Mercure De France

  • Salué par la critique suisse romande de son époque, Gilbert Trolliet (1907-1980) fut le fondateur et animateur de nombreuses revues, en particulier Raison d'être (1928-1930) à Paris, et Présence (1932-1936) paraissant à Genève et à Lausanne. Marqué par le surréalisme et l'existentialisme, son oeuvre poétique se compose d'une trentaine de recueils. Présentée par Alain Borer et postfacée par Valère Novarina, cette anthologie propose un choix de poèmes écrits entre 1927 et 1978.

  • Avec ce nouveau recueil, Vénus Khoury-Ghata poursuit son oeuvre poétique et la renouvelle. La guerre, l'un de ses thèmes de prédilection, y est présent sous deux facettes différentes. La première partie, long poème sans scansion qui ne manque pas d'humour, s'attache à la vie quotidienne et des personnages comme Mansour l'épicier ou Adèle la couturière. La deuxième est animée d'un souffle plus tragique.

  • En tout temps, le propos de toute poétique lucide et conséquente a été de créer un rapport substantiel entre l'être humain et la Terre.
    À une époque où l'on parle de sauver la planète, où les discours écologistes abondent, manque, de toute évidence (mais qui sait voir?) une parole à la fois profonde, intellectuellement et culturellement fondée, et spacieuse, c'est-à-dire faisant respirer l'esprit.
    Les livres publiés par Kenneth White au Mercure de France depuis la fin du XXe siècle - Les Rives du silence, Limites et Marges, Le Passage extérieur, Les Archives du littoral - vont tous dans ce sens.
    C'est dans ce Mémorial de la terre océane qu'ils trouvent leur apogée.

  • Le livre de Franck Venaille est écrit à contre-courant de la pensée optimiste. L'univers de la maladie n'est jamais décrit mais suggéré, ramené à la vie « normale », traversé d'humeurs contradictoires : bouffonnerie, pastiche, dérision, atteinte aux bonnes moeurs poétiques. L'écriture ne prend pas le pouvoir, elle suggère, propose, s'insurge quand il le faut devant le monde. Le monde qui est le nôtre. Le monde à qui l'auteur fait un procès mais qu'il cherche aussi à rendre meilleur. D'où la présence d'Enrico Berlinguer, du drapeau rouge des révolutions manquées, mais aussi d'un homme à la recherche de son enfance, de paysages qui le hantent, sans oublier la présence du cheval chagrin, d'un vrai/faux Simon Freude, psychanalyste et rebouteux, enfin de celui qui peut être vu comme un frère du narrateur, François Villon. On puise les mots, les phrases, les vers, au plus profond et au plus combatif, aussi, de la vie et de l'homme. Ici chacun est le héros de sa propre existence.
    Requiem de guerre, dans la lignée de Chaos, Ça, C'est-à-dire et La bataille des éperons d'or, nous montre un Franck Venaille qui soumet l'écriture poétique à une légitime et ardente guerre qu'il entend mener jusqu'à son terme.

  • Faute de miroir / les femmes des gens de l'eau ne savent pas qu'elles sont femmes / l'herbe arrachée de la main gauche / les imprègne de sa soumission / elles tissent des murs autour de leurs hanches / quand l'homme part à la chasse / coupent le fil à son retour avec leurs dents / l'antilope sur l'épaule n'est pas un gibier / mais une épouse pour temps d'indigence et de désillusions / Les preneurs d'âme chante la vie d'une communauté tel un mythe.
    En attendant le retour des hommes partis à la chasse, les femmes effacent leur douleur avec l'eau de la pluie. Tous les gens de la terre sont considérés comme des frères étranges, familiers et parfois menaçants.
    Vénus Khoury-Ghata fait défiler avec talent les images concrètes et d'une beauté bouleversante. Dans ce nouveau recueil, elle livre une poésie ample, directe et quasi magique.

  • Mais l'île est-elle grosse d'on ne sait quelle enfance dont il ignore tout bien que ce soit à lui de dévoiler la charge et les plis de mémoire. Une île ici est une suite de 189 poèmes, ou strophes - car certains sont très courts, à la manière de Guillevic. Cette suite à la forme très libre ne suit que la nécessité de l'émotion et compose un ensemble de variations autour du thème de l'île. Jean-Claude Pirotte est l'auteur d'une cinquantaine de livres.
    Les critiques ont salué sa poésie du quotidien sensible et inspirée, à la tendresse parfois gouailleuse, mais aussi la magie de sa langue au parfum subtil de jadis qui, par sa simplicité et sa gravité soudaine, est incontestablement très moderne, car d'une grande liberté.

