Sciences humaines & sociales

  • Dans son essai La désobéissance civile (Civil Desobedience, 1849) Thoreau proclame son hostilité au gouvernement américain, qui tolère l'esclavagisme et mène une guerre de conquête au Mexique.
    Refusant de payer ses impôts, alors même qu'il est en désaccord avec la politique de l'état, il est arrêté et doit passer la nuit au poste. L'essai eut une grande influence sur le Mahatma Gandhi et sur Martin Luther King.
    Ce texte historique intéressera toute personne concernée par la politique et particulièrement par le débat qui a lieu en ce moment autour de la désobéissance civile.
    Les "faucheurs" de plants de maïs transgéniques, les associations qui, comme Droit au Logement (DAL), et jusqu'aux opposants à l'avortement, nombreux sont ceux pour qui la désobéissance à la loi devient une forme d'action politique.

  • Texte intégral révisé. Militante révolutionnaire libertaire, féministe et franc-maçonne, Louise Michel (1830-1905) est l'une des figures majeures du mouvement anarchiste français. De son enfance dans un château en Haute-Marne à la Commune de Paris, de sa vocation d'enseignante à sa déportation dans les geôles de Nouvelle-Calédonie, de sa lutte infatigable pour la défense des opprimés à l'agitprop du drapeau noir de l'Anarchie, de sa correspondance avec Victor Hugo aux minutes des procès iniques que la République bourgeoise lui intente, celle que les journaux de l'époque surnomment la Vierge Rouge évoque ici, dans un style profondément vivant, ses convictions politiques et les souvenirs de sa vie. Document incontournable de l'histoire politique et sociale du XIXe siècle français, ces admirables Mémoires de Louise Michel sont toujours d'actualité.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Stefan Zweig. "Écrire l'histoire de Marie-Antoinette, c'est reprendre un procès plus que séculaire, où accusateurs et défenseurs se contredisent avec violence. Le ton passionné de la discussion vient des accusateurs. Pour atteindre la royauté, la Révolution devait attaquer la reine, et dans la reine la femme. Or, la vérité et la politique habitent rarement sous le même toit, et là où l'on veut dessiner une figure avec l'intention de plaire à la multitude, il y a peu de justice à attendre des serviteurs complaisants de l'opinion publique. On n'épargna à Marie-Antoinette aucune calomnie, on usa de tous les moyens pour la conduire à la guillotine; journaux, brochures, livres attribuèrent sans hésitation à la «louve autrichienne» tous les vices, toutes les dépravations morales, toutes les perversités; dans l'asile même de la justice, au tribunal, le procureur général compara pathétiquement la «veuve Capet» aux débauchées les plus célèbres de l'Histoire, à Messaline, Agrippine et Frédégonde." - Stefan Zweig.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Jean-Jacques Rousseau. Publié en 1755, le "Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes" est le second essai philosophique de Jean-Jacques Rousseau. Dans ce texte célèbre, sur lequel repose toute une partie de la littérature politique moderne, le philosophe établit les fondements de sa doctrine sur l'homme et la société en affirmant que tous les maux et les misères, causes de l'inégalité parmi les hommes, découlent uniquement de l'état social. Les contemporains de Rousseau virent dans cet ouvrage un réquisitoire implacable contre les institutions sociales et politiques de leur temps. Il contient en germe les éléments de la thèse que Rousseau soutiendra plus tard dans le "Contrat Social". Le "Discours sur les sciences et les arts", publié quant à lui en 1751, est l'occasion pour Rousseau d'exposer ses idées où apparaît déjà la base de toute son oeuvre future, à savoir: la nature avait fait l'homme bon, la société l'a fait méchant; l'homme était libre et heureux, la société le rend esclave et misérable; la tare de la société est l'inégalité. Plus l'état social est avancé, plus il est corrompu.

