Les Provinciales

  • ISBN/EAN/UPC: 9782912833259 Titre de l'ouvrage: Ceux qui avaient choisi Auteur:
    Charlotte Delbo Editeur: Les Provinciales Date de publication: 23/05/2011 Reliure: Broché Prix public/catalogue hors taxes: EUR 9,48 TVA: 5.5% Prix public taxes comprises: EUR 10,00 Nombre de pages: 83 Langue: français Sujet: Spiritualités / Judaïsme Champs facultatifs Edition:
    Volume:
    Description: Ceux qui avaient choisi est une des premières pièces de théâtre de Charlotte Delbo, écrite en 1967, et restée longtemps inédite peut-être par une sorte de pudeur, parce qu'elle s'y livrait trop, et aussi à cause d'une sensibilité politique exacerbée.
    Ceux qui avaient choisi est d'abord un acte de mémoire et de fidélité à une lutte, celle de la Résistance (la vraie résistance, disait Malraux) avec sa passion politique pour un peuple et pour la liberté : la pièce est construite autour de la scène bouleversante des derniers moments à la prison de la Santé de « Françoise »/Charlotte Delbo avec son mari, « Paul »/Georges Dudach, en compagnie duquel elle avait été arrêtée et qui sera fusillé après cet entretien le 23 mai 1942 au Mont-Valérien.
    Mais cette pièce est aussi un acte de bravoure dramatique, car cette scène appartient au passé : l'action se situe vingt ans après, à la terrasse paisible d'un café d'Athènes. où Françoise fait la rencontre d'un homme, un Allemand, « Werner ». C'est la réminiscence de cette scène, sa résonance décisive sur le présent de cette femme élégante et délicate mais qui connut d'un peu trop près la dureté de la vie, qui sont représentées.
    Celle qui fut la collaboratrice de Louis Jouvet avant et après Auschwitz exploite ici, une fois de plus, l'art qu'elle en avait appris : pour décrire comment se détermine une volonté. Deux personnages s'affrontent avec courtoisie : cette résistante déportée élégante mais armée de la « connaissance inutile » si chèrement acquise en face de la cruauté des hommes et trop souvent de leur faiblesse, et un universitaire allemand, spécialiste de la Grèce classique et donc symbole vivant de tout l'amour allemand du savoir et de l'ordre de l'intelligence qui célébra le nazisme - donc échoua devant lui.
    Werner, qui fut aussi un quelconque officier de la Wehrmacht à Athènes pendant la guerre, utilise cette passion pour l'Antiquité à la fois pour justifier sa passivité ou son aveuglement (notamment à l'égard de la condition des Juifs) pendant les années trente et quarante et aujourd'hui la mélancolie d'une vie exempte de risque mais non pas de privilèges. C'est l'échec du modèle universitaire et culturel allemand - répandu en deux siècles dans toute l'Europe, aveugle et impuissant devant l'histoire et les souffrances humaines qu'elle charrie.
    C'est par fidélité à son passé que Françoise, pétrie de la pensée politique et de la solidarité du combat clandestin, refuse de céder à la douceur, la sensualité de cette rencontre - la mémoire y fait jaillir les linéaments d'une sorte de transcendance, celle des deux « sacrements » de la lutte et du mariage - et finalement laisse à ses études l'universitaire incapable aujourd'hui comme il l'était hier de transformer ses connaissances en force d'action et de volonté.
    C'est donc, en somme, une pièce « européenne », fixant les conditions d'un partenariat véridique et non pas oublieux entre les « ennemis » d'hier. Cette pièce historique et politique traite du passé, de la mémoire et de la vocation de l'Europe : elle nous arrive après quarante ans pendant lesquelles le devenir de la Grèce, miracle précieux, symbole, frontière et origine de l'Europe et peut-être aussi figure de son destin, aura eu le temps d'hésiter, - et c'est dans ce pays qui a enfoui ses blessures de la guerre, que la pièce a été située, la Grèce touristique et insouciante des dangers qui la menacent à nouveau, échappant pour un temps aux tourments souvent sanglants de l'histoire.
    Or il se trouve qu'elle a été écrite quelques semaines seulement avant les graves émeutes populaires qui constitueraient le prétexte au putsch des colonels. Depuis, si une certaine Europe a été construite, cette pièce sonne devant elle encore comme un avertisseme Biographie de l'auteur: Les caractères spéciaux incompatibles ont été filtrés.
    Charlotte Delbo (1913-1985) a été, après Jean Anouilh, l'assistante de Louis Jouvet au théâtre de l'Athénée.
    Étudiante en philosophie à la Sorbonne et membre du parti communiste, elle s'engage, avec son mari Georges Dudach dans le « groupe Politzer » qui publie Les Lettres françaises. Arrêtés en mars 1942, celui-ci sera fusillé au Mont-Valérien et elle déportée à Auschwitz puis à Ravensbrück. Après la libération elle écrit une uvre forte à la mémoire de ses camarades disparues en déportation, en particulier Auschwitz et après, publié en trois volumes par les Éditons de Minuit à partir de 1965.
    Elle est une des cinq déportés choisis pour représenter la France dans son Pavillon permanent à Auschwitz.

