République des Lettres

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Maurice Leblanc. Premier recueil des aventures d'Arsène Lupin, "Arsène Lupin, gentleman cambrioleur" est composé de neuf nouvelles publiées dans le mensuel "Je sais tout" entre 1905 et 1907. La première, "L'Arrestation d'Arsène Lupin", est peut-être la plus belle réussite de Maurice Leblanc, non seulement parce qu'elle impose en quelques lignes la silhouette de celui qui deviendra le plus célèbre des aventuriers, mais surtout pour sa maîtrise narrative: au terme d'un brûlant exercice en énonciation, et bien avant "Le Meurtre de Roger Ackroyd" d'Agatha Christie, c'est la grammaire qui donne la solution de l'intrigue policière. Mais toutes les nouvelles font preuve d'une même virtuosité stylistique. Aux multiples déguisements du gentleman maître en trucages et mystifications, répondent les astuces d'un auteur habile à prendre au piège son lecteur. La figure d'Arsène Lupin n'est pas seulement celle d'un séducteur et aristocrate du crime qui envoie sa carte de visite au baron qu'il va dévaliser ("Arsène Lupin en prison") ou le prestidigitateur du cambriolage qui résout une énigme de plusieurs siècles au nez et à la barbe d'un célèbre détective ("Herlock Sholmès arrive trop tard"), mais aussi un être aux mille visages, génie de la métamorphose à l'identité toujours fugace ("L'Évasion d'Arsène Lupin", "Le Collier de la Reine", "Le Sept de coeur"). Au cours de ses tribulations, le héros collectionne les identités en traversant sans peine tous les degrés de l'échelle sociale, aussi à l'aise en petit employé étriqué qu'en prince russe ("813") ou en grand d'Espagne ("Les Dents du tigre"). C'est plutôt aux lignées aristocratiques que va sa préférence, justifiant ainsi son surnom de gentleman: «Marquis, baron, duc, archiduc, grand-duc, petit-duc, contre-duc, tout le Gotha, quoi! On me dirait que j'ai été roi, ventre-saint-gris, je n'oserais pas jurer le contraire.» Signes particuliers permettant de l'identifier: charme irrésistible (on ne compte plus ses conquêtes féminines), coeur d'or (il ne vole qu'aux riches et, tel Robin des Bois, se fait le défenseur de la veuve et de l'orphelin) et surtout verve intarissable - ses tirades échevelées, alliant un lyrisme volontiers épique à la gouaille d'un gamin de Paris, sont l'un des grands attraits de la saga. Bandit dilettante, héritier des dandys nihilistes fin de siècle, aventurier mondain du Paris des années 1900, Arsène Lupin procède ici d'un anarchisme mondain caractéristique de la Belle Époque, aussi habile que primesautier.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Guillaume Apollinaire. Toutes les recherches poétiques d'une époque lassée de la rigueur du Parnasse et des suavités symbolistes se retrouvent dans "Alcools", publié en 1913. D'instinct, Apollinaire y rejoint la tradition poétique française la plus pure, la plus directe, telle qu'elle s'incarne chez Ronsard et François Villon. Lorsque le poète penché sur la Seine se remémore son amour dans "Le Pont Mirabeau", la beauté grave et bouleversante de la douleur la plus discrète et la plus tragique y cotoie un air de romance populaire. Dans "Marizibill", il associe des strophes bouffonnes et pathétiques: "Elle se mettait sur la paille / Pour un maquereau roux et rose / C'était un juif il sentait l'ail / Et l'avait venant de Formose / Tirée d'un bordel de Changaï / Je connais gens de toutes sortes / Ils n'égalent pas leurs destins / Indécis comme feuilles mortes / Leurs yeux sont des feux mal éteints / Leurs coeurs bougent comme leurs portes." Le mouvement épique de "La Chanson du mal-aimé", qui porte l'incantation à un degré magnifique d'évidence et d'émotion, la nonchalance habile et délicieuse de certains poèmes de circonstance, la résurrection de vieilles légendes rhénanes, attestent la diversité de ce recueil qui rassemble les poèmes écrits entre 1898 et 1913. Renonçant à la ponctuation traditionnelle - l'une des innovations les plus discutées et les plus critiquées d'Apollinaire -, le poète ne connaît d'autre scansion que celle commandée par la respiration et par la palpitation intérieure de la passion. Aucun livre de cette époque n'a exercé une influence comparable sur la poésie française de la première moitié du XXe siècle, ouvrant la voie à un nouveau lyrisme et inspirant notamment dada et le surréalisme. Avec "Alcools", la poésie d'Apollinaire atteint sa cime la plus haute et la plus pure.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Stefan Zweig. "Écrire l'histoire de Marie-Antoinette, c'est reprendre un procès plus que séculaire, où accusateurs et défenseurs se contredisent avec violence. Le ton passionné de la discussion vient des accusateurs. Pour atteindre la royauté, la Révolution devait attaquer la reine, et dans la reine la femme. Or, la vérité et la politique habitent rarement sous le même toit, et là où l'on veut dessiner une figure avec l'intention de plaire à la multitude, il y a peu de justice à attendre des serviteurs complaisants de l'opinion publique. On n'épargna à Marie-Antoinette aucune calomnie, on usa de tous les moyens pour la conduire à la guillotine; journaux, brochures, livres attribuèrent sans hésitation à la «louve autrichienne» tous les vices, toutes les dépravations morales, toutes les perversités; dans l'asile même de la justice, au tribunal, le procureur général compara pathétiquement la «veuve Capet» aux débauchées les plus célèbres de l'Histoire, à Messaline, Agrippine et Frédégonde." - Stefan Zweig.

