Pu De Lyon

  • Épuisé de longue date, l'ouvrage de référence de Damien Carraz est aujourd'hui réédité, ce dont il faut se féliciter, eu égard à son importance dans l'historiographie des ordres religieux-militaires et au-delà. Quinze ans après sa parution, cette somme, fondée sur un corpus de quelque 1600 actes de la pratique - dont un millier était alors inédit -, complété par des sources narratives, littéraires et archéologiques, impressionne encore. Née à la fin du xxe siècle, la « Military Orders' connection » n'a cessé depuis quinze ans de se développer.
    Liant approche chronologique et sociographique, Damien Carraz a contribué à en poser les fondements, traitant des aspects attendus tout en traçant des voies nouvelles, constituant autant d'apports cruciaux à l'histoire de l'ordre du Temple : le bon accueil de l'Église et celui, meilleur encore et plus durable, de la société laïque, l'inurbamento (l'installation en ville) des ordres militaires, leur ouverture au droit et à l'écrit, l'ampleur de leur encadrement spirituel et de ce que l'on appelle désormais leur culture visuelle ont été perçus à nouveaux frais à la lumière du « laboratoire » du Bas-Rhône. En refusant de considérer le Temple comme un isolat, coupé de son environnement, Damien Carraz s'inscrivait dès le début des années 2000 dans le courant de jeunes chercheurs qui, en France, à la suite d'Alain Demurger, pionnier en la matière, s'attachait à renouveler l'approche des ordres militaires. Les lignes qu'il a ouvertes sont entrées dans l'historiographie des ordres militaires et, à l'instar de l'inurbamento, se retrouvent aujourd'hui dans les synthèses les plus autorisées, faisant de l'ouvrage aujourd'hui réédité une référence incontournable pour qui travaille sur ou s'intéresse à l'ordre du Temple.

  • Dans la société médiévale, peuplée en majorité d'illettrés, accessibles seulement à l'oralité, les récits exemplaires (ou exempla) circulent dans tous les registres de la littérature didactique, depuis le Miroir des princes jusqu'au plus humble sermon prononcé devant un auditoire plus ou moins attentif.
    Afin de venir en aide au prédicateur en mal d'inspiration, les recueils d'anecdotes exemplaires se multiplient, à partir du XIIIe siècle. Jean Gobi le jeune († 1350) propose dans son Echelle du Ciel (Scala coeli) un millier de ces récits corsetés dans un appareil didactique sophistiqué. Mais malgré un objectif pastoral fortement affirmé dans son prologue, ce Dominicain se laisse parfois prendre au charme du conte, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs et l'intérêt des spécialistes de l'histoire des textes.
    L'autre oeuvre de Jean Gobi le jeune - un dialogue avec un revenant - apparaît comme un maillon essentiel dans la mise en place du culte des âmes du purgatoire à partir du XIVe siècle.
    Ces textes, encore peu connus, sont analysés dans quatre perspectives complémentaires : exemplarité et éducation, une oeuvre entre oralité et écriture, encadrement des comportements sociaux et des attitudes religieuses.
    Ecrits en latin, ces ouvrages sont rendus accessibles aux lecteurs par de nombreuses traductions.

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  • Héritiers et bâtisseurs d'une principauté multiple et discontinue, s'étendant des marges bretonnes à l'extrémité de la péninsule italienne, Louis II et Louis III d'Anjou-Provence, qui portent aussi le titre de rois de Jérusalem et de Sicile, ont eu un double défi à relever : maintenir ces territoires après avoir obtenu l'adhésion des populations, au milieu des turbulences de la guerre de Cent Ans et des rivalités méditerranéennes, et gouverner ce qui pouvait paraître ingouvernable, rassembler des serviteurs et ébaucher un véritable Etat.
    Pour ce faire, les princes - et les princesses, leurs mères et épouse - n'ont disposé que d'une étroite marge de manoeuvre en raison des événements, mais aussi de la puissance des liens ambigus qui les attachent à la papauté et surtout à la maison de Valois régnant sur le royaume de France, dont leur dynastie et leur fortune sont issues. Au cours d'un demi-siècle dramatique, de 1384 à 1434, leur politique, entre utopie et réalité, n'a pu toujours éviter l'écueil de la rupture du fragile équilibre des territoires et des déchirements au sein de la famille et des hommes du prince.

