Sciences humaines & sociales

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Stefan Zweig. "Écrire l'histoire de Marie-Antoinette, c'est reprendre un procès plus que séculaire, où accusateurs et défenseurs se contredisent avec violence. Le ton passionné de la discussion vient des accusateurs. Pour atteindre la royauté, la Révolution devait attaquer la reine, et dans la reine la femme. Or, la vérité et la politique habitent rarement sous le même toit, et là où l'on veut dessiner une figure avec l'intention de plaire à la multitude, il y a peu de justice à attendre des serviteurs complaisants de l'opinion publique. On n'épargna à Marie-Antoinette aucune calomnie, on usa de tous les moyens pour la conduire à la guillotine; journaux, brochures, livres attribuèrent sans hésitation à la «louve autrichienne» tous les vices, toutes les dépravations morales, toutes les perversités; dans l'asile même de la justice, au tribunal, le procureur général compara pathétiquement la «veuve Capet» aux débauchées les plus célèbres de l'Histoire, à Messaline, Agrippine et Frédégonde." - Stefan Zweig.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Arthur Schopenhauer. "Le Monde comme volonté et comme représentation", oeuvre majeure de la philosophie occidentale, est une tentative d'explication complète du monde doublée d'une critique radicale de celui-ci. L'ouvrage est divisé en quatre livres traitant d'épistémologie, de métaphysique, d'esthétique et d'éthique. Le premier livre traite du monde comme représentation (phénomène). Le second énumère les degrés et les formes de manifestation de la volonté dans la nature. Le troisième est consacré à la théorie de l'art. Le quatrième expose les problèmes de la morale et de la philosophie de la religion. À ces quatre livres, le philosophe allemand a rajouté une suite de "Compléments" dans lesquels il précise sa pensée. Schopenhauer analyse la doctrine kantienne de la chose en soi ainsi que la théorie platonicienne des idées. Il affirme que le monde sensible n'est que pure volonté, cette volonté étant la somme des forces conscientes et inconscientes qui se manifestent dans l'univers. Il affirme également que ce monde sensible ne nous est donné que comme réalité fictive, ou représentation. Le monde de la volonté, qui fonde celui de la représentation, est dégagé des caractères de ce dernier: alors que la représentation est déterminée par l'espace, le temps et la causalité, la volonté est en revanche unique. Alors que la représentation est réglée par le principe de raison, la volonté est irrationnelle. Une première voie de libération de cette volonté irrationnelle est l'art. S'opposant aux grands maîtres de l'idéalisme classique et de l'historicisme, le philosophe soutient que le pessimisme est la véritable conception du monde, telle qu'elle a été révélée aux grands génies artistiques et aux fondateurs des grandes religions. Il se refuse à admettre que l'humanité progresse au cours de l'histoire, celle-ci n'étant qu'une succession d'apparences trompeuses. Schopenhauer, inspiré ici entre autres par la philosophie orientale et son approche cosmique de l'existence individuelle (influence des Upanishad et de la Bhagavad-Gita), pose avec force le problème de la personnalité individuelle et de la nature propre de l'individu spirituel. Son "Monde comme volonté et comme représentation" a donné naissance à un nouveau courant de pensée qui a amené la philosophie contemporaine à une plus grande compréhension de la complexité de la vie de l'individu. Les traits distinctifs de sa réflexion, comme la méfiance en la raison et le pessimisme, ont eu une très forte influence sur la culture des XIXe et XXe siècle, aussi bien en littérature (Tolstoï, Maupassant, Kafka, Mann,...), qu'en philosophie (Nietzsche, Bergson, Wittgenstein, Freud,...).

