Ousia

  • La notion de mesure traverse les différents traités du corpus d'Aristote en connexion avec des notions et des problèmes qui sont d'une importance centrale. Au-delà de son utilisation dans l'éthique, où to metron est d'abord la juste mesure, c'est-à-dire un élément normatif en vue de la possession et de l'exercice des vertus éthiques, et ensuite la mesure des plaisirs, la mesure est une notion qui envahit toute la philosophie aristotélicienne. Dans la Physique, par exemple, to metron devient une notion clé pour la définition du temps, et elle joue également un rôle fondamental dans certains passages difficiles à interpréter. Mais si, dans la Physique, Aristote finit par identifier la translation circulaire avec la mesure de tous les mouvements, dans la Métaphysique, la notion de mesure atteint un degré d'absolue généralisation, en tant que l'Un est dit mesure de toutes les choses (I 1, 1053a18-19).

    Avec les contributions de T. Calvo, R. Loredana Cardullo, L. Castelli, L. Couloubaritsis, P. Crivelli, S. Delcomminette, G.R. Giardina, D. Lefebvre, A.P. Mesquita, P.-M. Morel, M. Panza et F. Rey Puente.

  • La présence massive de la violence sur notre planète n'a cessé d'interpeller les chercheurs, alors qu'aucune analyse rendant compte de toutes ses manifestations n'a été élaborée. Cette absence est due à l'idée que la violence concerne surtout le corps et la force physique pour dominer, tuer, détruire ou endommager, concrétisée par des actes qui provoquent des douleurs corporelles et des souffrances psychiques. Cette thèse fait rarement allusion à la violence narrative qui, d'une part, agit d'une façon performative dans les dialogues, par la menace, la colère ou l'incitation à la violence, et, d'autre part, raconte la violence par une variété de récits et d'images, impliquant des souffrances morales, lesquelles expriment les violences ou les causent. Or la narration fait également état de violences au moyen de la fiction, parfois sans aucun rapport au réel, conférant à la violence le statut d'un schème, - un modèle empirique utilisé de façon déréalisée et fonctionnelle -, créant un monde imaginaire, qui produit un nombre illimité de narrations.
    L'exposé, riche et varié, traverse presque tous les domaines de la parole vivante. Il illustre comment le schème de la violence régule la mythopoétique depuis le monde archaïque jusqu'au coeur de la littérature actuelle, enrichie par les moyens techniques qui contribuent au développement du septième art (cinéma), des arts suivants (photographie, télévision, bande dessinée, jeux vidéo, multimédias) et des réseaux sociaux, déroulant une mythotechnique fascinante, mais inquiétante à cause de la profusion de la violence narrative qui divertit des milliards d'êtres humains. L'auteur montre que si cette pratique pose depuis longtemps le problème de l'origine et de l'impact de la violence narrative dans la vie et les cultures humaines, notre civilisation a néanmoins réussi à quelques reprises à dépasser les violences physiques par de nouvelles cultures, comme les jeux panhelléniques et la démocratie antique, les Lumières, l'État de droit et le commerce à l'époque moderne, les droits de l'homme et le projet européen depuis la seconde guerre mondiale.
    L'auteur conclut, en prenant pour guide la question des souffrances qui y est impliquée, que notre contemporanéité, qui associe le monde technico-économique et les aspirations démocratiques, requiert une nouvelle culture. La proposition qu'il fait est de prendre la souffrance comme mesure des actions et de promouvoir l'esprit critique et l'émulation au détriment des rivalités intempestives, avec comme repère les émulations ludiques, éducatives et politiques qui avaient aidé à dépasser les violences, afin de réaliser une interculturalité et une vigilance environnementale, capables de réguler, en plus de la violence physique, les violences verbales et narratives.

  • Pendant des siècles, les Européens se sont représenté leur vie commune à travers une image simple, l'image du corps politique. Cette image signifiait que l'homme ne s'accomplit véritablement que par son inscription dans une Cité qui le dépasse. Sans cesse reprise et réinventée, la métaphore du corps politique a constitué un lieu commun de la pensée européenne jusqu'au XXe siècle. Elle devient alors suspecte, dans la mesure où elle semble réduire l'individu à n'être qu'un organe au service de la collectivité.
    On aurait pu croire la métaphore du corps politique périmée. Elle se retrouve pourtant sous la plume de penseurs contemporains, ayant en commun de s'inscrire dans la tradition phénoménologique. Arendt, Merleau-Ponty, Lefort et Ricoeur réaffirment la nécessaire appartenance de l'homme à un corps politique, ou encore l'existence d'une chair du politique. Comment comprendre la présence, chez ces auteurs, de l'image ancienne du corps politique ? Que nous apprend cette image de la phénoménologie et de notre condition politique ?

