Metropolis

  • Les Grands Express Européens, Kibboutz et The Great American Disaster. Trois recueils de nouvelles, trois continents dans ce livre-coffret d'une même itinérance, d'une même errance au travers des ruines d'un monde dévasté par les guerres. L'oeil incrédule parfois mais la vision toujours percutante. Et dans une langue poétique, tranchante et lucide. Après les guerres de 40, de l'indépendance d'Israël ou de Corée, les personnages que l'on croise au fil des pages, certains que l'on retrouve de nouvelles en nouvelles, d'autres qui disparaissent dans la brume d'une existence désaffectée, nous font entrevoir combien, après les guerres, il y en a d'autres encore, intérieures et secrètes et bien plus pernicieuses.

    Trois recueils qui parlent la même langue. Poétique, tranchante et lucide. La langue de l'exil.

    Un magnifique coffret objet-livre.

    Couvertures : dessins originaux du peintre Samy Briss.

  • Ce triptyque imaginé par Jean-Michel Wissmer lui fut inspiré par une « Nouvelle exemplaire » de Miguel de Cervantès sur le chemin des Moulins, à El Toboso, le village de Dulcinée, amante rêvée de Don Quichotte. Le lecteur pourra ici (re-)découvrir cette nouvelle intitulée Le Licencié de verre, dans l´excellente traduction de Jean Cassou, publiée en 1928 par Jacques Schiffrin dans la Pléiade. C´est l´histoire extravagante d´un homme qui, ayant été empoisonné par un philtre d´amour, est convaincu qu´il est devenu de verre et peut se briser à tout moment. Ce texte est précédé d´un essai de Jean-Michel Wissmer sur le Siècle d´or espagnol et la vie tumultueuse de Miguel de Cervantès, et suivi, pour clore ce triptyque, de L´homme de verre, une comédie aux accents cervantins où il se plaît à jouer avec les époques. L´auteur s´est plongé dans l´atmosphère du XVIIème siècle espagnol pour en retrouver tout l´humour et le foisonnement.

  • Qui pouvait se douter dans ce wagon restaurant d´argenterie et de porcelaines´, qu´au-delà du rail, une femme, les mains posées sur son ventre, regarde passer le train depuis sa fenêtre et ce voyage auquel elle n´accédera jamais ? L´actrice, en train de faire l´amour à un inconnu dans son wagon ? Le nazi en fuite ? Seul le choc brutal dû à l´arrêt subi du train rendra la femme enceinte, enfin visible. Dans ce livre, Shmuel T. Meyer enchevêtre le bonheur des uns et le malheur des autres avec une subtilité telle, que la frontière s´annule entre les deux, ne laissant à chacun des personnages qu´un infime espoir de survie ou d´équilibre. Un monde dans lequel gravitent Clara la poétesse, Hillel le peintre, où l´on retrouve aussi Camus, Cossery, Soutter mais aussi des résidus de la bande à Bader. Si Shmuel T. Meyer offre à ses personnages une possibilité de vengeance, de confrontation aux paysages, à leur passé, à leurs amours, il ne leur accorde, en revanche, que très peu de rédemption.

  • Shmuel T. Meyer aime La Ville. Dans - Ah joubliais leffarante beauté des lieux chez Métropolis, il tombait amoureux de Genève. Ici cest NEW YORK. Un New York rythmé par la gémissante trompette de Miles et le sax de lange Coltrane. Un New York que le lieutenant Gantz, fil conducteur du livre, connaît par coeur. Après la chair et le sang de la guerre de Corée, Gantz ne sait plus aimer. Il le pense. Et puis, il y a Thelma et sa fille, repêchée dans lEast River. Et cette autre mère qui attend son dernier fils vivant, Winston. Un fils qui tarde à rentrer dans un quartier où souvent les balles se perdent dans la tête des enfants noirs. Ce que la guerre fait des humains, ce que le racisme, ce que lantisémitisme font des humains.

  • Vindicta

    Sire Cédric

    Leur plan est sans risque. Le bijoutier ne portera pas plainte pour le vol car son argent est d'origine illégale. Damien, Élie, Audrey et Driss s'imaginent avoir trouvé la réponse miracle à tous leurs problèmes.

    Un flic en chute libre.