  • « D'Israël, je ne savais rien » et « Là d'où je viens, l'Algérie et le communisme, Israël est un tabou, le plus grand. Le transgresser a été l'aboutissement d'un très long cheminement. Il a d'abord fallu que les menaces de mort islamistes m'obligent à quitter l'Algérie... » écrit Jean-Pierre Lledo, cinéaste algérien né à Tlemcen en 1947 dans une famille communiste d'origine espagnole. Formé en Union soviétique, il était assez bien vu par le régime algérien depuis l'Indépendance, et ce n'est qu'au moment de la parenthèse démocratique qui propulsa sur la scène politique les Frères musulmans et déboucha sur la meurtrière guerre civile algérienne qu'il avait dû, par précaution, s'exiler en Europe.
    Il s'était déjà aperçut qu'un communiste juif n'était pas un communiste arabe comme les autres, mais c'est après la reprise en main de l'État par le FLN, que son regard sur l'Algérie commença vraiment à ce dessiller. Ses ennuis débutèrent quand son nouveau film fut interdit : Algérie, histoires à ne pas dire (2007) révélait l'origine religieuse des violences initiales de la « guerre d'indépendance » algérienne contre les « mécréants » de type européen, et déplut au pouvoir algérien et à beaucoup de ses amis. Invisible en Algérie, ce film-là se trouva par hasard sélectionné à l'occasion d'un festival international par une délégation israélienne qui invitait le réalisateur à Jérusalem pour le présenter : c'est le début d'une remise en cause, d'une découverte et d'une métamorphose qui le conduira peu à peu à surmonter ses puissantes réticences à l'égard du « pays interdit » et sortir du carcan idéologique qui l'avait presque obligé de ne pas (re)connaître sa judaïté. Touché par la simplicité et la diversité des Israéliens, il décide d'étudier l'histoire du peuple juif, avant de revenir sur place plus longuement et de comprendre pourquoi il avait refoulé si longtemps ce « pays absent ».
    « Nation plutôt que religion », le judaïsme ne l'avait pourtant pas empêché de rompre politiquement avec la partie de sa famille qui y résidait depuis les années soixante et qu'il refusa de visiter : « préjugés politiques masquant un trouble identitaire », sans doute. Dans les quatre long métrage qui sortent en salle en France prochainement « Israël - le voyage interdit », il raconte longuement (quatre fois trois heures) sa découverte de ce pays et comment il a appris peu à peu, à son contact, à surmonter la « force de ses préjugés ». Dans le film il est derrière la caméra, mais dans ce livre étonnant, il raconte et explique avec humour, franchise et simplicité cle parcours singulier mais significatif qui l'a conduit à cela : « seul ce qui est singulier peut être universel », souligne Ziva Postec, la productrice et chef-monteuse de ce film, qui alterne les témoignages surprenants et l'analyse politique, culturelle et psychologique de cette forme de déni persistant, pas très rare et puissant mais très rarement vaincu.

  • Un impressionnant panorama des principaux impensés de la Science et pourquoi nous en souffrons. Contre le scientisme, la valeur de vérité est redonnée aux fables, le témoignage des sens et celui du coeur sont réhabilités.

  • Le purgatoire

    Pierre Boutang

    À la suite de Dante, avec une audace de romancier et de bagarreur, Boutang avait décidé de jouer sa propre disparition dans un roman, et d´éclairer sa vie avec la lumière crue de l´impotence et de la mort : accomplir ici même, dès à présent, ce « temps d´attente » qui nous éloigne de la béatitude.

