Littérature générale

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Guillaume Apollinaire. Toutes les recherches poétiques d'une époque lassée de la rigueur du Parnasse et des suavités symbolistes se retrouvent dans "Alcools", publié en 1913. D'instinct, Apollinaire y rejoint la tradition poétique française la plus pure, la plus directe, telle qu'elle s'incarne chez Ronsard et François Villon. Lorsque le poète penché sur la Seine se remémore son amour dans "Le Pont Mirabeau", la beauté grave et bouleversante de la douleur la plus discrète et la plus tragique y cotoie un air de romance populaire. Dans "Marizibill", il associe des strophes bouffonnes et pathétiques: "Elle se mettait sur la paille / Pour un maquereau roux et rose / C'était un juif il sentait l'ail / Et l'avait venant de Formose / Tirée d'un bordel de Changaï / Je connais gens de toutes sortes / Ils n'égalent pas leurs destins / Indécis comme feuilles mortes / Leurs yeux sont des feux mal éteints / Leurs coeurs bougent comme leurs portes." Le mouvement épique de "La Chanson du mal-aimé", qui porte l'incantation à un degré magnifique d'évidence et d'émotion, la nonchalance habile et délicieuse de certains poèmes de circonstance, la résurrection de vieilles légendes rhénanes, attestent la diversité de ce recueil qui rassemble les poèmes écrits entre 1898 et 1913. Renonçant à la ponctuation traditionnelle - l'une des innovations les plus discutées et les plus critiquées d'Apollinaire -, le poète ne connaît d'autre scansion que celle commandée par la respiration et par la palpitation intérieure de la passion. Aucun livre de cette époque n'a exercé une influence comparable sur la poésie française de la première moitié du XXe siècle, ouvrant la voie à un nouveau lyrisme et inspirant notamment dada et le surréalisme. Avec "Alcools", la poésie d'Apollinaire atteint sa cime la plus haute et la plus pure.

  • Germinal Nouv.

    Germinal

    Emile Zola

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Émile Zola. Publié en 1885, "Germinal", treizième volume du cycle des "Rougon-Macquart", est le roman le plus célèbre de Zola. C'est l'histoire d'une grève dure, "la lutte du capital et du travail, le coup d'épaule donné à la société qui craque un instant", selon l'auteur. L'action se déroule dans le bassin houiller du nord de la France. Emile Lantier vient d'être renvoyé d'un atelier des Chemins de fer pour avoir giflé son chef. Chômeur, il se fait engager à la mine de Montsou où il est affecté dans l'équipe de Maheu. Il partage l'enfer du travail au fond des puits et la vie extrêmement difficile des familles de mineurs résignés à leur quasi esclavage depuis des générations. Mais Etienne rencontre un militant et commence à lire des brochures prônant la lutte sociale. Après une baisse de salaire des mineurs, il décide d'organiser une grève contre la Compagnie des mines et crée une caisse de secours. Pendant deux mois et demi de luttes et de souffrances, les mineurs tiennent bon face aux riches propriétaires qui refusent toute négociation et finissent par faire tirer la troupe contre la foule des manifestants. Les grévistes comptent leurs morts et doivent finalement reprendre le travail. Un anarchiste nihiliste, Souvarine, sabote alors la mine, faisant de nouveaux morts dans l'effondrement des galeries. Malgré la catastrophe, les ouvriers ont compris que la lutte pour améliorer leur condition est désormais possible grâce à l'organisation syndicale et politique unitaire. "Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait bientôt faire éclater la terre."