  • Germinal Nouv.

    Germinal

    Emile Zola

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Émile Zola. Publié en 1885, "Germinal", treizième volume du cycle des "Rougon-Macquart", est le roman le plus célèbre de Zola. C'est l'histoire d'une grève dure, "la lutte du capital et du travail, le coup d'épaule donné à la société qui craque un instant", selon l'auteur. L'action se déroule dans le bassin houiller du nord de la France. Emile Lantier vient d'être renvoyé d'un atelier des Chemins de fer pour avoir giflé son chef. Chômeur, il se fait engager à la mine de Montsou où il est affecté dans l'équipe de Maheu. Il partage l'enfer du travail au fond des puits et la vie extrêmement difficile des familles de mineurs résignés à leur quasi esclavage depuis des générations. Mais Etienne rencontre un militant et commence à lire des brochures prônant la lutte sociale. Après une baisse de salaire des mineurs, il décide d'organiser une grève contre la Compagnie des mines et crée une caisse de secours. Pendant deux mois et demi de luttes et de souffrances, les mineurs tiennent bon face aux riches propriétaires qui refusent toute négociation et finissent par faire tirer la troupe contre la foule des manifestants. Les grévistes comptent leurs morts et doivent finalement reprendre le travail. Un anarchiste nihiliste, Souvarine, sabote alors la mine, faisant de nouveaux morts dans l'effondrement des galeries. Malgré la catastrophe, les ouvriers ont compris que la lutte pour améliorer leur condition est désormais possible grâce à l'organisation syndicale et politique unitaire. "Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait bientôt faire éclater la terre."

