Publie.net

  • Visage rimbaldien, destin romantique, culture sur les marges, écriture de l'affrontement : tout a prêté, en un temps "fin de siècle" de réaction, de démenti et de disparition, à cette édification soudaine d'un mythe dont un homme et une oeuvre, surtout, éprouvent d'infinies difficultés à se démettre. Brutalement, sous les diverses formes de l'indexation au répertoire, de l'héritage, du recyclage, l'oeuvre fut récupérée au nom édulcoré de sa révolte même. Curieusement, alors qu'il est ainsi adulé par le public théâtral, les comédiens et les metteurs en scène, les étudiants, les jeunes, en France et encore davantage à l'étranger, l'auteur reste plutôt ignoré du milieu proprement littéraire. L'étonnante étanchéité contemporaine de la pensée et de la scène n'explique pas tout. De ce clivage entre le mythe et l'ignorance, il importe de finir rapidement. Contrer la rareté du livre critique et l'abondance spectaculaire des revues (leur côté parade), désenclaver l'oeuvre de Koltès d'une analyse presque exclusivement dramaturgique (ou d'une approche outrancièrement testimoniale), en élargir le champ référentiel, en faire valoir la tension poétique et la portée philosophique, permettre ainsi une ouverture de la lecture, toujours propice à la diversification des créations scéniques, telle est donc l'ambition avouée de cet essai.
    Christophe Bident

  • De Barbara Métais-Chastanier, deux pièces qui sont deux manières d'affronter le théâtre et de puiser en lui la force de dire ce qui ne peut pas se dire : soi-même qui s'invente à rebours des identités héritées, imposées, assignées. Il n'y a pas de certitude et La Femme® n'existe pas témoignent du travail en cours d'une autrice qui cherche dans l'adresse une langue capable de nommer les enjeux politiques des identités qui ne réclament aucune origine, mais seulement des désirs. Ce sont deux monologues à travers lesquels fraient des voix multiples qui travaillent à faire violence aux violences infligées aux femmes, à leur identité. La jeune dramaturge traverse là dans une rage tendre et adressée les questions de notre époque : car si « l'amour est à réinventer », c'est pour chaque jour, et à chaque mot, et c'est dans l'autre, avec l'autre et pour l'autre. Deux monologues politiques dans la mesure où chacun rend caducs les discours des politiques sur ces enjeux. Monologues amoureux aussi, monologues dont le mot dit mal combien la solitude est ici attaquée pour être ce présent offert, arraché, accompli, absolument inventé afin d'être infiniment désiré.
    Arnaud Maïsetti

  • Écrite en 2008, la pièce de Bozena Keff rencontra un écho retentissant en Pologne lors de sa création. C'est qu'elle témoigne avec une violence et une profondeur rares des enjeux qui secouaient alors et qui continuent à ce jour la société polonaise, entre souvenirs de la Shoah et montée d'un antisémitisme d'État. Si elle révèle les tensions d'un pays en prise avec sa mémoire, elle met au jour aussi celles de l'Europe et de notre temps. À l'heure où les derniers survivants des Camps disparaissent, c'est la question du devenir de notre Histoire qui se pose, des fantômes qui la hantent. Bo ena Keff est de cette génération des enfants des survivants des Camps, qui voudrait être auteur de son histoire. Entre mémoire maternelle et violence paternelle, entre Histoire et Patrie, entre le silence du passé et l'impasse du présent, comment s'inventer une vie qui soit résolument la nôtre ? C'est dans une pièce qui prend la forme d'un oratorio sidérant de puissance, convoquant figures mythiques et contemporaines, Demeter et Lara Croft, lyrisme prophétique et rage de l'insulte, que Bo ena Keff convoque l'histoire pour mieux terrasser ces fantômes ou apprendre à vivre avec eux ? Pièce énigmatique et vertigineuse, « oeuvre-monstre » comme le disent les deux traductrices de cette pièce, Sarah Cillaire et Monika Próchniewicz ; qui propose la première traduction en français de cette oeuvre fondamentale : De la Mère et de la Patrie traverse les formes les plus antiques du théâtre pour dire la tragédie du présent, afin aussi de trouver les forces de lui résister.

    Arnaud Maïsetti

  • Seul comme on ne peut pas le dire est la première monographie exclusivement consacrée à l'oeuvre de naissance de Bernard-Marie Koltès, le célèbre soliloque La Nuit juste avant les forêts. Ce livre en présente les différentes strates et composantes du bref mais fulgurant texte de Koltès. Il le resitue dans sa genèse, dans ses enjeux de théâtre, en examine l'architecture et le fonctionnement narratif.