  • « Écrire une philosophie de l'antisémitisme au-delà de la tentation politique impose à un Juif de notre terrible siècle un défi sans pareil. La présence du phénomène est telle que les philosophes eux-mêmes n'ont pas su toujours résister aux captieuses questions, ni même aux promesses de lumière. Le Juif n'est plus Satan dans l'obscurité, mais la nuit elle-même. De Dreyfus à la dictature des pétrocraties, Jacob devenu Israël par sa victoire sur l'Ange ne parvient pas à maîtriser son diable?: l'antisémitisme. Sans quitter jamais l'esprit de l'homme moderne, il devient système, aventure horrible ou parole. Nulle philosophie n'est possible aujourd'hui hors des limites tracées par les expériences totalitaires. L'holocauste assure la continuité à l'ère de l'inflation et des ordinateurs.
    /> Comme si les grands chiffres de la "crise"avaient conçu à l'avance une théorie du charnier et de la tyrannie dans laquelle la haine doit trouver son «compte». Économie de la persécution diraient nos actuels sophistes. Pourquoi porter préjudice à l'histoire de quelques erreurs de calcul?? Si l'antisémitisme n'est qu'un des visages de la bêtise, de l'hybris ou de la bestialité, comment expliquer l'odieux itinéraire qui mène la nation juive de l'émancipation à Auschwitz, à travers le siècle du pacifisme et de l'ennui?? Combien de temps nous faudra-t-il pour raconter à nos enfants que l'idée du bonheur a conduit le peuple à la nuque raide du Sanhédrin de Bonaparte aux Viatlags?? » Michaël Bar-Zvi, Philosophie de l'antisémitisme « L'oeuvre secoue, dérange. Son auteur a l'audace de distinguer entre les formes diverses de l'antisémitisme, de diagnostiquer les dernières venues, de proférer (d'un ton calme, avec un humour presque trop secret) des vérités désobligeantes... » Pierre Boutang « Plénitude et pertinence de la réflexion, excellence de l'écriture. » Emmanuel Levinas «Nourri d'une immense culture, Michaël Bar-Zvi est allé à l'essentiel, sans se soucier de respecter une quelconque orthodoxie. » Pierre-André Taguieff

  • « Ô mon Dieu comment, Comment se fait-il, Comment cela s'est fait que, de ces petits qui ne savent point parler, Le massacre soit votre premier témoignage Et qu'ainsi le premier témoignage Soit aussi la première objection ? » Hannah Arendt rappelle que le système totalitaire se caractérise par le « refus de la naissance », c'est-à-dire le refus d'une singularité inattendue, réfractaire à tout programme. Hérode le Grand, non-juif auxiliaire de l'Empire, apparaît le prophète de ce monde : il fait massacrer les enfants de Bethléem parce que le caractère irréductible du Juif ne peut que troubler l'ordre de la pax romana. C'est le sujet de cette pièce à la fois politique et domestique, qui touche aussi à cette heure au coeur de la vie quotidienne, où l'incompréhensible vient nous frapper et sommer les pauvres personnages que nous sommes de s'élever à une grandeur tragique.

    Le prologue, les onze tableaux et les deux épilogues, leurs scènes de ménage et de tragédie, sont suivis d'un post-scriptum philosophique rédigé par l'auteur et qui montre bien les enjeux historiques, politiques, exégétiques et dramatiques de ce thème tiré d'un épisode de l'Évangile fréquemment abordé en peinture, mais plus rarement dans les lettres.

  • [Moïse]

    Bat Ye'Or

    Avec ce nouveau roman situé au Caire, Bat Ye?or commence une ambitieuse trilogie historique évoquant la manière dont trois générations successives ont traversé la vie mouvementée des Juifs d?Égypte depuis le début du XIXe siècle jusqu?aux années cinquante, Nasser : « Bienheureux les souffrants... »

  • En 1949 le diplomate retraité Paul Claudel voulut célébrer la création de l'État d'Israël en extrayant cent pages assez brûlantes de l'Évangile d'Isaïe à laquelle il travaillait :
    « Tout de même c'est arrivé ! c'est arrivé sous nos yeux et cela sent encore, cela fume encore ! » Alors que les armées arabes et juive viennent à peine de cesser le feu, à un moment où l'on ne s'apitoie guère sur la tribulation de rescapés des « infatigables cheminées d'Auschwitz », où le principe d'un nouveau concile et la responsabilité de l'antisémitisme chrétien sont encore peu évoqués, quarante ans avant la reconnaissance de l'État juif par l'Église, Claudel veut célébrer « ce perpétuel Mercredi des Cendres » dont « Israël a fait son habitation » : « Je songe à ces flocons de suie humaine répartis par les quatre vents à tous les peuples d'Europe ».
    Avec la franchise un peu rugueuse qui caractérise le grand poète, il évoque « la promesse à Abraham » et « Israël par sa seule force reprenant possession de la terre de ses pères, refoulant les occupants, reconnu comme une nation autonome » car : « Ici tu es chez toi. Il n'y a pas prescription. Il n'y a jamais eu un acte juridique pour te déposséder ».
    « Leur retour à la Terre promise n'a pas eu le caractère d'un accident, écrit-il, mais d'une nécessité. Il n'y avait pas profanation idolâtrique du véritable Israël que nous devrions être, nous chrétiens ».

