Littérature traduite

  • Antonio José Bolivar Proaño a longtemps vécu avec les Indiens Shuars, il connaît la forêt amazonienne, il respecte les animaux qui la peuplent. Il a aussi une autre passion : les romans d'amour, le vrai, celui qui fait souffrir. Quand on retrouve le cadavre d'un chercheur d'or, on accuse aussitôt les Indiens Shuars. Antonio José Bolivar reconnaît la marque d'un fauve et décide de s'arracher pour un temps à la lecture de ses chers romans pour partir chasser le félin.
    Il est le seul à pouvoir accepter le duel avec le fauve. Un livre plein de charme dont le souvenir ne nous quitte plus.

  • Durant presque trente ans, Mo Anthoine a grimpé les sommets mythiques du monde entier - des Alpes à l'Everest, de l'Argentine à l'Écosse -, mais n'a jamais voulu devenir professionnel : pour lui, boire des pintes avec ses potes était plus important que faire la une des journaux. Avec lui nous découvrons un adolescent parti de chez lui en stop vers la Nouvelle-Zélande avec seulement 12 £ en poche, un grimpeur chevronné participant aux expéditions les plus difficiles, un type qui a été la doublure de Sylvester Stallone dans Rambo III et un homme qui sent et qui décrit l'escalade comme «?l'art de jouer aux échecs avec son propre corps ».

    Al Alvarez, écrivain et poète admiré par des auteurs comme Philip Roth, Sylvia Plath, John Le Carré et J. M. Coetzee, et grimpeur lui-même, nous livre ici les coulisses et le vertige des grandes et petites expéditions - dont certaines dignes d'un blockbuster -, tout en nous montrant comment les grands aventuriers cherchent leurs limites, mentales et physiques, en s'appliquant à « nourrir la bête ».

    Un livre culte sur l'escalade, la montagne, l'évasion et l'amitié, traduit pour la première fois en français. Une prose étincelante au service du goût de l'aventure, du risque et de la camaraderie.

  • Un professionnel ne mélange jamais le travail et les sentiments. Il exécute des contrats pour un chèque à six zéros, net d'impôts, sans s'interroger sur les raisons de son commanditaire. Mais comment peut réagir un tueur qu'une belle Française laisse tomber ? Six journées d'une course mouvementée d'aéroport en aéroport, de la Turquie au Mexique, à la poursuite d'une cible étrange et fuyante, ou bien poursuivi par un amour tout aussi insaisissable. Un texte parodique et drôle à l'usage de ceux qui n'ont jamais de doute.

  • En 1939, le S.S. Saint-Louis, transportant quelque 900 Juifs qui avaient réussi à fuir l'Allemagne, resta plusieurs jours ancré au large du port de La Havane à attendre l'autorisation de débarquer ses passagers. Le jeune Daniel Kaminsky et son oncle avaient attendu sur le quai l'arrivée de leur famille, sûrs que le trésor qu'ils transportaient convaincrait les fonctionnaires chargés de les contrôler. Il s'agissait d'une petite toile de Rembrandt qui se transmettait dans la famille depuis le XIIIe siècle. Mais le plan échoua et le navire remporta vers l'Allemagne tout espoir de retrouvailles.
    Des années plus tard, en 2007, le tableau est mis aux enchères à Londres et le fils de Daniel Kaminsky se rend à Cuba pour savoir ce qui s'y était passé concernant sa famille et le tableau. Il réussit à convaincre le détective Mario Conde de l'aider. Celui-ci, reconverti dans le commerce des livres anciens, découvre que cette toile représentant le visage du Christ était le portrait d'un jeune homme juif travaillant dans l'atelier de Rembrandt et y ayant étudié la peinture, contre toutes les lois des religieux.
    Leonardo Padura fait ici un panorama de l'exercice de la liberté individuelle, du libre arbitre à travers diverses époques depuis Rembrandt dans l'Amsterdam du XVIIe siècle décidant de représenter des individus et non des idées, puis le jeune Juif qui ose désobéir au Consistoire et apprend à peindre, et décide ensuite de suivre un nouveau Messie, jusqu'à l'éclosion des tribus urbaines de La Havane où une jeune émo paye de sa vie l'exercice de sa liberté dans une société figée. Leonardo Padura écrit un livre magnifique et profond et se sert de son habileté d'auteur de roman noir pour nous amener, sous la houlette de son héros Mario Conde, à réfléchir sur ce que signifie notre libre arbitre.