  • Ce livre interprète le traité De Interpretatione d'Aristote, et souligne la forte teneur phénoménologique de ses objets : la proposition et sa structure de synthèse et de séparation, le problème de son rapport à l'étant, sa dimension pratique et le contexte où elle s'inscrit, ainsi que sa provenance perceptive et antéprédicative. Heidegger, ici, est le maître de lecture, qui fait d'Aristote le père de sa pensée et du logos la question directrice de la phénoménologie. En suivant ses diverses lectures du traité, mais également de la Métaphysique ou du De Anima, et en comparant son interprétation avec celle, opposée, que fit avant lui Franz Brentano des mêmes textes, l'auteur montre comment la « logique », chez Aristote, est toujours dans le même temps « métaphysique », au sens où elle travaille les grands thèmes de la philosophie première : le logos, la vérité, l'étant, l'un, le fondement et la temporalité.

  • Au lieu de réduire d'emblée Socrate à un personnage conceptuel, il convient d'abord, pour l'historien, de le reconnaître dans son aspect (eidos) de personnage énigmatique. En dépit du style clair et argumenté de ce chef d'oeuvre du classicisme grec que sont les Dialogues de Platon, force est de constater qu'en eux l'énigme est fréquente, voire omniprésente. Or, pour les Anciens, constituer de l'ainigma ne signifiait pas extrapoler, fabriquer une légende ou un concept susceptibles de recouvrir une réalité mais, au contraire, signifiait dissimuler un certain nombre de données au sein d'un message. Cependant, si Platon tourne autour du personnage de Socrate en déplaçant les zones d'ombre, par ce mouvement même il en dévoile des facettes inattendues. Car selon la logique ambivalente des Anciens, l'ainigma tout en étant dissimulation, cryptage, présente toujours une part de révélation qui doit pouvoir être décelée. Du côté de Xénophon, si le témoignage sur Socrate n'offre qu'un éclairage partiel et statique, sans diversification des points de vue, il révèle aussi, mais d'une manière accidentelle et involontaire. Ce dont l'historien peut tirer profit.
    Pour progresser un tant soit peu dans la question socratique, pour percer quelque peu l'énigme des Dialogues, il s'agit de passer de l'esprit de déconstruction des études actuelles à un esprit de décryptage. Sur le mode de l'enquête policière, avec l'aide des interprètes les plus avisés, il est possible d'amener les textes à révéler ce qu'ils cachent, si ce n'est que le thème de la révélation (phèmè) est ici doté d'un sens philosophico-religieux.

  • Peut-on être courageux mais injuste ? Sage mais intempérant ? Juste mais ignorant ? A ces questions, Socrate le premier répondit que c'était impossible. Le plongeur amateur qui se jette la tête la première dans un puits sans savoir ce qu'il fait n'est pas courageux - seulement téméraire et stupide. Savoir. Tout est là. Mais comment savoir quand il n'y a personne pour vous instruire ? Ce sont ces paradoxes qui vont nourrir des générations successives de philosophes, depuis Platon et Aristote jusqu'aux philosophes hellénistiques et aux platoniciens tardifs. La vertu est-elle unique ou multiple ? Quelle est son origine ? Quels sont les prérequis de son émergence ? Le présent ouvrage raconte l'histoire de ces questions dans la philosophie ancienne, en montrant également leur transposition dans l'univers chrétien par l'intermédiaire d'Augustin et l'écho qu'elles trouvent jusque dans l'oeuvre de Nietzsche.

  • De l'intellectualisme à l'éthique propose une nouvelle lecture des philosophies d'Emmanuel Levinas et d'Edmund Husserl. L'auteur fait voir comment doit être surmonté le conflit présumé entre une phénoménologie qui défend la capacité de discerner toute expérience par le biais de la conscience et une éthique qui expose des situations de vie résistant à tout discernement. De la rencontre historique entre les deux pensées naît ainsi une connivence philosophique inédite qui montre comment s'intègrent l'approche réflexive, husserlienne, et l'approche pré-réflexive, lévinassienne, dans le même espace de vie que constitue l'expérience humaine.
    Pour mettre en évidence ce lien, le livre recourt à des travaux récents, français et anglo-saxons, qui permettent de fournir une interprétation renouvelée de la phénoménologie de Husserl et de réviser certaines critiques qui dominent la génération des premiers lecteurs de la phénoménologie en France depuis les années trente.