  • Mes travaux sur Eurabia, la divulgation des faits et des noms renforcèrent la vindicte à mon égard. Je ne tardai pas à en remarquer les effets. Des livres, des articles exploitaient mon travail et omettaient mon nom - un nom dangereux, proscrit par la police de la pensée. Les intellectuels agréés se tenaient à distance, je contaminais.
    Certains regards m'observaient avec une sorte d'effroi. Je portais désormais la souillure de l'opprobre. Je n'étais pas la seule d'ailleurs, tous ceux qui professaient des opinions contraires à la doxa imposée étaient voués à la détestation. Je ne réagis pas à ces attaques. J'étais ailleurs... beaucoup plus loin, hors des événements. J'observais avec une certaine distance mon nouveau statut de paria, évocateur des signes discriminatoires avilissant ce personnage que je connaissais bien, le dhimmi ?: ces vêtements, ces couleurs, ces ceintures exposant la souillure. Je portais l'étoile jaune de mes livres.
    Et soudain je me sentis fière. Fière d'appartenir à ce peuple d'esclaves qui le premier s'était dressé contre la tyrannie au nom de la liberté et de la dignité de l'homme. Mon oeuvre avait été maudite parce qu'elle prenait sa place dans trois mille ans d'histoire du peuple à la nuque raide.
    Il déployait derrière moi sa force et sa richesse, mais l'Europe s'effondrait, retournait à la barbarie, tolérant les tueries d'innocents dans ses rues, comme si la vie humaine à nouveau n'avait aucune valeur, comme si n'importe qui pouvait s'octroyer le droit de tuer. L'appel au meurtre remplaçait ?«?Tu ne tueras point? ».
    C'est dans les années soixante-dix, pourtant, que j'avais découvert cet énigmatique personnage surgi des linceuls de l'histoire, le dhimmi. À mesure que s'éclairaient ses diverses facettes, comme par l'effet d'une lampe magique, s'étaient éveillées contre moi des attaques et des condamnations exprimées jusqu'en 2010, quand le gouvernement de l'État Islamique, fort opportunément venant à mon secours par le rétablissement de la charia, confirma tous mes écrits.
    Bat Ye'or, Autobiographie politique.

  • Réédition du fameux livre de Bat Ye'or, « ouvrage de référence sans équivalent » (Le Monde) qui fit émerger le dhimmi du néant silencieux de l'oppression et des génocides, et l'inscrivit peu à peu dans la conscience historique et le langage politique courant.

    Les islamologues avaient pris l'habitude de définir les juifs et les chrétiens sous l'islam comme des minorités religieuses. On ne disait rien de leur origine, or ces populations représentent les restes des peuples ethno-religieux antérieurs à l'islam, autrefois majoritaires dans leur pays.
    Une fois leur territoire conquis par le jihad ces populations étaient soumises à une sorte de pacte qui devint vite un statut imposé et infamant, la dhimma : la « protection » islamique s'exerçant dans un contexte de guerre ininterrompue, la condamnation à mort sanctionnait le refus de se soumettre. Ce fut la dhimma qui assura le succès de la politique d'arabisation et d'islamisation. Son abrogation au XIXe s. sous la contrainte de l'Occident n'a sans doute pas modifié les doctrines et les représentations musulmanes en profondeur.
    Réduits à un état de subordination, de vulnérabilité et de dégradation extrême, toute critique de l'oppresseur étant blasphématoire, ces peuples dhimmi traversèrent les siècles avec une telle discrétion que l'histoire en conserva difficilement les traces. Peuples sans passé, ils étaient aussi des peuples sans droits, incarnant une condition de non-existence et d'injustice permanente.
    Dès la parution de ce premier livre, Jean-Pierre Péroncel-Hugoz et Jacques Elul dans Le Monde avaient souligné que Bat Ye'or, « en parlant d'une façon scientifiquement irréfutable, des opprimés dans la civilisation arabe et musulmane », prenait « le contrepied d'une mode tendant à présenter l'islam comme le carrefour de toutes les tolérances, face à un Occident naguère encore impitoyable pour les minoritaires ». Le Dhimmi révélait aux juifs et aux chrétiens orientaux leur propre histoire, qui pour la plupart l'ignoraient.
    Cette ignorance et leur situation de peuple-otage les avaient incités à se faire les porte-paroles en Occident de leurs oppresseurs et à oeuvrer à leur propre destruction, dont les derniers épisodes sanglants ont fini par nous interpeler. Mais dans les années soixante-dix, Bat Ye'or découvrait « cet énigmatique personnage, le dhimmi, surgit de ses linceuls d'histoire » : « À mesure que j'éclairais ses diverses facettes, s'éveillaient simultanément contre moi des attaques et des vindictes exprimées jusqu'en 2010 quand le gouvernement de l'Etat Islamique, fort opportunément venant à mon secours par le rétablissement de la charia, confirma tous mes écrits. » En rassemblant pour la première fois sous ce titre une réalité historique refoulée et niée ce livre expose le dhimmi dans sa réalité humaine et non dans la vision de son oppresseur qui le déshumanisait pour l'asservir. Aujourd'hui, on se rend mieux compte de son caractère politique explosif. Alors que les médias et l'élite culturelle vilipendaient le racisme et le colonialisme, et se confondaient en témoignages d'admiration pour l'islam, ce livre mettait au centre d'une histoire de treize siècles sur trois continents, le dhimmi juif, chrétien, ou autre colonisé par les Arabes, dans ses vêtements d'opprobre.