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Friedrich Nietzsche. Sous-titré "Réflexions sur les préjugés moraux", "Aurore" compte 575 aphorismes répartis en cinq livres sur "la morale considérée comme préjugé". Bien que ce livre marque le début de sa campagne contre la "moraline" - commencée avec "Humain, trop humain" et poursuivie avec "Par-delà bien et mal" et "Généalogie de la morale" - on n'y rencontre aucune attaque, aucune négation, aucune malignité. "Aurore" est au contraire plein du pressentiment d'une "transmutation de toutes les valeurs" qui enseignera aux hommes à dire "Oui à la vie" en se débarassant du mensonge du moralisme. Bien que méfiant envers les imposteurs moraux, Nietzsche n'entend cependant pas nier la moralité et ne nie pas que des hommes agissent pour des "raisons morales", mais il nie que l'hypothèse sur laquelle ils se fondent ait un fondement réel. Pareillement, il nie l'immoralité. L'idée de "l'innocence du devenir" s'impose au philosophe. Prônant la libération de la pensée, il exprime ici ce que peut avoir d'ennuyeux la culture si on la conçoit sans enthousiasme et en dehors de la vie. Nietzsche avertit d'ailleurs lui-même que son ouvrage n'est pas fait pour être lu du commencement à la fin. Il faut au contraire l'ouvrir souvent "puis regarder ailleurs et ne rien trouver d'habituel autour de soi".

  • Denis Diderot (1713-1784) a lui-même rédigé plusieurs milliers d'articles de son Encyclopédie, dont cet essai sur le Beau, qui constitue l'une des contributions les plus remarquables des encyclopédistes à la philosophie de l'Art. Publié en 1752 dans le deuxième tome de l'Encyclopédie, le philosophe des Lumières cherche à y résoudre l'énigme de la beauté et du sublime. Dans son souci d'universalisme, il ne se réfère pas seulement au beau artistique et à l'expérience esthétique mais traite d'un concept plus général de beauté qui a affaire avec l'histoire de l'expérience humaine. Au-delà du sensualisme, il défend une thèse selon laquelle "la perception des rapports est l'unique fondement de notre admiration et de nos plaisirs" et insiste sur le pouvoir d'évocation des figures de rhétorique et des procédés de style comme critère esthétique. "J'appelle donc beau hors de moi, tout ce qui contient en soi de quoi réveiller dans mon entendement l'idée de rapports; et beau par rapport à moi, tout ce qui réveille cette idée". La présente édition reprend le titre de Taité du Beau utilisé dans les trois éditions publiées du vivant de l'encyclopédiste, et en sous-titre celui choisi par Naigeon lors de la première édition des Oeuvres de Diderot, en 1798: Recherches philosophiques sur l'origine et la nature du beau. Le texte est suivi d'une brève biographie de Diderot.

  • Immanuel Wallerstein : "Lorsque j'étais à l'Université vers la fin des années quarante, on nous apprenait les vertus et les réalités de la modernité, du fait d'être moderne. Aujourd'hui, un demi-siècle plus tard, on nous enseigne les vertus et les réalités de la postmodernité. Que diable est-il arrivé à notre modernité pour que, d'unique voie de salut, elle se voit déchue au rang de piètre démone ? La modernité dont on nous parlait alors, était-ce bien la même que celle dont il est question aujourd'hui ? A la fin de quelle modernité nous trouvons-nous ?"

  • Dans son essai La désobéissance civile (Civil Desobedience, 1849) Thoreau proclame son hostilité au gouvernement américain, qui tolère l'esclavagisme et mène une guerre de conquête au Mexique.
    Refusant de payer ses impôts, alors même qu'il est en désaccord avec la politique de l'état, il est arrêté et doit passer la nuit au poste. L'essai eut une grande influence sur le Mahatma Gandhi et sur Martin Luther King.
    Ce texte historique intéressera toute personne concernée par la politique et particulièrement par le débat qui a lieu en ce moment autour de la désobéissance civile.
    Les "faucheurs" de plants de maïs transgéniques, les associations qui, comme Droit au Logement (DAL), et jusqu'aux opposants à l'avortement, nombreux sont ceux pour qui la désobéissance à la loi devient une forme d'action politique.