    Fraîchement muté dans un groupe de surveillance, Olivier est loin d'imaginer que la planque qu'on lui a assignée fera de lui le témoin clé d'un cyclone meurtrier, dans le sillage d'un tueur glacial et méthodique que rien ne semble pouvoir arrêter. Des déserts du Moyen-Orient aux villes sombres et silencieuses du territoire français, quand la vindicte est en marche, plus rien ne peut vous sauver.

    Une trace haletante secouée de fausses pistes.

    Pur instrument de torture et de mort, il n'a pas de nom, pas de visage, l'habitude de tuer et un cimetière de cadavres derrière lui. Mais dans cette affaire, pas de contrat. Cette fois-ci pour lui : c'est personnel.
    Dans ce thriller crépusculaire, Cédric Sire joue comme jamais avec les nerfs du lecteur jusqu'à l'effroyable twist final et confirme son entrée tonitruante parmi les maîtres du thriller français.

  • Empreints d'un humour dévastateur, les treize récits de Sholem Aleikhem réunis dans ce recueil se situent toujours à la frontière de l'absurde et du drame.
    L'auteur nous fait découvrir l'univers juif d'Europe orientale au tournant du XXe siècle et dessine à traits mordants et tendres la vie des petites gens et celle de la bourgeoisie naissante.

  • Max ehrlich (1892-1944), disciple de max reinhardt, fut l'un des plus célèbres acteurs du théâtre comique allemand et du cabaret berlinois.
    Sous la république de weimar, le cabaret est à son apogée et max ehrlich au sommet de sa carrière, brillant dans toutes les disciplines: acteur de cinéma, de théâtre, comédien et maître de cérémonie, chanteur, imitateur, réalisateur de films, auteur de livres. a cette époque, berlin est la nouvelle capitale culturelle de l'europe et acquiert la réputation d'être la ville qui ne dort jamais. l'arrivée au pouvoir des nazis met brutalement fin à son ascension: comme tous les autres artistes juifs, il est confiné à la scène de " l'association culturelle juive " (jüdischer kulturbund) qui n'a le droit de se produire que devant un public juif, sous la surveillance de la gestapo.
    Ce n'est qu'en 1939 que max ehrlich décide de s'exiler en hollande. il y retrouve son complice willy rosen, avec lequel il monte plusieurs spectacles. mais, comme les plus fameux acteurs, chanteurs et danseurs du théâtre berlinois, il est déporté dans le camp de westerbork, l'antichambre d'auschwitz, érigé par le gouvernement hollandais dans une zone désolée. les artistes s'unissent et fondent le " groupe de théâtre du camp de westerbork ", dirigé par max ehrlich.
    Certes, cette entreprise reflète la perversité du projet nazi, encourager que l'on chante, danse et joue à westerbork, alors que le destin de chacun est déjà scellé dans la mort. les détenus sauront tourner cet état de fait à leur avantage, en utilisant le rire comme moyen de résistance spirituelle, en se servant de l'illusion du spectacle pour survivre malgré l'adversité. le théâtre, pour les acteurs, comme pour le public de détenus, devient ainsi un moyen de résistance contre la barbarie.
    Pendant l'été 1944, les transports hebdomadaires vers la pologne et l'anéantissement s'accélèrent. le 12 septembre, max ehrlich et willy rosen montent dans le dernier train pour auschwitz oú ils seront gazés à leur arrivée, comme la plupart des 107. 000 déportés de westerbork.

  • Dans une France proche et obscure à la cité de La Solidarité, quartiers nord de Marseille : l'officier de PJ Simon Mardikian découvre le cadavre ravagé d'une jeune prostituée noire, Joy, alias Queen, sans identité définie. Son enquête sur les réseaux mêlant drogues, migrants et traite d'êtres humains ne fait que commencer.

    Le lendemain, à Lagos, capitale du Nigéria, dans le bidonville flottant de Makoko, l'instituteur Sékou Williams tient tête au dealer Kaza qui cherche à recruter des revendeurs parmi ses élèves. Mais soudain s'abat une immense vague-submersion, dispersant des milliers de réfugiés à travers le continent africain.

