Littérature générale

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Guillaume Apollinaire. Toutes les recherches poétiques d'une époque lassée de la rigueur du Parnasse et des suavités symbolistes se retrouvent dans "Alcools", publié en 1913. D'instinct, Apollinaire y rejoint la tradition poétique française la plus pure, la plus directe, telle qu'elle s'incarne chez Ronsard et François Villon. Lorsque le poète penché sur la Seine se remémore son amour dans "Le Pont Mirabeau", la beauté grave et bouleversante de la douleur la plus discrète et la plus tragique y cotoie un air de romance populaire. Dans "Marizibill", il associe des strophes bouffonnes et pathétiques: "Elle se mettait sur la paille / Pour un maquereau roux et rose / C'était un juif il sentait l'ail / Et l'avait venant de Formose / Tirée d'un bordel de Changaï / Je connais gens de toutes sortes / Ils n'égalent pas leurs destins / Indécis comme feuilles mortes / Leurs yeux sont des feux mal éteints / Leurs coeurs bougent comme leurs portes." Le mouvement épique de "La Chanson du mal-aimé", qui porte l'incantation à un degré magnifique d'évidence et d'émotion, la nonchalance habile et délicieuse de certains poèmes de circonstance, la résurrection de vieilles légendes rhénanes, attestent la diversité de ce recueil qui rassemble les poèmes écrits entre 1898 et 1913. Renonçant à la ponctuation traditionnelle - l'une des innovations les plus discutées et les plus critiquées d'Apollinaire -, le poète ne connaît d'autre scansion que celle commandée par la respiration et par la palpitation intérieure de la passion. Aucun livre de cette époque n'a exercé une influence comparable sur la poésie française de la première moitié du XXe siècle, ouvrant la voie à un nouveau lyrisme et inspirant notamment dada et le surréalisme. Avec "Alcools", la poésie d'Apollinaire atteint sa cime la plus haute et la plus pure.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon Tolstoï. Le 5 janvier 1872, dans la gare d'Iassenki, au centre de la Russie, une jeune femme se jette sous les roues d'un train. L'enquête établit rapidement que la malheureuse s'est suicidée parce que son amant, riche propriétaire foncier, l'a répudiée pour prendre une autre maîtresse. Le comte Léon Tolstoï est là. Debout dans un coin de la cabane, il observe avec intensité ce corps de femme qui gît, sanglant, sur la table. Un enseignement terrible rayonne jusqu'à lui des yeux révulsés de la morte. Pendant plus d'un an, il méditera sur ce drame passionnel qui deviendra la scène centrale d'"Anna Karénine". Mais "Anna Karénine" sera au final beaucoup plus que le récit d'un simple fait divers. C'est un roman parfait, ainsi qu'un poème à l'accent universel conçu dans le même courant d'idées que "Guerre et Paix", avec en toile de fond la peinture du grand Empire russe et des cercles aristocratiques de Saint-Pétersbourg commençant à se lézarder. C'est une vaste fresque d'une vérité et d'une fraîcheur exceptionnelles où l'inoubliable Anna Karénine se précipitant sous un train par désespoir d'amour, le brillant mais superficiel comte Wronsky, Lévine, Kitty, Oblonsky et tous les autres personnages, les évènements, les foules, les éléments naturels, sont plongés dans une atmosphère épique reflétant l'âme sensuelle et passionnée du peuple russe.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Stefan Zweig. Dans une pension de la Riviera où réside le narrateur, la très réservée Mme Henriette, honorablement connue et mère de famille, vient de s'enfuir avec un jeune séducteur. Les pensionnaires s'étonnent de la rapidité de l'aventure et personne n'arrive à croire qu'une honnête femme puisse ainsi abandonner son foyer après quelques heures seulement de conversation avec un inconnu. Seul le narrateur ne condamne pas la femme immorale, bientôt rejoint par une vieille dame anglaise distinguée. Celle-ci lui raconte alors un épisode de sa jeunesse analogue à celui qui met en émoi la petite pension, se remémorant une aventure amoureuse de vingt-quatre heures, aussi étrange que passionnée. Le récit, où l'on trouve une évocation remarquable de l'atmosphère des casinos de l'époque, est animé par une analyse psychologique particulièrement profonde.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Gustave Flaubert. "C'est la faute de la fatalité", telle est la conclusion de Charles Bovary après le suicide de son épouse. Telle est en effet la morale de l'histoire vraie d'une femme qui tombe à cause d'une disproportion entre l'idée qu'elle se fait de la vie et la vie elle-même. C'est de cette opposition que Flaubert a tiré le personnage de Madame Bovary, exploré ici jusque dans dans les moindres replis de son âme et porté à une dimension si universelle que le terme de "bovarysme" en est aujourd'hui passé dans le langage courant. Et autour d'Emma, les autres personnages du roman sont également si impitoyablement justes, si rigoureusement observés, analysés et décrits, qu'ils donnent au drame toute son extraordinaire profondeur. Mais "Madame Bovary" n'est pas seulement un chef-d'oeuvre romanesque, c'est aussi un puissant réquisitoire contre la société bourgeoise, contre la médiocrité satisfaite, contre la niaiserie des conventions, des formules toutes faites et des pensées sur mesure, réquisitoire infiniment plus efficace qu'une satire. Cela explique pourquoi le livre suscita tant de controverses passionnées, et valut même à l'auteur un procès pour outrage à la morale et aux bonnes moeurs resté célèbre dans l'histoire des lettres, avant de finalement rencontrer l'immense et durable succès public qui lui est dû.