  • Dans cette force d'âme qui dompte toutes les autres, vit et règne un génie puissant, maître universel de son art, auquel toutes les matières ont obéi.

  • Bernanos aura saisi dans la jeunesse de quoi perpétuer librement la seule oeuvre de rébellion qui tienne : l'insurrection contre le mensonge. Par cette sorte de philosophie politique enfantine le vieux chevalier errant désigna d'un mot les tortionnaires et les bien-pensants de tous les totalitarismes à venir : « Je dis que les tueurs ne sont venus qu'après les lâches. » Oui on peut être lâche aussi devant la vérité. Dès 1937 il avait prédit que « les massacres qui se préparent un peu partout en Europe risquent de n'avoir pas de fin », ils ne garderont que « l'apparence des antiques guerres de religions » auxquelles on les compare : « on ne se battra pas pour une foi, écrivait-il, mais par rage de l'avoir perdue, d'avoir perdu toute noble raison de vivre... » Une décennie et quelques dizaines de millions de morts après, en 1947, dans l'illusion de la « victoire des démocraties », Bernanos ne déclenchait qu'un silence glacial en déclarant que rien n'avait changé : « Il s'agit toujours d'assurer la mobilisation totale pour la guerre totale, en attendant la mobilisation générale. Un monde gagné pour la Technique est perdu pour la Liberté ».
    Tandis que triomphent les générations successives plus déleurrées et froides que M. Ouine, Georges Bernanos est encore plus mal compris. C'est pourquoi Sébastien Lapaque, essayiste turbulent et critique aguerri (au Figaro), a raison de joindre ici à son premier livre, consacré à celui qu'il avait choisi pour capitaine il y a vingt ans, des textes de maturité qui éclairent la longue confrontation avec un monde régi par le mensonge, l'argent et le nihilisme. Si le déracinement industriel a produit aussi bien les moutons à égorger que les « loups solitaires », du moins l'exil (ou le mal du retour) ne mène-t-il plus, avec Bernanos, aux embardées commodes de « la hideuse propagande antisémite » : l'attachement farouche à une civilisation chevaleresque nous en préserve en fin de compte, radicalement et définitivement. Le précieux héritage des peuples a été sauvé grâce à la parole biblique. Au contact des brutalités de la guerre, alors que se levait « aux rives du Jourdain la semence des héros du ghetto de Varsovie », Bernanos avertit : « Vous aurez à payer ce sang juif d'une manière qui étonnera l'Histoire. »

