Seuil

  • J'avais pensé, logiquement, dédier ces pages à la mémoire de mes parents - de mon père, surtout, l'auteur de la plupart des photos, qui sont la base et la raison d'être de ce livre.

    Curieusement, je n'en ai pas envie. Leur dédier ce livre me semble une coquetterie inutile et fausse. Je n'ai jamais déposé une fleur sur leur tombe, ni même remis les pieds dans le cimetière où ils sont enterrés. Sans doute parce que obscurément je leur en veux d'avoir disparu si jeunes, si beaux, sans l'excuse de la maladie, sans même l'avoir voulu, quasiment par inadvertance. C'est impardonnable.

    Mon père fit ces photos. Je les trouve belles. Il avait, je crois, beaucoup de talent. J'avais depuis des années l'envie de les montrer. Parallèlement, montait en moi la sourde envie d'écrire, sans avoir recours au masque de la fiction, sur mon enfance coupée en deux. Ces deux envies se sont tout naturellement rejointes et justifiées l'une l'autre.

    Ces photos sont beaucoup plus pour moi que de belles images, elles me tiennent lieu de mémoire. J'ai le sentiment que ma vie a commencé le jour de leur mort - il ne me reste rien d'avant, d'eux, que ces images en noir et blanc.

  • L'itinéraire de frantz fanon, né antillais, mort algérien, et son témoignage de psychiatre, d'écrivain, de penseur politiquement engagé reviennent éclairer les désordres et les violences d'aujourd'hui.
    Fanon est mort à 36 ans, à un âge où souvent une vie d'homme ne fait que commencer. mais toutes ses mises en garde aux pays colonisés en voie d'indépendance se sont révélées prophétiques. de même, ses réflexions sur la folie, le racisme, et sur un universalisme confisqué par les puissants, à peine audibles en son temps, ne cessent de nous atteindre et de nous concerner. l'auteur des " damnés de la terre " a produit une oeuvre " irrecevable ".
    Son propre parcours ne l'était pas moins et la manière dont il s'interrogeait sur " la culture dite d'origine ", sur le regard de l'autre et sur la honte n'a pas toujours été reconnue. particulièrement qualifiée pour dresser ce portrait biographique et intellectuel, alice cherki a bien connu frantz fanon, travaillé à ses côtés, en algérie et en tunisie, dans son service psychiatrique, et partagé son engagement politique durant la guerre d'algérie.
    Elle nous apporte son témoignage distancié sur un fanon éveilleur de consciences, généreux sans concessions, habité par le sentiment tragique de la vie et par un espoir obstiné en l'homme. alice cherki. née à alger d'une famille juive, elle a participé activement à la lutte pour l'indépendance. psychiatre et psychanalyste, elle est coauteur de deux ouvrages, " retour à lacan ? " (fayard, 1981) et " les juifs d'algérie " (éditions du scribe, 1987).
    Elle a publié plusieurs articles portant sur les enjeux psychiques des silences de l'histoire.

  • Oú était lou andreas-salomé ? enigmatique malgré sa célébrité, trop souvent estimée essentiellement pour ses amitiés amoureuses avec les grandes figures de son temps, nietzsche, rilke, freud et bien d'autres, les lecteurs méconnaissent la singularité de cette femme aux avant-postes de la modernité.
    Stéphane michaud, servi par un talent et un savoir indéniables, nous livre sa biographie qui surpasse de loin ce qui a déjà été écrit sur lou. l'accès à l'intégralité des archives inédites (écrits littéraires, psychanalytiques, correspondances, etc. ) permet aujourd'hui de justifier, grâce à une analyse plus approfondie, les passions que cette femme a si souvent déchaînées. cette entreprise de longue haleine nous fait redécouvrir lou andreas-salomé.
    La grande crédibilité de cette biographie permet d'engager de nouveaux débats tant sur une époque que sur ses prolongements présents.