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Diderot. Roman et dialogue philosophique, "Jacques le Fataliste" est un longue conversation entre un brave valet, Jacques, et son maître, tous les deux personnages errants toujours prêts à philosopher à bâtons rompus sur la vie humaine. Ils nous sont bien présentés au début de leur voyage, mais nous ne savons finalement pas grand chose d'eux. Ils ne semblent en tout cas pas pressés, s'arrêtant volontiers au bord du chemin, revenant sur leurs pas, et tentant toutes les aventures qui se présentent à eux. Tout en cheminant, Jacques raconte sa vie et ses amours à son maître. Il a son franc-parler et des opinions tranchées. Il proclame en particulier que tout ce qui arrive est déjà écrit dans le grand registre du destin et que la vie est un enchaînement de forces que l'homme n'a que l'illusion de commander. Il n'hésite pas à reprendre et à sermonner son maître qui lui oppose sans cesse ses propres réflexions et raisonnements contraires en toutes choses. Plusieurs récits divers et variés relatant les aventures de Jacques se détachent du dialogue: l'histoire des amours de Mme de La Pommeraye et du marquis des Arcis (adapté récemment au cinéma par Emmanuel Mouret sous le titre de "Mademoiselle de Joncquières"), la romanesque histoire d'un moine défroqué (prétexte, après "La Religieuse", à une nouvelle diatribe anticléricale de Diderot), ou encore la vie et les aventure d'un certain M. Desglands. Le dialogue entre les deux hommes se poursuit, interrompu par des incidents, des rencontres, des sautes d'humeur, et même parfois par les interventions directes de l'auteur qui réfléchit tout haut sur la conduite de ses personnages jusqu'à ce qu'il décide d'y mettre arbitrairement un terme. "Jacques le Fataliste", avec son mélange des genres, la truculence de ses scènes, le comique des situations et la vivacité de la narration, n'est pas sans rappeler les chefs-d'oeuvre de Sterne, Voltaire, Cervantes et Rabelais.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon-Paul Fargue et d'un article de Joseph Kessel. Noctambule invétéré et marcheur infatigable, Léon-Paul Fargue, sans doute le plus célèbre des "Piéton de Paris", ne cesse d'arpenter Paris au gré des amitiés et des cafés, flânant dans son arrondissement préféré, le Xe, entre la gare du Nord et le boulevard de la Chapelle, allant de la rive gauche à Montmartre et de Clichy à Vincennes, faisant l'aller-retour entre la librairie d'Adrienne Monnier, rue de l'Odéon, et la brasserie Lipp, boulevard Saint-Germain, dont les carreaux de céramique proviennent de la fabrique paternelle dont il est le patron. Compagnon d'écrivains et d'artistes comme, entre autres, Pierre Bonnard, Pablo Picasso, Claude Debussy, Erik Satie, Igor Stravinski, Diaghilev, Paul Claudel, Paul Valéry, André Gide, Valéry Larbaud, André Breton ou encore Louis Aragon, il occupe dans la société littéraire de la première moitié du XXe siècle une position exceptionnelle, et son oeuvre est une véritable mémoire de la littérature française. Mais son importance ne se limite pas aux seules qualités documentaires de ses amitiés et de ses déambulations parisiennes. Son admirable "Piéton de Paris" est avant tout l'occasion de découvrir un grand écrivain et un poète riche d'humanité, de profondeur et de résonances.

  • Mémoires d'outre-tombe Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de François-René de Chateaubriand. Chef-d'oeuvre écrit durant plus de trente années, de 1809 à 1841, les "Mémoires d'outre-tombe" sont divisés en cinquante "livres" et quatre "parties". La première partie, la Jeunesse, va de 1768 à 1800. Chateaubriand y trace, en tableaux inoubliables, les étapes de sa jeunesse: la naissance, les soirées de Combourg, son isolement, ses promenades mélancoliques, son affection pour sa soeur Lucile, sa vie de lieutenant à Paris, sa découverte de la Cour, ses premières idylles et ses premiers écrits, les débuts de la Révolution, son départ pour l'Amérique puis son séjour à Londres et la misère. La seconde partie est consacrée à sa Carrière littéraire (1800-1814): portraits de ses amis, Pauline de Beaumont, l'entrevue et la rupture avec Bonaparte, les années d'écriture à la Vallée-aux-Loups, les voyages, la gloire enfin. Avec la troisième partie, on assiste à sa Carrière politique (1814-1830): Chateaubriand se lance dans l'arène, publie des pamphlets, passe dans l'opposition, devient ambassadeur à Berlin et à Londres puis ministre des Affaires étrangères. La Révolution de 1830 met un terme à son engagement. Il voyage encore en Suisse et en Italie mais se consacre désormais entièrement à l'achèvement de ses "Mémoires", qu'il vend à une société d'actionnaires en stipulant que son oeuvre ne doit paraître qu'à titre posthume (d'où son titre "d'outre-tombe"). Le récit autobiographique de plus de 2500 pages s'achève par une récapitulation où l'auteur se plaît à souligner les contrastes de sa vie: "Je me suis rencontré entre deux siècles comme au confluent de deux fleuves." Les "Mémoires d'outre-tombe" forment un livre unique en son genre par son mélange de réel et d'imaginaire, son investigation psychologique continue et profonde, sa langue et son style d'une extraordinaire variété, ses admirables portraits et descriptions enfin qui sont parmi les plus belles de la littérature française.