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Maurice Leblanc. Un étrange cambriolage est commis au château du comte de Gesvre, à Ambrumésy. Raymonde de Saint-Véran, nièce du propriétaire, surprend le voleur et tire sur lui pendant sa fuite. L'homme disparaît, apparemment rien n'a été volé. Un jeune et brillant étudiant en rhétorique, Isidore Beautrelet, pense que le mystérieux voleur est sans doute Arsène Lupin. À la grande satisfaction de la police française, le cadavre du célèbre gentleman cambrioleur est justement retrouvé quelques jours plus tard. Refusant de croire à cette histoire et se faisant passer pour un journaliste, le jeune lycéen décide de mener l'enquête, en partie fondée sur le déchiffrage d'un texte codé. Mais l'inspecteur Ganimard et le fameux détective anglais Herlock Sholmès ne sont pas loin. Malgré les fausses pistes qui se multiplient, l'investigation se poursuit au Pays de Caux et ailleurs. Une énigme historique traversant toute l'histoire de France, de Jules César à la reine Marie-Antoinette, se révèle bientôt au grand jour. Arsène Lupin, connu aussi sous le nom de Louis Valméras, aurait découvert le secret du fabuleux trésor des rois de France, caché au coeur de l'Aiguille creuse d'Etretat. Riche en rebondissements et péripéties de toutes sortes, intrigant à souhait, truffé d'éléments historiques, à la croisée des genres entre récit policier, récit historique et récit d'aventures, "L'Aiguille creuse" est l'un des chefs-d'oeuvre les plus populaires de Maurice Leblanc.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Diderot. Roman et dialogue philosophique, "Jacques le Fataliste" est un longue conversation entre un brave valet, Jacques, et son maître, tous les deux personnages errants toujours prêts à philosopher à bâtons rompus sur la vie humaine. Ils nous sont bien présentés au début de leur voyage, mais nous ne savons finalement pas grand chose d'eux. Ils ne semblent en tout cas pas pressés, s'arrêtant volontiers au bord du chemin, revenant sur leurs pas, et tentant toutes les aventures qui se présentent à eux. Tout en cheminant, Jacques raconte sa vie et ses amours à son maître. Il a son franc-parler et des opinions tranchées. Il proclame en particulier que tout ce qui arrive est déjà écrit dans le grand registre du destin et que la vie est un enchaînement de forces que l'homme n'a que l'illusion de commander. Il n'hésite pas à reprendre et à sermonner son maître qui lui oppose sans cesse ses propres réflexions et raisonnements contraires en toutes choses. Plusieurs récits divers et variés relatant les aventures de Jacques se détachent du dialogue: l'histoire des amours de Mme de La Pommeraye et du marquis des Arcis (adapté récemment au cinéma par Emmanuel Mouret sous le titre de "Mademoiselle de Joncquières"), la romanesque histoire d'un moine défroqué (prétexte, après "La Religieuse", à une nouvelle diatribe anticléricale de Diderot), ou encore la vie et les aventure d'un certain M. Desglands. Le dialogue entre les deux hommes se poursuit, interrompu par des incidents, des rencontres, des sautes d'humeur, et même parfois par les interventions directes de l'auteur qui réfléchit tout haut sur la conduite de ses personnages jusqu'à ce qu'il décide d'y mettre arbitrairement un terme. "Jacques le Fataliste", avec son mélange des genres, la truculence de ses scènes, le comique des situations et la vivacité de la narration, n'est pas sans rappeler les chefs-d'oeuvre de Sterne, Voltaire, Cervantes et Rabelais.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon-Paul Fargue et d'un article de Joseph Kessel. Noctambule invétéré et marcheur infatigable, Léon-Paul Fargue, sans doute le plus célèbre des "Piéton de Paris", ne cesse d'arpenter Paris au gré des amitiés et des cafés, flânant dans son arrondissement préféré, le Xe, entre la gare du Nord et le boulevard de la Chapelle, allant de la rive gauche à Montmartre et de Clichy à Vincennes, faisant l'aller-retour entre la librairie d'Adrienne Monnier, rue de l'Odéon, et la brasserie Lipp, boulevard Saint-Germain, dont les carreaux de céramique proviennent de la fabrique paternelle dont il est le patron. Compagnon d'écrivains et d'artistes comme, entre autres, Pierre Bonnard, Pablo Picasso, Claude Debussy, Erik Satie, Igor Stravinski, Diaghilev, Paul Claudel, Paul Valéry, André Gide, Valéry Larbaud, André Breton ou encore Louis Aragon, il occupe dans la société littéraire de la première moitié du XXe siècle une position exceptionnelle, et son oeuvre est une véritable mémoire de la littérature française. Mais son importance ne se limite pas aux seules qualités documentaires de ses amitiés et de ses déambulations parisiennes. Son admirable "Piéton de Paris" est avant tout l'occasion de découvrir un grand écrivain et un poète riche d'humanité, de profondeur et de résonances.

