Pu De Rennes

  • D'Americana (1971), au titre si programmatique, au Silence [2020), la fiction de Don DeLillo affiche depuis un demi-siècle l'invariable ambition de radiographier la culture américaine et. plus ambitieusement encore, de la redéfinir à travers une somme de moments proprement critiques, susceptibles d'en révéler la psyché intime. Elle s'attache à chroniquer de la sorte malaises civilisationnels, faillite des mythes et des discours topiques, comme elle documente la coulisse du fameux rêve quelle s'obstine à promouvoir. Pareille fiction cherche à cerner et fixer plus avant ce circuit de l'inconscient national, en opposant ce qui nourrit l'imaginaire des États-Unis aux défaillances mêmes de ses systèmes de représentation, prenant autant appui sur les tragédies historiques (l'assassinat de John Kennedy, les attentats de septembre 2001) que sur les crises structurelles (comme celle exemplaire du capitalisme financier). Si la paranoïa ressortit d'abord à l'intrigue des romans, elle informe aussi une lecture presciente de la complexité du réel contemporain et une écriture du soupçon radical qui va à rebours du Zeitgeist, s'arc-boute contre les idéologies et les dogmes dominants. En quoi, l'ambition dernière de cette écriture paranoïaque est bien d'introduire le jeu du doute entre le texte et le monde, DeLillo aspirant à élargir par ses récits la cartographie cognitive de ses contemporains.

  • La question du sacré a de nombreuses ramifications dans l'uvre de fiction et dans les essais philosophiques d'Albert Camus. ce volume examine l'articulation des représentations positives et négatives du sacré, au fil d'une uvre qui fait ressortir avec acuité ses ambivalences : la dénonciation d'une force d'écrasement prompte à glisser de la sphère religieuse à la sphère politique y coexiste avec le lyrisme de la dilatation de l'être dans les extases cosmiques, ou encore avec l'approche aimante et douloureuse du mystère de l'autre.
    La réflexion de Camus fait jaillir du sacré lui-même le sens de la limite qui contrecarre ses propres égarements, en opposant aux fureurs totalitaires et terroristes la terreur révérencielle du sang versé et en entreprenant de refonder sur l'esprit de mesure un humanisme lucide.

  • Sisyphe heureux aborde quelques questions centrales aux périodiques en combinant méthodologie et études de cas : Il replace les revues littéraires et artistiques dans la large mouvance de l'imprimé, questionne le partage entre majeur et mineur, et montre les interactions avec d'autres formes culturelles au sein de l'écosystème médiatique.

    L'ouvrage souligne l'apport des études matérielles, des images, de l'interdisciplinarité et de l'analyse réticulaire et montre les limites de termes tenaces (petite revue, little magazine) en mettant l'accent sur les porosités. Il dévoile le rôle des revues dans l'industrie culturelle (célébrités, chanson, presse, mode, croisières) et s'intéresse à l'esprit qui les anime, aux figures qui les traversent, à leur imaginaire, à la poétique qui s'y élabore, et qui retiennent en général moins l'attention.

    Sisyphe heureux associe les études textuelles et visuelles, l'analyse littéraire et historique, l'histoire de l'imprimé et des représentations, et l'étude de l'imaginaire. Son objectif est de mettre en avant les revues artistiques et littéraires dans une histoire culturelle nuancée.