  • On a un peu oublié en France (l'a-t-on jamais bien su ?) la détermination avec laquelle les Juifs ont été expulsés d'Égypte en 1956 par Gamal Abdel Nasser, le « Raïs ». Tel n'était pas le cas de la jeune fille juive qui avait vu son monde au bord du Nil sombrer, et se retrouvait soudain à Londres « apatride » pour le raconter - mais à qui ? Dans le brouillard des rues, dans l'ennui ou l'indifférence des salles de cours qu'elle fréquentait, et dans la solitude des bibliothèques et des cahiers griffonnés à l'ombre de ses personnages, elle se trouvait hantée par les souvenirs des choses et des êtres disparus, non seulement sa jeunesse, sa famille, la société dorée encore « multiculturelle » du Caire, mais le peuple et la culture millénaire dispersés à jamais qui s'étaient découverts violemment comme les siens.
    Il y avait eu des Juifs depuis toujours en Egypte, il n'y en aurait plus guère : pour survivre à la dépossession de leurs biens, de leur profession, de leurs droits, de leur nationalité, surmonter le mépris soudain, les lynchages, l'arbitraire d'un régime et de sa police, et l'héritage de haine soigneusement entretenu, ils avaient dû quitter leur pays natal, laisser ce qu'il leur restait, leurs tombeaux et s'engager à ne jamais revenir dans ce pays, qui était pourtant « leur » pays... « les Pyramides lointaines, voilées un instant par les felouques glissant sur le fleuve, les fleurs jaunes ou mauves des jacarandas jonchant les trottoirs, les innombrables domestiques assis sur des bancs au seuil des immeubles de marbre, les doigts dans les orteils, les feuilles d'eucalyptus pendant aux branches comme des larmes au soleil, la lumière explosant dans l'air rare, éparpillant les paillettes du fleuve et ses odeurs stagnantes, et les faubourgs industriels, emplis de foule et de poussière, où des troupeaux de chameaux et chèvres immobilisaient des automobilistes dépoitraillés, les cheiks délirant au sommet des minarets, et à la limite de la ville, avant la fournaise du désert, l'univers de l'extrême déchéance, d'où surgissait parfois un enfant scrofuleux et nu allant fouiller des collines d'immondices... » « Derrière les vents paisibles, la persécution se déchaînait... » Car « les Juifs sont nos chiens », ainsi s'exprimait la propagande d'alors, mais en Europe on n'était pas prêt à entendre cela de la bouche des « apatrides », un peu comme une dizaine d'années auparavant, on n'avait pas voulu écouter non plus les voix de Katzetnik ou de Primo Levi. Le sommes-nous davantage aujourd'hui ? La jeune fille un peu nietzschéenne, redoutant d'être fouillée à la frontière, avait brûlé tous ses écrits avant de partir, et elle aura enseveli celui-ci, ce « roman » rédigé peu après cette déchirure, pendant plus d'un demi-siècle.
    Entre temps, elle se sera longuement investie dans des recherches harassantes pour comprendre ce qui s'était passé, devenant Bat Ye'or, « la fille du Nil » - mais c'était d'abord pour servir de matériau à son écriture romanesque qu'elle s'astreignit à explorer les mécanismes du jihad et les siècles de la dhimmitude, qui des rives du Nil jusqu'au coeur de l'Europe cette fois, exposent sous nos yeux la violence et les nécessités d'une civilisation oubliant toute mesure, jusqu'à éradiquer de ses territoires les témoins de sa propre origine et de son arbitraire. Il s'agit donc d'un nouveau crépuscule, « de ce côté de l'eau », où se bousculent encore une fois les spectres d'un passé qui ne veut pas mourrir, tous ces personnages qui tambourinent à la porte et dont la mémoire ne s'apaiserait vraiment que d'obtenir justice, c'est-à-dire que leurs récits changent au moins le regard de leurs persécuteurs.

  • Si le ciel de ce jour vous paraît vide au-dessus de vos têtes, tel un mauvais livre, c'est parce que vous ne regardez pas assez où vous mettez les pieds. Une des plus solides données de la métaphysique est bel et bien la fleur de pissenlit, et un râteau aurait suffi pour sauver Sartre de la Nausée. Y a-t-il plus grand mystère que mon voisin (avec sa serviette, son cardigan et son noeud papillon) ? Or je ne puis, comme Descartes, douter de l'existence de M. Franchon. La foi ni la raison ne se moquent de notre monde, elles ne détournent pas de la terre : elles y font resplendir la vérité.