  • Biographie de Jean-Paul Sartre suivie d'une Brève histoire de l'Existentialisme et d'un article sur Sartre au Proche-Orient. Le succès de Jean-Paul Sartre, à l'origine de l'existentialisme, prit à partir de 1945 des proportions étonnantes et le philosophe devint, avec Simone de Beauvoir, le centre d'une constellation d'artistes de talent. Du point de vue philosophique, il vaudrait mieux parler d'"existentialismes français" au pluriel et distinguer une tendance chrétienne, où se situeraient Gabriel Marcel, Emmanuel Mounier, Jean Wahl, et une tendance athée, représentée par Jean-Paul Sartre et Maurice Merleau-Ponty.

  • Biographie de Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière (1622-1673), auteur entre autres des Précieuses ridicules, de L'École des femmes, du Misanthrope, de L'Avare, des Fourberies de Scapin et du Malade imaginaire. Il faut avouer que Molière a tiré la comédie du chaos, ainsi que Corneille en a tiré la tragédie. Il avait une autre sorte de mérite, que ni Corneille, ni Racine, ni Boileau, ni La Fontaine n'avaient pas: il était philosophe (Voltaire). Molière est le plus parfait auteur comique dont les ouvrages nous soient connus. Mais qui peut disconvenir que le théâtre de ce même Molière, des talents duquel je suis l'admirateur plus que personne, ne soit une école de vices et de mauvaises moeurs (Jean-Jacques Rousseau). L'observation donne Sedaine, l'observation plus l'imagination donne Molière, l'observation plus l'imagination plus l'intuition donne Shakespeare (Victor Hugo). S'il était possible de corriger entièrement les hommes en les faisant rougir de leurs ridicules, de leurs défauts et de leurs vices, quelle société parfaite n'eût pas fondée ce législateur sublime (Honoré de Balzac).

  • Biographie de Saint-Simon. La vie de Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, sert de préface à ses célèbres Mémoires. Il est avant tout un écrivain hors pair, un maître du style. L'a-t-on reconnu d'emblée ? Non. Ses manuscrits longtemps inédits sont c'abord prêtés aux historiens du roi, à Mme de Pompadour, à Marmontel, qui en pressent la valeur. De mauvaises éditions falsifiées, tronquées, n'empêchent pas Chateaubriand de reconnaître un égal. Les historiens l'utilisent -- Macaulay en Angleterre, Michelet en France -- mais ils relèvent des erreurs, critiquent l'esprit. Enfin, à la suite de Sainte-Beuve et, plus tard, de Marcel Proust, on rend hommage à son génie, on reconnaît l'écrivain. A ce titre, quel est son rang ? Comme mémorialiste, Saint-Simon est à mi-chemin entre le Cardinal de Retz et Chateaubriand, leur égal. Comme écrivain, sa place est auprès de Molière, de Bossuet, de Montesquieu, de Voltaire, de Diderot et de Rousseau.