  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Jack London. Portrait-fiction de l'artiste en jeune homme, "Martin Eden" conjugue l'échec d'une éducation sentimentale et l'apprentissage du métier d'écrivain où la tentative d'appropriation de la culture mène inéluctablement à l'autodestruction. En une série de confrontations génératrices de discours sur l'amour, la vie, la politique, la philosophie, l'art et la littérature, ce roman partiellement autobiographique de Jack London met en scène le conflit irréductible entre deux mondes: celui des déshérités frustes et incultes, incarné par Martin Eden, et celui des privilégiés épris de distinction et de respectabilité, représenté par Ruth Morse dont la beauté fragile subjugue aussitôt le jeune marin de retour à San Francisco. L'amour l'entraîne alors à la conquête du savoir où les livres vont lui révéler sa vocation d'écrivain. Au prix d'une discipline qu'il s'impose jusqu'au délire, et après plusieurs années de dures épreuves, dont la rupture avec Ruth, il devient un écrivain riche et célèbre, mais il est trop tard et un soir, il se laisse glisser dans la mer en une lente descente vers la mort.


  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Jane Austen. Préface de Virginia Woolf. "L'intelligence de Jane Austen n'a d'égale que la perfection de son goût. Ses sots sont des sots, ses snobs des snobs, parce qu'ils s'éloignent du modèle de raison et de bon sens qu'elle a en tête, et qu'elle nous transmet clairement à l'instant même où elle nous fait rire. Jamais romancier n'a fait autant usage, et à la perfection, de son sens des valeurs humaines. C'est en contraste avec un coeur sûr, un bon goût infaillible, des principes moraux presque austères, qu'elle fait ressortir ces traits, qui vont à l'encontre de ce qui est bon, vrai et sincère, et qui sont parmi les choses les plus délicieuses de la langue anglaise." - Virginia Woolf.