  • « La pluie d'été Mais le plus cher mais non Le moins cruel De tous nos souvenirs, la pluie d'été Soudaine, brève.
    Nous allions, et c'était Dans un autre monde, Nos bouches s'enivraient De l'odeur de l'herbe.
    Terre, L'étoffe de la pluie se plaquait sur toi.
    C'était comme le sein Qu'eût rêvé un peintre. » Yves Bonnefoy

  • Chaos

    Franck Venaille

    « Ce qui va se mettre à crier de l'enfan-
    Ce n'a pas de nom où Jean sans Peur
    S'est trouvé nu, la peau arrachée, en
    Lambeaux, ma vie est celle-là Vie
    Du chaos d'avant la naissance du mon-
    De je me souviens de chaque fol &
    Pas un découpé vif, pas un pendu dont
    Le Nom ait pu m'échapper Je marche
    Dans le désordre de l'existence tentant
    De calmer l'enfant en moi l'enfant De-
    La douleur-première Celui qui plusieurs
    Fois déjà m'a tué & portant son nom à la
    Bouche J'entends crier le soldat de nuit. »
    Franck Venaille.

  • Ce livre rassemble les recherches d'Yves Bonnefoy en poésie depuis son dernier recueil Les Planches courbes. Ces recherches tendent à visiter toujours plus le rapport de l'écriture en vers et de l'écriture en prose, le passage entre l'une et l'autre se découvrant dans des régions subconscientes dont le poème est l'écoute, mais nullement passive. Il s'agit en fait d'élargir les bases de la conscience. La longue chaîne de l'ancre, c'est celle qui arrime l'esprit humain dans les eaux profondes de l'inconscient, lieu de pensée autant que de vie.

  • La parole oublie la parole / il est rare que la parole parle / Aram arim ram rama Ararat / De la montagne des neiges se sont tendues vers moi les mains d'une Histoire errante / éparpillée dans le désert de l'époque / mains qui cousent des oreillers aux étoiles qui saignent sur les cartes / et l'impression de toucher des éclats de têtes et de corps dans les nuages qui les côtoient

  • " L'intention de raconter les forêts de mon pays incendiées par quinze années de guerre a tourné court.
    Des personnages ont surgi au fil de l'écriture, ont pris d'assaut les poèmes. Enfants vêtus d'écorce. Mères faites du même bois que la table. Ils ont poussé les murs, disloqué les maisons, fraternisé avec les arbres, partagé leurs peurs et leurs jeux."

  • Né en 1930 en Syrie dans une famille paysanne, naturalisé libanais, Ali Ahmad Saïd Esber prend très tôt le nom d'Adonis pour devenir le plus marquant et le plus varié des poètes arabes de notre temps : le choix de ce pseudonyme traduit, dès le début, la volonté de se dédoubler et d'accepter une tradition gréco-latine en même temps que la tradition arabe.
    Poète méditatif, il est l'homme de toutes les migrations, ouvert aux courants qui se croisent, se combattent et paraissent irréconciliables. Le poème est, pour Adonis, le lieu même où la pensée se forme, se déforme et se divise en paraboles. Adonis est non seulement le poète des quatre horizons, du déplacement, du métissage des chants, mais aussi de la mouvance des corps, de la dispersion des atomes, des poussières, des cendres sous le soleil.
    Totalement inédit en français, traduit avec talent par Houria Abdelouahed, ce nouveau recueil poétique s'inscrit dans le prolongement de Commencement des corps, fin de l'océan paru en 2004 au Mercure de France.

  • Je me souviens qu'une nuit d'hiver, alors que je longeais un fleuve noir bordé d'usines désaffectées, je pris au hasard dans le dédale des ruelles, et que, là, soudain, fumée errante s'échappant d'une lucarne, j'entendis un air de musique étrange, inouï...
    Il me semble qu'une secrète mélodie hante le fond du monde, ensorcelante, si l'on veut bien prendre le temps de l'écouter un peu.
    Or, à partir du moment où on l'a entraperçue, on n'aspire qu'à la retrouver. On sait qu'elle vibre un peu partout, mêlée au vent, à tout et à rien, à notre insu.
    Prendre l'air, donc, sortir de chez son petit moi, de ses enveloppes, par des mues successives. Flanqué dehors, à la porte, certes, d'un certain monde (car nos " logements " sont décidément trop étroits). Prendre l'air, rattraper la musique sur les routes.
    Le livre - partition ouverte, aléatoire, émaillée de notes brèves, de légères arabesques, de fugues, de ballades, d'appoggiatures, dans la neige de longues pauses aussi.
    Les mots viennent se poser comme les oiseaux sur un fil, sur la portée du monde, dans l'air qui fait vibrer l'invisible corde, l'âme du violon.
    Ces feuillets de route sont, en quelque sorte, le journal polyphonique de petits tours de champ dans le vaste chant du monde, du beau monde.
    Y.
    L.

  • Totalement inédit en français, traduit avec talent par Vénus Khoury-Ghata et Issa Makhlouf, ce nouveau recueil poétique s'inscrit dans le prolongement de Histoire qui se déchire sur le corps d'une femmes paru en 2008 au Mercure de France.

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