  • Dénonçant un illusoire droit au travail qui n'est pour lui que droit à la misère, Lafargue soutient qu'une activité proprement humaine ne peut avoir lieu que dans l'oisiveté, hors du circuit infernal de la production et de la consommation, réalisant ainsi le projet de l'homme intégral de Marx.
    Un classique toujours autant lu, plus que jamais d'actualité.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Diderot. Roman et dialogue philosophique, "Jacques le Fataliste" est un longue conversation entre un brave valet, Jacques, et son maître, tous les deux personnages errants toujours prêts à philosopher à bâtons rompus sur la vie humaine. Ils nous sont bien présentés au début de leur voyage, mais nous ne savons finalement pas grand chose d'eux. Ils ne semblent en tout cas pas pressés, s'arrêtant volontiers au bord du chemin, revenant sur leurs pas, et tentant toutes les aventures qui se présentent à eux. Tout en cheminant, Jacques raconte sa vie et ses amours à son maître. Il a son franc-parler et des opinions tranchées. Il proclame en particulier que tout ce qui arrive est déjà écrit dans le grand registre du destin et que la vie est un enchaînement de forces que l'homme n'a que l'illusion de commander. Il n'hésite pas à reprendre et à sermonner son maître qui lui oppose sans cesse ses propres réflexions et raisonnements contraires en toutes choses. Plusieurs récits divers et variés relatant les aventures de Jacques se détachent du dialogue: l'histoire des amours de Mme de La Pommeraye et du marquis des Arcis (adapté récemment au cinéma par Emmanuel Mouret sous le titre de "Mademoiselle de Joncquières"), la romanesque histoire d'un moine défroqué (prétexte, après "La Religieuse", à une nouvelle diatribe anticléricale de Diderot), ou encore la vie et les aventure d'un certain M. Desglands. Le dialogue entre les deux hommes se poursuit, interrompu par des incidents, des rencontres, des sautes d'humeur, et même parfois par les interventions directes de l'auteur qui réfléchit tout haut sur la conduite de ses personnages jusqu'à ce qu'il décide d'y mettre arbitrairement un terme. "Jacques le Fataliste", avec son mélange des genres, la truculence de ses scènes, le comique des situations et la vivacité de la narration, n'est pas sans rappeler les chefs-d'oeuvre de Sterne, Voltaire, Cervantes et Rabelais.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Georges Bernanos. Publié en 1938 pour dénoncer la répression franquiste de la Guerre d'Espagne, ce pamphlet est aussi un livre charnière dans l'oeuvre de Bernanos. Alors que dans "La Grande peur des bien-pensants" l'écrivain alors farouchement nationaliste et antisémite défendait ses amis politiques (Edouard Drumont, Charles Maurras, Henri Massis,...), il instaure ici le procès "spirituel" de ce courant d'idées et dénonce la collusion entre catholiques et franquistes, s'en prenant non seulement au général Franco mais aussi à tous les "bien-pensants" de l'Église, de Paul Claudel à la Cour de Rome en passant par les prêtres républicains français et les prêtres phalangistes espagnols. Pour Bernanos, il y a derrière la Guerre d'Espagne une imposture religieuse majeure, une rupture entre l'Église de Dieu et les pauvres, une perte de l'idéal chrétien remplacé par la haine sociale et la tyrannie politique qui signe in fine la mort de la chrétienté. D'apostrophes polémiques passionnées en attaques d'une violence verbale inouïe, "Les Grands cimetières sous la lune", présenté par l'auteur comme "le témoignage d'un homme libre", brûle d'amour et de justice.