  • Mémoires d'outre-tombe Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de François-René de Chateaubriand. Chef-d'oeuvre écrit durant plus de trente années, de 1809 à 1841, les "Mémoires d'outre-tombe" sont divisés en cinquante "livres" et quatre "parties". La première partie, la Jeunesse, va de 1768 à 1800. Chateaubriand y trace, en tableaux inoubliables, les étapes de sa jeunesse: la naissance, les soirées de Combourg, son isolement, ses promenades mélancoliques, son affection pour sa soeur Lucile, sa vie de lieutenant à Paris, sa découverte de la Cour, ses premières idylles et ses premiers écrits, les débuts de la Révolution, son départ pour l'Amérique puis son séjour à Londres et la misère. La seconde partie est consacrée à sa Carrière littéraire (1800-1814): portraits de ses amis, Pauline de Beaumont, l'entrevue et la rupture avec Bonaparte, les années d'écriture à la Vallée-aux-Loups, les voyages, la gloire enfin. Avec la troisième partie, on assiste à sa Carrière politique (1814-1830): Chateaubriand se lance dans l'arène, publie des pamphlets, passe dans l'opposition, devient ambassadeur à Berlin et à Londres puis ministre des Affaires étrangères. La Révolution de 1830 met un terme à son engagement. Il voyage encore en Suisse et en Italie mais se consacre désormais entièrement à l'achèvement de ses "Mémoires", qu'il vend à une société d'actionnaires en stipulant que son oeuvre ne doit paraître qu'à titre posthume (d'où son titre "d'outre-tombe"). Le récit autobiographique de plus de 2500 pages s'achève par une récapitulation où l'auteur se plaît à souligner les contrastes de sa vie: "Je me suis rencontré entre deux siècles comme au confluent de deux fleuves." Les "Mémoires d'outre-tombe" forment un livre unique en son genre par son mélange de réel et d'imaginaire, son investigation psychologique continue et profonde, sa langue et son style d'une extraordinaire variété, ses admirables portraits et descriptions enfin qui sont parmi les plus belles de la littérature française.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Arthur Schopenhauer. "Le Monde comme volonté et comme représentation", oeuvre majeure de la philosophie occidentale, est une tentative d'explication complète du monde doublée d'une critique radicale de celui-ci. L'ouvrage est divisé en quatre livres traitant d'épistémologie, de métaphysique, d'esthétique et d'éthique. Le premier livre traite du monde comme représentation (phénomène). Le second énumère les degrés et les formes de manifestation de la volonté dans la nature. Le troisième est consacré à la théorie de l'art. Le quatrième expose les problèmes de la morale et de la philosophie de la religion. À ces quatre livres, le philosophe allemand a rajouté une suite de "Compléments" dans lesquels il précise sa pensée. Schopenhauer analyse la doctrine kantienne de la chose en soi ainsi que la théorie platonicienne des idées. Il affirme que le monde sensible n'est que pure volonté, cette volonté étant la somme des forces conscientes et inconscientes qui se manifestent dans l'univers. Il affirme également que ce monde sensible ne nous est donné que comme réalité fictive, ou représentation. Le monde de la volonté, qui fonde celui de la représentation, est dégagé des caractères de ce dernier: alors que la représentation est déterminée par l'espace, le temps et la causalité, la volonté est en revanche unique. Alors que la représentation est réglée par le principe de raison, la volonté est irrationnelle. Une première voie de libération de cette volonté irrationnelle est l'art. S'opposant aux grands maîtres de l'idéalisme classique et de l'historicisme, le philosophe soutient que le pessimisme est la véritable conception du monde, telle qu'elle a été révélée aux grands génies artistiques et aux fondateurs des grandes religions. Il se refuse à admettre que l'humanité progresse au cours de l'histoire, celle-ci n'étant qu'une succession d'apparences trompeuses. Schopenhauer, inspiré ici entre autres par la philosophie orientale et son approche cosmique de l'existence individuelle (influence des Upanishad et de la Bhagavad-Gita), pose avec force le problème de la personnalité individuelle et de la nature propre de l'individu spirituel. Son "Monde comme volonté et comme représentation" a donné naissance à un nouveau courant de pensée qui a amené la philosophie contemporaine à une plus grande compréhension de la complexité de la vie de l'individu. Les traits distinctifs de sa réflexion, comme la méfiance en la raison et le pessimisme, ont eu une très forte influence sur la culture des XIXe et XXe siècle, aussi bien en littérature (Tolstoï, Maupassant, Kafka, Mann,...), qu'en philosophie (Nietzsche, Bergson, Wittgenstein, Freud,...).