  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Honoré de Balzac. Intégré dans les "Scènes de la vie privée", "Le Père Goriot" est une clé de voûte de "La Comédie Humaine". C'est en effet à partir de ce roman que Balzac utilise pour son cycle romanesque le procédé du "retour des personnages". À l'image de la pension Vauquer, une pension de famille bourgeoise du quartier latin où se croisent plusieurs types d'humanité, le roman est un carrefour où se rencontrent plusieurs personnages de "La Comédie Humaine": Goriot et ses filles, Vautrin, Rastignac,... Balzac y relate l'histoire d'un brave homme qui, s'étant dépouillé de ses biens par amour paternel afin de bien doter ses deux filles, va être abandonné par elles et mourir pauvre et seul. Mais le sujet sous-jacent est l'éducation sentimentale d'un jeune provincial, Eugène de Rastignac, débarquant de son Périgord natal pour conquérir Paris et y faisant l'apprentissage de la vie et de la société. À la fin du roman, c'est un homme mûri par l'expérience qui, après s'être écrié "A nous deux, maintenant" en contemplant la capitale depuis le sommet du Père Lachaise, va dîner chez sa maîtresse.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Oscar Wilde. Ce n'est pas le moindre paradoxe de cet unique roman d'Oscar Wilde qu'il ait été sévèrement condamné dans l'Angleterre puritaine de l'époque victorienne alors que son propos est éminemment moral. Dorian Gray est un jeune aristocrate esthète et peut-être homosexuel qui, jaloux de la beauté de son propre portrait peint par son ami Basil Hallward, souhaite que le personnage du tableau vieillisse à sa place. En une sorte de pacte faustien, le voeu est exaucé mais, au fil des ans, pendant que Dorian semble rester éternellement jeune, son portrait s'enlaidit de toutes les fautes et péchés qu'il commet. Sa conscience finit par ne plus supporter ce reflet de la laideur de son âme. Un jour de fureur, croyant détruire le tableau, il se suicide. Dorian meurt pour avoir préféré l'illusion de l'art à la vie. Parabole et conte fantastique, "Le Portrait de Dorian Gray" est autant une pierre angulaire des débats éthiques et esthétiques de son époque qu'un texte intemporel sur les rapports qu'entretiennent le bien et le beau, l'art et la vie, l'âme et le corps.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Émile Zola. Publié en 1885, "Germinal", treizième volume du cycle des "Rougon-Macquart", est le roman le plus célèbre de Zola. C'est l'histoire d'une grève dure, "la lutte du capital et du travail, le coup d'épaule donné à la société qui craque un instant", selon l'auteur. L'action se déroule dans le bassin houiller du nord de la France. Emile Lantier vient d'être renvoyé d'un atelier des Chemins de fer pour avoir giflé son chef. Chômeur, il se fait engager à la mine de Montsou où il est affecté dans l'équipe de Maheu. Il partage l'enfer du travail au fond des puits et la vie extrêmement difficile des familles de mineurs résignés à leur quasi esclavage depuis des générations. Mais Etienne rencontre un militant et commence à lire des brochures prônant la lutte sociale. Après une baisse de salaire des mineurs, il décide d'organiser une grève contre la Compagnie des mines et crée une caisse de secours. Pendant deux mois et demi de luttes et de souffrances, les mineurs tiennent bon face aux riches propriétaires qui refusent toute négociation et finissent par faire tirer la troupe contre la foule des manifestants. Les grévistes comptent leurs morts et doivent finalement reprendre le travail. Un anarchiste nihiliste, Souvarine, sabote alors la mine, faisant de nouveaux morts dans l'effondrement des galeries. Malgré la catastrophe, les ouvriers ont compris que la lutte pour améliorer leur condition est désormais possible grâce à l'organisation syndicale et politique unitaire. "Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait bientôt faire éclater la terre."

