Paris-mediterranee

  • Au soir du quatrième jour, un détenu, qui ne partait plus depuis longtemps, cria soudain : " Faraj est là ! " Tous les camarades qui pouvaient encore tenir debout s'approchèrent du trou de leur lucarne, le souffle coupé, pour assister au retour de ce petit pigeon, étrange et têtu, qui n'admettait pas que sa place fût avec les vivants, mais voulait revenir avec nous, les morts-vivants.
    Il allait et venait sur le grillage, et tentait maladroitement d'entrer. Il me regardait pour me demander de l'aide ; personne ne pouvait rien faire, mais nous avions tous le coeur serré d'émotion... Faraj se laissa tomber tout entier dans le trou du grillage et atterrit devant la cellule n°10, la cellule de son enfance, tellement exténué qu'il échoua plusieurs fois avant de se poser sur la main que je lui tendais.
    Lorsqu'il y parvint, les détenus les plus proches de ma cellule purent m'entendre pleurer à chaudes larmes. Pendant longtemps les autorités marocaines ont nié l'existence du bagne de Tazmamart situé en plein désert dans le Sud du pays. Pourtant, cinquante-huit officiers et sous-officiers, fantassins ou aviateurs, y furent enfermés pour avoir été impliqués, à leur corps défendant, dans les deux tentatives de coup d'État de juillet 1971 (Skhirat) et août 1972 (attaque contre l'avion du roi).
    Après dix-huit ans de détention dans des conditions inhumaines, quand s'ouvrent les portes de Tazmamart, vingt-huit d'entre eux avaient survécu. Celui qui occupait la cellule 10, Ahmed Marzouki, témoigne au nom de tous, disparus et survivants.

  • " De tous les poètes ses contemporains, pas un, ni même ceux qui ont été dans la Résistance, pas un n'a écrit la révolte et le goût de vivre mêlé au sens de la mort comme Benjamin Fondane. Sa situation de fantôme lui-même, y est sans doute pour quelque chose : un émigrant de la vie traqué sur les fleuves de Babylone. Contre les dualismes de la philosophie, il est dans le continu de la vie à partir du poème et du poème à partir de la vie. Par là il est présent. " (Henri Meschonnic) Ce volume regroupe sous le titre Le Mal des fantômes les cinq livres de poèmes écrits en français, suivant le désir exprimé par Fondane dans la lettre qu'il a pu faire parvenir à sa femme du camp de Drancy où il fut interné du 14 mars au 30 mai 1944.

  • A l'intérieur du périmètre magique que forment tunis et sa banlieue nord, marie s'applique à tenir son passé à distance et sofiane recherche un " avant " à son histoire.
    Ils se perdent dans leurs contradictions, s'irritent de leurs attentes, avant de parvenir à donner un sens à leur destin.
    Après une odeur de henné, et avec le même talent d'écriture ciselée et élégante, cécile oumhani nous introduit, à travers ce roman, dans l'univers intérieur de personnages toujours en quête de leur vérité.

  • Voyage initiatique, témoignage sur le passé colonial, plongée dans l'univers de la délinquance, avec ce roman Saïd Mohamed propose une photographie sans complaisance et parfois cruelle de ce qui fut son univers.
    La honte sur nous, fresque picaresque d'une famille marginale, nous fait toucher du doigt en permanence le fond du gouffre et le sordide du quotidien.
    Écrit au ras des mots, dans un style réaliste, ce roman dégage une vraie force poétique.
    Saïd Mohamed est un poète qui crée un malaise en parvenant à nous faire rire avec des choses qui dérangent. Tel un griot africain, il raconte une histoire de vie, et le miracle de la parole a lieu car, comme Shéhérazade, il a survécu à la nuit.
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  • " si l'homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout ", écrit albert camus dans ses carnets.
    Cette citation résume à elle seule le passionnant récit de l'un des plus beaux combats pour l'indépendance, l'un des plus méconnus aussi. dès avril 1958, des footballeurs algériens talentueux, évoluant dans des clubs français prestigieux, ont décidé de laisser leurs privilèges au vestiaire pour mettre leur notoriété au service de la liberté de leur pays. ces hommes - mekhloufi, arribi, kermali, rouai, boubekeur -, d'abord considérés comme des fous, voire des traîtres dans l'hexagone, se sont peu à peu imposés comme des militants de la justice avant de devenir dans la conscience collective algérienne de véritables héros.
    Leur maîtrise de l'adversité n'a pourtant empêché ni leurs doutes ni leurs peurs lorsqu'il s'est agi de rejoindre la tunisie et, à partir de là, de défendre aux quatre coins du monde les couleurs de leur nouveau maillot, véritables étendards d'une liberté qui se mérite. kader abderrahim nous raconte la gestation puis le parcours inouï de cette équipe de football du fln qui, comme l'écrit avec justesse yasmina khadra, " fera pâlir les mythes en battant les plus prestigieuses formations européennes et naître le bonheur d'apprécier le talent d'une bande de garçons aussi magnifiques que le rêve de leur jeune nation ".

  • Après Un enfant de coeur et La Honte sur nous (prix Beur FM Méditerranée 2000), où il décrivait les milieux de l'enfance inadaptée et de la délinquance, le monde du travail et l'univers du voyage, voici le troisième volet de cette saga qui s'enracine dans la douleur et où le héros cherche la rédemption dans l'amour.
    Ecrite dans la tradition de l'oralité et dans une langue simple, non dénuée d'humour et de lucidité, cette tranche de vie pleine d'énergie, décapante et picaresque, est à lire absolument en cas de doute sur le sens de sa propre existence. Sauf faute de goût, on ne met pas en doute la parole d'un conteur. L'histoire devient réalité dès lors que celui-ci nous captive par son talent. Pour Saïd Mohamed, raconter est un art, écouter un savoir-vivre.

