Langue française

  • L'authenticité est, en matière d'oeuvre d'art, une notion dont la prise en compte est relativement récente.
    Pendant des siècles, le primat a été donné à la forme. Ce n'est qu'à partir de la Renaissance et surtout du XIXe siècle, avec la conception romantique de l'artiste, être exceptionnel et inspiré, que l'authenticité est devenue la qualité essentielle des oeuvres d'art. Reflet de cette personnalité hors du commun, l'oeuvre d'art trouve son identité dans le lien qui l'unit à son créateur. Néanmoins, assez rapidement, la définition de ce lien de filiation a soulevé de multiples difficultés.
    Sous couvert d'authenticité, ce sont, en effet, des hypothèses très diverses qui sont envisagées (répliques, participation de l'atelier du maître à la réalisation de l'oeuvre, présence de multiples, de restaurations...). En outre, lorsque l'anonymat de l'auteur ne peut être percé, il faut donner à l'oeuvre une identité de rechange. L'authenticité ne peut donc pas se ramener à un rapport de paternité entre un artiste et une oeuvre : il existe une subtile gradation, à laquelle le marché de l'art porte une vive attention.
    Dans ces conditions, établir ou contester l'authenticité d'une oeuvre se heurte presque toujours à des difficultés insurmontables. La valeur économique des oeuvres d'art dépend donc en grande partie d'un critère aussi incertain que volatile. Comment, dès lors, les instruments forgés par un droit des obligations soucieux de sécurité juridique peuvent-ils permettre d'appréhender de manière satisfaisante une réalité aussi mouvante ? Tel est le défi que jurisprudence et doctrine ont relevé en s'appuyant sur le droit commun des obligations conventionnelles et sur le droit de la responsabilité civile.
    Ceux-ci se sont non seulement révélés tout à fait aptes à résoudre les difficultés soulevées par l'authenticité, mais s'en sont encore eux-mêmes trouvés régénérés, démontrant ainsi la capacité de la théorie générale des obligations à répondre aux situations les plus diverse.

empty