    Au même moment, à l'Élysée, le président de la République Bako Jackson annonce sa candidature à sa propre réélection. Il en profite pour dévoiler le renforcement du dispositif Frontex. C'est sa fermeté sur les questions migratoires qui a valu à ce fils de pasteur nigérian de ravir le pouvoir à l'extrême droite en 2027. À peine a-t-il achevé son allocution qu'on lui annonce la catastrophe climatique de Lagos.

    Ces trois histoires ne vont pas tarder à se rencontrer, d'une manière qui pourrait bien changer le monde.
    Ce qui va les réunir ?Une lame, rien qu'une lame, qui déjà déferle et emporte tout sur son passage...

    Basé sur les prospectives des plus éminents spécialistes des mouvements migratoires, La Lame vous propulse dans un thriller politique haletant où les lignes entre le réel et la fiction se brouillent jusqu'à devenir une seule et même piste.

  • L'archipel des comores, des îles situées au nord-ouest de madagascar, fut pendant plus d'un siècle colonie française.
    Les îles sont indépendantes depuis 1974, sauf mayotte, toujours rattachée à la france. dans ces îles abandonnées du monde, jean marc turine a fait trois voyages: en 1982, il vivra pendant un an à anjouan en jeune coopérant. en 1998, il retournera pour deux mois, comme journaliste pour france culture. en 2006, il entreprendra un troisième voyage pour réaliser des émissions pour la rtbf. jean marc turine, à peine un pied posé sur le sol comorien, adopte les moeurs des habitants dans un élan d'empathie et pour mieux comprendre.
    Ces écrits, qui s'étalent sur près de vingt-cinq ans, à chaque voyage perçoivent les mêmes complaintes, lancinantes, le même désespoir des comoriens dont l'avenir semble définitivement absent et le fatalisme irréversible.

  • " Pourquoi la vanille, alors que je suis plutôt un écrivain de l'état nomade, plus préoccupé de Perse, d'Inde, de Chine et de Japon que d'une plante qui demande des soins quotidiens extrêmement exigeants, d'autant plus que je suis un cancre en botanique ? Ce sont les hasards de ma vie de chercheur d'images qui m'ont mis sur cette piste-là.
    (. ) J'ai été contacté il y a une vingtaine d'années par un chocolatier de Suisse centrale, qui faisait du chocolat en bloc, destiné à des confiseurs qui l'arrangeaient ensuite à leur sauce, et il se flattait de parfumer son chocolat à la vanille naturelle. " L'ouvrage ne fut jamais publié, le chocolatier, presque ruiné, non seulement refusa de payer l'auteur, mais traita son texte de " mal de dents ".
    Au cours du mois de mai 1997, Nicolas Bouvier ressortit de ses tiroirs ce texte et l'enrichit de longs prolégomènes qu'il appela : " Petite histoire de la vanille et quelques réflexions d'un cancre amoureux des plantes ". Avec ce ton intimiste, ces mots caressés, cette érudition éblouissante qu'il partage en toute simplicité avec chaque lecteur, Nicolas Bouvier, même s'il n'a pas navigué au moment de la guerre des épices à la recherche d'une orchidée qu'on appela Vanille, était du voyage, avec Cortès et l'empereur Montezuma au XVIe siècle, dans l'Angleterre du XIXe siècle.

  • Une annee si ordinaire

    Esther Orner

    " ...
    Les Israéliens sont toujours pour la coalition, rarement pour l'opposition, et en plus, personne ne veut en être. Je m y suis reconnue. Même lorsque je n'ai pas voté pour ceux qui sont au pouvoir, je les respecte. Et si souvent j'acquiesce c'est sans doute pour les remercier de bien vouloir diriger cet indirigeable pays et ce peuple que nous sommes. Et puis c'est ma compréhension de la démocratie, laisser gouverner tant qu'un gouvernement a la majorité.
    " Cette petite phrase glissée en page 155 proclame haut et fort le désir de l'auteure :: confier à un cahier les humeurs et les événements qui vont marquer un an de sa vie sans remettre en question le monde dans lequel elle vit. Esther Orner s'affirme ainsi ni militante, ni philosophe, ni moins encore futurologue, mais bien la pronatrice admirable et admirée du moi intime, et qui, malgré la peur au ventre, grimpe dans le bus ou le train pour courir de Tel-Aviv à Haïfa, de Jérusalem à Beersheba, aux fins d'assister à une conférence, la projection d'un film ou encore une discussion dans la petite communauté littéraire francophone d'Israël.
    Dans ce journal d'un an d'une guerre qui se définit pour elle uniquement comme " Intifada 2, attentats suicides ", elle se raconte dans son quotidien banal et souvent sanglant, comme elle le vit, le ressent, au jour le jour, sans vision d'avenir. Dans l'enfermement dans lequel la plonge la violence, " L'autre " est invisible, à peine esquissé, seulement vécu comme vérité mortifère.