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Friedrich Nietzsche. Sous-titré "Réflexions sur les préjugés moraux", "Aurore" compte 575 aphorismes répartis en cinq livres sur "la morale considérée comme préjugé". Bien que ce livre marque le début de sa campagne contre la "moraline" - commencée avec "Humain, trop humain" et poursuivie avec "Par-delà bien et mal" et "Généalogie de la morale" - on n'y rencontre aucune attaque, aucune négation, aucune malignité. "Aurore" est au contraire plein du pressentiment d'une "transmutation de toutes les valeurs" qui enseignera aux hommes à dire "Oui à la vie" en se débarassant du mensonge du moralisme. Bien que méfiant envers les imposteurs moraux, Nietzsche n'entend cependant pas nier la moralité et ne nie pas que des hommes agissent pour des "raisons morales", mais il nie que l'hypothèse sur laquelle ils se fondent ait un fondement réel. Pareillement, il nie l'immoralité. L'idée de "l'innocence du devenir" s'impose au philosophe. Prônant la libération de la pensée, il exprime ici ce que peut avoir d'ennuyeux la culture si on la conçoit sans enthousiasme et en dehors de la vie. Nietzsche avertit d'ailleurs lui-même que son ouvrage n'est pas fait pour être lu du commencement à la fin. Il faut au contraire l'ouvrir souvent "puis regarder ailleurs et ne rien trouver d'habituel autour de soi".

  • Haute solitude Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon-Paul Fargue. "Haute solitude" est l'oeuvre la plus accomplie et la plus déchirante de Fargue. Reprenant les chemins de rêves et de cauchemars déjà parcourus dans "Vulturne", l'auteur poursuit cette fois son investigation jusqu'au point critique où le poète, se séparant de lui-même, s'installe dans la "Haute solitude", lieu étrange dont il nous dit les peurs et les prestiges. Par elle, il atteint la nuit des temps préhistoriques comme celle de la fin du monde dont il nous dit être l'un des six témoins. C'est entre ces deux nuits de la terre et du ciel, de la naissance et de la mort, que s'inscrit ce recueil de proses. Visionnaire stupéfait "d'avoir vu d'un coup Dieu dans le monde, comme on s'aperçoit dans une glace à l'autre bout de la chambre", Fargue possède cette puissance verbale propre à entraîner le lecteur dans la randonnée préhistorique qui ouvre le livre. Nous y assistons à la formation des mondes, à la succession des époques, à l'apparition d'un "monstre bizarre", l'Homme. Puis, délaissant ces mondes chaotiques, un autre univers non moins fantastique est exploré: ce Paris tant aimé, parcouru et arpenté par l'auteur du "Piéton de Paris". Le voici déambulant à travers les rues, accompagné par les fantômes et les visages de ceux qu'il a aimé. Il dit les gares, les banlieues, les cafés, les nuits blanches, les rumeurs de la ville et la vie dans son désordre cosmique. Mais aucune rue qui ne conduise inexorablement vers ce haut lieu où souffle l'esprit: la solitude. "Je travaille à ma solitude, cherchant à la diriger dans la mer d'insomnie où nous a jetés la longue file des morts..."

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Emmanuel Bove. En 1928, Emmanuel Bove est au faîte de sa gloire. "Mes amis", publié dans une collection dirigée par Colette, est vivement salué par la critique et couronné par le très recherché prix Figuière. C'est le début d'une période féconde où il rencontre entre autres Rainer Maria Rilke, Philippe Soupault, Max Jacob, Pierre Bost, Max-Pol Fouchet et publie pas moins de six romans et recueils de nouvelles en une année. Parmi eux, "L'Amour de Pierre Neuhart", qui synthétise selon lui tous les éléments contenus dans son oeuvre et où son style, par une absolue neutralité qui souligne d'autant l'opacité des mobiles et des situations, atteint sa forme la plus dépouillée. Se prévalant de l'exemple de Proust ou de Balzac qui ont bâti leur oeuvre autour des mêmes figures, Bove estime en effet qu'un "roman ne doit pas être une chose achevée, une chose réussie en soi: on ne devrait pas pouvoir isoler un roman de l'oeuvre de son auteur, pas plus qu'on ne peut détacher un beau vers d'un poème".