  • Trois générations de femmes, une guérilla populaire, des forêts reculées. Elle a survécu à la guerre, abandonné les armes, mais conservé le vertige, maintenant que sa lutte est de protéger ses filles dans une après-guerre où la paix, la justice et la dignité sont plus que relatives.

    Pas de noms propres, on est la mère ou la fille, de la première à la cinquième, ou la mère de la mère, ou la tante, ou celle qui... À travers ces femmes sans nom, avec une écriture brute, précise et élégante, c'est le point de vue de celles qu'on entend rarement, femmes du peuple qui se sont retrouvées propulsées dans l'Histoire et doivent ensuite retrouver la vie «?normale?» : le patriarcat, le harcèlement, le ménage. Des destins précis, une portée universelle.

    Si le monde était bien fait, c'est à ce premier roman puissant que ressemblerait le meilleur de la littérature féminine : l'histoire des femmes, depuis toujours gardiennes et garantes de la famille, de la transmission, depuis toujours flouées et reléguées dans l'obscurité de leurs cuisines, même quand elles ont pris part aux durs combats des hommes.

    Défricher, couper, brûler : une manière de survivre quand tout est à reconstruire.

  • Bruna Husky, la réplicante de combat des Larmes sous la pluie, a du vague à l'âme, la brièveté de sa vie programmée l'angoisse. Sa nouvelle enquête l'embarque dans une sombre affaire de poubelles atomiques aux confins du monde connu, dans une zone où règne une guerre permanente.

    Rosa Montero écrit tout à la fois un roman d'aventures politique et écologique, un thriller futuriste, une réflexion sur la création littéraire, une métaphore sur le poids de la vie et l'obscurité de la mort... et rappelle l'urgence de vivre et d'aimer quel que soit le monde qui nous est dévolu. Elle crée pour nous un univers fascinant, un personnage inoubliable.

  • États-Unis de la Terre, 2109. Les réplicants meurent dans des crises de folie meurtrière tandis qu'une main anonyme corrige les Archives Centrales de la Terre pour réécrire l'histoire de l'humanité et la rendre manipulable. Bruna Husky, une réplicante guerrière solitaire, décide de comprendre ce qui se passe et mène une enquête à la fois sur les meurtres et sur elle-même, sur le mémoriste qui a créé les souvenirs qu'elle porte en elle et qui la rapprochent des humains. Aux prises avec le compte à rebours de sa mort programmée, elle n'a d'alliés que marginaux ou aliens, les seuls encore capables de raison et de tendresse dans ce tourbillon répressif de vertige paranoïaque.

    Rosa Montero choisit un avenir lointain pour nous parler de ce qui fait notre humanité, notre mémoire et notre identité, la certitude de notre mort et de celle de ceux que nous aimons. Ses personnages sont des survivants qui s'accrochent à la morale politique, à l'éthique individuelle, à l'amitié et à l'amour. Elle écrit avec passion et humour, les outils essentiels pour comprendre le monde.

    Une intrigue vertigineuse, un roman visionnaire : extraordinaire.

  • La vie d'une trans : un an de leur vie équivaut à sept années « normales ». Tante Encarna a 178 ans et porte tout son poids sur ses talons aiguilles au cours des nuits de la zone rouge du Parc Sarmiento, à Córdoba, en Argentine. La Tante - gourou, mère collective avec des seins gonflés d'huile de moteur d'avion - protège et partage sa vie avec d'autres membres de la communauté trans, sa sororité d'orphelines, résistant aux bottes des flics et des clients, entre échanges sur les dernières télénovelas brésiliennes, les rêves inavouables, amour, humour, tendresse, et aussi des souvenirs qui rentrent tous dans un petit sac à main en plastique bon marché. Une nuit, entre branches sèches et roseaux épineux, elles trouveront un bébé abandonné qu'elles adopteront clandestinement. Elles l'appelleront Éclat des Yeux.