  • Pour Schopenhauer, qui reconnaît que l'amour est depuis toujours la grande affaire des hommes, les choses doivent cependant rester claires: "Les mariages d'amour sont conclus dans l'intérêt de l'espèce et non au profit de l'individu." Selon lui, la Nature n'a aucune considération pour le bonheur de l'individu, seule compte la survie de l'espèce. Bien avant ses lecteurs Nietzche, Freud et Bergson, et surtout bien avant les recherches contemporaines en neurobiologie et en sciences cognitives, l'auteur du Monde comme volonté et comme représentation s'applique ainsi à démontrer que c'est le "vouloir-vivre" de l'espèce humaine qui engendre nos histoires d'amour selon des critères de complémentarité génétique inscrits dans notre "inconcient biologique". Pour le philosophe célibataire, la passion amoureuse est une "ruse du génie de l'espèce" et l'amour ne serait en réalité qu'une attraction sexuelle idéalisée à travers les romans et la poésie, une illusion par laquelle la nature réalise son véritable objectif qui est la procréation et la sélection des meilleurs reproducteurs: "Toute inclination amoureuse, en effet, pour éthérées que soient ses allures, prend racine uniquement dans l'instinct sexuel, et n'est même qu'un instinct sexuel plus nettement déterminé, plus spécialisé et, rigoureusement parlant, plus individualisé". Cela dit, "J'entends d'ici les cris qu'arrache aux âmes élevées et sensibles, et surtout aux âmes amoureuses, le brutal réalisme de mes vues, et cependant l'erreur n'est pas de mon côté. La détermination des individualités de la génération future n'est-elle pas, en effet, une fin qui surpasse en valeur et en noblesse tous leurs sentiments transcendants et leurs bulles de savon immatérielles ?" interroge-t-il. Ce très beau texte de philosophie à l'origine de multiples débats sur la supposée opposition entre Nature et Culture, est suivi d'un appendice sur l'homosexualité tout aussi sujet à discussion.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Sigmund Freud. En distinguant les périodes qui scandent le trajet de Freud vers la conquête de l'objet psychanalytique, on peut distinguer une première période consacrée à l'exploration, via les formations inconscientes, des modalités conflictuelles des pulsions et du refoulement. Le rêve y fournit, comme objet d'interprétation, la voie royale et le Schibboleth d'accès à l'inconscient. D'où l'importance de ce texte inaugural de la psychanalyse, aussi précis que lumineux, sur l'Interprétation des rêves, où Freud expose sa thèse majeure sur le rêve comme accomplissement d'un désir refoulé. Pour le futur auteur de "Psychopathologie de la vie quotidienne" et du "Mot d'esprit dans sa relation avec l'inconscient", le rêve possède un sens qui peut être interprété pour dévoiler la névrose.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'August Strindberg. Dans le vaste ensemble des textes autobiographiques de Strindberg, "L'Écrivain" est une oeuvre à part. Il ne s'agit plus, écrit l'auteur du "Plaidoyer d'un fou", de se confesser ou de mémorialiser, mais de dresser un bilan intellectuel et de puiser dans cette mise au net une orientation pour l'avenir. Il y dose minutieusement quelle part de lui-même il a prêtée à chacun de ses héros passés et le lecteur se retrouve au plus près de l'auteur lui-même, Strindberg, avec son caractère polémique, sa critique sociale et politique décapante, ses partis pris, ses révoltes et ses attaques contre Dieu, l'art, le féminisme, les classes bourgeoises ou encore les progrès de la civilisation. C'est l'époque où il ne croit plus aux créations artistiques et se prépare à "rompre avec la poésie, cette vieille pécheresse, pour prendre rang parmi les journalistes", même si sa vie intérieure demeure toujours aussi riche de contenu, aussi tourmentée et aussi violente qu'avant. "Je me sens mieux parce que j'ai lu Strindberg. Je ne le lis pas pour le lire, mais pour me blottir contre sa poitrine. Cette rage, ces pages gagnées à la force du poing..." (-Kafka). "J'ai été surpris par la découverte de cette oeuvre qui exprime de façon grandiose ma propre conception de l'amour: dans ses moyens, la guerre, dans son essence, la haine mortelle des sexes." (- Nietzsche).

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Antonio Gramsci. C'est en prison où, condamné par le régime fasciste de Mussolini, il passa onze années, de 1926 à sa mort en 1937 (à l'âge de 46 ans), qu'Antonio Gramsci, théoricien et militant communiste, écrivit avec ses célèbres "Carnets de prison" ces 428 lettres dans lesquelles il aborde les sujets les plus divers et les plus difficiles de politique, de philosophie, d'histoire intellectuelle et sociale, d'art et de littérature. Attestant la maturité et l'autorité de sa réflexion, elles reflètent sa survie quotidienne en captivité, qu'il endure avec un courage tranquille et constant, ses relations avec sa famille, ses profondes qualités humanistes, mais aussi ses travaux de recherche en histoire et en science politique, notamment sur le marxisme, qui ont constitué une référence incontournable de la vie politique italienne et européenne du XXe siècle et restent toujours de la plus vive actualité.