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Matthew Gregory Lewis. Traduit de l'anglais par Gabriel Louis Terrasson de Sénevas. Avec Ann Radcliffe, Charles Robert Maturin et Horace Walpole, M. G. Lewis est aujourd'hui considéré comme l'un des principaux maîtres précurseurs du roman gothique anglais. Auteur d'un célèbre classique du genre, "Le Moine", il a aussi écrit dans les années 1800 plusieurs courts romans d'épouvante tout aussi horrifiques et susceptibles de procurer des sensations oppressantes aux lecteurs de l'époque. Le récit débute en bonne compagnie, dans un de ces salons bourgeois anglais de la fin du 18e siècle où la principale activité est la médisance, avant de basculer très vite dans la jungle sauvage de l'île de Ceylan. Dans ce décor exotique d'aventure coloniale, un jeune propriétaire anglais, Seafield, est traqué par l'un de ces redoutables serpents géants nommés "Anaconda", ou "Boa Devin". Ces monstrueux reptiles sont capables d'attaquer, d'étouffer puis d'avaler en une seule fois et en entier les hommes comme les buffles ou les tigres. L'homme est parvenu à se cacher dans un abri mais le monstrueux reptile reste aux aguets. Luttant contre leur peur, la fiancée, les amis et les serviteurs de Seafield s'organisent. Ils s'engagent dans une lutte à mort contre cet Anaconda aussi fascinant qu'invincible.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Romain Rolland, prix Nobel de littérature 1915. Biographie critique de Léon Tolstoï, enrichie de lettres, documents et études consacrés aux relations de l'écrivain russe avec les penseurs orientaux, notamment avec Gandhi. "La grande âme de Russie, dont la flamme s'allumait, il y a cent ans, sur la terre, a été, pour ceux de ma génération, la lumière la plus pure qui ait éclairé leur jeunesse. Dans le crépuscule aux lourdes ombres du XIXe siècle finissant, elle fut l'étoile consolatrice, dont le regard attirait, apaisait nos âmes d'adolescents. Parmi tous ceux pour qui Tolstoï fut bien plus qu'un artiste aimé, un ami, le meilleur, et, pour beaucoup, le seul ami véritable dans tout l'art européen, j'ai voulu apporter à cette mémoire sacrée mon tribut de reconnaissance et d'amour." - Romain Rolland.

  • Texte intégral révisé, novellisation basée sur le film de Bernardo Bertolucci, "Le dernier tango à Paris". "Le dernier tango à Paris" a été un événement mondial. Des dizaines de millions de spectateurs ont voulu le voir et le revoir.

  • Denis Diderot (1713-1784) a lui-même rédigé plusieurs milliers d'articles de son Encyclopédie, dont cet essai sur le Beau, qui constitue l'une des contributions les plus remarquables des encyclopédistes à la philosophie de l'Art. Publié en 1752 dans le deuxième tome de l'Encyclopédie, le philosophe des Lumières cherche à y résoudre l'énigme de la beauté et du sublime. Dans son souci d'universalisme, il ne se réfère pas seulement au beau artistique et à l'expérience esthétique mais traite d'un concept plus général de beauté qui a affaire avec l'histoire de l'expérience humaine. Au-delà du sensualisme, il défend une thèse selon laquelle "la perception des rapports est l'unique fondement de notre admiration et de nos plaisirs" et insiste sur le pouvoir d'évocation des figures de rhétorique et des procédés de style comme critère esthétique. "J'appelle donc beau hors de moi, tout ce qui contient en soi de quoi réveiller dans mon entendement l'idée de rapports; et beau par rapport à moi, tout ce qui réveille cette idée". La présente édition reprend le titre de Taité du Beau utilisé dans les trois éditions publiées du vivant de l'encyclopédiste, et en sous-titre celui choisi par Naigeon lors de la première édition des Oeuvres de Diderot, en 1798: Recherches philosophiques sur l'origine et la nature du beau. Le texte est suivi d'une brève biographie de Diderot.