  • La question de l'humanité de l'homme constitue l'un des problèmes majeurs de la réflexion philosophique contemporaine et l'un des thèmes abordés diversement par les philosophes de tous les temps, mais sans jamais l'épuiser. Or, il est rare que des philosophes aient pris ce thème comme centre de gravité de leurs recherches, quelle que soit l'approche du réel qu'ils accomplissent. Robert Legros est un de ces rares chercheurs qui n'a cessé de réfléchir sur l'énigme de l'humanité en l'homme. Depuis l'époque où il consacra ses premiers travaux au romantisme, jusqu'aujourd'hui où il analyse d'une façon originale et profonde la démocratie, sa préoccupation majeure fut l'homme, rejoignant ainsi une des questions essentielles posées par Kant : Qu'est-ce que l'homme ? C'est la raison pour laquelle nous avons décidé d'envisager ce thème comme l'horizon des recherches que nous avons rassemblées dans ce volume.

  • Depuis les années 1970, la philosophie de la perception est traversée par une vive controverse qui oppose les partisans du conceptualisme aux partisans du non-conceptualisme. Alors que les non-conceptualistes soutiennent l'idée que la perception est susceptible de délivrer un contenu d'information qui n'est pas exprimé par des concepts, les conceptualistes défendent la thèse selon laquelle tout contenu informationnel, même perceptif, est nécessairement informé par des concepts. Existe-t-il des concepts susceptibles de désigner la couleur des yeux d'un nouveau-né, l'odeur d'une gaufre, le goût de la rhubarbe, la texture de la laine ou le bruit du vent ? Inversement, existe-t-il des contenus d'information de type non conceptuel ? Cela a-t-il même un sens de caractériser la perception en termes de « contenu » ? Par une sélection de six textes emblématiques traduits en français, l'enjeu du présent volume est d'introduire à l'histoire de cette controverse et d'interroger la pertinence des débats qu'elle a suscités.

    Avec des textes de T. Crane, F. Dretske, G. Evans, J. McDowell, Ch. Peacocke et Ch. Travis.

  • Tant les historiens que les philosophes ont négligé dans leurs travaux la contribution de la franc-maçonnerie dans le développement de la modernité, en occultant le fait que parmi les acteurs illustres de l'histoire politique et culturelle, nombreux furent francs-maçons. Ce manque est dû aussi aux francs-maçons eux-mêmes qui interprétèrent la naissance de la franc-maçonnerie spéculative par la transformation de la maçonnerie opérative. Or, cette approche linéaire fut ébranlée dans les années 1960 notamment avec la prise en compte du contexte politico-religieux des conflits en Europe.
    L'auteur prolonge et approfondit cette perspective, en utilisant les critères et les thèmes de la théorie de la complexité qui fut l'objet de son dernier livre. Il montre ainsi que la naissance de la franc-maçonnerie spéculative ne date pas de 1717 mais a débuté dès 1603 lorsque Jacques I, initié maçon, est devenu roi d'Écosse et d'Angleterre dans un contexte de promotion de la littérature, des arts, de l'architecture et des sciences qui inaugurait les Lumières anglo-écossaises. La franc-maçonnerie spéculative eut des destinées variées à cause de la réalité géo-politique et religieuse troublée en Europe et en Amérique qui ont certes favorisé son expansion par d'innombrables bifurcations en multipliant les légendes, les obédiences et les rituels, mais qui ont aussi alimenté un antimaçonnisme permanent à partir de 1738.
    C'est cette complexité contextuelle que ce livre s'efforce d'élucider au point de vue historique et philosophique, pour faire voir, en référence aux Constitutions d'Anderson (1723), que l'idéal maçonnique comme «?Centre d'Union?» pour dépasser les différends se heurta et se heurte encore à la perpétuation des anciennes habitudes conflictuelles, en dépit de la contribution des francs-maçons à la liberté, à l'égalité, à la tolérance, aux valeurs de progrès et de philanthropie.

  • La question de la complexité, établie par les scientifiques, en réaménageant la physique classique en faveur de l'incertitude, fut occultée par les philosophes qui ont écarté la science de leur démarche. L'irruption de la complexité scientifique, depuis Henri Poincaré, s'est accomplie à travers un certain nombre de critères et de thèmes. L'apport de l'auteur dans cette problématique concerne des domaines parallèles, extérieurs aux sciences dures : la pensée archaïque, l'histoire de la philosophie investie des pratiques de l'Un et du Multiple et l'approche intuitive du réel moyennant l'antinomie de la proximité. Ces démarches révèlent que la complexité présente une ampleur qui déborde les sciences, ce qui autorise une étude de la complexité en tant que complexité, en incluant la complexité scientifique et celle du monde techno-économique qui expriment notre contemporanéité