  • Après Stirner, Proudhon et Bakounine, Pierre Kropotkine poursuit le grand rêve libertaire : ce prince russe devenu géographe de renom se fait le généalogiste d'une morale anarchiste qui dénonce les fausses morales imposées depuis des lustres par « le prêtre, le juge, le gouvernant ».Avec La Morale anarchiste (1889), livre virulent et raisonné, il montre que seul l'instinct d'entraide est le dépositaire des valeurs humaines à construire.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Jean-Jacques Rousseau. Publié en 1755, le "Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes" est le second essai philosophique de Jean-Jacques Rousseau. Dans ce texte célèbre, sur lequel repose toute une partie de la littérature politique moderne, le philosophe établit les fondements de sa doctrine sur l'homme et la société en affirmant que tous les maux et les misères, causes de l'inégalité parmi les hommes, découlent uniquement de l'état social. Les contemporains de Rousseau virent dans cet ouvrage un réquisitoire implacable contre les institutions sociales et politiques de leur temps. Il contient en germe les éléments de la thèse que Rousseau soutiendra plus tard dans le "Contrat Social". Le "Discours sur les sciences et les arts", publié quant à lui en 1751, est l'occasion pour Rousseau d'exposer ses idées où apparaît déjà la base de toute son oeuvre future, à savoir: la nature avait fait l'homme bon, la société l'a fait méchant; l'homme était libre et heureux, la société le rend esclave et misérable; la tare de la société est l'inégalité. Plus l'état social est avancé, plus il est corrompu.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Voltaire. Le "Dictionnaire philosophique" est un recueil de notes philosophiques rangées par ordre alphabétique condensant l'essentiel des idées philosophiques, morales, politiques et religieuses de Voltaire. De "Abbé" à "Vertu" en passant par "Amour", "Dieu", "Égalité", "Idolâtrie", "Fanatisme" ou encore "Tyrannie", on y trouve dans le plus pur esprit des "Lumières" des anecdotes, de la théologie, des sciences, de l'histoire, de la musique, des vers ou encore des dialogues qui se révèlent toujours d'actualité plus de deux siècles et demi après leur publication. La doctrine voltairienne contre "L'Infâme" donne une unité à l'ensemble et la forme du "dictionnaire" convient très bien à l'auteur de "Candide" qui y recourt à plusieurs reprises. En 1764 paraît d'abord un premier volume de 73 articles intitulé "Dictionnaire philosophique portatif". Publié anonymement, il est condamné, mis à l'index et brûlé par la censure. Vinrent ensuite jusqu'en 1769 plusieurs éditions successives enrichies de nouveaux articles (jusqu'à 118 au total) et intitulées "Questions sur l'Encyclopédie" et "La raison par l'alphabet". Le tout sera enfin fondu en 1785, après la mort de Voltaire, dans le "Dictionnaire philosophique" de la Société Littéraire Typographique de Kehl.