    Premier roman fulgurant, sans misérabilisme, sans autocompassion, Les Vilaines est un geste esthétique et politique qui raconte la fureur et la fête d'être trans. Avec un langage luxuriant, ce livre est un conte de fées et de terreur, un portrait de groupe, une relecture de la littérature fantastique, un manifeste explosif qui nous fait ressentir la douleur et la force de survie d'un groupe de femmes qui auraient voulu devenir reines mais ont souvent fini dans un fossé. Un texte qu'on souhaite faire lire au monde entier.

  • En 2004, Iván, écrivain frustré et responsable d'un misérable cabinet vétérinaire de La Havane, revient sur sa rencontre en 1977 avec un homme mystérieux qui promenait sur la plage deux lévriers barzoï. « L'homme qui aimait les chiens » lui fait des confidences sur Ramón Mercader, l'assassin de Trotski qu'il semble connaître intimement.
    Iván reconstruit les trajectoires de Lev Davidovich Bronstein, dit Trotski, et de Ramón Mercader, connu aussi comme Jacques Mornard, devenus les acteurs de l'un des crimes les plus révélateurs du XXe siècle. De la Révolution russe à la guerre d'Espagne, il suit ces deux itinéraires jusqu'à leur rencontre dramatique à Mexico. Ces deux histoires prennent tout leur sens lorsque Ivan y projette ses aventures privées et intellectuelles dans la Cuba contemporaine.
    Dans une écriture puissante, Leonardo Padura raconte, à travers ses personnages ambigus et convaincants, l'histoire des conséquences du mensonge idéologique et de sa force de destruction sur la grande utopie révolutionnaire du XXe siècle ainsi que ses retombées actuelles dans la vie des individus, en particulier à Cuba.

  • "Depuis que le réveil, en guise de tic-tac, dit con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion, je n 'ai pu m'empêcher de penser au commandant Albu (...). Dès que la fenêtre était devenue grise, j 'avais vu au plafond la bouche d'Albu en très grand, le bout de sa langue rose qui pointait derrière sa denture inférieure, et entendu sa voix narquoise : Pourquoi être à bout de nerfs, nous ne faisons que commencer." Dans le tramway qui la mène au bureau de la Securitate, où elle a de nouveau été convoquée, la narratrice lutte pour ne pas se laisser entraîner par son angoisse et le sentiment d'humiliation que son interrogateur va s'ingénier à provoquer dès son entrée. Elle a, un jour, osé glisser un message dans la poche du pantalon de luxe qu'elle cousait pour une maison italienne, comme une bouteille à la mer, depuis elle est convoquée... Elle voudrait pouvoir résister...

    Herta Müller nous transmet l'expérience de la dictature, de la peur et de l'humiliation à travers un style dont les phrases courtes ont la force et l'intensité d'un poème.

  • « Je suis venue en Allemagne pour dormir d'une traite. » Pour des raisons qu'on ignore, la narratrice - une jeune femme argentine - s'est extirpée de sa vie à Buenos Aires pour atterrir à Heidelberg, ville où elle a vécu les premières années de sa vie lorsque ses parents fuyaient la dictature. Sans aucun plan, elle réussit à trouver une chambre dans une résidence pour étudiants étrangers.

    Dans ce roman de « non-apprentissage », l'héroïne est une femme qui agit à peine mais à qui il arrive des choses extraordinaires. Au lieu d'avancer elle hésite, mais cette vacillation devient suspense, débordant d'intensité. Les personnes qui l'entourent - un compatriote provincial, une Japonaise angoissée et sa mère, extravagante et intrusive - la conduisent vers des situations improbables qui ne peuvent arriver que quand on est à l'étranger.