  • « Alexandre Jollien a subi un accident de naissance. Strangulé par son cordon ombilical, il a brièvement mais trop longuement rencontré la mort dans ces minutes inaugurales consacrées d'habitude à l'épiphanie de la vie. L'oxygène ayant manqué au cerveau, il porte en lui, avec lui, dans le creux de sa matière grise, la trace du souffle de la mort qui, jour après jour, dans le détail, se manifeste dans une démarche, une élocution et des gestes qui ne ressemblent pas à ceux des autres. Pas plus que son intelligence, d'ailleurs, ne ressemble à celle des autres : affûtée, pointue, vive, exercée, habile, et pour cause, elle soulève le moindre signe sous la pierre et décode le plus petit souffle de sens là où il se trouve. Débordant un corps répondant plus lentement aux sollicitations du monde, Alexandre Jollien déploie une pensée claire, lucide et voyante. » Michel Onfray

  • " Enfant, j'ai adoré mon père.
    Adolescente, je l'ai détesté. Parce qu'il était harki, parce qu'il a soutenu l'armée française pendant la guerre d'Algérie, j'ai longtemps cru que mon père était un traître. Il n'a jamais nié. Il ne m'a jamais rien dit. Devant son silence, j'ai décidé de partir sur les traces d'un fellah et d'une bergère, mes parents, dont la vie a basculé un matin de juin 1962. Quarante ans après, j'ai refait leur parcours dans les camps où la France les a parqués : leur passé et mon présent se sont tissés, noués, intimement mêlés.
    Ces pages sont leur histoire et ma quête. Dans ce voyage au bout de la honte, j'ai découvert une horrible machinerie d'exclusion sociale et de désintégration humaine. Et puis, j'ai traversé la Méditerranée. En Algérie, j'ai poursuivi ma quête, dans une région en guerre contre l'islamisme, j'ai retrouvé des membres de ma famille et le village de mes parents qu'ils n'ont jamais revu. Là-bas, j'ai compris qui étaient vraiment les harkis, leur rôle clans la guerre d'Algérie, leurs tiraillements, leurs secrets aussi.
    J'ai enfin percé le silence qui pèse sur cette histoire. J'ai su, alors, pourquoi j'avais écrit ce livre : pour parler à mon père. " DK

  • Née en 1923, Diane Nemerov aurait pu suivre les rails de la grande bourgeoisie juive new-yorkaise dans laquelle elle a grandi.
    Mais, très tôt, son tempérament sombre et rebelle s'affirme et la détache du " moule ". Elle refuse d'aller à l'université et, au grand dam de ses parents, se marie à dix-huit ans avec Allan Arbus, son premier amour. Ensemble, ils créeront un studio de photo de mode et, collaboreront avec tous les grands magazines de mode américains. Cependant la frivolité et les contraintes commerciales de la mode ne siéent pas à Diane.
    -Munie de son Leica, elle commence à exercer son oeil autrement, pendant, les longues séances de pose avec les mannequins. Elle attendra pourtant le début des années 60 pour s'écarter encore de la route et, aller chercher ses propres visions, au hasard des rues de New York, dans les bas-fonds, là où aucun photographe ne s'était encore jamais aventuré. Ses modèles malmènent les conventions sociales, sexuelles, physiques.
    Monstres de foire, travestis, nains, géants, jumeaux, les freaks la fascinent parce qu'ils défient les normes et interrogent sans cesse le visible. Exploratrice insatiable, Diane Arbus repousse les limites, cherche, fouille, se heurtant ainsi aux violents rejets d'un public qui n'a encore jamais vu ça. Proche de Richard Avedon, de Marvin Israel et du groupe Condé Nast, sa vie nous entraîne dans le New York bouillonnant des armées 60.
    Photographe décisive et femme fragile, Diane Arbus connaîtra le destin des icônes tragiques de l'Amérique. La biographie de Patricia Bosworth est à ce jour la somme la plus complète et la plus détaillée sur la vie et l'oeuvre de Diane Arbus.