  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Walter Benjamin. "L'objet de ce livre est une illusion exprimée par Schopenhauer, dans cette formule que pour saisir l'essence de l'histoire il suffit de comparer Hérodote et la presse du matin. C'est là l'expression de la sensation de vertige caractéristique pour la conception que le XIXe siècle se faisait de l'histoire. Elle correspond à un point de vue qui compose le cours du monde d'une série illimitée de faits figés sous forme de choses. Le résidu caractéristique de cette conception est ce qu'on a appelé "l'Histoire de la Civilisation", qui fait l'inventaire des formes de vie et des créations de l'humanité point par point. (...) Notre enquête se propose de montrer comment par suite de cette représentation chosiste de la civilisation, les formes de vie nouvelle et les nouvelles créations à base économique et technique que nous devons au XIXe siècle entrent dans l'univers d'une fantasmagorie. Ces créations subissent cette "illumination" non pas seulement de manière théorique, par une transposition idéologique, mais bien dans l'immédiateté de la présence sensible. Elles se manifestent en tant que fantasmagories. Ainsi se présentent les "passages", première mise en oeuvre de la construction en fer; ainsi se présentent les expositions universelles, dont l'accouplement avec les industries de plaisance est significatif; dans le même ordre de phénomènes, l'expérience du flâneur, qui s'abandonne aux fantasmagories du marché. À ces fantasmagories du marché, où les hommes n'apparaissent que sous des aspects typiques, correspondent celles de l'intérieur, qui se trouvent constituées par le penchant impérieux de l'homme à laisser dans les pièces qu'il habite l'empreinte de son existence individuelle privée. Quant à la fantasmagorie de la civilisation elle-même, elle a trouvé son champion dans Haussmann, et son expression manifeste dans ses transformations de Paris." - Walter Benjamin.