  • C'est grâce à une annonce qu'elle fait passer dans la presse locale de Montréal que la narratrice fera la connaissance de Léon, un veuf inconsolable de 72 ans, d'aspect plutôt repoussant, mais au volant d'une américaine de luxe, pratique pour les courses au supermarché. Divorcée, plus toute jeune elle-même, elle se décrit comme petite et rondelette, mais rêvant encore et toujours d'une aventure romantique. Tout en relatant, avec subtilité et un certain détachement, les quatre années d'amours stériles qui finiront par échouer dans une tentative de relation charnelle, elle se tient au courant des histoires de son fils Richard. Ses histoires d'amour caracolent entre Montréal et Prague en passant par Istanbul; Paris ou Berlin, et même Kaiserlautern, une petite ville allemande insignifiante, où la narratrice fera la connaissances des beaux-parents du jour de Richard. "En tant que mère juive d'un précieux fils unique, j'éprouve une curiosité passionnée à l'égard de ses amies", avoue-t-elle.
    Tecia Werbowski, dans ce roman sensible, décrit avec humour, tendresse et dérision les amours du troisième âge versus les tribulations de la jeunesse insouciante et incapable de se fixer.


  • le champ de la relecture côtoie celui, mieux défini, de la réécriture.
    nombre d'auteurs se relisent, sans se récrire ni se commenter. tacitement par l'image ou la mise en scène. tardivement par des moyens moins laconiques. analyser l'ensemble de ces gestes du xviiie au xxe siècle, c'est s'intéresser au rapport de soi à l'autre qu'on fut, à la conversion masquée ou proclamée, au reniement tacite ou non, au deuil ou à son impossibilité. c'est aussi dégager des constantes : homme de dos, l'auteur relecteur est volontiers diariste ou autobiographe, tourné vers son passé et celui de son oeuvre, il se relit de plus en plus à l'approche de la mort, construit rarement un seul tombeau, peaufine son testament, d'oeuvres ultimes en préfaces préposthumes.
    lorsqu'elle est véritablement tardive, la relecture est un legs, parfois une bouteille à la mer qui ne se confond plus avec les réactions à chaud, les réponses virulentes aux lecteurs et aux critiques, mais la blessure de la réception originale, le sentiment d'un malentendu primordial ne s'apaisent pas nécessairement. rares sont les relecteurs heureux, à la fois satisfaits de leurs contemporains et confiants dans ce jugement de la postérité qu'ils ne cessent d'anticiper, tant relire, c'est élire et parfois défigurer l'oeuvre, relue, revue et corrigée, quelque fois mise en pièces.
    le tome 1 propose au fil du volume une définition de la relecture, le tome 2 en esquisse une histoire au xxe siècle.
    quand les mots ne sont pas là pour le dire, quand ils ne sont pas entendus ou quand on n'a pas envie de les entendre, le cinéma peut-il prendre leur place ? de la fin de la deuxième guerre mondiale à 1985, quand, comment et pourquoi le cinéma s'est-il intéressé, en particulier en france, à la destruction des juifs d'europe ? les actualités cinématographiques circonscrites à quelques mois de l'année 1945, avec leur brutalité, font figure de berceau de représentations.
    après dix ans de silence, le cinéma français tente d'aborder directement la question en expérimentant la forme documentaire (nuit et brouillard), la fiction (l'enclos) et le témoignage filmé (le temps du ghetto). les années 70 et 80 voient des formes plus allusives de représentation : les évocations de la shoah se situent toujours en arrière-plan d'une narration concernant l'occupation (le vieil homme et l'enfant, lacombe lucien, les guichets du louvre, un sac de billes, monsieur klein, les violons du bal, la passante du sans souci.
    ) pour aboutir à une représentation et une " vérité " plus dépouillées : le témoignage filmé. claudine drame analyse ainsi quarante ans de cinéma jusqu'au moment oú sort le film de claude lanzmann, shoah, en 1985. ainsi se dessine la trace de la construction d'une mémoire sociale par le cinéma.