  • - Cette toute première biographie consacrée à l'un des derniers prix Nobel de littérature française retrace l'itinéraire d'un écrivain qui en dépit des innombrables thèses qui lui ont été dédiées reste tout à la fois universellement admiré et curieusement méconnu. La haute exigence formelle de cette oeuvre trop souvent jugée ardue a longtemps occulté une évidence qui jalonne toute la production écrite de Claude Simon : son ancrage dans un vécu complexe qui la traverse de part en part et dont elle revisite et décompose livre après livre les ressorts les plus intimes. Issu d'un milieu bourgeois et conservateur, très vite orphelin de père puis de mère, Claude Simon s'est construit dans une relation conflictuelle à ses origines. Il y a l'enfance, bien sûr, récurrente dans son oeuvre, mais également d'autres moments marquants, comme son expérience de la captivité pendant la Seconde Guerre mondiale, dont il rendra compte dans La Route des Flandres. Le refus du roman traditionnel qui l'a trop vite classé dans la mouvance du " nouveau roman " apparaît en ce sens tout à la fois comme une ascèse et comme une tentative sans cesse renouvelée d'explorer les non-dits et les secrets les plus enfouis d'un passé douloureux. Tout le propos de cette biographie richement documentée, et écrite d'une plume alerte et sensible, est de nous démontrer combien la vie de Claude Simon est d'abord et avant tout l'histoire d'une émancipation, et son oeuvre un exorcisme permanent des fantômes de la mémoire.

  • Autocritique

    Edgar Morin

    Publié pour la première fois en 1959, réédité en 1970 puis en 1991 (" Points "), Autocritique reparaît aujourd'hui avec une nouvelle préface.
    Entré simultanément, à vingt ans, en résistance et en communisme au moment de la bataille de Stalingrad, Edgar Morin a connu le doute à l'égard du second dès la Libération puis, de déchirements en désillusions, le rejet réciproque en 1951, au moment des procès et des purges de la " deuxième glaciation " stalinienne. Son appartenance au Parti avait duré dix ans, au cours desquels il avait vu comment l'Appareil pouvait faire du même être un brave ou un lâche, un héros ou un monstre, un martyr ou un bourreau. Ce livre est le récit sincère d'une déprise spirituelle.
    Dans ce détournement de l'exercice tristement célèbre de confession publique que le pouvoir soviétique exigeait de ceux qu'il voulait museler par tous les moyens, Edgar Morin ne se contente toutefois pas de dénoncer le dévoiement ou l'impasse du marxisme. En élucidant le cheminement personnel qui l'avait conduit à se convertir à la grande religion terrestre du XXe siècle, il restitue le communisme dans sa dimension humaine en montrant comment celui-ci a pu tout à la fois porter et trahir les idéaux et les aspirations de tant de militants.
    Ce témoignage, qui est celui d'une génération, est aussi une leçon toujours actuelle de discernement moral et politique.

  • Depuis sa mort en 1994, nul homme de théâtre ne fut plus complet que Jean-Louis Barrault. Né en 1910, il y a tout juste un siècle, il découvre la scène pendant l'âge d'or des années 1930. Successivement et simultanément jeune fauve du cinéma d'avant-garde, « comédien-français », vedette de cinéma, directeur de compagnie, baladin international, mime, il se fait tantôt servant de la tradition, tantôt provocateur de la modernité - comme lors de l'occupation en mai 1968 de son fameux Théâtre de l'Odéon, dont il sera chassé.

    Il a été, avec sa femme Madeleine Renaud, le disciple, l'ami ou l'interprète de tout ce que la vie artistique française a connu d'important jusqu'aux années 1970, de Dullin à Artaud, du surréalisme à Claudel, de Gide à Camus, de Sartre à Genet, mais aussi des peintres et des musiciens, des poètes et des danseurs...

    Sa vie est à l'image de ce répertoire richissime dont il fut, en alternance, l'interprète ou le metteur en scène. Il en fait ici le récit, avec une grande liberté de ton et d'effets, revenant sur les réussites ou les enjeux - ce sont les confessions d'un créateur. Mais il en dit aussi les difficultés et les incertitudes - et c'est le journal de bord d'un artiste accompli : celui d'un homme « qui se passionne pour tout et qui ne tient à rien ».