  • Texte intégral révisé. Traduction, préface et biographie de Max Stirner par Robert L. Reclaire. La jeune Allemagne des années 1840, nourrie des doctrines de Hegel mais que ne satisfaisait plus de la scolastique pétrifiée du maître, s'est jetée dans la mêlée philosophique et sociale qui aboutira aux orages de 1848-1849. Elle se presse sous les drapeaux du radicalisme et du socialisme, ou combat autour de Bruno Bauer de Ludwig Feuerbach avec, pour centres de ralliement, les "Annales" de Hall de Ruge et la "Gazette du Rhin" du jeune Karl Marx. C'est sur ce fond tumultueux et lourd de menaces que nous voyons passer la silhouette effacée, l'ombre fugitive d'un grand penseur oublié, Max Stirner. En 1844, il publie "L'Unique et sa Propriété". Stupeur de ceux qui, voyant sans cesse l'auteur au milieu d'eux, le croyaient des leurs, et scandale violent dans le public lettré dont il renverse les idoles avec une verve d'iconoclaste. C'est vers cette oeuvre capitale que nous devons nous tourner, et lui demander comment il se fait que, si vite oubliée lorsqu'elle parut, elle se révèle aujourd'hui encore si vivante et si actuelle. Esprit infiniment plus rigoureux que ses prédécesseurs, la conception, au fond très religieuse, de l'Homme, ne peut le satisfaire, et sa critique impitoyable ne s'arrête que lorsqu'il a dressé sur les ruines du monde religieux et hiérarchique l'individu autonome, sans autre règle que son égoïsme. "L'Homme, dit-il, n'a aucune réalité, tout ce qu'on lui attribue est un vol fait à l'individu. Peu importe que vous fondiez ma moralité et mon droit et que vous régliez mes relations avec le monde des choses et des hommes sur une volonté divine révélée ou sur l'essence de l'homme; toujours vous me courbez sous le joug étranger d'une puissance supérieure, vous humiliez ma volonté aux pieds d'une sainteté quelconque, vous me proposez comme un devoir, une vocation, un idéal sacrés cet esprit, cette raison et cette vérité qui ne sont en réalité que mes instruments. Le libéralisme politique qui me soumet à l'État, le socialisme qui me subordonne à la Société, et l'humanisme de Bruno Bauer, de Feuerbach et de Ruge qui me réduit à n'être plus qu'un rouage de l'humanité ne sont que les dernières incarnations du vieux sentiment chrétien qui toujours soumet l'individu à une généralité abstraite. Ce sont les dernières formes de la domination de l'esprit, de la Hiérarchie". En face de ce rationalisme chrétien, dont il expose la genèse et l'épanouissement dans la première partie de son livre, Stirner, dans la seconde, dresse l'individu, le moi corporel et unique de qui tout ce dont on avait fait l'apanage de Dieu et de l'Homme redevient la propriété. L'Homme, selon lui, est un fantôme qui n'a de réalité qu'en Moi et par Moi. "L'humain n'est qu'un des éléments constitutifs de mon individualité et est le mien, de même que l'Esprit est mon esprit et que la chair est ma chair. Je suis le centre du monde, et le monde (monde des choses, des hommes et des idées) n'est que ma propriété, dont mon égoïsme souverain use selon, son bon plaisir et selon ses forces. C'est dans cet "Unique" que ce grand négateur tend depuis près de deux siècles la main aux anarchistes et aux individualistes d'aujourd'hui.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Paul Valéry. Recueil d'articles, de préfaces de livres et de textes inspirés au jour le jour jusqu'à sa mort en 1945, "Regards sur le monde actuel" est mû par une réflexion constante sur les modes de vie et de pensée propres au temps de Paul Valéry. Mais, toujours actuels, ces textes nous intéressent encore doublement. D'abord parce qu'ils constituent une prise de conscience par un des esprits les plus remarquables du XXe siècle des particularités du monde moderne, ensuite parce qu'ils nous permettent de saisir le génie de l'auteur dans toute son étendue. Insistant sur la difficulté de parvenir à une vue objective de l'évolution historique, Valéry tente notamment d'y définir le statut et le rôle de l'Europe et de la France. "De l'Histoire", "Fluctuations sur la Liberté", "Orient et Occident", "L'idée de dictature", "Images de la France", "Fonction de Paris", "Propos sur le progrès", "Économie de guerre de l'Esprit", sont quelques-uns des textes où il s'attaque avec sagacité aux problèmes philosophiques et politiques les plus discutés de l'homme européen contemporain. La clarté intellectuelle coutumière de Valéry y perce bien des brumes de l'esprit.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Piotr Tchaadaïev. En 1828-29, Tchaadaïev médite sur la Russie, élabore une philosophie de l'histoire et dresse le bilan de ses idées dans huit "Lettres philosophiques adressées à une dame", rédigées directement en français. On y trouve une critique du rationalisme et de l'individualisme des Lumières mais surtout un programme social, politique et religieux qui a pour objectif de permettre à la Russie de combler son retard, afin qu'elle puisse jouer dans le monde de la culture de l'époque et de demain un rôle correspondant à sa force politique. Trois traits majeurs caractérisent sa pensée. Le premier relève de l'ordre social: c'est une vigoureuse condamnation du servage, «cette plaie horrible qui nous ronge» et qui empêche la Russie de suivre la voie libérale. Le second concerne l'ordre des principes théoriques, et c'est le souci permanent de l'universalisme, ce critère déterminant des options fondamentales de Tchaadaev. Le troisième est d'ordre proprement religieux, c'est le thème du royaume de Dieu sur terre, thème qui récapitule les deux premiers. Selon l'usage à l'époque, ces huit lettres philosophiques circulent en manuscrit dans les salons européens, même si Tchaadaev tente à plusieurs reprises de les faire éditer, en Russie ou à l'étranger. Seule la première lettre est publiée, en russe, en 1836 dans la revue "Télescope". Elle commence par une vive critique de la Russie passée et présente qui, de par sa situation entre Orient et Occident, ne possède selon l'auteur ni civilisation propre ni passé historique. Elle reste primitive, ignorante, superstitieuse et chaotique, le servage attestant de son retard social et moral par rapport à l'Europe chrétienne. De plus, la lettre est datée de "Nécropolis", comme si Moscou était la cité des morts. Ce point de vue sévère exprimé dans la seule première lettre provoque un contresens dans la réception de l'oeuvre. Véritable sacrilège pour l'orgueil national, elle génère un scandale considérable dans la bonne société moscovite. La revue est fermée, le censeur renvoyé et l'auteur déclaré fou par ordre de l'empereur Nicolas Ier lui-même. Tchaadaëev est assigné à son domicile et il lui est désormais interdit de publier quoi que ce soit. En fait la virulence de Tchaadaev est à la mesure de son patriotisme et à son désir de voir la Russie tenir la place qui lui revient. Les autres lettres composant l'oeuvre sont moins polémiques. Loin de se réduire à une attaque contre la Russie, il s'agit en réalité d'un vaste programme de réforme intellectuelle, morale et spirituelle. En 1837, l'auteur rédige en outre une mise au point de ses idées dans "L'Apologie d'un fou" (publié à titre posthume en 1862) où il corrige ce qu'il y avait d'excessif dans ses anciennes positions, en particulier à l'égard de l'orthodoxie byzantine. Il reste cependant fidèle pour l'essentiel à ses convictions majeures: la nécessité d'abolir le servage, et la nécessité de lier définitivement la Russie avec la culture et la destinée européenne afin de préserver l'universalisme, les doctrines slavophiles étant condamnées comme de dangereuses utopies. Les idées de Tchaadaïev ont tellement marqué la conscience russe que c'est par rapport à lui que se sont définis les deux grands courants - occidentaliste (défenseurs de l'idée que la Russie doit devenir européenne) et slavophile (défenseurs du génie propre de la Russie) - qui ont commandé jusqu'à aujourd'hui l'évolution de la pensée russe moderne.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon Trotsky. Recueil d'articles politiques écrits entre l'offensive de la coalition fasciste bonapartiste royaliste du 6 février 1934 et la grève générale du Front populaire de fin mai-juin 1936, suivi d'un article sur la situation en France en 1938. "Les journées de février 1934 ont marqué la première offensive sérieuse de la contre-révolution unie. Les journées de mai-juin 1936 sont le signe de la première vague puissante de la révolution prolétarienne. [...] Quels que soient les prochaines étapes, les combinaisons et les regroupements transitoires, les flux et les reflux momentanés, les épisodes tactiques, dès maintenant il n'y a plus à choisir qu'entre le fascisme et la révolution prolétarienne. Tel est le sens du présent travail." - Léon Trotsky.