  • S'appliquant au concept de littérarité remis récemment en débat, la réflexion proposée ici s'intéresse au domaine latin, qui reste de ce point de vue largement inexploré. L'arc diachronique représenté, de l'Antiquité au Moyen Âge et à la Renaissance, offre à l'étude un espace culturel où la notion de tradition est vivante, marqué initialement par l'appropriation des codes culturels hellénistiques, et qui a vu ensuite le passage du paganisme au christianisme engendrer ses propres effets. Par une attention portée tour à tour aux positions de l'auteur et du récepteur, aux modes de production et aux mécanismes de validation, aux définitions en creux ou par défaut de la littérarité, les contributions mettent au jour un certain nombre de critères en fonction desquels il apparaît qu'un texte est perçu ou défini comme « littéraire ». Cette diachronie longue permet d'éclairer l'évolution qui a progressivement amené un resserrement de la notion, notamment à propos de genres qui, de nos jours, ne sont plus jugés relever de « la littérature » (histoire, littérature spirituelle ou didactique...). Cette réflexion sur la nature du fait littéraire se situe ainsi au confluent de divers champs d'expression ou disciplines et a vocation à éclairer la conception de la littérarité dans l'Europe classique et contemporaine tandis que son avenir suscite interrogation à l'heure où la disparition du livre de papier est presque annoncée. Avant de pouvoir se demander si d'autres configurations peuvent présider à une nouvelle naissance du fait littéraire, on est revenu à son moment d'origine, dont il ressort une mise en valeur du sens sociétal et personnel des productions littéraires en continuel réaménagement.

  • Quelle place occupe Jean de Meun dans l'histoire littéraire des XVe et XVIe siècles ? Loin d'être inclus dans les "episseries" médiévales pointées du doigt par Du Bellay dans La Défense et illustration de la langue française (1549) et rejetées par les poètes de la Pléiade, le continuateur du Roman de la Rose conserve une place à part dans les arts poétiques français en raison de la force de son "invention", et plus généralement dans l'esprit des poètes du XVe au XVIIe siècle, pour qui il demeure en partie sinon un exemple, du moins un guide plus ou moins avoué, d'Alain Chartier à Pierre de Ronsard, en passant par Martin le Franc, Jean Bouchet, Clément Marot ou Jean-Antoine de Baïf.
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    Si le poète ne laisse pas indifférent, c'est aussi le "personnage" de l'histoire littéraire française qui suscite une curiosité grandissante, malgré la polémique associée à son antiféminisme, comme en témoignent les nombreuses remarques des "antiquaires" Étienne Pasquier ou Claude Fauchet et jusqu'à la Vie complète que lui consacre Guillaume Colletet au milieu du XVIIe siècle, qui contribuent à cristalliser un "mythe" Jean de Meun, fondé sur un mélange unique de profonde science et de licencieuse légèreté.

    Prolongeant Jean de Meun et la culture médiévale précédemment publié aux Presses universitaires de Rennes, le présent ouvrage s'intéresse donc à la postérité de Jean de Meun sous toutes ses formes, du manuscrit à l'imprimé, du Roman de la Rose aux innombrables textes qui ont continué jusqu'au début du XVIIe siècle d'y puiser l'inspiration.

  • Le "tombeau poétique" apparaît en France, au XVIe siècle : il s'agit d'un recueil collectif pour un puissant, qui fait concurrence au monument de pierre pour assurer la gloire du défunt célébré.

    Le tombeau connaît une histoire à éclipses : il se constitue en genre musical, avant d'être ressuscité poétiquement à la fin du XIXe siècle, même si la forme collective se raréfie, et persiste aux XXe et XXIe siècles. Or, fait remarquable, le terme n'a pas d'équivalent exact dans d'autres langues.

    Le genre serait-il spécifiquement associé à la langue française ? Les études réunies dans ce volume mettent en regard les tombeaux français avec de possibles équivalents : élégie anglaise, stances espagnoles, monument russe, oeuvres "in memoriam".
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    Cet ensemble permet ainsi de conduire une réflexion sur les spécificités des genres dans différentes traditions, mais aussi sur les liens qui les unissent. Il s'inscrit en outre dans une perspective intermédiale, en confrontant poésie, musique, peinture et sculpture. Ce faisant, il pose des questions essentielles sur le rapport de l'art au deuil, à la mémoire, mais aussi à la transmission et à la tradition.

  • "La connaissance de soi : Suis-je maître de cette connaissance ? Par où passer pour la vivre ? Il ne s'agit pas de technique abstraite, mais de rencontre avec soi-même", écrit Jackie Pigeaud. Le retour sur soi est-il mortifère, comme chez Narcisse ou bien peut-il constituer un instrument de salut et sous quelles conditions ? Peut-on faire coïncider le soi vu de l'extérieur "comme un autre", et le soi "senti", éprouvé de l'intérieur, pas vraiment "comme un autre" ? Se connaître soi-même, est-ce se connaître ou bien, loin de toute crispation identitaire, connaître tout court, co-naître à soi, aux autres et au monde, s'y entrelacer ?