    Ce livre est une réflexion sur les multiples possibilités et façons de vivre l'immigration. Carla Maliandi s'adresse à l'âme de tous ceux qui ont voulu un jour partir loin, qui ont déjà songé à un nouveau départ.

  • Les escargots qui habitent le Pays de la Dent-de-Lion mènent une vie paisible, lente et silencieuse ; ils sont à l'abri des animaux et, entre eux, s'appellent simplement «escargots». L'un d'eux pourtant trouve injuste de n'avoir pas de nom et voudrait aussi connaître les raisons de la lenteur. Contre l'avis de tous, il entreprend un voyage qui lui fera rencontrer un hibou mélancolique, une tortue pleine de sagesse, des fourmis très organisées.

    Une belle histoire pour redécouvrir le sens perdu du temps.

  • Au large de la Patagonie une baleine blanche est chargée de protéger les morts mapuches puis, lorsque la fin des temps sera venue, de guider toutes les âmes au-delà de l'horizon. Tout est prévu et écrit dans le temps des mythologies. Cependant l'homme vit dans un monde où tout bouge et, au xixe siècle, la chasse à la baleine se développe. La baleine blanche va devoir défendre son monde immobile contre ces prédateurs, en particulier le baleinier Essex du capitaine Achab. Elle va livrer une guerre sans merci aux baleiniers et devenir un grand mythe de la littérature.

    Luis Sepúlveda nous raconte cette histoire du point de vue de la baleine blanche qui nous explique comment elle vit et s'intègre dans l'ordre du monde, ce qu'elle découvre des hommes, sa mission secrète, puis sa guerre et les mystères qu'elle protège. Enfin, c'est la mer qui nous parle.

    Un texte beau et fort, avec un souffle épique. Du grand Sepúlveda.

    Les images superbes de Joëlle Jolivet magnifient cette histoire.

  • En 1994, avant de quitter la maison, sa mère lui a offert un livre sur les origamis, elle les a embrassés, lui et sa grande soeur, et a laissé une lettre. Ce départ inattendu change l'équilibre familial, et le narrateur, du haut de ses dix ans, doit apprendre à vivre avec une soeur adolescente qui l'ignore et un père qui, jusqu'alors, n'était pour lui « qu'un élément parmi d'autres de l'infrastructure domestique, une sorte d'hybride d'animal de compagnie et d'appareil ménager ».

    Mais l'abandon est pesant quand on n'est plus obligé d'aller à l'école et qu'on passe ses journées seul à faire des origamis, sans aucun talent apparent pour le noble art japonais, d'ailleurs. Fort de ses lectures de la série Choisis ta propre aventure, lassé par la « méchanceté en pantoufles » de son père et aidé par le petit ami de sa soeur, il décide de partir en bus à la recherche de sa mère à l'autre bout du Mexique.

    Un roman faussement candide qui vous déchire le coeur, un voyage qui nous montre la cruauté du monde, mais aussi la tendresse désintéressée des inconnus. Un personnage principal qu'on n'oublie plus et une oeuvre limpide sur la fin de l'enfance.

  • Au début des années 90 à San Salvador, Olga María Trabanino est froidement assassinée d'une balle dans la tête. Qui peut donc avoir voulu la mort de cette jeune femme apparemment sans histoires ? Au fil de l'enquête, sa meilleure amie, Laura, cancanière, hystérique et jalouse, découvre incrédule tout ce qu'elle lui avait caché : son passé, ses fréquentations, ses vices... Le portrait qui se dessine alors est celui de la bourgeoisie tout entière, qui abrite ses turpitudes et sa corruption sous le masque impavide de la respectabilité.

    Le jour où l'assassin s'évade de prison, elle voit le piège se refermer sur elle.

    Avec cette intrigue menée d'une plume haletante, l'auteur poursuit sa radiographie au vitriol de la société latino-américaine, gangrenée par les luttes politiques et le trafic de drogue.

    Sex and the City vu par Thomas Bernhard.