  • Naissance de la collaboration entre le Théâtre du Rond-Point et Publie.net dans une collection de théâtre dirigée par Jean-Daniel Magnin (auteur également chez Publie.net du Jeu continue après ta mort et traducteur des Bacchantes, ni plus ni moins que le directeur littéraire du Rond-Point) avec la parution de 36 nulles de salon, de Daniel Cabanis. Après Bouvard et Pécuchet et les diablogueurs de Dubillard, il manquait Mario et Mario, les rois du match ex aequo : trente-six dialogues calibrés pour se terminer en « nulles de salon », comme on dit aux échecs lorsqu'aucun adversaire ne veut prendre le pas sur l'autre.

  • Dramaturge, metteuse en sce ne et re alisatrice, la carioca Christiane Jatahy est devenue, avec sa compagnie Ve rtice de teatro, une figure singulie re et tre s importante de la sce ne bre silienne, et maintenant internationale. Il nous a semble important de mieux faire de couvrir son travail, en proposant avec ce volume une premie re approche de sa de marche et de ses cre ations. Ce livre re unit pour cela un texte du spe cialiste du the a tre contemporain bre silien Jose Da Costa, « The a tre et recherche artistique chez Christiane Jatahy », qui constitue une introduction a son parcours et a son esthe tique ; un entretien entre Jose Da Costa et Christiane Jatahy, « Une toile sur le quotidien » ; et un texte de Christiane Jatahy elle-me me sur son travail, « Ligne te nue entre re alite et  fiction ». A ces textes s'ajoutent les  fiches artistiques des cre ations de la metteuse en sce ne et de nombreuses photographies de ses spectacles. L'espace du commun Le the a tre de Christiane Jatahy entend ainsi faire apparai tre les enjeux esthe tiques, mais aussi politiques et humains, qui traversent ce the a tre singulier et marquant, ce the a tre « du commun » a tous les sens du terme. CT

  • Jusqu'à ce que...

    J Y.

    C'est un voyage : non dans l'espace, mais dans le temps et la mémoire d'un homme. Lui parlera, immobile, pour dire sa traversée d'hier, d'aujourd'hui, de demain. Il parlera jusqu'à l'essoufflement. Quand il cesse de parler, une femme est là comme en chaque moment de sa vie, pour dire ce moment, ou nommer ce qui a lieu. La femme en bleu, la femme en blanc, la femme en noir. Dans ce ballet des voix et des corps, cet homme seul au milieu de sa vie traversée par trois femmes, se donne à entendre le prix de cette traversée, dans le souffle d'une voix qui tente d'aller jusqu'au bout de lui, jusqu'à ce que... C'est le premier texte de théâtre de JY. Préface de Claude Régy. Arnaud Maïsetti

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  • Balivernes hivernales

    J Y

    Balivernes Hivernales naît d'une rencontre : avec la ville et le désarroi qu'on y trouve à chaque pas. Dans le hall d'une gare, sur le clavier d'un piano désormais disposé dans chacune de nos gares et livré à tous, quelqu'un joue en virtuose. Soudain un homme en haillons - un SDF peut-être - se lève et danse. La pièce puise là, dans le mouvement terrible d'un corps, dans la foule autour qui passe toujours à côté, dans la ville qui bat, dans la musique désaccordée : une image et son désir. L'image d'un tournoiement qui remet le monde à sa place. Le désir d'approcher le monde dans la brutalité élégante qui pourrait lui résister. Dans cette pièce, autour de cette ville qui est la nôtre - et qui pourtant est inacceptable -, dix monologues dialoguent avec leur vie, leur voix, leur arrêt ici, sur la scène levée par ce texte.

    Balivernes Hivernales poursuit le dialogue de JY avec le théâtre et cette esthétique du désarroi qu'il a entrepris avec Jusqu'à ce que, sa première pièce, publiée chez publie.net en 2014. C'est la deuxième saison : l'hiver. Elle n'est pas sans âpreté ni sans son envers, l'humour, cette élégance du désespoir.

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  • Les encombrants

    J Y

    Dans nos villes, il existe des endroits à l'abri des regards qui sont destinés au dépôt de ce qui ne sert plus, objets trop usés ou inutiles. Le soir, il suffit de les déposer là, et le matin, ils ont été emportés. Les encombrants, ce pourrait être une allégorie, oui, mais de quoi ? De ce début de siècle, des corps que le monde juge inutiles et évacue, ou du théâtre lui-même ? Dans cette troisième pièce, JY. poursuit sa plongée dans les franges dissidentes de notre réel. Après l'érotique Jusqu'à ce que... et l'élégiaque Balivernes hivernales,...

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