  • Pourquoi le roman contemporain évoque-t-il des épidémies quasiment éradiquées en Occident (peste, choléra, variole, diphtérie) ? Comment lire ces récits d'épidémie ? Que révèlent-ils sur la fin du XXe siècle? L'ouvrage se propose de réévaluer La Peste de Camus : sa réinscription dans une « bibliothèque de l'épidémie » révèle sa dimension fondatrice sur le plan éthique et esthétique. À des degrés divers, les récits d'épidémie de Gabriel García Márquez, José Saramago, André Brink, Jean-Marie Gustave Le Clézio et Stewart O'Nan entrent en résonance avec le roman de 1947.

  • Annie Ernaux a déclaré écrire à partir de son vide, que la perte est le « noyau dur » de tous ses livres, le fil qui les relie entre eux. Cet ouvrage propose une lecture attentive de l'oeuvre ernalienne (romans, récits de vie, journaux concertés, extraits de journal intime, essai, lettre, etc.) et il s'articule autour de trois aspects principaux : la perte, les traces et la religion. Fort de ses considérations sur la soeur défunte, l'avortement et le cancer, de son examen poussé des traces en tous genres et de son étude inédite de la religion, cet ouvrage offre une voie d'accès novatrice et essentielle à une écrivaine contemporaine incontournable.

  • Au-delà de la figure du cinéaste engagé qui interpelle le public par son oeuvre, cet ouvrage s'intéresse à la culture de l'engagement qui se déploie dans un espace extra-filmique. À travers des exemples tirés de contextes géographiques distincts (États-Unis, France, Espagne, Afrique du Sud, etc.), les auteurs démontrent que la politisation des films est souvent précédée par une prise de position des réalisateurs et des acteurs.

    Avec le soutien de l'université d'Angers.

  • Force est de constater le basculement ou la réversion qui font passer de l'intérieur à l'extérieur et inversement. Jusqu'à quel point le dedans peut-il absorber le dehors en l'intraversant, et le dehors avoir raison du dedans en l'extraversant ? L'intérieur le plus intérieur, est-ce Dieu ou le diable ? Est-ce un principe transcendant à l'homme ou bien l'être humain comme tel ? Et quels rapports l'intérieur entretient-il avec les vicissitudes de l'histoire ? Songeons aux formes dont naissent les "formules", aux matrices où se développe l'embryon, aux chambres noires où se produit l'image, aux a priori culturels qui permettent à un peuple de se former ou aux définitions hétérogènes dont sort une notion.

    L'intérieur noue assurément des rapports privilégiés avec la création artistique. Et un désir incoercible de dedans nous pousse à créditer d'intérieur des êtres vus à travers un verre éloignant ou à enrichir d'âmes de simples "créatures de pigments". Mais le sentiment de l'intérieur est aussi un rapport de soi à soi médiatisé par l'imaginaire et les formes symboliques de la culture. Outre l'intérieur intime et essentiel, l'intérieur historiquement constitué et l'intérieur artistique, il s'agit donc de saisir un intérieur "égotiste" en perpétuelle rétroaction. Ce sujet, c'est "le sujet terrible", comme l'écrit Jackie Pigeaud, un sujet auquel on ne saurait refuser son attention sous peine d'oublier le ressort caché du grand art et de toute formation culturelle.

    Réunis à La Carenne-Lemot comme chaque année depuis vingt ans, des spécialistes reconnus dans chacune de leurs disciplines s'exercent à travailler ensemble sur un même sujet. Leur problème n'est pas d'effacer des cloisons, mais de ménager des passages et de repenser des distributions. (Baldine Saint Girons).