  • « RETOUR AUX RESULTATS DE LA RECHERCHE La philosophie face à la question de la complexité Tome 2. Compléxités scientifique et contemporaine Lambros Couloubaritsis EUR 28,00 Disponible Ajouter au panier La question de la complexité, établie par les scientifiques, en réaménageant la physique classique en faveur de l'incertitude, fut occultée par les philosophes qui, au nom de l'autonomie de la philosophie, ont écarté la science de leur démarche. L'irruption de la complexité scientifique, depuis Henri Poincaré, s'est accomplie à travers un certain nombre de critères, comme l'interaction, la bifurcation, la non-linéarité., et de thèmes, tels la sensibilité aux conditions initiales, la frontière du chaos, l'auto-organisation, l'émergence, les systèmes adaptatifs complexes, les stratégies décisionnelles. Ces découvertes furent l'oeuvre des Conférences de Macy, de l'École de Bruxelles (ULB), de l'Institut de Santa Fe, d'Edgar Morin, d'Henri Atlan et d'autres encore.
    L'apport de l'auteur dans cette problématique date des années quatre-vingt et concerne des domaines parallèles, extérieurs aux sciences dures : la pensée archaïque, l'histoire de la philosophie investie des pratiques de l'Un et du Multiple et l'approche intuitive du réel moyennant l'antinomie de la proximité, où l'approche d'une chose la rend plus complexe, nécessitant des processus de simplification au moyen de configurations. Ces démarches révèlent que la complexité présente une ampleur qui déborde les sciences, ce qui autorise une étude de la complexité en tant que complexité, en incluant la complexité scientifique et celle du monde technico-économique qui, avec les aspirations démocratiques des citoyens, expriment notre contemporanéité.
    Le livre développe cette idée en deux parties, dont chacune correspond à l'un des deux volumes. La première partie étudie la complexité intuitive dans l'éclairage des idées établi par la science, et relie la complexité archaïque et la complexité contemporaine par la médiation de la complexité historique où s'accomplit la conjonction entre histoire de la pensée avec ses simplifications et histoire événementielle selon quatre configurations : l'universalité, la rationalité, les Lumières et la liberté. Quant à la seconde partie, elle s'enracine dans la philosophie critique de Kant et traite de la formation de la complexité contemporaine en traversant les révolutions politiques, techniques et scientifiques, en interaction avec le romantisme et le marxisme, avant l'irruption de la complexité scientifique, étudiée dans plusieurs de ses dimensions.

  • La question du temps a animé depuis l'Antiquité le destin des sciences, tout en étant au centre de diverses élucidations de l'existence humaine, lui assurant également un statut métaphysique. Ce n'est dès lors pas un hasard si, à notre époque, la philosophie, dans son effort de situer sa spécificité par rapport à la marche triomphante des sciences, s'engagea dans des spéculations fécondes avec comme centre de gravité la question du temps. Dans ces tentatives, Aristote est souvent pris comme référence, ce qui interpelle à la fois l'historien de la philosophie et le philosophe. L'intérêt de la pensée d'Aristote réside dans le fait qu'elle présente divers modes de temporalité (période, saisons, temps de vie, temps propice...) parmi lesquels figure le temps envisagé comme objet de science.
    C'est en partant de cette constatation que « La question du temps chez Aristote » fut choisie comme thème de la cinquième « Rencontre aristotélicienne », réalisée dans le cadre du « Centre Interdisciplinaire des Études Aristotéliciennes » de l'Université Aristote de Thessalonique.

  • L'auteur montre comment, dans les années 1930, Heidegger renverse puis abandonne définitivement toute approche transcendantale dans sa conception de l'être. Dans cette évolution, le cours de 1936 portant sur les Recherches philosophiques sur l'essence de la liberté humaine de F.W.J. Schelling constitue une étape décisive. Grâce à une étude minutieuse et approfondie de ce cours, l'auteur élucide la compréhension heideggerienne fine et précise de la conception du mal dans les Recherches. Si contribuer à l'avènement du bien implique de lutter contre le mal en nous engageant de toute notre existence dans le combat historique du bien contre le mal, cela suppose aussi de nous méfier de la force du Grund qui agit en nous, ce fons qui ne fonde pas, mais menace à tout instant de se révolter contre la réalité qu'il soutient. L'auteur met également en évidence certains échos importants - bien que souvent non avoués - de le lecture heideggerienne de Schelling dans d'autres textes des années 1930, notamment L'origine de l'oeuvre d'art et Contributions à la philosophie. Les Contributions à la philosophie représentent pour Heidegger une tentative de renoncer au transcendantal tout en conservant une certaine forme de « possibilisation » qui incluerait en soi-même sa propre « impossibilisation ». Mais cette tentative, trop peu radicale, est finalement elle aussi abandonnée Car il s'agit désormais de penser l'imprévisibilité de l'Ereignis, et Heidegger va pour cela s'appuyer sur certains concepts centraux comme la « fissuration » (Zerklüftung) ou la « différence » (Unterschied) entre l'être et le sans-être, qui succède à la « différence ontologique (ontologische Differenz) entre l'être et l'étant.

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