oc au sud, oïl au nord, dont l'auteur suit en parallèle émergence et développement dans un réexamen de l'histoire de france. restera, au xve siècle, à l'etat france, à se bétonner sur l'hégémonie militaire, économique, administrative, littéraire, sous le joug culturel et même psychologique du nord (spécialement de paris) et selon une lente et continue dévoration linguistique du midi.
    Ensuite il parcourra quatre siècles jusqu'au temps du premier empire, oú une france déclarée une et indivisible est devenue un etat intérieurement oppressif, extérieurement conquérant, intellectuellement convaincu de sa supériorité à tout autre.

  • Instrumentalisés plus ou moins ouvertement par un pouvoir politique devenu commanditaire, la culture et l'art entrent dans une démarche utilitariste et produisent alors des effets pervers. Le spectaculaire, qui correspond à une utilisation politique de l'art envisagée dans une logique de domination et de rationalisation adaptée à un environnement historique, mystifie souvent le récepteur.
    Cette logique est présente à toutes les époques, même si le contexte historique qui s'étend de la Révolution à la fin de la Seconde Guerre mondiale autorise des mises en perspective plus nettes.
    Dans ce contexte, l'opéra, qui réunit les arts dans une expression synthétique, a été, en sa qualité d'art de l'extraordinaire, rapidement investi d'une fonction de propagateur d'idées. De la tragédie lyrique au drame wagnérien, finalité politique et stratégie spectaculaire sont généralement pensées conjointement, soulignant les enjeux idéologiques de l'oeuvre.
    Si, ainsi que le souligne Guy Debord, le spectacle déversé par les médias est la principale caractéristique de la société contemporaine, cet essai nous montre que cette situation s'appuie sur des pratiques très anciennes.

  • C'est à une véritable "visite guidée" d'une Europe baroque encore méconnue, que nous convie ce livre. L'Europe baroque : écartelée entre vieux et Nouveau monde, Réforme et Contre-Réforme, foi et science, et leurs dogmes opposés. Contrairement au classicisme tourné vers le passé, le Baroque, épris de nouveauté, invente, magnifie la mode, glorifie le "jeunisme" (Don Juan), parie sur l'avenir et met en procès le patriarche. Après avoir conquis le monde et le ciel, il explore les nouvelles découvertes de terres inconnues de l'âme, de la conscience et de l'imaginaire. La rhétorique des passions envahit tous les arts, gagne la politique et la société du spectacle et du moi, de l'image, de l'illusion. A travers personnages de fiction et personnages historiques, poésie, théâtre et opéra, D'un temps d'incertitude nous amène à redécouvrir avec étonnement et émotion une époque dans laquelle la nôtre plonge ses racines.

  • Depuis sept siècles que les États corsètent l'Europe en leur armure, depuis cinquante ans qu'ils essaient, de traité en traité, de se dépasser sans se renier, il est temps de rappeler que ce continent est aussi fait d'espaces, de routes, de peuples, de langue et de cultures. Sur cette carte dépliée et dans cette histoire sans bornage, l'auteur suit les grands mouvements humains qui nous ont faits, Européens, uns et divers, qu'il s'agisse d'invasions successives, de
    guerres inexpiables, de crimes dynastiques ou de vagues de création culturelle qui émergent et déferlent.
    Le livre s'arrête au moment où naît l'État, avec la répression des grandes espérances chevaleresques de Frédéric le Germano-Sicilien et des Raimonds Toulousains, où s'éteint la lumière du Graal et s'allument les bûchers de l'Inquisition. Quand l'Europe se bétonne pour sept siècles.

  • Les systèmes totalitaires ont instauré un rapport spécifique à la création dont la finalité est le plus souvent son utilisation à des fins de propagande.
    Etudier les sept décennies de relations entre les écrivains et le pouvoir en URSS permet de cerner un processus culturel polyphonique au cours duquel les modalités de contrôle que l'Etat exerce sur la culture varient, tout comme les réponses des auteurs. La situation de persécution favorise-t-elle la naissance de nouvelles formes narratives, de nouveaux procédés discursifs? Quelles possibilités de résistance esthétique ou stratégies de contournement la langue littéraire offre-t-elle aux auteurs ? Bref, comment l'Histoire travaille-t-elle au coeur de la littérature et comment la littérature travaille-t-elle au coeur de l'Histoire ? Ces interrogations sur la culture des temps sombres sont ici abordées à partir de quelques destins exemplaires - Velemir Khlebnikov, Isaac Babel, Daniil Harms, louri Olecha, Vassili Grossman, Alexandre Soljenitsyne, Varlam Chalamov...
    - et du dialogue que les oeuvres entretiennent avec les courants artistiques du passé et contemporains. Elles traversent les différents modèles énonciatifs où les traces de la violence d'Etat - mais aussi des tentatives d'y échapper - se concentrent dans le corps de la littérature.