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Mikhaïl Boulgakov. Pratiquement exclu de la vie littéraire de son temps, Mikhaïl Boulgakov est l'un des plus grands écrivains russes du XXe siècle. Dans "Le Maître et Marguerite", sa grande oeuvre à laquelle il travailla jusqu'à ses tous derniers jours, il donne sa pleine mesure, alliant satire et poésie à une grande méditation sur le bien et le mal saisis à travers la problématique de l'écrivain face au pouvoir totalitaire. Satiriste incisif, styliste nerveux et brillant dont la prose tout entière est marquée par sa passion du théâtre, il s'inscrit avec ce roman magistral dans la lignée des grands auteurs russes classiques qu'il prolonge avec une vigoureuse originalité.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Émile Zola. Chef-d'oeuvre de la littérature naturaliste, "Au Bonheur des Dames", véritable "poème de l'activité moderne", est le onzième volume du cycle des "Rougon-Macquart". Octave Mouret fait, en quelques années, du modeste commerce de son épouse Caroline Hédouin, un grand magasin moderne pour les femmes, une entreprise colossale qui dévore peu à peu tout le quartier, tue le petit commerce alentour et réalise des recettes considérables. À Octave Mouret, jeune et séduisant veuf qu'il pare de toutes les qualités et de toutes les réussites, Zola oppose Paul Vallagnosc, ancien condisciple de Mouret, qui, prônant un pessimisme inspiré par Schopenhauer, voit lui sa vie se transformer en échec. Octave Mouret ne voit dans la femme qu'un moyen de gagner de l'argent, jusqu'au jour où il se laisse prendre par le charme d'une de ses employées, une jeune provinciale qui repousse ses offres malgré les énormes difficultés qu'elle affronte. Mouret, fou d'amour et reconnaissant en elle une associée idéale pour la direction de l'entreprise, lui demande alors de l'épouser. Émile Zola s'inspire de deux grands magasins de l'époque: "Au Bon Marché" et "Le Louvre". De haute tenue littéraire et romanesque, "Au bonheur des dames" est aussi une grande enquête journalistique, toujours pertinente de nos jours, sur le commerce et la consommation de masse (condition des employés, psychologie des clients, organisation et architecture des magasins, spéculation immobilière, etc.).

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Yasunari Kawabata. Eguchi, 67 ans, découvre la "Maison des Belles Endormies", où de jeunes filles vierges, endormies sous l'effet de narcotiques, livrent la nudité de leur corps à la voluptueuse contemplation d'hommes âgés. Pendant cinq nuits passées dans cette maison close très particulière, le vieil homme se remémore sa vie, méditant sur la vieillesse, l'amour, la solitude et la mort qui vient. "L'affreuse décrépitude des lamentables vieillards qui fréquentaient cette maison menaçait de l'atteindre lui-même dans peu d'années. L'immense étendue des désirs, leur insondable profondeur, jusqu'à quel point les avait-il finalement mesurées au cours des soixante-sept années de son passé ? Et puis, autour des vieillards naissent innombrables les filles jolies, à la peau neuve, à la peau jeune. Les désirs rêvés à perte de vue par de misérables vieillards, les regrets des jours perdus à jamais, ne trouvaient-ils pas leur aboutissement dans les forfaits de cette maison mystérieuse ?" Frémissante de beauté, toute de trouble perversité et de subtilité, expression d'un érotisme d'une gratuité absolue, "Les Belles Endormies" représente l'aboutissement des épreuves que Kawabata s'était imposées à travers sa quête esthétique. Logique avec lui-même, l'auteur va ici délibérément jusqu'au fond de son propre enfer mental avec une maîtrise d'écriture surprenante. Certains ont recherché un lien direct entre cet enfer et son suicide solitaire et lugubre, le 16 avril 1972, dans un petit appartement loué à Zushi, au bord de la mer. Sans doute serait-il plus juste d'écouter les propos tenus par l'écrivain lui-même, lors de l'attribution du prix Nobel de littérature en 1968: "Il est facile d'entrer dans le monde des bouddhas, il est difficile d'entrer dans le monde des démons. Tout artiste aspirant au vrai, au bien et au beau comme objet ultime de sa quête est fatalement hanté par le désir de forcer cet accès difficile du monde des démons, et cette pensée, apparente ou secrète, hésite entre la peur et la prière."

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Madame de Lafayette. À travers une intrigue de mariage contrarié mêlant plusieurs grands personnages (les comtes et ducs de Guise, d'Anjou, de Bourbon, de Maine, de Chabannes,...) sous le règne de Charles IX, à l'époque du massacre de la Saint-Barthélemy, Madame de Lafayette tente ici de montrer les ravages de l'amour dans l'existence d'une femme et quel danger il constitue pour son bonheur. Sans atteindre la délicate profondeur psychologique de "La Princesse de Clèves", le récit admirablement conduit de cette longue nouvelle éditée par le docte grammairien Gilles Ménage, révèle déjà tout le talent de Mme de Lafayette. L'atmosphère dans laquelle vivent les personnages, ainsi qu'une conception certes moralisatrice mais cependant très personnelle et très vivante de la vie sociale et de l'amour, s'imposent fortement au lecteur. Publiée en 1662, "La Princesse de Montpensier" connut un grand succès, dû sans doute au sombre destin romantique de l'héroïne, mais aussi au fait qu'à l'époque on ne pouvait que reconnaître dans le personnage de la princesse de Montpensier, non pas le personnage contemporain et homonyme, la Grande Mademoiselle, mais Madame elle-même, Henriette d'Angleterre. Dans l'esprit de l'auteur, l'histoire racontée ici était sans doute un clin d'oeil à celle qu'elle n'avait pas cessé d'aimer et de vénérer.