  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon Bloy. L'"Exégèse des Lieux Communs", livre terrible sous son apparente cocasserie, se présente sous la forme de quelque trois cents textes en deux séries où sont analysées, interprétées et commentées une à une les expressions toutes faites par quoi se traduit la "sottise bourgeoise". Comme Flaubert avec son "Dictionnaire des idées reçues", Bloy s'attaque férocement à l'homme "qui ne fait aucun usage de la faculté de penser" et se contente d'un répertoire limité à quelques formules toutes faites. L'énumération des lieux comuns fait ressortir la prédominance des préoccupations d'argent: "Les affaires sont les affaires, Qui paie ses dettes s'enrichit, Les bons comptes font les bons amis, etc." D'autres expriment avant tout la bonne conscience et l'assurance qu'il n'est besoin d'être ni un héros ni un saint pour mériter considération: "On ne se refait pas, Je m'en lave les mains, Être à cheval sur les principes, etc." Bloy s'empare à chaque fois d'une expression, et la poussant au terme de sa logique secrète, en déduit magistralement l'imbécillité ou la perversité cachée du petit bourgeois qui l'emploie. Mais ce n'est là qu'un artifice de méthode pour laisser entendre que sous chacune de ces paroles mortes subsiste la vertu inchangée de la Parole sacrée. Bloy interprète avant tout les lieux communs à la lumière de l'Écriture et le mot "Exégèse" doit être entendu ici dans son sens précis. Ce qu'il tente, c'est de tirer de l'absurdité même, ou de la pesanteur humaine, ce qui peut s'y dissimuler qui appartient à la révélation de Dieu aux hommes. Toute parole, selon lui, est "réellement dérobée à la Toute-Puissance créatrice", si bien que "les plus inanes bourgeois sont, à leur insu, d'effrayants prophètes". Dès lors, le sens le plus mystérieux réapparaît sous les pires platitudes, et le génie contemplatif et verbal de Bloy parvient sans cesse à tirer du plus pauvre langage la solennelle attestation du mystère de notre humaine nature.




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