  • « Le français à table », voilà le thème bien alléchant pour des journées de réflexion sur la langue française en France et en francophonie. C'est associer en effet les raffinements gustatifs aux productions orales de la bouche, c'est redonner aux mots leurs saveurs, à la langue spécialisée sa motivation, à l'écriture littéraire une sensualité nouvelle.
    C'est assurément s'attacher à l'amplification du lexique au fil de l'histoire de la langue et de ses voyages - mots exotiques, mots créées par dérivation, de manière imagée ou anthroponymique -, s'intéresser à la naissance et à l'évolution des textes spécialisées - notes de cuisiniers, « mesnagiers » ou « théâtre d'agriculture », menus ou recettes- , s'arrêter sur l'expression littéraire d'un thème particulièrement attirant qui se charge de contenus symboliques, mis en valeur également par la peinture et la musique.
    Ce sont autant d'orientations que ce t'ouvrage pluridisciplinaire propose au public : lexicologues, historiens, littéraires, philosophes, journalistes, professionnels font bénéficier le lecteur de leurs travaux de recherches et de leurs derniers échanges à la table des Lyriades qui les a réunis en Anjou au cours d'un festival d'une semaine de réflexion.
    Véritable sujet linguistique, socio-économique et culturel, voilà, pour la huitième étape du voyage au long cours des Lyriades, une belle escale qui, sous un titre prometteur, souhaite mettre à la table de la langue française tous les gourmets et les gourmands de mots, de mets et de textes.
    Cet ouvrage est issu des 8es journées de la langues française (Rencontre de Liré) qui se sont tenues principalement à Angers, Liré et Ancenis, du 23 au 29 mai 2016. Il a été conçu sous la direction de Françoise Argod-Dutard, agrégée de lettres modernes, professeur d'université en langue française, présidente du conseil scientifique des Lyriades.

  • Cet ouvrage explore la géopoétique des confins au sens géographique du terme, en mettant au premier plan des paysages grandioses, ceux du désert, de la forêt, de la toundra, de la banquise, du fleuve, de la lande, autant d'espaces soumis aux forces vives des éléments et qui mettent le corps et l'esprit à l'épreuve. Là où la végétation prolifère de manière fulgurante, là où le rythme de l'eau anime le paysage, là où le minéral impose ses lois, là où le vent souffle à perdre haleine, là où les phénomènes premiers retiennent toute l'attention, les confins apparaissent.

    Avec le soutien de l'équipe de recherches ERIMIT de l'université Rennes 2 et de l'Institut universitaire de France.

  • Alors que la nature a toujours eu bonne presse dans les livres pour enfants et pour adolescents, une préoccupation, voire un sentiment d'urgence, s'immisce, dès la seconde moitié du XXe siècle, dans les écrits et les images représentant animaux, végétaux et environnements à destination des jeunes lecteurs. Loin de simplifier la pensée écologique, des auteurs rendent sensible la complexité de l'interaction entre l'humain et la nature en créant des images, en inventant des histoires et en réinventant les formes pour les raconter. Qu'apporte cette littérature à la jeunesse ? N'est-elle là que pour transmettre le fameux message « écolo » de l'adulte à ceux qui grandissent ?

    Avec le soutien du 3L.AM (Laboratoire de langues, littératures et linguistique des universités d'Angers et du Mans), de l'université du Mans et de la Région des Pays de la Loire.

  • L'éveil renvoie à la naissance, dont il renouvelle et banalise le miracle ; et il s'oppose au sommeil ou plutôt à l'endormissement, pris comme retrait dans un monde intérieur et anticipation de la mort. Mais qu'y a-t-il de commun entre l'éveil physiologique, propre à tous les animaux, et l'éveil spirituel, réservé à quelques élus, en passant par toutes sortes d'éveils spécifiques qui touchent la sensibilité, l'imagination, l'intelligence, la créativité, etc. ? Qui éveille, à quoi et pourquoi ? Et qui s'éveille ? Est-ce "l'âme" ? Est-ce "moi", "soi", "on" ? L'éveil est-il finalement rendu impossible par la mort ou bien peut-il s'accomplir après sa survenue à travers diverses formes de survie ou de résurrection ?