  • Les grandes renommées sont parfois trompeuses.
    De même que la légende de Montaigne enfermait celui-ci dans sa tour, le liant à ses carnets intimes et à ses Essais, au point de faire oublier ses chevauchées au service du bien public, la postérité aura surtout l'ait de Stendhal l'explorateur implacable du coeur humain, enfermé quelque part entre le salon de La Mole et le couvent de Fabrice. Or c'est peu dire que, de cet immobilité, il s'échappa souvent.
    Et magnifiquement. Le récit très " enlevé " de Jean Lacouture nous restitue un Stendhal rien moins que sédentaire. Il nous met sur les traces de l'écrivain français le plus continûment et follement jeté sur les routes d'Europe. C'est le Beyle voyageur que nous découvrons ici, l'écrivain de génie parcourant le continent, de la Prusse à l'Italie. Ce voyageur-là va d'enchantement en illumination et d'amours passionnées - d'Angela, la " catin sublime ", à Mina de Griesheim -, découverte de Mozart qui est pour lui " la quintessence de l'âme du Nord ".
    Ce Stendhal prit une part si active - et dangereuse - à la retraite de Russie, sur les traces de Napoléon, qu'on peut faire de lui le plus "aventurier" de tous nos romanciers. A l'auteur du Rouge et le Noir, on doit sans doute les plus profondes descriptions du coeur humain. Mais il a vécu comme un héros d'Alexandre Dumas.

    Sur commande
  • Trois siècles après sa mort, Rembrandt demeure le plus aimé et aussi le plus mystérieux des grands maîtres de la peinture, même si les nombreux autoportraits jalonnant son existence nous ont rendu son visage familier. En réalité nous possédons peu d'éléments biographiques : le fils du meunier de Leyde qui fut brièvement célèbre à Amsterdam et dont le génie fut apprécié de ses contemporains par intermittence, connut la ruine et mourut dans la pauvreté. Pourtant aucun artiste n'a autant stimulé l'imagination, aucun autre ne s'est vu attribuer autant d'oeuvres -- le processus inverse est d'ailleurs en cours.
    Pour Simon Schama, dont le livre a été en gestation pendant 20 ans, c'est dans les tableaux qu'il faut rechercher la véritable biographie de Rembrandt. L'étude qu'il nous fait de son parcours est minutieuse, se fonde sur un examen très fouillé de nombreux tableaux et dessins, d'un ton singulièrement personnel et passionné, d'une autorité parfois agressive, aussi convaincante que provocante.
    Ce livre dépasse largement les frontières de la biographie conventionnelle. Avec une immense sympathie pour son sujet et une profonde connaissance de la Hollande et des Hollandais au 17ème siècle (cf déjà L'embarras de richesses), Schama recrée le monde tel que Rembrandt le voyait et le percevait, avec ses bruits, ses odeurs, ses événements politiques, les influences qu'il eut à subir : à savoir les luttes acharnées entre Provinces Unies protestantes et Espagne catholique, le calvinisme austère dans sa Leyde natale ; les exigences des mécènes, les ambitions des contemporains ; l'importance des femmes (Saskia l'épouse bien aimée, Hendrickje Stoffel la maîtresse) ; et avant tout l'ombre écrasante du grand catholique anversois Pierre Paul Rubens, dont la carrière obséda Rembrandt pendant la première partie de sa vie.
    Un livre à facettes multiples débordant d'énergie intellectuelle. Schama a pleinement et brillamment rempli son objectif principal qui était de montrer comment Rembrandt est devenu Rembrandt, comment celui qui voulait être le Rubens de la Hollande -- et qui a échoué dans cette ambition -- est devenu peu à peu le maître admirable que nous mettons aujourd'hui au-dessus du peintre d'Anvers.
    Jamais livre ne nous a plongés pareillement dans l'oeuvre et la vie non pas d'un mais de deux peintres, le modèle Rubens, et surtout le disciple Rembrandt, en les replaçant dans une fresque historique et sociale d'une magnifique ampleur.