  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Épictète. Traduit du latin, annoté et présenté par Mario Meunier. Comme Socrate, Épictète n'écrivit rien. Ce fut son disciple Flavius Arrien qui, ayant suivi sous Trajan les leçons d'Épictète à Nicopolis, rédigea les notes qu'il avait prises en écoutant son maître. De là sortirent les "Entretiens" d'Épictète en huit livres, dont il ne nous reste plus que quatre. De tous ces entretiens, Arrien lui-même en tira ce qui lui parut essentiel, pour le condenser en un petit livre qu'on pût toujours et avoir sous la main et porter avec soi: le "Manuel d'Épictète". Simplicius, qui enseignait à Athènes lorsque les écoles de philosophie païenne furent fermées, en 529, par Justinien, composa un commentaire très développé de ce Manuel. Ce petit livre, dit-il, "est une arme de combat qu'il faut toujours avoir à sa portée, et dont il faut que ceux qui veulent bien vivre soient toujours prêts à se servir". Admiré par les païens, ce Manuel le fut non moins par les chrétiens. Saint Nil, disciple de saint Jean Chrysostome, puis anachorète, l'adapta, avec d'insignifiantes modifications, à l'usage de la vie des ermites du mont Sinaï, et la règle de saint Benoît elle-même en fit passer plus d'un précepte dans le monachisme occidental. Traduit plusieurs fois en français dès le XVIe siècle, le "Manuel d'Épictète" eut la singulière fortune de faire l'impression la plus vive sur le génie de Blaise Pascal. C'est, en effet, un des livres les plus réconfortants que la pensée grecque nous ait laissés.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Sren Kierkegaard. Dans "Le Journal du séducteur", Kierkegaard présente un type d'esthéticien, Johannes, pour lequel le beau, le plaisir raffiné, la jouissance sont le but de l'existence, mais qui incarne en outre une certaine conception de l'érotisme d'une perversité toute particulière. Au-delà de la sensualité et du désir triomphant d'un Don Juan, Johannes est un imposteur qui maîtrise l'art véritable de la séduction, fait avant tout de finesse, de tactique amoureuse, de manipulation et de perfidie. Ce qui fait sa force, c'est la parole, c'est-à-dire le mensonge, car on ne séduit une femme qu'avec les armes dont elle dispose elle aussi. Machiavélique, il mûrit sournoisement ses desseins. Hypocrite, il s'insinue dans le coeur et les pensées d'une femme pour jouir de sa fourberie et, in fine, de sa réflexion sur la jouissance.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Paul Nizan. "Les chiens de garde" est un pamphlet impitoyable contre la caste des philosophes académiques de la Troisième République qui n'a rien perdu de sa fraîcheur. Sa cible principale est la philosophie abstraite et formelle, qui se dresse comme un paravent devant les jeunes gens, refusant d'ouvrir les yeux sur le monde et prenant pour alibi une quête fallacieuse de la vérité. Il dénonce avec vigueur la collusion des élites intellectuelles avec le pouvoir politico-économique en place, ainsi que l'ensemble de valeurs que ces "chiens de garde" défendent dans leurs oeuvres en vue de garder au pouvoir la classe dominante dont ils sont des membres privilégiés, soutenus notamment par l'appareil institutionnel et idéologique lié à l'Etat (Université, Presse, Police, etc). Nizan leur dénie la prétention à oeuvrer au service de l'humanité et leur rappelle que leurs pensées et raisonnements, si élevés soit-ils, ne sont que des produits de leur classe et de leur époque. Brillant, acerbe, lucide et passionné, "Les chiens de garde" constitue un témoignage irremplaçable sur la vie intellectuelle, sociale et politique du XXe siècle, et son appel vibrant à l'insurrection contre l'ordre établi reste plus que jamais d'actualité.

  • " .
    Quand je lis le catéchisme du concile de trente, il me semble n'avoir rien de commun avec la religion qui y est exposée. quand je lis le nouveau testament, les mystiques, la liturgie, quand je vois célébrer la messe, je sens avec une espèce de certitude que cette foi est la mienne, ou plus exactement serait la mienne sans la distance mise entre elle et moi par mon imperfection. cela fait une situation spirituelle pénible.
    Je voudrais la rendre, non pas moins pénible, mais plus claire. n'importe quelle peine est acceptable dans la clarté. ".