  • Pierre Boutang disait Israël «signe de contradiction» mais aussi «la seule rançon, la seule création positive répondant à l'horreur infinie de la seconde guerre mondiale». Notre culture gréco-hébraïque hésite à reconnaître franchement cet héritage, elle le dédaigne, quand elle ne l'accuse pas. «Il est certain qu'il n'y a pas d'Europe. L'homme européen ne se trouve pas éminemment en Europe, ou n'y est pas éveillé. Il est, paradoxe et scandale, en Israël. C'est en Israël que l'Europe profonde sera battue, "tournée", ou gardera, avec son honneur, le droit à durer », écrit Boutang. L'Europe profonde ce n'est jamais « Babel », la démesure, le défi, l'asservissement, la confusion des langues - et la nouvelle Tour érigée sur les ruines de plusieurs empires totalitaires défaits annule la mission des nations souveraines, modelées sur la forme de l'ancien Israël. Après Pascal, Péguy, Bernanos et Claudel, Boutang (1916-1999) a continué cette tradition chrétienne française éprise des vraies libertés et attentive aux réalités terrestres, aux limites que fixe la finitude, et aux vertus de la chair. C'est cette tradition-là qui rencontre toujours le mystère d'Israël dont l'Europe porte l'empreinte tout effacée. «?La couronne du Saint Empire portait l'effigie de David et celle de Salomon, la politique de nos rois en France - avant Bossuet, de l'aveu même de Machiavel - était tirée de l'écriture sainte, et les nations, jusque dans l'hérésie jacobine et révolutionnaire, imitaient un dialogue immortel entre la naissance et l'obéissance au Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob.?» L'appartenance nationale et le nationalisme tels que Pierre Boutang les a compris ne sont ni des symptômes d'enfermement, ni des ferments d'agressivité (anti-juive ou pas), au contraire?: être nationaliste c'est être authentique, c'est reconnaître l'origine, retrouver la source juive oubliée et vouloir la « nouvelle alliance entre Juifs et chrétiens ? » (comme disait Michaël Bar-Zvi). Sans cela, garder un pays dans lequel accueillir ne se peut pas. Ce livre explore les principaux traits d'une pensée souvent redoutée mais qui est la seule, en France, depuis la Seconde guerre mondiale, à tenir tête ontologiquement et politiquement à un siècle brutal.

  • '«La poésie a pour devoir de faire du langage d'une nation quelques applications parfaites » disait Paul Valéry, dans le temps même où il rappelait que les civilisations sont mortelles - et où mourait la nôtre, dont il était parfaitement représentatif.
    Sa vision était plus large encore, quasi visionnaire?: «?Je vois passer "l'homme moderne" avec une idée de lui-même et du monde qui n'est plus une idée déterminée. Il ne peut pas ne pas en porter plusieurs?; ne pourrait presque vivre sans cette multiplicité contradictoire de visions?; il lui est impossible d'être l'homme d'un seul point de vue, d'appartenir réellement à une seule langue, à une seule nation, à une seule confession, une seule physique, etc.?» L'époque à laquelle écrivait Montaigne était marquée par les ligues, les guerres de religions, la peste?: son style même est une quête de vérité, aussi "ondoyante" que l'homme même. Celui de Valéry, incisif comme un oiseau qui fend l'azur, tient le registre de l'intelligence qui survit aux civilisations...
    Nous n'écrivons pas dans le regret?: nous écrivons après.
    Nous écrivons pour une nation posthume qui se souviendra de nous en une autre langue qu'on appellera français faute de mieux.
    La langue : la seule responsabilité politique que je me sente.
    Richard Millet

  • Court traité du pouvoir à l'usage des Français d'aujourd'hui. Réédition du fameux texte de 1977.

  • « Antisionistes de tous les pays, unissez-vous ! » Le conflit israélo-palestinien paraît plus vaste et oppose à des « criminels professionnels » la multitude intrépide des innocents mobilisés. Car s'affirmer « pour la Palestine » c'est se placer dans le camp du Bien : « il n'y a pas de cause plus émouvante », et la vraie religion communiste c'est la lutte finale contre ce dernier racisme : au XXIe siècle le monde sera sans le sionisme. Car comment faire la paix avec cet État supposé raciste, dominateur, intrinsèquement pervers, Israël, et comment faire entendre raison à ce peuple à la nuque raide, qui s'arroge le droit, « sûr de lui-même », au retour seul ? Comment détruire le sionisme sans éliminer tous les sionistes et abolir leur rêve d'une souveraineté juive sur la sainte terre ? « Nous avons libéré la bande de Gaza, mais avons-nous reconnu Israël ? » demande le Hamas, et on connaît la réponse : « pour les Palestiniens la mort est devenue une industrie... » Déjà la Shoah n'est plus qu'un mince rempart idéologique, qui paraît avoir été un mythe odieusement fabriqué pour effacer la mémoire de la Naqba. « Tout redevient possible, tout recommence », et devant la seule nouveauté de l'histoire les « indignés » déjà ne s'émeuvent plus. Dans ce livre magistral, Taguieff donne la leçon ultime : celle qui permet une dernière fois de reprendre ses esprits en contemplant le rêve brisé de l'Occident avant le grand soir. Parce qu'elle nous place devant l'abîme elle nous rend libres, et parce qu'elle ressemble à la vérité elle peut redonner le goût, et peut-être la force, de vivre. Jamais on n'aura été aussi bien renseigné. Le maximum que vous puissiez demander à l'histoire.