  • Au terme d'une minutieuse enquête, menée en Russie, en Ukraine et en Israël, Myriam Anissimov nous offre le compte-rendu détaillé du parcours de l'auteur de Vie et destin. L'écrivain a acquis progressivement la conscience de la tragédie du stalinisme. Victime d'un régime dont, dans les premiers temps, il était le partisan, il découvre, à travers les persécutions dont tout opposant est harcelé, et en particulier les Juifs, que le système est profondément destructeur. La biographe qui, pour écrire son livre (pendant plus de cinq ans) est allée dépouiller, sur place, les archives des services secrets russes et a rencontré la famille de l'écrivain, qui lui a donné accès à toute la correspondance et tous les albums familiaux, raconte, à travers l'extraordinaire destin d'un écrivain (chimiste de profession), d'abord célébré par le régime, puis de plus en plus critique à mesure qu'il prend conscience de la stratégie totalitaire du stalinisme et surtout lorsqu'il devient lui-même victime de l'antisémitisme, toute l'histoire de l'ancienne URSS. Grossman mourra sans avoir assisté à la publication de son ouvrage fondamental, document exceptionnel sur la manipulation et la destruction des individus, au nom d'un hypothétique bien collectif. La maladie aura raison de sa résistance et c'est grâce à la ténacité de ses proches et amis que son chef-d'oeuvre verra le jour. Avec une grande honnêteté, Myriam Anissimov suit le parcours d'un intellectuel ambitieux, à la vie sentimentale tourmentée. Outre d'importants cahiers photos et des appendices d'une grande rareté historique (minutes d'interrogatoires et de procès, listes de condamnation, discours politiques), le récit de Myriam Anissimov offre de nombreuses informations sur l'arrière-fond familial, psychologique, éditorial, administratif et politique qui a servi de base à l'oeuvre de Vassili Grossman, sur les goulags, sur les persécutions raciales, sur les polémiques littéraires.

  • - A l'occasion du cinquantenaire des Indépendances africaines, célébré durant toute cette année en France comme dans 14 pays d'Afrique, et du quarantième anniversaire de l'avènement de la notion même de francophonie, paraît la première biographie consacrée à Ahmadou Kourouma, écrite par le journaliste et écrivain Jean-Michel Djian. L'auteur retrace (il ne s'agit pas ici d'une biographie à thèse, ni d'un compte rendu exhaustif, mais d'une biographie inspirée, intuitive) l'itinéraire surprenant du grand écrivain ivoirien, montrant combien Kourouma est devenu une figure incontournable dont se réclame aujourd'hui toute la nouvelle génération des écrivains africains, de Kossi Efoui à Fatou Diome, de Abdourahman Waberi à Alain Mabanckou. Il a clos un " siècle désespéré " et ouvert une nouvelle page, en émancipant l'Afrique des questionnements de l'héritage colonial et post-colonial, et en libérant de façon décisive une parole entravée par des discours dominants d'inspiration le plus souvent " ethnologique ". En ce sens, il est l'illustration d'une certaine modernité africaine qui, mise à l'épreuve des espoirs et des désillusions des Soleils des Indépendances, s'est patiemment constituée, envers et contre tout, durant ces dernières décennies. On n'oubliera pas que cet emblème majeur de la francophonie, d'abord découvert par un éditeur québécois, puis légitimé par un prix en Belgique, a été définitivement consacré en France par le Seuil.

    - Jean-Michel Djian est journaliste, ancien rédacteur en chef du Monde de l'Education. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Léopold Sédar Senghor, genèse d'un imaginaire francophone (Gallimard, 2005). Il est éditorialiste à Ouest-France, grand reporter à Jeune Afrique et chroniqueur au journal La Croix et au Monde 2.