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Walter Benjamin. "L'objet de ce livre est une illusion exprimée par Schopenhauer, dans cette formule que pour saisir l'essence de l'histoire il suffit de comparer Hérodote et la presse du matin. C'est là l'expression de la sensation de vertige caractéristique pour la conception que le XIXe siècle se faisait de l'histoire. Elle correspond à un point de vue qui compose le cours du monde d'une série illimitée de faits figés sous forme de choses. Le résidu caractéristique de cette conception est ce qu'on a appelé "l'Histoire de la Civilisation", qui fait l'inventaire des formes de vie et des créations de l'humanité point par point. (...) Notre enquête se propose de montrer comment par suite de cette représentation chosiste de la civilisation, les formes de vie nouvelle et les nouvelles créations à base économique et technique que nous devons au XIXe siècle entrent dans l'univers d'une fantasmagorie. Ces créations subissent cette "illumination" non pas seulement de manière théorique, par une transposition idéologique, mais bien dans l'immédiateté de la présence sensible. Elles se manifestent en tant que fantasmagories. Ainsi se présentent les "passages", première mise en oeuvre de la construction en fer; ainsi se présentent les expositions universelles, dont l'accouplement avec les industries de plaisance est significatif; dans le même ordre de phénomènes, l'expérience du flâneur, qui s'abandonne aux fantasmagories du marché. À ces fantasmagories du marché, où les hommes n'apparaissent que sous des aspects typiques, correspondent celles de l'intérieur, qui se trouvent constituées par le penchant impérieux de l'homme à laisser dans les pièces qu'il habite l'empreinte de son existence individuelle privée. Quant à la fantasmagorie de la civilisation elle-même, elle a trouvé son champion dans Haussmann, et son expression manifeste dans ses transformations de Paris." - Walter Benjamin.



  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Suétone. Écrit vers 120 après J.-C., l'ouvrage est un recueil de biographies des douze premiers empereurs romains. Il comprend huit livres, dont les six premiers sont dédiés chacun à l'un des six empereurs de la "gens Julia Claudia": César, Auguste, Tibère, Caligula, Claude, Néron; le septième aux trois empereurs de l'année 69: Galba, Othon, Vitellius; le dernier aux trois empereurs de la famille des Flaviens: Vespasien, Titus, Domitien. La vie de chaque empereur est exposée suivant une formule invariable: généalogie, naissance, événements antérieurs à la montée sur le trône, proclamation; viennent ensuite des épisodes groupés de façon à mettre en lumière le souverain aussi bien que l'homme dans sa vie privée; enfin la mort et les funérailles puis la suite immédiate des événements. Les sources principales de Suétone sont les lettres des empereurs, les "diurnalia", les actes officiels, les écrits de circonstance, les pamphlets satiriques et scandaleux de l'époque. En tant que secrétaire d'Hadrien, Suétone disposait des archives impériales pour ses recherches historiques. Archiviste minutieux, lettré probe et austère, l'auteur ignore en partie la grande histoire et la vie de ses Césars ressemble à une suite de douze tableaux indépendants dont chacun correspondrait à une période historique autonome. Servi par un style précis, clair et tranquille, ce livre novateur a introduit dans l'histoire biographique une nouvelle méthode et a inspiré de nombreux historiens jusqu'à nos jours.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Henri Bergson. Le rire a une fonction sociale selon Henri Bergson. L'auteur de "L'Énergie spirituelle" fonde sa théorie sur une analyse très fine des différentes catégories du comique: comique des formes, des mouvements, des situations et des mots, des caractères enfin. Un chapitre entier est consacré à ce dernier comique, avec des exemples empruntés surtout au théâtre, qui est le lieu où le comique apparaît à la fois comme une forme de l'art et comme une fonction de la société. Contrairement au drame, qui pénètre en nous par l'analyse de ce que nous sommes en chacun de nous, la comédie extrait de l'humain des types généraux qui nous font rire par leur spectacle et nous rappelle à la règle commune de la vie dans la société. "Le Rire, Essai sur la signification du comique" est l'un des meilleurs livres de Bergson. Son intérêt est à la fois esthétique et philosophique. Son idée du flux de la vie réelle, qui échappe à la connaissance conceptuelle, annonce déjà son futur essai sur "L'Évolution créatrice".