  • La dénonciation de l'athéisme dogmatique enseigné en histoire, qui passe par les oubliettes de grands pans de notre culture.

  • Mais a été confronté à la nécessité de lutter durement sans voir la paix à l'horizon. Bien des écrivains israéliens aujourd'hui le regardent avec mélancolie glisser en dehors de l'histoire. " Un jour d'hiver clair et radieux, un homme monte au sommet d'une falaise et se jette à la mer." Dans le roman de Shakin Nir cette triste fin est celle d'un homme incarnant cet idéal.
    Les souvenirs de ceux qui l'ont connu retracent son aventure, son arrivée en Palestine en 1947, ses efforts de pionnier pour régénérer une terre inculte, son amour passionné pour une femme, la déchirure des guerres toujours recommencées, l'amertume des luttes politiques et des trahisons, l'usure. Pourtant c'est par le refus de toute abdication et la justesse d'une mémoire incroyablement heureuse que ce roman interpelle.
    Pour ressaisir l'idéal délaissé, le transformer et le transmettre à la jeunesse d'un peuple, il faut la clairvoyance d'un coeur qui ne renonce pas. Car la partie va continuer sous un mode à peine modifié par l'aventure d'un siècle. Le lien que la résistance française et le sionisme des kibboutz, à travers les épreuves guerre, avaient établi entre l'histoire des deux pays se sera laissé distendre. Shakin Nir le ravive par cette langue dont la force et la noblesse exaltent à la fois l'énergie nationale, la terre et la fraternité, et c'est avec cette vieille arme démodée mais qu'il sait bien servir, qu'il explore le destin suspendu de nos peuples.

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  • Au moment où la jeunesse « libérée » de notre pays, plus ou moins persuadée de son innocence ou inquiète de ses responsabilités, est prise pour cible, et se trouve également l'enjeu et la victime d'idéologies politiques contraires et de leur propagande, Guy Millière s'adresse à elle avec patience, exactitude et conviction et lui explique ce que représente pour elle et pour lui Israël. « Tu te demandes pourquoi, moi qui ne suis pas juif, je défends le pays juif. Tu vois qu'autour de toi, ce pays est critiqué, insulté, à un point tel que tu en viens à songer que ce n'est pas sans raison. Tu vois qu'à défendre ce pays on s'attire des ennuis qu'on pourrait aisément éviter. Je te répondrai qu'il n'est nul besoin d'être juif pour défendre le pays juif. Il suffit de le connaître, de le comprendre, et de discerner ce qu'il est. Et que les raisons de le critiquer ne sont pas celles que tu imagines... » Ce livre retrace d'abord un itinéraire : comment, quelles rencontres, quelles observations politiques, quelles découvertes en histoire, quel dégoût non seulement de l'antisémitisme et du terrorisme antijuif contemporain, mais des manipulations idéologiques de toutes sortes conduisent à une interrogation et à une recherche : « Longtemps, vois-tu, je n'ai rien su du pays juif. Je n'avais pas même la moindre curiosité envers les Juifs ou le judaïsme » mais plutôt « des prédispositions acquises pour adopter sur ce sujet une attitude circonspecte ». Avec une franchise qui forme le socle d'un caractère entier, un bon sens qui n'est pas sans naïveté, proche de l'esprit d'enfance, Guy Millière explique comment une expérience décisive l'a vacciné contre la propagande « progressiste » antisioniste prônée par ses aînés et collègues de faculté. Au début des années soixante-dix, il fit le voyage à Beyrouth pour rencontrer par leur entremise la « résistance palestinienne ». La personnalité de son interlocuteur l'alerta ; de fait c'est celui-ci qui peu après organisa l'attentat infâme contre les athlètes israéliens à Munich. Ce n'était pas un hasard ni une exception, mais une espèce de secret bien gardé. Les tendances antijuives de la cause palestinienne trouvaient des connections et puisaient largement dans le courant exterminateur nazi européen. L'antisémitisme cimentait des tendances refoulées depuis la fin de la guerre, tellement vivaces qu'alerter, défendre ou dénoncer paraissaient déjà vain. Les Européens fondamentalement ne voulaient pas épauler Israël ni reconnaître ce qu'ils devaient aux Juifs et au judaïsme. Millière alla chercher aux États-Unis une sorte d'antidote au conformisme et à la défiance. Le reste s'en suit c'est-à-dire un effort inlassable pour comprendre et faire comprendre les raisons d'Israël, pourquoi l'affirmation du droit à l'autodétermination d'un peuple si longtemps persécuté aurait dû être saluée et comment elle fut combattue, entravée, exécrée.

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