  • Peu de ses lecteurs savent qu'Edgar Morin a tenu depuis l'adolescence, par intermittence, des journaux intimes dont seule une partie a été publiée, quand une autre a été perdue et une troisième était restée jusqu'ici confidentielle et inaccessible au public.Ce premier tome du Journal, qui couvre trois décennies (1960-1980), réunit des ouvrages déjà publiés, mais pour certains méconnus, et plusieurs textes inédits : Le Vif du sujet (nov. 1962-oct. 1963), interrogation d'un homme en convalescence sur les fondements de ses conceptions, peu à peu entrecoupée par les événements qui marquent sa renaissance à la vie ; le Journal de Plozévet (1965), carnet de terrain de sa célèbre enquête sur cette commune bretonne et témoignage en direct de la mutation de la campagne française ; le Journal de Californie (sept. 1969-juin 1970), découverte d'une Amérique " en transe ", dont le tourbillon culturel croise le propre mouvement de sa pensée ; une ébauche inédite de questionnement sur sa position au sein de la gauche et dans le milieu intellectuel (1973) ; le Journal d'un livre (juil. 1980-fév. 1981), tenu parallèlement à l'écriture de Pour sortir du XXe siècle, et " Le serpent " (oct. 1981), aparté et mise en abyme de cet exercice sur fond de trahison éditoriale ; " Krisis " (1987), enfin, épisode sombre, qui préfigure d'autres " années cruelles ".Loin de ne constituer qu'un volet anecdotique ou un simple exercice de style, ces journaux éclairent la trajectoire d'un penseur hors norme.

  • Peu de ses lecteurs savent qu'Edgar Morin a tenu depuis l'adolescence, par intermittence, des journaux intimes dont seule une partie a été publiée, quand une autre a été perdue et une troisième était restée jusqu'ici confidentielle et inaccessible au public. Les deux tomes de ce Journal, réunis ici sous coffret, couvrent cinq décennies et rassemblent des ouvrages déjà publiés, mais pour certains méconnus, et de nombreuses séquences inédites, notamment la partie la plus contemporaine, qui occupe près de la moitié du second volume.
    Illustration en acte de la " pensée complexe ", les journaux d'Edgar Morin entrelacent esquisses d'analyses, observations objectives et impressions subjectives, considérations sur les choses vues, vécues ou lues, réflexions et jugements inspirés par l'actualité, interrogations et notations personnelles sur les événements frappants, comiques, heureux ou tragiques de l'existence comme sur ses détails et moments quotidiens. Attentif à saisir l'épaisseur du réel et les aspérités de la matière humaine, le diariste s'y montre en revanche peu soucieux de gommer ses faiblesses pour, à la manière classique du " journal littéraire ", se " statufier dans des poses nobles ".

  • Matisse est l'un des peintres les plus aimés de notre époque.
    Pourtant, il a fallu attendre ce livre pour que l'histoire de sa vie paraisse au grand jour. comme le savait déjà aragon, cette vie est un roman.
    A la charnière du xixe et du xxe siècle, matisse est le héros moderne. au cours de cette période, des forces puissantes se mettent en mouvement. il les capte, s'aimante et se forme à leur contact. tout s'enchaîne : paris, la politique, les " affaires " ; signac et le mouvement anarchiste ; gertrude stein et picasso ; un village nommé collioure ; les insultes, le mépris des représentants de l'art officiel ; l'amour, la solitude, l'ascèse.
    Et l'explosion de la couleur.
    Guidée par nue intuition sans faille, hilary spurling raconte de manière magistrale comment, en france, l'art, les idées et la vie fusionnent pour produire un matisse. mais surtout, elle va chercher jusqu'aux racines : l'enfance dans une petite ville picarde, au milieu des fumées d'usine, la famille, les prussiens, l'austérité, toute une pré-histoire à laquelle matisse va s'arracher, en payant le prix fort.

    Salué lors de sa parution en angleterre, puis aux etats-unis, comme un chef-d'oeuvre, ce livre, fruit de huit années de recherches, devrait trouver sa place parmi les grandes biographies de notre temps.