  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Aristote. L'"Éthique à Nicomaque", composé de dix livres, est l'un des principaux ouvrages exposant la philosophie morale d'Aristote, laquelle demeure en substance la plus significative expression de la morale grecque. Nicomaque, fils d'Aristote, lui donne son nom en tant que premier éditeur des manuscrits. Critiquant la conception platonicienne des Idées, qui préconise le "bien en soi", Aristote traite ici de ce qui doit selon lui guider l'homme dans toutes ses actions, à savoir le bonheur, sens ultime de la vie humaine. Le bonheur, dit-il, est l'exercice de cette activité propre à l'homme qu'est l'usage du "logos" (la raison, l'intelligence), mais sans toutefois exclure la jouissance des plaisirs sensibles. Sur cette base, il développe une théorie des vertus humaines qu'il divise en vertus dianoétiques, relevant de la partie intellectuelle de l'âme, et vertus éthiques, relevant plus du caractère et des sentiments. La vertu aristotélicienne, caractérisée par un juste milieu entre les passions et facultés opposées de l'âme, concilie ainsi tout à la fois des exigences spiritualistes et eudémonistes. Le philosophe considère aussi la vertu comme un fait composé de deux éléments: l'un volontaire, déterminant le but, l'autre intellectuel, donnant les moyens pour atteindre ce but. Le livre 3 est consacré à définir ce qu'il y a de volontaire et d'involontaire dans l'action de l'homme, rejetant la thèse selon laquelle "personne n'est volontairement mauvais" et concluant que la vertu comme le vice résident en notre seul pouvoir. Dans les livres 4, 5 et 6, il décrit des vertus éthiques particulières comme la douceur, la franchise, l'urbanité, la pudeur, le courage, etc., examinant particulièrement la justice et l'équité, puis étudie les vertus dianoéthiques, au nombre de cinq: la science, l'art, la prudence, l'intellect et la sagesse. Le livre 7 traite de l'intempérance et du plaisir, les livres 8 et 9 de l'amitié et de l'amour, désignés sous le même nom. Le livre 10 reprend enfin le problème du rapport entre le plaisir et la vertu, et conclut que le plaisir procède d'une perfection de l'acte, survenant "comme la beauté pour qui est dans la fleur de l'âge". Le bonheur suprême réside dans la pure contemplation de la vérité éternelle. L'"Éthique à Nicomaque" est une continuelle oscillation entre l'eudémonisme humaniste et l'intellectualisme éthique.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Émile Durkheim. "Le Suicide, Étude de sociologie" d'Émile Durkheim est devenu l'un des plus grands classiques de la littérature sociologique pour deux raisons: tout d'abord par le haut degré de généralité de la théorie élaborée, dans laquelle le suicide ne constitue qu'un indicateur privilégié, ensuite par l'usage brillant qui est fait des statistiques. En étudiant le suicide, Durkheim montre que la société française de son époque souffre d'un important défaut de cohésion sociale. Selon lui, en temps normal, "chaque société est prédisposée à fournir un contingent déterminé de morts volontaires", mais un taux de suicides trop élevé est la preuve d'un grave état pathologique du corps social. La société souffre alors d'un défaut de régulation, qu'il nomme "anomie", forgeant ainsi un concept qui deviendra fécond par la suite dans la recherche sociologique. Outre la religion et l'économie, Durkheim s'attache surtout ici à étudier l'institution familiale, à tel point même que l'on peut considérer "Le Suicide" comme un ouvrage de sociologie de la famille. Il propose un remède au mal: le rétablissement des corporations, et se livre à une analyse statistique de la fréquence du suicide selon l'appartenance à différents groupes sociaux. La théorie élaborée est donc inséparable de la méthode statistique par laquelle il met en évidence le poids respectif des différentes variables. En utilisant les statistiques, Durkheim illustre bien ce que doit être la méthode telle qu'il l'a définie dans "Les Règles de la méthode sociologique". En affirmant de plus quelle place tient l'individu dans la discipline, il démontre aussi que que la sociologie, seule, ne permet pas de comprendre des individus isolés.