  • Kate, étudiante à la dérive, fait des « enquêtes » cinématographiques dans les rues désertées des banlieues pavillonnaires. Son père vient de mourir brutalement et elle noie son chagrin dans la défonce. Au cours d'une de ses déambulations, elle rencontre Jean, une vieille dame en pleine forme qui coupe son bois et prépare des thés délicats. Jean propose un étrange marché : elle veut bien raconter ses histoires, mais à condition que Kate cesse de boire.
    Tandis que Jean déroule le mirage du rêve américain et règle ses comptes avec quelques fantômes, Viêtnam, guerre froide, mouvements contestataires, Kate affronte enfin son deuil impossible et retrouve une place dans le monde.
    Avec sa prose magnétique et tendre, John Burnside rend le monde aux vivants et rappelle que seules les histoires nous sauvent.

  • Un voyage au centre d'un Brésil scindé dans lequel tout dialogue semble être devenu impossible. Après plus de vingt ans d'absence, un homme abandonné par sa femme et son fils décide de revenir dans sa ville natale, au centre du Minas Gerais. Tous les liens des familles émigrées italiennes qui s'y étaient installées et en formaient le tissu social ont été détruits par les problèmes économiques qui les ont dispersées à travers le pays.

    On le suit pendant six jours, il va retrouver ses frères et soeurs, rencontrer d'anciens condisciples et de vieilles connaissances locales. L'ombre du suicide de sa jeune soeur et l'impossibilité de toute communication avec ceux qu'il retrouve accompagnent ses tentatives de renouer avec le passé. Le roman se livre à une réflexion sur une société où les différentes classes sociales ne peuvent plus dialoguer et dans laquelle, selon l'un des personnages, elles sont devenues « des planètes errantes » prêtes à entrer en collision et à se détruire.

  • En exergue l'auteur a écrit : «Ce roman rapporte des événements réels. Les personnages ne sont pas inventés.» Konstantin Boggosch n'a jamais connu son père, Gerhard Müller, nazi notoire et criminel de guerre. Toute sa vie, il n'a de cesse de fuir ce lourd héritage : il change de nom, quitte son pays, tente de s'enrôler dans la Légion étrangère à Marseille, devient secrétaire pour un groupe d'ex-résistants cultivés, revient en rda après la construction du mur quand tout le monde veut la quitter, s'inscrit aux cours du soir tout en travaillant chez un libraire et finit directeur de lycée dans une petite ville.

    Son frère Gunthard, lui, fait tout le contraire ; fier de son héritage, il s'estime trahi par son pays et en tire un ressentiment profond ; il essaye de récupérer l'usine de son père et de retrouver son statut - quitte à devenir un beau salaud.

    Malgré leurs efforts, ni l'un ni l'autre ne parviendront à échapper à l'histoire, condamnés qu'ils sont à être à jamais les «fils de» dont le destin est écrit par d'autres avant même leur naissance.

    Le père de Christoph Hein était pasteur, un grave crime idéologique dans la rda des années 50, ce qui l'a empêché de faire des études et l'a obligé à vivre sa propre existence dans les failles du système.

    Sous les apparences d'un formidable roman d'apprentissage et d'aventure, mené par un jeune homme énergique et sympathique, Christoph Hein nous fait traverser comme en passant soixante ans d'histoire allemande et offre une brillante réflexion sur la mémoire historique.

  • « Nul ne pourrait dire que ce fut un choix de ma part de tuer les jumeaux, pas plus qu'une décision de les mettre au monde. Ces événements s'imposèrent l'un et l'autre comme une nécessité inéluctable, un des fils dont est tissée la toile de ce que l'on pourrait appeler destin, faute de mot plus approprié... un fil que ni moi ni personne n'aurait pu ôter sans dénaturer le motif entier. » Premier roman d'un auteur reconnu comme un grand poète, ce texte d'une violence clinique exceptionnelle est le récit d'une « expérimentation » sur deux enfants jumeaux élevés sans contact avec la parole humaine. La violence s'infiltre peu à peu dans le récit amoral conduit sur un ton détaché, sans recherche d'effet spectaculaire, d'une écriture précise et ciselée de poète.
    Plongée dans les méandres les plus noirs de l'esprit humain, réflexion sur la perversion du pouvoir paternel, vertige du désir de la connaissance, réflexion sur le langage, un roman troublant.