  • Mozart et Hitler : l'image de l'Autriche est fortement ancrée autour de ces deux pôles dans l'inconscient populaire. Mais comment l'Autriche a-t-elle réussi à s'affirmer comme une nation à part entière à côté de son grand voisin allemand, dont-elle parle la langue ?
    Pour Hitler, la disparition de l'Autriche représentait la priorité politique absolue. Mais il exprimait une opinion largement partagée par la population autrichienne. L'ironie de l'histoire a voulu que la conscience d'une véritable identité nationale autrichienne se soit développée pendant la réunion forcée avec la « mère patrie » allemande (1938-1945).
    Cet essai retrace les étapes historiques et politiques essentielles de l'État autrichien, du XVIII e siècle à nos jours, et montre comment les auteurs majeurs du XX e siècle (Karl Kraus, Hugo von Hofmannsthal, Robert Musil...) ont contribué, parfois par la contradiction, à affirmer la spécificité autrichienne face à la séduction ou à la menace exercées par l'idée de la Grande Allemagne.

  • S?élabore un système de communication et de représentation des pouvoirs qui lie le politique et le religieux à la création artistique. Ainsi, pendant des siècles, la création est-elle assujettie à des mécanismes de soumission et d?aliénation, la notion de liberté étant reléguée à un arrière-plan très lointain ? si tant est qu?elle existe.
    Objectivement l?artiste subit des conditions d?exploitation et de dépendance matérielle induisant, pour sa survie, davantage un esprit d?approbation que de libre création ou de contradiction. Musique, danse, peinture, sculpture, architecture, littérature : dans la totalité du champ artistique, cet essai nous le montre, les émotions, les signes, les symboles, les rituels ont donc été instrumentalisés et mis au service d?un narcissisme politique promoteur de relations aussi bivalentes qu?ambiguës entre l?art et l?autorité, le soutien mécénal relevant ainsi rarement de préoccupations esthétiques en première intention.
    Si, au travers de la commande, l?artiste souhaite légitimement manifester son propre talent, il lui faudra choisir entre les trois options qui s?offrent à lui : la servitude, l?indifférence ou la contestation.

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  • Le vingtième siècle aura été le siècle de la démesure.
    La démesure de la politique avec des guerres mondiales, des déportations et des camps d'extermination, qui a culminé avec deux bombes atomiques larguées sur des populations civiles. La démesure de l'homme, ensuite, puisque ces crimes ont été commis au nom d'idéologies abstraites qui, pour sauver l'humanité, ont sacrifié sans remords les hommes réels. La démesure du monde, enfin, avec une science prométhéenne qui a tenté de percer les secrets de l'univers, une technique déchaînée qui a cherché à asservir la nature et une économie mondialisée dont les échanges ont imposé le prix des choses au détriment de la dignité des hommes.
    Nietzsche avait clairement établi le diagnostic : "La mesure nous est étrangère, reconnaissons-le; notre démangeaison, c'est justement la démangeaison de l'infini, de l'immense. " Le sens de la démesure semble être une fatalité, aussi n'est-il pas étonnant que, déjà chez les Grecs, dans le mythe, la tragédie, la physique, l'éthique ou la politique, il se situe au coeur de la réflexion. Au travers de la tentation de la raison d'abolir toute limite, de remettre en cause la finitude humaine, la démesure témoigne du tragique de notre condition.
    Les Grecs, et c'est l'enseignement de ce livre, se sont attachés à la comprendre pour la convertir en cette mesure qui permet de redonner un sens à notre existence.