    La méthode choisie est celle d'une approche concrète, proche de la vie, mais toujours soucieuse de ses provenances. Cette "pensée en amont", comme on pourrait l'appeler, ne cesse de solliciter l'histoire des religions, de la philosophie, des langues, des arts et des sciences. Mais elle refuse l'hégémonie d'une seule de ces disciplines et privilégie la créativité, en assignant à la musique et aux beaux-arts un rôle central dans le renouvellement de la pensée.

    Ces Entretiens sont attachés à un lieu qui leur donne son nom : La Garenne Lemot, une villa néoclassique, aux bords escarpés de la Sèvre, dans l'évocation de la Toscane. En cet endroit l'on peut parler de beauté et de grâce, mais aussi de tolérance et d'amitié. Organisés sous la responsabilité de l'Association Les Entretiens de La Garenne Lemot, ces XXIe Entretiens ont pu avoir lieu grâce au soutien de l'université de Nantes, en particulier du Laboratoire "L'Antique, le Moderne - L'AMo", du Conseil départemental de Loire-Atlantique et de la mairie de Nantes. Nous remercions également Monsieur Charles Pain, de Panzoult, et Monsieur Denis Heuzé, de Bordeaux, pour leur généreux soutien. La gestion de la publication de ces Entretiens est due à Alfrieda Pigeaud.

  • Ce volume regroupe les textes d'une trentaine de chercheur·euses invité·e·s à examiner les usages et la pertinence du vocabulaire du pouvoir, de la puissance et de la force, dans le cadre de l'analyse, de l'interprétation et de la théorisation de la littérature. Poser à nouveau cette question, c'est relancer le mouvement même de la littérature - par le doute qu'elle entretient sur sa propre puissance et la conscience qu'elle ne relève jamais vraiment d'un régime d'exception dans la culture.

    Avec le soutien de la Comue Paris-Est et du laboratoire Cellam de l'université Rennes 2.

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  • La réflexion critique sur les rapports entre la littérature et la guerre avait longtemps privilégié, en France, les oeuvres portant sur la Seconde Guerre mondiale. La commémoration du Centenaire de la Grande Guerre a permis de rattraper ce retard en faisant éclore un grand nombre de publications et, surtout, en croisant l'approche littéraire avec celles des sciences humaines. Cocteau ne pouvait être oublié par ces travaux, lui qui voulut participer à la lutte dès le premier jour bien qu'il fût exempté, et qui, devenu mobilisable en 1916, passa six mois comme infirmier sur le front belge.

    De son côté, la perception publique de ses années d'Occupation est largement saturée par le regrettable "Salut à Breker", en 1942, que beaucoup voulurent lire comme un insupportable "Salut à Hitler" valant profession de collaboration. Ce volume voudrait corriger cette image simplificatrice en privilégiant l'approche par les discours et les oeuvres : le journal Le Mot, Parade, les grands poèmes de guerre (Le Cap de Bonne-Espérance, Discours du grand sommeil), Thomas l'imposteur ; les adresses aux jeunes écrivains, les textes sur la chanson, Allégories, La Machine à écrire, L'Éternel retour... En temps de guerre, la critique tend à surpolitiser le champ culturel et à en observer les effets sur l'inspiration des écrivains et leurs comportements publics, notamment médiatiques.

    Le cas de Cocteau montre qu'il n'est pas moins intéressant d'étudier les résistances d'un écrivain à cette surpolitisation, ses retraits, ses dilemmes, voire ses refus, lien ressort l'image d'un homme assez esthète pour voir la guerre comme un théâtre, assez marqué par la Grande Guerre pour approuver la "paix honteuse" des accords de Munich, assez anarchiste pour se tenir à l'écart des idéologies totalitaires, assez humain pour s'indigner du racisme d'État, assez pacifiste pour s'accommoder de la "paix honteuse" des années d'Occupation, assez Français pour défendre les "territoires de l'Espril" contre Vichy, et assez individualiste pour défendre plus que tout sa création.