  • Haute solitude Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon-Paul Fargue. "Haute solitude" est l'oeuvre la plus accomplie et la plus déchirante de Fargue. Reprenant les chemins de rêves et de cauchemars déjà parcourus dans "Vulturne", l'auteur poursuit cette fois son investigation jusqu'au point critique où le poète, se séparant de lui-même, s'installe dans la "Haute solitude", lieu étrange dont il nous dit les peurs et les prestiges. Par elle, il atteint la nuit des temps préhistoriques comme celle de la fin du monde dont il nous dit être l'un des six témoins. C'est entre ces deux nuits de la terre et du ciel, de la naissance et de la mort, que s'inscrit ce recueil de proses. Visionnaire stupéfait "d'avoir vu d'un coup Dieu dans le monde, comme on s'aperçoit dans une glace à l'autre bout de la chambre", Fargue possède cette puissance verbale propre à entraîner le lecteur dans la randonnée préhistorique qui ouvre le livre. Nous y assistons à la formation des mondes, à la succession des époques, à l'apparition d'un "monstre bizarre", l'Homme. Puis, délaissant ces mondes chaotiques, un autre univers non moins fantastique est exploré: ce Paris tant aimé, parcouru et arpenté par l'auteur du "Piéton de Paris". Le voici déambulant à travers les rues, accompagné par les fantômes et les visages de ceux qu'il a aimé. Il dit les gares, les banlieues, les cafés, les nuits blanches, les rumeurs de la ville et la vie dans son désordre cosmique. Mais aucune rue qui ne conduise inexorablement vers ce haut lieu où souffle l'esprit: la solitude. "Je travaille à ma solitude, cherchant à la diriger dans la mer d'insomnie où nous a jetés la longue file des morts..."

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Emmanuel Bove. En 1928, Emmanuel Bove est au faîte de sa gloire. "Mes amis", publié dans une collection dirigée par Colette, est vivement salué par la critique et couronné par le très recherché prix Figuière. C'est le début d'une période féconde où il rencontre entre autres Rainer Maria Rilke, Philippe Soupault, Max Jacob, Pierre Bost, Max-Pol Fouchet et publie pas moins de six romans et recueils de nouvelles en une année. Parmi eux, "L'Amour de Pierre Neuhart", qui synthétise selon lui tous les éléments contenus dans son oeuvre et où son style, par une absolue neutralité qui souligne d'autant l'opacité des mobiles et des situations, atteint sa forme la plus dépouillée. Se prévalant de l'exemple de Proust ou de Balzac qui ont bâti leur oeuvre autour des mêmes figures, Bove estime en effet qu'un "roman ne doit pas être une chose achevée, une chose réussie en soi: on ne devrait pas pouvoir isoler un roman de l'oeuvre de son auteur, pas plus qu'on ne peut détacher un beau vers d'un poème".

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Matthew Gregory Lewis. Traduit de l'anglais par Gabriel Louis Terrasson de Sénevas. Avec Ann Radcliffe, Charles Robert Maturin et Horace Walpole, M. G. Lewis est aujourd'hui considéré comme l'un des principaux maîtres précurseurs du roman gothique anglais. Auteur d'un célèbre classique du genre, "Le Moine", il a aussi écrit dans les années 1800 plusieurs courts romans d'épouvante tout aussi horrifiques et susceptibles de procurer des sensations oppressantes aux lecteurs de l'époque. Le récit débute en bonne compagnie, dans un de ces salons bourgeois anglais de la fin du 18e siècle où la principale activité est la médisance, avant de basculer très vite dans la jungle sauvage de l'île de Ceylan. Dans ce décor exotique d'aventure coloniale, un jeune propriétaire anglais, Seafield, est traqué par l'un de ces redoutables serpents géants nommés "Anaconda", ou "Boa Devin". Ces monstrueux reptiles sont capables d'attaquer, d'étouffer puis d'avaler en une seule fois et en entier les hommes comme les buffles ou les tigres. L'homme est parvenu à se cacher dans un abri mais le monstrueux reptile reste aux aguets. Luttant contre leur peur, la fiancée, les amis et les serviteurs de Seafield s'organisent. Ils s'engagent dans une lutte à mort contre cet Anaconda aussi fascinant qu'invincible.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Romain Rolland, prix Nobel de littérature 1915. Biographie critique de Léon Tolstoï, enrichie de lettres, documents et études consacrés aux relations de l'écrivain russe avec les penseurs orientaux, notamment avec Gandhi. "La grande âme de Russie, dont la flamme s'allumait, il y a cent ans, sur la terre, a été, pour ceux de ma génération, la lumière la plus pure qui ait éclairé leur jeunesse. Dans le crépuscule aux lourdes ombres du XIXe siècle finissant, elle fut l'étoile consolatrice, dont le regard attirait, apaisait nos âmes d'adolescents. Parmi tous ceux pour qui Tolstoï fut bien plus qu'un artiste aimé, un ami, le meilleur, et, pour beaucoup, le seul ami véritable dans tout l'art européen, j'ai voulu apporter à cette mémoire sacrée mon tribut de reconnaissance et d'amour." - Romain Rolland.