  • L'entretien

    Jelinek/Lecerf

    En 2004, Elfriede Jelinek, romancière et dramaturge autrichienne, obtient le prix Nobel de littérature. Elle est surtout connue pour son roman autobiographique La Pianiste et pour son engagement politique. Ce livre est issu d'un long entretien enregistré, en 2004, à Vienne, par Christine Lecerf. Cette conversation poignante entre deux femmes complices et passionnées de littérature révèle des facettes tout à fait inconnues d'un écrivain lucide, sensible et drôle. Entre elles, il est question du paysage de l'enfance, des charniers de l'histoire, de la langue de l'homme, de la parole de la femme, de la subversion de la phrase et de la vie des mots. Car Elfriede Jelinek est avant tout une virtuose dans l'art de faire avouer à la langue ce qu'elle tait.

  • Jean Sénac, fils bâtard d'une modiste espagnole et d'un coiffeur français, est né en 1926 à Béni-Saf, port minier algérien. Il a rapidement voulu être poète et critique littéraire. Dès la fin de la guerre de 39-40, il fonde la revue "Terrasses" et se lie à de nombreux poètes écrivains. C'est à Albert Camus qu'il doit sa première publication, Poèmes, dans la collection "Espoir" chez Gallimard, en 1954, avec une préface de René Char. Entre 1954 et 1962, Jean Sénac s'installe en France, mais participe à la lutte du peuple algérien en restant en contact avec des combattants et en exprimant sa solidarité dans ses poèmes, que publie non plus Gallimard (du fait des positions de plus en plus ambiguës de Camus), mais Subervie. Sénac ne rompra jamais totalement avec Camus, mais polémique, tout comme Jean Amrouche, avec l'écrivain que la guerre d'indépendance déchire. En 1962, il retourne en Algérie, où il prend des fonctions officielles dans l'Union des Ecrivains, et où il est considéré comme algérien. En 1965, il est séquestré par les services secrets de Boumédiène, mais libéré au bout d'une semaine. Simple intimidation. Son homosexualité affichée, sa critique d'une nouvelle Nomenklatura ne plaisent pas. Il est cependant toujours chargé d'une émission littéraire à la radio algérienne. On ne l'en licenciera qu'en 1971. Il est assassiné deux ans plus tard, poignardé dans le taudis où il vivait. On accuse l'un de ses amis, mais c'est un bouc émissaire. Il s'agit probablement d'un assassinat politique. En 1968, Gallimard avait publié Avant-corps, mais la plupart des poèmes de Sénac avaient paru chez Subervie ou de petits éditeurs, avant d'être réunis par Actes Sud.

  • Ce livre conte la très édifiante histoire d'un maréchal de France, de son vivant couvert d'honneurs : pour Sainte-Beuve, " sa moralité essentielle " était un exemple pour la jeunesse.
    En réalité, massacres et appât effréné du lucre furent les seuls ressorts de sa vie : pour Victor Hugo, " Ce général avait les états de service d'un chacal."Achille de Saint-Arnaud construit sa carrière sur la conquête de l'Algérie. Après la prise de Constantine, il se vante : " Je me sentais un peu boucher. " Avec d'autres généraux, il applique la stratégie de la terre brûlée pour affamer les populations, et les " enfumades " pour exterminer tous les habitants de villages algériens dans des grottes.
    Lors du coup d'État du 2 décembre, il massacre les Parisiens au canon. Il meurt emporté par une diarrhée incoercible au lendemain de la bataille de l'Alma, chef d'une expédition contre la Russie qui visait - déjà - à établir un nouvel ordre mondial. On lui fait des funérailles nationales.Mais cette chronique n'est pas une simple biographie. C'est un pan de la face noire de l'histoire de France du XIXème siècle qui se découvre.
    Une fresque où figurent les souverains de l'époque, Charles X, Louis-Philippe, Napoléon III ; des ministres, Guizot, Thiers, Morny, des généraux, Bugeaud, Cavaignac, Changarnier, d'illustres penseurs, Louis Veuillot, Alexis de Tocqueville. Et bien entendu, défendant sa terre algérienne, la grande et implacable figure de l'émir Abd el-Kader." Un livre cruel, terrible, assassin. " Edwy Plenel.