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Voltaire. Le "Dictionnaire philosophique" est un recueil de notes philosophiques rangées par ordre alphabétique condensant l'essentiel des idées philosophiques, morales, politiques et religieuses de Voltaire. De "Abbé" à "Vertu" en passant par "Amour", "Dieu", "Égalité", "Idolâtrie", "Fanatisme" ou encore "Tyrannie", on y trouve dans le plus pur esprit des "Lumières" des anecdotes, de la théologie, des sciences, de l'histoire, de la musique, des vers ou encore des dialogues qui se révèlent toujours d'actualité plus de deux siècles et demi après leur publication. La doctrine voltairienne contre "L'Infâme" donne une unité à l'ensemble et la forme du "dictionnaire" convient très bien à l'auteur de "Candide" qui y recourt à plusieurs reprises. En 1764 paraît d'abord un premier volume de 73 articles intitulé "Dictionnaire philosophique portatif". Publié anonymement, il est condamné, mis à l'index et brûlé par la censure. Vinrent ensuite jusqu'en 1769 plusieurs éditions successives enrichies de nouveaux articles (jusqu'à 118 au total) et intitulées "Questions sur l'Encyclopédie" et "La raison par l'alphabet". Le tout sera enfin fondu en 1785, après la mort de Voltaire, dans le "Dictionnaire philosophique" de la Société Littéraire Typographique de Kehl.


  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Henri Bergson. Entre psychologie, spiritualité et philosophie pratique, "L'Énergie spirituelle" est l'un des plus importants recueil d'essais et de conférences donnés par le philosophe qui influencera, entre autres, A. N. Whitehead, G. M. Mead, Charles Péguy, Marcel Proust, William James, l'existentialisme français, le néo-réalisme américain, l'impressionnisme pictural, le symbolisme, l'hermétisme, et de façon plus générale toute l'épistémologie contemporaine. "Les philosophes qui ont spéculé sur la signification de la vie et sur la destinée de l'homme n'ont pas assez remarqué que la nature a pris la peine de nous renseigner là-dessus elle-même. Elle nous avertit par un signe précis que notre destination est atteinte. Ce signe est la joie. Je dis la joie, je ne dis pas le plaisir. Le plaisir n'est qu'un artifice imaginé par la nature pour obtenir de l'être vivant la conservation de la vie; il n'indique pas la direction où la vie est lancée. Mais la joie annonce toujours que la vie a réussi, qu'elle a gagné du terrain, qu'elle a remporté une victoire: toute grande joie a un accent triomphal. Or, si nous tenons compte de cette indication et si nous suivons cette nouvelle ligne de faits, nous trouvons que partout où il y a joie, il y a création: plus riche est la création, plus profonde est la joie." - Henri Bergson.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Arthur Schopenhauer. "Le Monde comme volonté et comme représentation", oeuvre majeure de la philosophie occidentale, est une tentative d'explication complète du monde doublée d'une critique radicale de celui-ci. L'ouvrage est divisé en quatre livres traitant d'épistémologie, de métaphysique, d'esthétique et d'éthique. Le premier livre traite du monde comme représentation (phénomène). Le second énumère les degrés et les formes de manifestation de la volonté dans la nature. Le troisième est consacré à la théorie de l'art. Le quatrième expose les problèmes de la morale et de la philosophie de la religion. À ces quatre livres, le philosophe allemand a rajouté une suite de "Compléments" dans lesquels il précise sa pensée. Schopenhauer analyse la doctrine kantienne de la chose en soi ainsi que la théorie platonicienne des idées. Il affirme que le monde sensible n'est que pure volonté, cette volonté étant la somme des forces conscientes et inconscientes qui se manifestent dans l'univers. Il