  • Dans ces récits grammaticaux, tels des moments musicaux qui s'immobiliseraient sur quelques notes, Esther Orner, auteur unanimement salué par la presse de "Autobiographie de personne", repend le fil de sa vie où l'Histoire ou d'autres fatalités ont laissé leur empreinte.

  • Prague, une ville énigmatique, mystérieuse, au passé littéraire prestigieux, que Tania Ney ne se lasse pas d'arpenter. Elle décide un jour de passer une petite annonce dans le Prague Post et le Prager Zeitung : "Guide pragoise, historienne de l'art connaissant plusieurs langues, écrivaine, conduira un petit groupe 'select' dans divers coins de Tchéquie".
    Quelques jours plus tard, elle reçoit un appel d'Alma Mahler; elle souhaite visiter le lieu de naissance de son mari. Puis arrive un téléphone de l'hôtel Europe, encore plus surprenant, une dame désire visiter la maison natale de Freud. C'est Lou Andreas-Salomé. Enfin, Nina Berberova et Irène Nemirovsky ont envie de se joindre au groupe. Ces dames feront plus ample connaissance, le voyage en train invite aux confidences. Elles parleront, sans retenue, de leur vie, leurs amours et leur passion. Rêveries pragoises est une promenade littéraire insolite et envoûtante, à travers le temps, la culture et l'histoire du XXe siècle, un hommage à ces pionnières, femmes de lettres insoumises. C'est aussi une déclaration d'amour à sa ville d'élection qui l'a inspirée, Prague.

  • Entre deux mondes raconte une quarantaine d'années, celles qui auront marqué le 20e siècle par la violence de ses guerres, mais aussi par ses métamorphoses culturelles et artistiques auxquelles l'auteur a participé. Une épopée fascinante racontée par un homme de culture qui a traversé tout le 20e siècle avec les yeux grands ouverts sur son époque, amis des écrivains et des artistes. Dès son jeune âge, il tient un journal, ce qui lui permettra d'écrire à 83 ans ces chroniques extrêmement précises sur le déroulement de sa vie, mais en particulier de la guerre. Il fut l'élève attentif de Ramuz, son guide, mais avec l'humour et le recul tout britannique en plus. À New York, il se lie d'amitié avec Fernand Léger, Dos Passos, Jean Paulhan, le Corbusieur. Il sert de guide à Ansermet, le chef d'orchestre, à Stravinski, et même Katherine Hepburn à qui il donne des leçons de français. Le livre se lit comme un roman d'aventure et nous fait découvrir le monde du 20e siècle dans une écriture admirable. On ressort de cette lecture avec une certaine nostalgie d'une littérature en voie de disparition.
    Avec les festivités autour des 70 ans de la fin de la guerre, ce livre devrait trouver ses lecteurs parmi les amateurs d'histoire, mais aussi pour tous les amateurs de récits de voyage.

  • À travers le portrait de son père, un dandy toujours vêtu de blanc, bon vivant, Lucette Lagnado retrace avec beaucoup de sensibilité un siècle de la vie de sa famille et de celle de la communauté juive du Caire.
    Puis, brusquement, survient la chute provoquée par un exode forcé. Dépouillée de ses biens, de sa nationalité, de son identité, la famille se retrouvera complètement démunie dans un misérable quartier de Brooklyn.

  • Absence de dates, de noms, de lieux, de personnes, dans ce journal écrit à la première personne du féminin.
    Même si l'auteure s'applique à brouiller les pistes, même si rien n'est prononcé, tout raconte la trajectoire solitaire de cette femme qui dit être née dans un pays qui est " mort " et n'avoir pas réussi à vivre dans celui où l'on arrive " à l'aube ". Dans le silence d'un mot qu'on ne prononce jamais, Shoah, s'installent tous les mots qui séparent la mère et la fille à qui ce journal est destiné, un silence qui les isole l'une de l'autre jusque dans cette maison de retraite où la narratrice vit ses dernières années.