  • Cette vaste et minutieuse enquête retrace la genèse et le développement du nationalisme algérien depuis les lendemains de la Première Guerre mondiale jusqu'à la veille de l'insurrection.
    En s'appuyant sur un fond d'archives exceptionnel (témoignages, cartes, textes, manifestes politiques, articles de presse. ), Mahfoud Kaddache exhume plus de 30 ans de lutte pour la reconnaissance des droits du peuple algérien. Sans omettre les contradictions qui ont traversé les différents mouvements nationalistes, il rend compte du combat de ceux qui se sont élevés contre l'occupant français, de cette longue marche faite d'humiliations, de compromis et de défaites.
    Mais toujours guidée par l'espoir et la liberté. Autant qu'un écrit scientifique rigoureux, ce livre est un plaidoyer remarquable pour le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.


  • abû nuwâs, né vers 757, mort à bagdad en 815, est l'un des plus grands poètes arabes.
    courtisan, passé maître dans l'art de la satire, il doit sa renommée éternelle à ses poèmes érotiques (inspirés par l'amour des garçons) et bachiques. c'est un panel de ceux-ci, inédits en français, que ce recueil propose aux lecteurs, illustré de miniatures arabes, persanes et turques et de calligraphies originales de lassaâd métoui.

  • Le spectacle de la place jemâa el fna se répète tous les jours, et chaque jour il est différent.
    Les voix, les sons, les expressions changent, tout comme le public qui voit, écoute, sent, goûte, touche. le patrimoine oral s'inscrit dans un autre patrimoine que l'on peut qualifier d'immatériel beaucoup plus vaste. la place, en tant qu'espace physique, abrite un riche patrimoine oral et immatériel.

  • Sarajevo.
    La voix ne cesse de planer. Au-dessus des coupoles et des colonnes. Au-dessus de la Voïvode Putnika.

  • Grâce à - ou à cause de - sa formation philosophique, fouad rifka, dans sa poésie, tend vers une signifiante pureté de la parole, ou ce que bachelard appelait, parlant de la poésie, une " métaphysique instantanée ".
    Peut-être même voudrait-il, comme il le note dans le poème qui donne son titre à l'ensemble, la cabane du soufi, oublier la poésie pour devenir pleinement poète. le paradoxe n'est qu'apparent. tous les poètes dignes de ce nom savent que la parole poétique tend au silence, de même qu'en peinture, malevitch a fini par peindre un carré blanc sur fond blanc.
    Les poèmes de fouad rifka sont, à mes yeux, comme autant de paraboles de l'état poétique, où l'essence voudrait se faire quintessence.

    Si nous écrivons des poèmes, c'est bien, comme l'affirme fouad rifka, parce que " nous voulons demeurer/dans l'herbe de la pierre/dans la pierre des foyers ".
    Jean orizet académie mallarmé.

  • Au début des années trente, Mustapha, un enfant de la médina de Tlemcen, se sentant envahi par le génie du chant profane, cherche un maître pour l'initier à la musique andalouse.
    Il deviendra le Cheikh Mustapha Senoussi Bereksi, maître du tarab andalou des années cinquante à soixante-dix. Ainsi commence ce voyage sentimental : le parcours de Mustapha offre l'occasion de retracer l'histoire de ce patrimoine musical héritier de Cordoue et de Grenade, et d'en présenter l'épanouissement à Tlemcen avec des maîtres tels que Cheikh Larbi Ben Sari, Omar Bekhchi ou Laz'âr Ben Dali Yahia.
    Consacré " musique classique " par le Congrès de musique arabe du Caire en 1932, l'art du tara andalou, avec ses règles propres et ses instruments traditionnels, a connu de grands créateurs et de géniaux novateurs. En dépit des aléas de sa transmission, il demeure un art vivant, encore susceptible de renouvellement..

  • Il y aura bientôt trente ans que j'ai eu la première intuition dont je livre ici la teneur et le texte : l'existence insoupçonnée, l'émouvante survie jusqu'à nous d'un inédit remarquable de Voltaire.
    La muse Postérité, dans cette rencontre, aura été plus que favorable et généreuse : magnifique. Il ne s'agissait pas d'un petit écrit de circonstance, d'une facétie d'humeur, de rogatons comme on en retrouvera toujours, sortis de la plume irritable d'un auteur prolixe, mais d'une oeuvre méditée et composée, d'un projet singulier, d'une forme inouïe, et d'un texte du meilleur Voltaire : de bonne époque (entre cour et jardin, juste avant les Mémoires et Candide), de main brillante et sûre (on en jugera), d'intense passion (la liberté, l'amour, le défi, la revanche), d'intérêt vital enfin, après la grande crise qui en avait provoqué le sursaut - se relever, se reconnaître, s'inventer un avenir dans le désastre des dernières illusions.

  • Dans son premier roman, Paul Jorge met en scène les errements sentimentaux d'un " immigré " à Lisbonne.
    Ce " Français ", qui arrive pour la première fois dans son pays, tente de donner un sens aux événements et aux rencontres lisboètes qui le façonnent. Sans jamais parvenir à prendre prise sur le réel, il est toujours le spectateur, plus que l'acteur, des aléas de sa propre existence, rythmée par les trépidations des quartiers populaires d'une ville frénétique, puis par le vide d'une campagne léthargique, plombée par le soleil d'Algarve.
    Ecrit avec beaucoup d'humour, cet anti " roman-initiatique " sur les passions de l'âme n'est pas sans rappeler, par son style distancé et alerte, cet autre grand auteur portugais : Antonio Lobo Antunes.

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