  • "Le catholicisme, le protestantisme et l'Église orthodoxe possèdent une racine commune : le christianisme".
    "Être catholique, être protestant et être orthodoxe c'est indifféremment être chrétien". Ces affirmations sont communément admises et vont de soi. Sont-elles pour autant légitimes et doit-on continuer à appeler "christianisme" l'une et l'autre de ces trois religions ?
    Ce livre soutient que ces trois religions se sont coupées de leur racine et qu'elles ont dévoyé l'esprit du christianisme. L'histoire qu'il propose n'est donc pas celle du christianisme, mais celle des causes, des étapes, des formes et des implications de son altération sous une forme hybride que nous nommons "chrétienté".
    La "chrétienté" dont il est ici question a étendu son ombre sur le monde, elle a façonné les consciences et l'histoire européennes, c'est elle, directement ou en creux, qui a accouché des temps modernes et contemporains. Cette histoire doit ainsi nous aider à comprendre d'où nous venons, ce qui nous a conduit là où nous en sommes et quel enjeu représente l'individu, valorisé par le christianisme et combattu par la chrétienté. Il s'agit donc ici de tenter d'analyser les raisons du dévoiement de l'esprit du christianisme, d'en extraire des pistes d'études et non de faire le récit historique de cette dérive philosophicoreligieuse.

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  • Le contenu : À l'aube des Temps Modernes, l'avenir des bourgeois du Moyen Âge n'est pas encore tranché : ces marchands, financiers, entrepreneurs vont-ils se fondre parmi les dominants des sociétés d'Ancien Régime, ou vont-ils faire accepter que leur poids économique et social, devenu majeur, se traduise par un rôle dirigeant dans la conduite des politiques ?
    Le sentiment de leur supériorité face aux travailleurs salariés s'allie aux ressentiments et à la frustration quand ils se heurtent au mépris social venu des nobles qui jalousent leur richesse.
    L'histoire de leur future hégémonie se nourrira de ces héritages contrastés.
    Du début du XIe siècle à la fin du XVe, ce livre nous permet de suivre la constitution et l'évolution d'une classe sociale en devenir, à travers progrès et avancées, mais aussi reculs passagers et résistances.
    L'écriture : Simone Roux use d'une parole claire, qui s'accorde avec son propos historique. Elle ne se prive pas pour autant de remettre cette histoire en perspective à travers des adresses au lecteur et des parallèles avec notre temps.

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  • Le politique serait-il simplement le produit, au choix, de la lutte des classes, des intérêts marchands ou du suffrage universel ? Est-il réellement coupé de ce qui, des siècles durant, a constitué son fondement : l'instinct ludique du joueur politique ? La politique est une guerre de comédiens, une société du double spectacle, dans le monde du theatrum mundi.
    Vérités d'évidence à l'ère baroque. Théoriciens et praticiens de la res publica autopsiaient alors l'animal politique - le partisan comme l'adversaire. Le cardinal de Retz, plus que tout autre, expose dans ses oeuvres les règles du jeu mouvant qui dresse les ambitions les unes contre les autres, et offre la palme à la vraie intelligence d'autrui. En amont, Machiavel, Gracian, Hobbes - ou Pascal. En aval, Talleyrand ou Benjamin Constant.
    Jacques Brighelli démonte le mécanisme et les ressorts de cette lutte de fauves en champ clos que l'on appelle couramment les affaires de l'Etat. Le primat du politique est exposé ici dans toute sa force, loin des illusions économistes ou des utopies démocratiques. L'analyse du jeu des egos permet de dégager un modèle politique dont la pertinence se vérifie sans faille, du XVIIe siècle à nos jours.

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  • Les intellectuels libéraux espagnols parlent au nom du peuple, mais d'un peuple qui n'existe pas encore, qu'il faut former et éduquer dans un pays rural qui a du mal à se démocratiser. Ils veulent faire entrer ce peuple au Parlement mais sont confrontés à la présence des masses dans la rue et se demandent s'ils ne se sont pas trompés sur l'identité de l'agent du changement. Après avoir combattu la monarchie et contribué à l'avènement de la Deuxième République, ils devront choisir leur camp face à la radicalisation de la vie politique de 1934 puis au coup d'État du général Franco en 1936. La plupart renoncent et prennent le chemin de l'exil, d'autres deviennent des militants et se retrouvent aux côtés du peuple républicain. L'alternative entre la réforme ou la révolution était devenue un dilemme.
    Cette divergence illustre le malaise du libéral à la recherche du peuple idéalisé sur lequel devrait se fonder le pacte constituant. La frustration de l'intellectuel libéral naît du constat que ce système postule son propre dépassement sans être capable de le réaliser. Miguel de Unamuno, José Ortega y Gasset, Manuel Azaña, Antonio Machado : ce livre analyse quelques itinéraires parmi les plus significatifs.

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