  • La quête obsessive, et le plus souvent frustrée, de l'amour est le thème fondamental de toute l'oeuvre de Federico Garcia Lorca, depuis la prose et les poèmes de l'adolescence jusqu'à La maison de Bernarda Alba, sa dernière oeuvre. Mais ce n'est qu'aujourd'hui, après des décenies de silence, d'occultations et de pudibondries qu'il est possible d'analyser cette oeuvre à la lumière de l'homosexualité du poète, impossible à assumer dans une Espagne intolérante et machiste. Dans ce livre passionnant et passionné, le grand hispaniste Ian Gibson analyse minutieusement les écrits intimes du jeune Lorca, imprégnés d'angoisse sexuelle, et jette une lumière neuve sur l'oeuvre du poète, déchiré entre le chrétien et le dionysiaque, entre la chair et l'esprit, qui, en dépit de tous les obstacles a tenté de vivre et d'écrire sans jamais se trahir.Ce livre constitue un apport essentiel et bouleversant à l'oeuvre de Federico Garcia Lorca et s'adresse à tous ceux qui aiment sa poésie, qu'ils en soient des spécialistes ou non.

  • Illustration en acte de la " pensée complexe ", les journaux d'Edgar Morin entrelacent esquisses d'analyses, observations objectives et impressions subjectives, considérations sur les choses vues, vécues ou lues, réflexions et jugements inspirés par l'actualité, interrogations et notations personnelles sur les événements frappants, comiques, heureux ou tragiques de l'existence comme sur ses détails et moments quotidiens. Attentif à saisir l'épaisseur du réel et les aspérités de la matière humaine, le diariste s'y montre en revanche peu soucieux de gommer ses faiblesses pour, à la manière classique du " journal littéraire ", se " statufier dans des poses nobles ".
    Dans la continuité du premier tome du Journal, le second mêle opus déjà publiés et séquences inédites, avec, ici, près de la moitié du volume occupée par ces dernières et leur quasi-continuité sur une décennie complète (2001-2010). Débutant par le " Journal de Chine " (août 1992), relation d'un voyage effectué trois ans après le Printemps de Pékin, et continué par ces deux journaux de la fin d'un siècle que sont Une année Sisyphe (janv.-déc. 1994) et Pleurer, aimer, rire, comprendre (janv. 1995-janv. 1996), il s'achève par le récit des " années cruelles " qui marquent pour Edgar Morin, avec l'ouverture du nouveau millénaire, l'ultime décennie d'Edwige, sa compagne, emportée par la maladie.

  • C'est une vie extraordinaire.
    Celle d'une femme dont le courage force l'admiration. un destin, tragique et héroïque à la fois, qui croise sans cesse la grande histoire. yvonne pierron entre en religion à l'âge de dix-sept ans pour combattre la misère et l'injustice. sa vie de missionnaire la conduit en argentine. elle travaille comme infirmière dans les bidonvilles de buenos aires ou chez les planteurs de tabac du nord du pays.
    Victime des persécutions que les militaires argentins infligent à tous les hommes et les femmes de " gauche " à partir du coup d'etat de 1976, yvonne échappe de très près à la mort tandis que deux de ses proches compagnes, alice domon et léonie duquet, sont assassinées dans des conditions abominables. le général videla et le lieutenant astiz - " l'ange blond de la mort " - sont les acteurs maléfiques de ce drame, devenu l'un des pires symboles de cette époque.
    Après avoir fui l'argentine dans le plus grand secret, yvonne rejoint le nicaragua, passé aux mains des révolutionnaires sandinistes. mais le grand amour de cette fille de résistants alsaciens se nomme argentine. elle y vit toujours, à près de quatre-vingts ans, poursuivant son combat dans un village perdu au milieu des forêts.

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