  • Eloge de la boulette

    Non.
    La boulette sous toutes ses formes n'a point pour origine uniquement la cuisine des pauvres même si, dans les pays européens au nord de la Méditerranée, elle en fait souvent partie. Si la boulette dans l'Occident européen opulent et bien mangeant de notre époque est devenue le cache-misère des bas morceaux, elle fut, et elle est encore, l'héritière d'une des plus dignes traditions culinaires. Voici en trois grands chapitres, L'Eloge de la boulette.
    Dans un survol de l'histoire de la nourriture, du néolithique à nos jours, l'auteur se penche tout d'abord sur l'origine d'un mets dont les débuts témoignent certainement d'un moment de raffinement dans la confection de plats cuisinés, car comment déguiser les chairs mortes de l'animal et n'en garder que sa forme réincarnée en mets séduisants? Du Penjab au pourtour méditerranéen, en effleurant la Chine, le Moyen Orient, et de l'Empire romain au Moyen Age, on découvre partout, et dans toutes les époques, sauf dans l'Europe-Atlantique qui les a négligées à partir du XVIIIe siècle, des civilisations à boulettes.
    Quant à la boulette juive, objet de la deuxième partie, son histoire est singulière, elle a traversé les siècles pour s'inscrire dans une tradition quasi biblique. Enfin, voici le boeuf américain, symbole de richesse, après des siècles de disettes et de misère. C'est le boeuf démocratique, le boeuf à satiété, métamorphosé en hamburger, celui qu'on attrape à un comptoir, sans cérémonie, avec des frites et du Ketchup, le rêve d'abondance devenu réalité.

  • Beria et zimra

    Nathan Weinstock

    L'Histoire de Beria et de Zimra est un conte yiddish qui date de la Renaissance.
    Elle constitue en quelque sorte le pendant juif du mythe d'Orphée et Eurydice. Beria et Zimra s'aiment tendrement mais le père de la jeune fille s'oppose obstinément à leur union. Beria meurt de chagrin et Zimra n'hésite pas à la rejoindre dans l'Au-Delà pour mourir auprès d'elle. Le Ciel s'émeut devant une telle constance. Grâce à l'intercession du Prophète Elie, ils s'uniront au Jardin d'Eden sous la khouppa (dais nuptial).

  • Le yiddish, situé à d'intersection de l'Orient et de l'Occident, brassant les traditions hébraïques et araméennes d'une part, et les apports d'origine celtique, germanique, romane et slave, de l'autre, constitue depuis huit cents ans un véritable creuset de la civilisation européenne. En raison de sa double marginalité - il s'agit d'une culture populaire qui s'est développée en lisière de la culture juive savante et de surcroît au sein d'une communauté déconsidérée - sa littérature a été trop longtemps méconnue et méprisée. Ce recueil se propose d'illustrer sa richesse et sa diversité afin dé lui restituer la place qui lui revient dans la culture occidentale. Cet ouvrage comprend une sélection de textes destinés à illustrer l'histoire sociale du monde yiddishophone au cours des ans. A côté des contes et des légendes (d'inspiration religieuse ou profane), des récits hassidiques, des supplications rédigées à l'intention des femmes pieuses et, bien évidemment, des extraits représentatifs des oeuvres des maîtres des lettres yiddish, on y trouvera de nombreux écrits permettant de saisir sur le vif le déroulement de la vie quotidienne au sein des communautés ashkénazes. Pareil recueil ne peut prétendre à l'exhaustivité : tout en ayant le souci de retrouver la saveur inaltérée d'un passé révolu, Nathan Weinstock a désiré se démarquer d'une tendance à trivialiser la culture yiddish et à la dénaturer en un insipide folklore kitsch aux senteurs de guimauve, à la noyer dans le shmaltz. Le yiddish tel qu'on l'oublie comporte de nombreux inédits dont certains étaient demeurés à l'état de manuscrit. Contrairement à l'habitude qui s'est instaurée dans l'édition francophone de présenter comme " traductions du yiddish " des textes retraduits à partir de versions en langue étrangère, les traductions utilisées ont été vérifiées et corrigées sur le texte original.

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