  • Texte intégral révisé, novellisation basée sur le film de Bernardo Bertolucci, "Le dernier tango à Paris". "Le dernier tango à Paris" a été un événement mondial. Des dizaines de millions de spectateurs ont voulu le voir et le revoir.

  • Article biographique sur Jorge Luis Borges. Jorge Luis Borges a eu une énorme influence sur la littérature de son pays, et notamment sur un écrivain plus jeune comme Julio Cortazar. Son unicité, naturellement, l'empêche d'avoir une postérité. Au milieu des romanciers argentins engagés dans la réalité sociale et politique convulsée de leur temps, il paraît comme figé dans l'éternité de ses obsessions et de ses fantasmes. Il est vrai que ses opinions notoirement conservatrices ne transparaissent aucunement dans ses livres. On a parfois accusé Borges d'être cosmopolite, d'être étranger à la réalité latino-américaine. Mais, bien qu'il soit fort peu intéressé, par exemple, par les mythologies préhispaniques -- alors qu'il donne des cours à Buenos Aires sur les mythologies celtes et nordiques -- il est encore latino-américain, paradoxalement, par son sens du cosmos, du fantastique, de l'immensité spatiale et temporelle, et il ne serait sans doute pas très difficile de retrouver dans l'oeuvre d'un Gabriel Garcia Marquez, par ailleurs si différente, des obsessions analogues.

  • Baltasar Gracian (1601-1658) est l'un des plus grands essayistes espagnols du Siècle d'or, que l'on peut comparer à Montaigne et à La Rochefoucauld.
    Dans L'Homme de cour, dont le texte original date de 1647, qui réunit trois cents maximes ou réflexions, il propose un art de vivre à la cour comme à la ville, en sauvant son honneur et son monde intérieur. La traduction de 1684 est l'un de ces monuments du style littéraire à la française, dont la clé semble oubliée.

  • Texte intégral révisé. Militante révolutionnaire libertaire, féministe et franc-maçonne, Louise Michel (1830-1905) est l'une des figures majeures du mouvement anarchiste français. De son enfance dans un château en Haute-Marne à la Commune de Paris, de sa vocation d'enseignante à sa déportation dans les geôles de Nouvelle-Calédonie, de sa lutte infatigable pour la défense des opprimés à l'agitprop du drapeau noir de l'Anarchie, de sa correspondance avec Victor Hugo aux minutes des procès iniques que la République bourgeoise lui intente, celle que les journaux de l'époque surnomment la Vierge Rouge évoque ici, dans un style profondément vivant, ses convictions politiques et les souvenirs de sa vie. Document incontournable de l'histoire politique et sociale du XIXe siècle français, ces admirables Mémoires de Louise Michel sont toujours d'actualité.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon Tolstoï. Romain Rolland écrit à Léon Tolstoï pour lui demander d'expliquer sa violente antipathie envers l'art moderne. L'auteur d'Anna Karénine lui répond le 4 octobre 1887 sur l'imposture des arts et des sciences qu'il oppose à la sagesse du travail manuel et à l'art de vivre dans l'amour de soi et des autres. Charles Péguy publiera cette lettre magistrale en 1902 dans ses Cahiers de la Quinzaine.

  • La construction de la Tour de Babel est un brillant essai littéraire de l'écrivain espagnol Juan Benet (1927-1993), auteur de L'Air d'un crime et traducteur de William Faulkner, mais aussi ingénieur des Ponts et Chaussées de profession. Dans son style aussi exubérant que complexe, aussi scientifique que poétique, il y analyse l'énigmatique tableau de Pieter Brueghel sous toutes ses facettes historiques, mythologiques, linguistiques, architecturales et picturales. Le texte est accompagné de onze dessins de l'auteur.

  • Mes prisons

    Paul Verlaine

    Paul Verlaine (1844-1896) commença très tôt à mener une« délictueuse et criminelle sorte de vie » qui le conduisit à maintes reprises en prison : Mes prisons recense de manière chronologique toutes ses expériences cellulaires, de sa première mise au cachot pour une conjugaison latine mal apprise à ses arrestations pour trouble sur la voie publique, en passant par son incarcération à Mons après avoir tiré sur son ami Arthur Rimbaud. Loin de la légende qu'il a forgé du « poète maudit », il acquiesce au sort qui lui est réservé. Homme emporté et passionné, souvent ivre, il trouve en ses réclusions un havre où Il peut se consacrer à l'écriture.

