Arts et spectacles

  • Ce livre présente une réflexion de sociologue-spectateur de cinéma, face à des
    films documentaires réalisés, non par des sociologues, mais par des
    professionnels de l'audiovisuel travaillant en particulier sur un terrain déjà
    bien investi par la sociologie, le milieu populaire. La question posée est
    celle-ci : quand un film documentaire est susceptible d'une lecture
    sociologique, peut-on dire de l'auteur-cinéaste qu'il fait oeuvre de
    sociologie ? qu'il est en quelque sorte un sociologue moderne, qui traduirait
    une façon sociologique d'appréhender le réel en se servant d'images en guise de
    mots ? L'auteur propose une réponse à cette question, en dressant une
    comparaison entre les productions cinématographiques et sociologiques portant
    sur des sujets parallèles et en donnant libre cours aux développements plus
    contingents suscités par ce rapprochement. Prenant pour référence rémanente le
    film majeur d'Hervé Le Roux, Reprise, dont tout le monde connaît désormais la
    scène célèbre de sortie d'usine où une jeune femme exprime avec vigueur son
    désarroi au moment de reprendre le travail après la grève, Yvette Delsaut
    décortique de manière aussi concrète que minutieuse les moyens par lesquels
    sont produits l'adhésion et l'empathie du spectateur mais elle montre également
    les modes de connaissance que permet d'atteindre l'enregistrement d'images
    filmées. Elle fait également apparaître le décalage entre le point de vue du
    cinéaste et le point de vue du sociologue, décalage parfois recherché notamment
    lorsque le cinéaste conteste ou même refuse par principe le point de vue
    sociologique. Après avoir lu ce livre, on comprend pourquoi la posture naïve
    d'observateur innocent ou de cinéaste sans parti pris est en réalité intenable
    et jamais tenue. Ce livre écrit par une sociologue qui a particulière ment
    travaillé sur les questions d'inégalités sociales devant l'école et sur les
    milieux populaires s'adresse aux étudiants et chercheurs en sciences sociales
    qui s'intéressent aux nouvelles méthodes de recueil d'information et
    d'observation, mais aussi aux auteurs de films documentaires qui se confrontent
    à des objets « sociologiques » et, plus généralement, aux lecteurs d'ouvrages
    portant sur la question sociale comme aux spectateurs de films décrivant le
    monde social. Il permet de décrypter ou du moins de fournir des instruments
    d'analyse permettant de maîtriser un peu mieux les effets de l'évidence
    immédiate du réel que porte en elle l'image et, plus particulièrement, l'image
    filmée.

  • Fondé en 1973 par Jean-Paul Sartre, Libération voulait « donner la parole au peuple » et « lutter contre le journalisme couché ». Pour accomplir un tel projet, l'équipe du journal s'accordait sur l'essentiel : pas de publicité, égalité des salaires, le capital aux salariés. Au début des années 1980, Libération s'est lancé à la conquête des annonceurs publicitaires et des cadres urbains à haut revenu. Il a ouvert son capital. Le journal militant s'est transformé en entreprise de presse, rachetée par le groupe Chargeur en 1996 puis renflouée en 2005 par le banquier Édouard de Rothschild. Depuis vingt-cinq ans, le quotidien camoufle son conservatisme économique par ses « audaces » culturelles. Car Libération fut aussi le laboratoire d'une métamorphose. Celle d'une gauche convertie au libéralisme, aiguillonnée par des médias eux-mêmes acquis à ce nouveau culte. À travers l'analyse d'un cas exemplaire, ce livre examine les ressorts d'une révolution conservatrice
    dans la vie intellectuelle française.

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