  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Lewis Carroll. Né par hasard des récits que Lewis Carroll improvisait pour les jeunes soeurs Liddel, "Les Aventures d'Alice au Pays des merveilles" est dédié à l'une d'elles, Alice. C'est l'histoire d'un rêve: Alice, en suivant un lapin blanc, est précipitée au centre de la terre. Là, il lui arrive de changer de taille selon ce qu'elle mange, de faire la connaissance du chat de Chester qui peut apparaître ou disparaître à volonté, de prendre le thé avec le lièvre de Mars ou encore de jouer au croquet avec la Reine de Coeur. Elle se trouve en difficulté lorsque toutes les cartes du jeu s'agitent autour d'elle, au moment précis où elle se réveille. "De l'autre côté du miroir" est la suite des aventures d'Alice qui voyage ici dans un pays en forme d'échiquier caché derrière le miroir du salon et y rencontre des êtres vraiment très singuliers. Les deux récits, chefs-d'oeuvre de la littérature enfantine et du voyage initiatique, sont emprunts d'une fantaisie, d'un humour subtil et d'un sens du merveilleux qui dominent toute l'action et les personnages. Lewis Carroll, profond connaisseur de la psychologie des enfants, y relate les choses avec leur mentalité libre sans préjugés et souvent sans pitié pour les conventions sociales.

  • Au sortir d'une enfance presque légendaire dans le château de ses ancêtres, le jeune danois malte laurids brigge se retrouve, solitaire, à paris.
    Ses cahiers sont le livre de la souffrance, où affluent les souvenirs et les angoisses de rilke.

    Traduit de l'allemand par maurice betz.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Virginia Woolf. Préface et traduction de Marguerite Yourcenar. Avec ses longs monologues intérieurs dont les courbes se succèdent et s'entrecroisent, "Les Vagues" est une composition musicale à six instruments sur le thème de la vie. Libérée de l'espace et du temps, l'intrigue s'amenuise au point de disparaître et rien ne permet de différencier les vies individuelles des six personnages, ainsi que le langage dans lequel ils expriment leur histoire de la naissance à la mort. Ce sont moins des héros qu'une suite d'impressions multiples se déroulant comme le flux et le reflux des vagues. Dans la succession des instants la romancière choisit le moment d'être qui cristallise une réalité mouvante. Derrrière la diversité des modes d'existence elle tente de retrouver l'être continu. Qu'est-ce que la vie, qui suis-je ? "Des pièces, des morceaux, des fragments" dit-elle. En faisant du monde invisible qui habite le plus profond de notre conscience et de notre inconscience l'essence du roman, Virginia Woolf atteint ici à l'essence de la poésie. "La vie n'est pas une série de lanternes disposées symétriquement; la vie est un halo lumineux, une enveloppe à demi transparente où nous sommes enfermés depuis la naissance de notre conscience jusqu'à la mort".