  • C'est la France qui a fait la réputation d'Edgar Poe. La première timide adaptation française date de 1844. En 1846, son nom commence à circuler à Paris. Et c'est en 1848 que Charles Baudelaire inaugure avec Révélation magnétique un travail de traduction qui s'étendra dès lors sur dix-sept ans. En 1852, l'auteur des Fleurs du mal rédige pour La Revue de Paris une étude sur son écrivain préféré, état primitif de ces deux essais -- Edgar Poe, sa vie et ses oeuvres, et Notes nouvelles sur Edgar Poe -- qui figureront ensuite en tête des recueils d'Histoires extraordinaires publiées dans sa traduction en 1869 et 1884. Les textes de cette édition sont suivis d'une brève biographie de Baudelaire.

  • Toute la littérature moderne américaine découle d'un livre de Mark Twain, Huckleberry Finn, a écrit Ernest Hemingway. L'humour également. On peut en effet affirmer que Mark Twain est le premier humoriste moderne que la littérature ait engendré. Cet homme qui avait la secrète impression d'être un "mystérieux et peut-être surnaturel visiteur venant d'autres lieux" pouvait considérer la chose la plus banale, puis en donner d'extravagantes descriptions. Il s'en priva d'autant moins qu'il eut une vie particulièrement aventureuse et fit preuve d'une exceptionnelle soif de vivre avant d'écrire les aventures de Tom Sawyer et d'Huckleberry Finn. À douze ans, ce Charles Dickens américain que l'on compare aujourd'hui à Herman Melville, était déjà apprenti typographe. Plus tard il devint aventurier, navigateur sur le Mississippi, chercheur d'or, avant de devenir journaliste, écrivain et grand voyageur devant l'Eternel. Sa vieillesse fut marquée par une série de catastrophes financières et familiales qui le marquèrent durement et lui firent jeter son masque d'humoriste parfois tenté de jouer au bouffon pour les masses. Cependant, même quand il nous entretient de sujets futiles, même quand il passe d'une idée superficielle à une autre, il reste un fabuleux jongleur verbal, un des grands maîtres de la prose américaine qu'il révolutionna avec une parfaite désinvolture. Classique, plagié, imité, parodié, Mark Twain reste inamovible: le temps qui détruit les modes ne peut rien contre son oeuvre. Les deux nouvelles réunies dans ce recueil, Le journalisme dans le Tennessee et Comment je devins directeur d'un journal agricole, sont suivies d'une brève biographie de l'écrivain.

  • Publiée dans la Revue de Paris en 1829, Vanina Vanini reflète le goût de l'exhibition et de la dissimulation chères à Stendhal. Nouvelle travestie en chronique, faux drame amoureux, personnages déguisés, ce fait divers de l'Italie du XIXe siècle, qui met en scène une princesse, un révolutionnaire, une trahison et, pour finir, la mort, reflète parfaitement le goût des masques de l'auteur du Rouge et le Noir.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Champfleury. Le chien des musiciens raconte l'histoire simple et touchante d'un joueur de basson, amoureux de son art et des chiens errants. Musicien dans la fanfare de la Garde impériale, il traverse l'Europe au gré des conquêtes et des batailles de Napoléon en compagnie de son chien, Terrible, assistant au sacre de l'Empereur à Milan, rencontrant Hoffmann à Dresde et voyant disparaître un à un ses amis musiciens le long du chemin. Un jour, Terrible décide de l'abandonner pour suivre une petite fille juive aux grands yeux noirs jouant d'une guitare à trois cordes. Ce petit conte d'automne, salué en son temps par Baudelaire et Victor Hugo, est l'un des plus représentatifs de l'oeuvre de Champfleury, ce "Courbet des Lettres" associé aux grands jours du Réalisme français avant d'être éclipsé par Gustave Flaubert, qui allie ici ses deux passions pour la musique et les chiens.

  • Dans la Vienne du début du siècle, il n'est pas un bibliophile qui ne connaisse Jakob Mendel, catalogue vivant de l'ensemble du savoir imprimé. Monomaniaque à la mémoire prodigieuse, affreusement peu doué en affaires, il est affligé d'une boulimie bibliographique qui fait de lui un homme précieux. Perpétuellement installé à la table d'un café du vieux Vienne dont il a fait son quartier général, il délivre ses expertises érudites à tous les amateurs ou spécialistes qui ont le bon sens de venir le consulter.
    La Première Guerre mondiale va mettre sens dessus dessous l'univers de Mendel, et le précipiter brutalement dans le monde des vivants, dont il n'a jamais rien appris.

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