  • Article biographique sur Jorge Luis Borges. Jorge Luis Borges a eu une énorme influence sur la littérature de son pays, et notamment sur un écrivain plus jeune comme Julio Cortazar. Son unicité, naturellement, l'empêche d'avoir une postérité. Au milieu des romanciers argentins engagés dans la réalité sociale et politique convulsée de leur temps, il paraît comme figé dans l'éternité de ses obsessions et de ses fantasmes. Il est vrai que ses opinions notoirement conservatrices ne transparaissent aucunement dans ses livres. On a parfois accusé Borges d'être cosmopolite, d'être étranger à la réalité latino-américaine. Mais, bien qu'il soit fort peu intéressé, par exemple, par les mythologies préhispaniques -- alors qu'il donne des cours à Buenos Aires sur les mythologies celtes et nordiques -- il est encore latino-américain, paradoxalement, par son sens du cosmos, du fantastique, de l'immensité spatiale et temporelle, et il ne serait sans doute pas très difficile de retrouver dans l'oeuvre d'un Gabriel Garcia Marquez, par ailleurs si différente, des obsessions analogues.

  • Immanuel Wallerstein : "Lorsque j'étais à l'Université vers la fin des années quarante, on nous apprenait les vertus et les réalités de la modernité, du fait d'être moderne. Aujourd'hui, un demi-siècle plus tard, on nous enseigne les vertus et les réalités de la postmodernité. Que diable est-il arrivé à notre modernité pour que, d'unique voie de salut, elle se voit déchue au rang de piètre démone ? La modernité dont on nous parlait alors, était-ce bien la même que celle dont il est question aujourd'hui ? A la fin de quelle modernité nous trouvons-nous ?"

  • Dans son essai La désobéissance civile (Civil Desobedience, 1849) Thoreau proclame son hostilité au gouvernement américain, qui tolère l'esclavagisme et mène une guerre de conquête au Mexique.
    Refusant de payer ses impôts, alors même qu'il est en désaccord avec la politique de l'état, il est arrêté et doit passer la nuit au poste. L'essai eut une grande influence sur le Mahatma Gandhi et sur Martin Luther King.
    Ce texte historique intéressera toute personne concernée par la politique et particulièrement par le débat qui a lieu en ce moment autour de la désobéissance civile.
    Les "faucheurs" de plants de maïs transgéniques, les associations qui, comme Droit au Logement (DAL), et jusqu'aux opposants à l'avortement, nombreux sont ceux pour qui la désobéissance à la loi devient une forme d'action politique.

  • Baltasar Gracian (1601-1658) est l'un des plus grands essayistes espagnols du Siècle d'or, que l'on peut comparer à Montaigne et à La Rochefoucauld.
    Dans L'Homme de cour, dont le texte original date de 1647, qui réunit trois cents maximes ou réflexions, il propose un art de vivre à la cour comme à la ville, en sauvant son honneur et son monde intérieur. La traduction de 1684 est l'un de ces monuments du style littéraire à la française, dont la clé semble oubliée.

  • Biographie de Jean-Paul Sartre suivie d'une Brève histoire de l'Existentialisme et d'un article sur Sartre au Proche-Orient. Le succès de Jean-Paul Sartre, à l'origine de l'existentialisme, prit à partir de 1945 des proportions étonnantes et le philosophe devint, avec Simone de Beauvoir, le centre d'une constellation d'artistes de talent. Du point de vue philosophique, il vaudrait mieux parler d'"existentialismes français" au pluriel et distinguer une tendance chrétienne, où se situeraient Gabriel Marcel, Emmanuel Mounier, Jean Wahl, et une tendance athée, représentée par Jean-Paul Sartre et Maurice Merleau-Ponty.

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