  • Le blé en herbe

    Colette

    «Toute leur enfance les a unis, l'adolescence les sépare.» Phil, 16 ans, et Vinca, 15 ans, amis de toujours, passent leurs étés en Bretagne. Tout naturellement, l'amour s'installe entre ces deux complices inséparables, un amour qui grandit plus vite qu'eux. Et cet été-là, Vinca et Phil découvrent leurs différences et leurs incompréhensions.
    L'insouciance et la confiance font alors place à la souffrance et à la trahison.
    Ces amours adolescentes révèlent à Vinca et à Phil ce qu'ils sont désormais et ne seront jamais plus. Et ces vacances s'achèvent sur un adieu à l'enfance, amer et nostalgique.
    Avec délicatesse, Colette excelle à évoquer l'éveil de la sensualité, la douloureuse initiation à l'amour et à la vie.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Friedrich Nietzsche. Nietszche se laissera-t-il jamais interpréter ? Près de deux siècles après sa naissance, le philosophe allemand laisse encore derrière lui l'impression vivace qu'il en savait effectivement très long. Cette réédition du très lyrique "Ainsi parlait Zarathoustra", son grand livre prophétique sous-titré "Un livre pour tous et pour personne", qu'il présente lui-même comme un nouvel Évangile pour notre temps, est l'occasion de faire le point sur les étapes de la réception de Nietzsche entre les lectures politiques et la mort de Dieu. C'est en effet dans "Ainsi parlait Zarathoustra" que le philosophe au marteau conçoit le Surhomme -- ou plutôt le Surhumain -- et exalte les valeurs vitales aux dépens des valeurs de la connaissance. Pour Nietzsche, la culture moderne a besoin d'être fondée sur une croyance à des valeurs qui ne soient pas celles d'une décadence, comme celles qui inspirent le christianisme, le rationalisme ou le moralisme. Zarathoustra est l'homme qui brise les anciennes tables de valeurs pour les remplacer par d'autres entièrement nouvelles; ce n'est pas un destructeur, c'est un messie.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Stendhal. "Le Rouge et le Noir", inspiré par un fait-divers, est l'incontestable chef-d'oeuvre de Stendhal. Chronique et critique de la société française sous la Restauration, analyse psychologique d'une profondeur inouïe, c'est le roman de l'ambition, de l'énergie personnelle, de la passion amoureuse et, déjà, de la lutte des classes. Il est dominé par le personnage de Julien Sorel, inoubliable figure du jeune précepteur provincial plébéien qui, après avoir gravi les marches de la bonne société parisienne, séduit deux femmes de l'aristocratie, et meurt sur l'échafaud après avoir tenté de tuer sa première maîtresse. Le titre du livre est considéré comme symbolisant les deux couleurs de l'ambition vers 1830: l'habit rouge des militaires et la soutane noire des curés. Peu remarqué à l'époque de sa publication, ce roman si neuf, aigu, impitoyable et fougueux, se révèlera être au fil du temps l'un des plus grands de la littérature française. Deux siècles après son écriture, il captive toujours des générations entières de lecteurs.



  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Gustave Flaubert. L'action se passe à Carthage après la première guerre punique. Les mercenaires se sont révoltés. Ils sont conduits par Mâtho le Lybien, lui-même poussé par l'esclave grec Spendius et plus encore par son amour pour la belle Salammbô, fille d'Halmicar. Il pénètre nuitamment dans le temple pour dérober le voile sacré de la déesse lunaire Tânit, auquel est suspendu dit-on le destin de la cité, avant de se glisser dans la chambre de Salammbô. Après plusieurs batailles perdues par Carthage, Salammbô récupère le voile de la déesse, rendant ainsi le sort des armes favorable aux Carthaginois. La ville reste cependant assiégée et privée d'eau, mais après le sacrifice d'enfants à Moloch, la pluie consent enfin à tomber. Les mercenaires sont bientôt refoulés, encerclés à leur tour, et réduits à mourir de faim. Mâtho est condamné au supplice. Salammbô meurt à la vue de ses affreuses tortures. Les vastes fresques antiques peintes ici par Flaubert qui s'appuie sur des faits historiques reconnus, avec leur richesse d'évocation, leur puissance et leur vie, et un personnage central, Salammbô, ressemblant étrangement à celui de Madame Bovary, font de ce roman une oeuvre littéralement vécue, écrite avec passion et toute animée d'un souffle épique. Y contribue naturellement le style magnifique de Flaubert qui fera ensuite école parmi les parnassiens et les symbolistes.