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  • Judith Gautier (1845-1917) est la fille de Théophile Gautier et de la cantatrice italienne Ernesta Grisi. Elle vécut sa jeunesse au coeur du Paris artistique et littéraire du XIXe siècle, fréquentant toutes les figures marquantes de l'entourage de son père : Baudelaire, Flaubert, Delacroix, Leconte de Lisle... et se fit connaître très jeune en publiant Le Livre de Jade, première anthologie littéraire de poèmes chinois classiques traduits en français. Après ce premier coup d'éclat très remarqué, elle parvint à vivre de sa plume en publiant tout au long de sa vie une oeuvre abondante, touchant à tous les genres.

    Loin de n'être "que" la fille de Théophile Gautier, elle parvint, tout en honorant la mémoire paternelle, non seulement à assumer une fonction de médiatrice artistique et culturelle, mais aussi à se façonner une identité littéraire propre : au-delà d'une extraordinaire biographie sur laquelle revient cet ouvrage, c'est à l'originalité d'une créatrice authentique, poétesse, traductrice, critique et romancière, que ce volume, le premier du genre, prétend rendre un hommage informé, nourri par l'expertise de spécialistes venus d'horizons disciplinaires et culturels divers.

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  • Découverte papyrologique majeure des années 1930, le traité grec Sur l'exil du philosophe et sophiste gaulois Favorinos d'Arles (vers 80-150/160) n'avait jamais encore fait l'objet d'une étude d'ensemble en langue française. Visant à combler cette lacune, ce volume réunit des contributions de papyrologues, philologues et historiens de la littérature grecque.

  • Si certains critères de dramaticité ne sont plus pertinents, certains constituants s'en trouvent réactivés (l'adresse, le rapport à la parole, le corps de l'acteur), qui revendiquent une proximité retrouvée. Il se pourrait qu'aujourd'hui encore le terme de drame soit efficient en s'inscrivant au coeur d'une forme - le monologue - qui explore la parole quand elle se fait action, et ce, quel que soit le caractère hétérogène des écritures textuelles et scéniques qu'elle emprunte, à l'aune du théâtre dit postdramatique.

  • La violence est déclinée à l'infini dans l'écriture romanesque de Mario Vargas Llosa. Il s'agit dans cet ouvrage de comprendre comment le texte peut rendre compte de cette litanie de manifestations de la violence, s'il n'y a pas un écart entre le dit et la manière de le dire. C'est dans l'écart ou dans la réduction de celui-ci que s'immisce l'autorité de l'écrivain, celle qui révèle le texte et son contenu au lecteur, la seule capable de sublimer la matière violente.

  • Au coeur de la Révolution française, deux écrivains, Isabelle de Charrière et Mme de Genlis, proposent à leurs lecteurs émigrés une voie médiane, entre les valeurs d'une noblesse sur le déclin et celles d'une société en mutation rapide. Cette voie médiane se construit en référence à la figure de Jean-Jacques Rousseau, dont l'aura est sans pareille. Comme lui, elles adoptent une démarche rarement suivie de leurs contemporains, qui consiste dans le refus des opinions extrêmes et de l'esprit de parti. Proposant un idéal à atteindre, elles ouvrent la porte à une valorisation du rôle des femmes, capables d'éduquer les enfants comme les adultes.

  • La présente étude se propose d'explorer le site du poème, dans les trois oeuvres, en tant qu'espace-temps natal.
    Le pays natal de char, césaire et tchicaya, en effet, ne se définit jamais simplement comme " le pays oú je suis né " ; il est avant tout pays de la natalité, c'est-à-dire lieu oú les choses jaillissent à la vie. il ne s'agit pas, pour autant, de gommer les différences historiques, géographiques et culturelles des trois auteurs. le congo des indépendances, la martinique en lutte pour son identité, les maquis de provence, ces trois espaces ont chacun sa propre identité et son propre contexte.
    Toutefois, au-delà de ces distinctions, le livre cherche à mettre en lumière une unité profonde, qui tient au rapport qu'entretient le poète avec sa terre et avec son histoire. le pays natal, dès lors, se révèle sous la forme d'un parcours allant d'une situation initiale proche du non-être (dont le nazisme ou l'esclavage sont des exemples) jusqu'au surgissement natal et au déploiement de ce même surgissement dans une histoire et une géographie de nouveau habitables.

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