affirme également que ce monde sensible ne nous est donné que comme réalité fictive, ou représentation. Le monde de la volonté, qui fonde celui de la représentation, est dégagé des caractères de ce dernier: alors que la représentation est déterminée par l'espace, le temps et la causalité, la volonté est en revanche unique. Alors que la représentation est réglée par le principe de raison, la volonté est irrationnelle. Une première voie de libération de cette volonté irrationnelle est l'art. S'opposant aux grands maîtres de l'idéalisme classique et de l'historicisme, le philosophe soutient que le pessimisme est la véritable conception du monde, telle qu'elle a été révélée aux grands génies artistiques et aux fondateurs des grandes religions. Il se refuse à admettre que l'humanité progresse au cours de l'histoire, celle-ci n'étant qu'une succession d'apparences trompeuses. Schopenhauer, inspiré ici entre autres par la philosophie orientale et son approche cosmique de l'existence individuelle (influence des Upanishad et de la Bhagavad-Gita), pose avec force le problème de la personnalité individuelle et de la nature propre de l'individu spirituel. Son "Monde comme volonté et comme représentation" a donné naissance à un nouveau courant de pensée qui a amené la philosophie contemporaine à une plus grande compréhension de la complexité de la vie de l'individu. Les traits distinctifs de sa réflexion, comme la méfiance en la raison et le pessimisme, ont eu une très forte influence sur la culture des XIXe et XXe siècle, aussi bien en littérature (Tolstoï, Maupassant, Kafka, Mann,...), qu'en philosophie (Nietzsche, Bergson, Wittgenstein, Freud,...).

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Friedrich Nietzsche. Conçu à Bayreuth en 1876, achevé en 1878, "Humain, trop humain", sous-titré "Un livre pour esprits libres", fut en majeure partie dicté à Peter Gast. La première édition était dédiée à la mémoire de Voltaire. L'ouvrage se présente en trois parties publiées à différentes dates: "Humain, trop humain", "Opinions et Sentences mêlées" et "Le Voyageur et son ombre". Les deux premières parties sont respectivement composées de 638 et 408 aphorismes, la troisième d'un dialogue entrecoupé de 350 aphorismes. Tirant leurs titres de sujets divers, les aphorismes des deux premières sections sont ordonnés en neuf parties devant faire suite aux quatre "Considérations inactuelles" déjà publiées entre 1873 et 1876. Dans la première partie, "Des choses premières et dernières", Nietzsche fait observer que le monde métaphysique constitue, par définition, la plus indifférente des connaissances. À la métaphysique il oppose donc sa propre philosophie, tendant à retrouver, dans tout ce que la pensée a considéré jusque-là d'origine transcendante, une sublimation d'humbles éléments humains. Selon lui, l'origine de l'idée métaphysique est le langage, qui, doublant en quelque sorte la réalité, place un nouveau monde à côté du monde réel. Dans la deuxième partie, "Pour servir à l'histoire des sentiments moraux", il aborde le problème éthique. Nietzsche tient pour essentielle, à l'égard de la morale, la proposition selon laquelle nul n'est responsable de ses actes, à telle enseigne que juger équivaut à être injuste. La troisième partie, "La Vie religieuse" contient en germe les thèmes, développés par la suite dans "L'Antéchrist", de la lutte contre le christianisme, tenu pour une "haute ordure". La quatrième partie, "De l'âme des artistes et des écrivains", entend surtout définir les caractères essentiels de l'art, qui doit, dans ses productions, présenter les caractères d'une immédiate et soudaine révélation. Dans la sixième partie, "L'Homme dans la société", les aphorismes soulignent crûment la vanité et l'égoïsme qui constituent le fond de toute amitié, des luttes, des polémiques et en général de tous les rapports humains. Avec la septième partie, "La Femme et l'Enfant", le philosophe se livre à de pertinentes remarques et observations sur le mariage, l'esprit féminin et l'enfance. "L'homme avec lui-même" constitue le sujet de la neuvième et dernière partie.