  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Emily Brontë. Heathcliff, enfant de bohémiens abandonné par ses parents, a été recueilli par M. Earnshaw qui l'élève chez lui à la campagne comme l'un de ses propres enfants. Après la mort du vieux Earnshaw, son fils Hindley, caractère mesquin et fantasque, fait souffrir le jeune homme qu'il a toujours détesté. Heathcliff trouve au contraire de la compréhension chez la fille de Earnshaw, Catherine, dont il s'éprend avec toute la fougue de son caractère passionné et violent. Mais, un jour, il entend Catherine affirmer qu'elle ne s'abaissera jamais à épouser le jeune bohémien. Profondément blessé dans son orgueil, il abandonne alors la maison et ne revient que trois ans plus tard, après avoir fait fortune. Il ne vit plus désormais que pour se venger... Véritable poème inspiré, "Les Hauts de Hurle-Vent" est l'une des oeuvres les plus étranges et les plus passionnantes de la littérature anglaise. L'adjectif "wuthering" que renferme le titre original est une variante du mot dialectal d'origine écossaise "whither", substantif et verbe évoquant la tempête qui tourne autour de la maison du personnage principal et symbolise pour ainsi dire le décor sonore du roman. Emily Brontë a vécu avec ses deux soeurs, écrivaines elles aussi, dans le Yorkshire, une région désolée et sauvage de bruyères, battue par le vent, où les fonctions ecclésiastiques de leur père l'obligeaient à résider. Son unique frère a quitté la maison pour vivre au loin une existence de déclassé. Un sentiment de profonde communion avec la nature, représentée pour elle par la lande déserte, lui enseigna une morale héroïque qui lui permit d'accepter et d'aimer sa vie sans être encouragée par d'autres joies que celles tirées de son inspiration littéraire. De ce mélange d'ingénuité et d'intuition pénétrante dérive le double aspect du récit: à la fois pure création d'une imagination ensorcelante et image d'une surprenante vérité. Sa puissance et sa nouveauté serviront de modèle à de nombreux romans anglais post-victoriens.



  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Georges Bernanos. Considéré comme l'un des meilleurs romans français du XXe siècle, le "Journal d'un curé de campagne" est aussi l'une des oeuvres les plus émouvantes de Georges Bernanos. Un jeune prêtre catholique est nommé curé d'Ambricourt, une petite paroisse rurale du nord de la France. Son amour des âmes et son zèle de pasteur se heurtant à l'indifférence et à la vulgarité, il trouve un apaisement en confessant le trop plein de son coeur dans un journal intime. Relatant méticuleusement la vie quotidienne de ses paroissiens, il découvre aussi leurs turpitudes et la complexité des relations qui les lient. La voix d'un autre prêtre, son confident, répond tout au long du journal à ses doutes et à ses faiblesses. La peur, qui est au centre de toute l'oeuvre de l'auteur de "Sous le soleil de Satan", compose un accompagnement sourd au monologue du jeune prêtre qui succombera finalement à un cancer.


  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Honoré de Balzac. Dédié à Victor Hugo, "Illusions perdues" appartient aux "Scènes de la vie de province" de "La Comédie humaine". L'oeuvre comprend trois récits qui s'enchaînent: "Deux poètes" dont l'action se déroule dans une imprimerie d'Angoulême sous la Restauration, "Un grand homme de province à Paris" où l'on voit l'un des deux jeunes ambitieux, Lucien Chardon, alias Lucien de Rubempré, partir à la conquête de la capitale par la littérature et le journalisme puis la politique, et "Les souffrances de l'inventeur" qui voit le même revenir à Angoulême, totalement ruiné et ajoutant de nouvelles dettes à son ami imprimeur. Au bord du suicide, il croise le chemin d'un singulier chanoine espagnol, en réalité un ancien bagnard évadé, Vautrin. "Illusions perdues", que Balzac mène avec une maîtrise littéraire stupéfiante, rassemble beaucoup de personnages-clés de "La Comédie humaine". Avec ses péripéties et ses coups de théâtre, ses touches d'un puissant réalisme, ses maximes lapidaires et ses profondes considérations sur les dessous de la société, c'est sans conteste avec "Splendeurs et misères des courtisanes" qui le prolonge, le meilleur de Balzac.

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