  • L'UMR 5648, Histoire et archéologie des mondes chrétiens et musulmans médiévaux, est l'un des rares centres de recherche rassemblant aussi bien des spécialistes travaillant sur tout le bassin méditerranéen, s'intéressant à l'Occident chrétien, au domaine byzantin et au monde musulman (oriental et occidental), que des historiens des textes et des archéologues.
    La réunion de ces compétences a permis de proposer un choix de documents très divers, en rapport avec le sujet mis au programme de l'agrégation et du CAPES d'histoire pour les années universitaires 2000-2001 et 2001-2002 (Les relations des pays d'Islam avec le monde latin : milieu Xe-milieu XIIIe siècle). Certains de ces textes sont traduits pour la première fois de l'arabe, du latin ou des langues romanes qui en dérivent au Moyen Âge.
    Au-delà de la conjoncture qui a incité à réunir ces documents, on aura un aperçu de la diversité et de la richesse des possibilités de recherche sur ces espaces de confrontation et de contacts. 78 documents réunis et présentés par l'UMR 5648, Histoire et archéologie des mondes chrétiens et musulmans médiévaux.

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  • L'ouvrage étudie les tensions suscitées par une campagne de prédication faite à Genève en 1430, pendant quelques semaines, par Baptiste de Mantoue, un moine du monastère de Sainte-Justine de Padoue, réformé quelques années auparavant par Ludovico Barbo, initiateur de l'Observance bénédictine.
    Accueillie très favorablement par la population et les autorités de Genève, la prédication de Baptiste finit par être publiquement dénoncée comme erronée par le frère dominicain Raphaël de Cardona, présent aux sermons, ce qui entraîna l'intervention de l'inquisiteur Ulric de Torrenté.
    Grâce à un dossier conservé à l'Archivio di Stato de Turin, et qui a transmis entre autres les témoignages de plusieurs auditeurs recueillis au cours de l'enquête, il est possible d'entrevoir comment ont été reçus les sermons et de reconstituer les implications complexes, à la fois religieuses et politiques, de cet épisode. Attaqué par les dominicains, soutenu par les franciscains et une bonne partie de la population, Baptiste de Mantoue a pu profiter pendant un certain temps de la bienveillance de l'évêque François de Metz et du duc Amédée VIII de Savoie, qui étaient alors engagés dans un jeu subtil pour le contrôle de la ville de Genève.
    Au-delà du fait divers, la crise provoquée par les prédications du bénédictin permet d'observer les nombreuses rivalités qui opposaient à ce moment les principaux protagonistes du conflit et donc, en définitive, d'éclairer le mode de fonctionnement complexe de la vie politique, sociale et religieuse à la fin du Moyen Age. Le moment où se noue la crise voit en effet Amédée VIII oeuvrer pour une réforme profonde du duché, l'inquisition dominicaine tenter d'asseoir son pouvoir en Suisse romande, et le pape Martin V - qui est intervenu directement dans l'affaire à plusieurs reprises - être soucieux de reprendre en main la direction d'une Église et d'une Chrétienté qui venaient depuis seulement quelques années de retrouver leur unité.
    Est aussi proposée l'édition des dépositions des témoins et des documents qui les accompagnent, avec leur traduction en français.

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  • Implacable dans son refus de l'enrichissement et dans sa dénonciation du pouvoir de l'argent, François d'Assise a légué sur ce plan à ses frères en religion un message singulier et vivace. Bientôt, cependant, son ordre allait se rapprocher de beaucoup d'autres, aussi fondés au XIIIe siècle. Confondus sous le qualificatif générique de «Mendiants», quatre d'entre eux - les Dominicains, les Franciscains, les Carmes et les Ermites de saint Augustin - furent même officiellement désignés comme tels par les plus hautes instances de l'Église en 1274. Le mode de dépendance à l'égard des autres que la mendicité induit a fourni à ces ordres un principe identitaire fondamental, qui affleure dans leurs expériences concrètes comme dans leurs écrits. Demander en quêtant et recevoir de la main à la main l'aumône spontanée ou organisée en collecte, vivre au jour le jour en privilégiant, face à l'afflux des dons, l'usage immédiat des aumônes en nature et la vente des surplus et des biens immobiliers? Ces indices forts d'un choix de vie précaire et du rapport constant aux réalités du marché se combinent de manière fascinante dans les pratiques des ordres mendiants avec l'incitation à tester en faveur des frères, leur prévision réaliste des dépenses récurrentes, et finalement, le compromis accepté des rentes et du confort relatif qu'elles assurent, en phase avec une économie de l'Au-delà qui encourage les célébrations de messes anniversaires pour le salut des défunts. D'emblée, amis et parents, bienfaiteurs et protecteurs souvent haut placés ont été mis à contribution pour assurer aux couvents prioritairement établis en ville le nécessaire et davantage, et pour gérer leurs possessions. Par des ajustements calculés aux contraintes du quotidien et par la réactivité aux aléas de la conjoncture, économie et religion se sont construites en dialogue. Plus nettement que les soeurs, les frères ont adopté des façons de faire innovantes que leurs archives (livres de comptes, registres de gestion, rapports de visites), quand on prend la peine de les interroger, rendent accessibles, et des façons de voir audacieuses qui, par le relais des paroles et des images, ont atteint efficacement la société, au point de contribuer à former autrement les regards, en amont du capitalisme florissant des Temps modernes.

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