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Henri Bergson. S'appuyant sur des connaissances psychologiques, scientifiques et métaphysiques, Bergson entend montrer ici le rapport entre l'esprit et la matière. Selon lui, la difficulté de résoudre le dualisme entre les deux termes réside dans la conception, commune au matérialisme et à l'idéalisme, qui fait du moral le double du physique car il reste alors impossible d'expliquer ce qu'est la mémoire. Pour Bergson, la perception réside plus dans les choses que dans l'individu. Le rapport existant entre le phénomène et la réalité n'est pas celui de l'apparence avec la réalité mais celui de la partie avec le tout. Entre mémoire et perception existe une différence essentielle de nature et non pas de degré. Le présent n'est pas plus intense que le passé, c'est l'état d'action du corps, tandis que le passé n'agit plus qu'en termes de souvenir s'actualisant en perception. Chaque perception participe de la mémoire. Ainsi est réduit aux limites les plus strictes le problème de l'union de l'âme et du corps. "Matière et mémoire, Essai sur la relation du corps à l'esprit", important par l'affirmation que la vie mentale ne se réduit pas à la vie cérébrale, offre aussi le mérite d'être écrit dans une langue d'une admirable simplicité et d'une grande qualité littéraire.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Karl Jaspers. "Le mot grec "philosophe" ("philosophos") est formé par opposition à "sophos". Il désigne celui qui aime le savoir, par différence avec celui qui, possédant le savoir, se nomme savant. Ce sens persiste encore aujourd'hui: l'essence de la philosophie, c'est la recherche de la vérité, non sa possession, même si elle se trahit elle-même, comme il arrive souvent, jusqu'à dégénérer en dogmatisme, en un savoir mis en formules, définitif, complet, transmissible par l'enseignement. Faire de la philosophie, c'est être en route. Les questions, en philosophie, sont plus essentielles que les réponses, et chaque réponse devient une nouvelle question." - Karl Jaspers

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de John Reed. Dix jours suffirent au peuple pour prendre le pouvoir, dix jours pour que déjà Pétrograd devienne Léningrad, et la Sainte Russie, l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques. John Reed, un correspondant de guerre américain, était là. Il nous a laissé, sur ces journées d'Octobre Rouge qui changèrent la face du monde, le seul récit qui mérite d'être lu et relu. "Je voudrais que ce livre soit répandu à des millions d'exemplaires" disait Lénine.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Teilhard de Chardin. Homme de science, philosophe et théologien, le Père Pierre Teilhard de Chardin a fait de la synthèse du christianisme et de la connaissance scientifique moderne l'objet constant de son étude et de sa réflexion. Dans cet essai qui ouvre de vastes horizons à tous ceux qui cherchent à comprendre le sens du monde et de la vie, il apporte une contribution magistrale à la cosmologie et à la phénoménologie de l'univers, domaines de recherche où convergent nécessairement science, philosophie et religion. Tout en restant exclusiment sur le terrain scientifique, "Le Phénomène humain" élargit le champ de la réflexion en offrant une solide synthèse sur l'évolution de l'humanité et la conscience de l'univers. Pour Teilhard de Chardin, l'Univers est une évolution qui va vers l'Esprit. La matière originaire contient en son sein la conscience comme élément organisateur, par laquelle l'évolution se présente comme un processus qui n'est pas complètement déterministe, mais aussi téléologique. L'univers, comprenant l'homme et son histoire, tend vers un point oméga identique à un alpha qui serait le corps du Christ cosmique.

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