  • Le chien, prisonnier, affamé, guide la bande d'hommes lancée à la poursuite d'un Indien blessé dans la forêt d'Araucanie. Il a reconnu l'odeur d'Aukamañ, son frère-homme, auprès duquel il a grandi dans un village mapuche.

    Le chien a vieilli mais il n'a pas oublié ce que lui ont appris les Indiens Mapuches : le respect de la nature et de toutes ses créatures. Il va tenter de sauver son frère-homme, de lui prouver sa loyauté aux liens d'amitié que le temps ne peut défaire.

    Avec son incomparable talent de conteur, Luis Sepúlveda célèbre l'amitié et la fidélité, et le lien si particulier des Mapuches à la nature.

  • Mary Peace ne sait pas lire. Pas correctement. Elle se débrouille avec les nombres, elle sait faire sa signature. En fait, elle sait faire tout un tas de signatures en fonction de ce qu'elle signe. Mary Peace n'est pas allée à l'école, elle n'a pas de numéro de sécurité sociale, n'a jamais payé d'impôts ou de cotisations sociales. Mary Peace est descendante de Charles Peace, un célèbre criminel de l'époque victorienne pendu à Leeds en 1879. C'était un meurtrier et un cambrioleur.
    Mary a tout appris de son père, Nigel - leader d'une communauté hippie alternative et gérant d'une exploitation de culture de fraises, qui lui a lu dès son enfance la Bible, le Coran, le Livre des Morts tibétain, Mein Kampf, Le Manifeste communiste... Il lui a aussi appris à ne rien vouloir de matériel, mais il n'a pas réussi sur ce coup-là. Un été, Mary croise le regard d'un des cueilleurs de fraises saisonniers et décide de tout quitter : « Quand j'ai vu Tony, je n'avais jamais rien vu d'aussi beau. Il était bête. Et gentil. Et il avait une bite énorme. Il avait vingt ans et moi dix-sept. » D'arnaque en arnaque, Mary - avec ses multiples pseudonymes - sillonne le pays. Elle arnaque, vole et fuit. Les jeunes hommes sont sa proie de prédilection. Mary a du métier et sait effacer ses traces. Mais Jimmy Shaski, un ado débrouillard, le fils qu'elle a abandonné quand il était bébé et qui a promis à son père de ne jamais essayer de la retrouver, est à ses trousses. Ainsi que Julie Jones, « la grosse flic »...
    Un roman drôle, puissant et lumineux. Avec son style simple et fluide, l'auteur touche à des sujets complexes comme l'abandon, la misère et la déception, mais avec un humour et une légèreté qui captivent et émeuvent.

  • Le monde entre dans l'âge de glace, il neige à Jérusalem et les icebergs dérivent le long des côtes. Pour les jours sombres qui s'annoncent, il faut faire provision de lumière - neige au soleil, stalactites éclatantes, aurores boréales.

    Dylan, géant barbu et tatoué, débarque au beau milieu de la nuit dans la petite communauté de Clachan Fells, au nord de l'Écosse. Il a vécu toute sa vie dans un cinéma d'art et essai à Soho, il recommence tout à zéro. Dans ce petit parc de caravanes, il rencontre Constance, une bricoleuse de génie au manteau de loup dont il tombe amoureux, et sa fille Stella, ex-petit garçon, en pleine tempête hormonale, qui devient son amie. Autour d'eux gravitent quelques marginaux, un taxidermiste réac, un couple de satanistes, une star du porno.

    Les températures plongent, les journaux télévisés annoncent des catastrophes terribles, mais dans les caravanes au pied des montagnes, on résiste : on construit des poêles, on boit du gin artisanal, on démêle une histoire de famille, on tente de s'aimer dans une lumière de miracle.

    Dans ce roman éblouissant au lyrisme radical, peuplé de personnages étranges et beaux, Jenni Fagan distille une tendresse absolue qui donne envie de hâter la fin du monde.

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