Littérature traduite

  • Y a-t-il un rapport entre l'amour de la mécanique et l'esprit civique ? Entre le plaisir du risque calculé au volant et les ressorts profonds de notre humanité ? Après avoir chanté dans Éloge du carburateur les beautés de la moto, notre philosophe-mécanicien se penche sur l'avenir de la conduite automobile, les secrets du tuning ou de la glisse sous accélération et les mystères du couplage cognitif et sensorimoteur entre le cerveau, le corps humain et les humeurs subtiles de l'arbre à cames et du moteur à combustion interne.
    Mêlant les péripéties autobiographiques cocasses de son interminable bricolage d'une VW Coccinelle de 1975 et les réflexions de la philosophie analytique sur la morale des accidents de circulation, passant de l'exploration des sous-cultures automobiles les plus baroques - courses hors-piste dans le désert et derbys de démolition - à l'étude du pilotage de minivoitures par des rats de laboratoire, il offre un plaidoyer en faveur des plaisirs libertaires et des vertus citoyennes de l'art de conduire.
    L'histoire technologique, économique et sociale de l'automobile débouche aujourd'hui sur une disjonction de plus en plus grande entre l'être humain et ses prothèses mécaniques. À l'horizon des voitures sans chauffeur et de l'automatisation généralisée, l'auteur dénonce une dystopie régressive qui risque de se traduire par une atrophie de nos facultés créatives et une érosion de notre économie de l'attention. Au nom du « toujours plus de sécurité », la déqualification progressive des conducteurs expose en fait les usagers de l'automobile à de nouveaux dangers tout en les dépossédant d'un ensemble d'aptitudes et de responsabilités cruciales. Le choix entre conduire et être conduit, faire et se laisser faire, est aussi en dernière analyse un choix entre autogouvernement républicain et aliénation bureaucratique.

  • « La génération actuelle de révolutionnaires du management s'emploie à inculquer de force la flexibilité aux salariés et considère l'éthos artisanal comme un obstacle à éliminer. On lui préfère de loin l'exemple du consultant en gestion, vibrionnant d'une tâche à l'autre et fier de ne posséder aucune expertise spécifique. Tout comme le consommateur idéal, le consultant en gestion projette une image de liberté triomphante au regard de laquelle les métiers manuels passent volontiers pour misérables et étriqués. Imaginez à côté le plombier accroupi sous l'évier, la raie des fesses à l'air. » Matthew B. Crawford était un brillant universitaire, bien payé pour travailler dans un think-tank à Washington.Au bout de quelques mois, déprimé, il démissionne pour ouvrir... un atelier de réparation de motos. À partir du récit de son étonnante reconversion professionnelle, il livre dans cet ouvrage intelligent et drôle l'une des réflexions les plus fines sur le sens et la valeur du travail dans les sociétés occidentales.
    Mêlant anecdotes, récit, et réflexions philosophiques et sociologiques, il montre que ce « travail intellectuel », dont on nous rebat les oreilles depuis que nous sommes entrés dans l'« économie du savoir », se révèle pauvre et déresponsabilisant. De manière très fine, à l'inverse, il restitue l'expérience de ceux qui, comme lui, s'emploient à fabriquer ou à réparer des objets - ce qu'on ne fait plus guère dans un monde où l'on ne sait plus rien faire d'autre qu'acheter, jeter et remplacer. Il montre que le travail manuel peut même se révéler beaucoup plus captivant d'un point de vue intellectuel que tous les nouveaux emplois de l'« économie du savoir ».

    « Retour aux fondamentaux, donc. La caisse du moteur est fêlée, on voit le carburateur. Il est temps de tout démonter et de mettre les mains dans le cambouis... »

  • Logements inabordables, salaires de misère, systèmes de santé inexistants ou dysfonctionnels, catastrophe climatique, rejet des migrant·e·s, violences policières... on entend peu les féministes s'exprimer sur ces questions. Pourtant, elles ont un impact majeur sur la vie de l'immense majorité des femmes à travers le monde.
    Les grèves des femmes qui se multiplient aujourd'hui en Argentine, en Pologne, aux États-Unis ou ailleurs s'emparent de ces problématiques et témoignent du fait que les revendications féministes ne sont pas isolées de celles d'autres mouvements. Et c'est tout l'enjeu de ce manifeste, inspiré par ces nouveaux mouvements féministes : face à un système néolibéral qui concentre toutes les aliénations, injustices et inégalités et instrumentalise certaines luttes sociales pour servir ses velléités impérialistes et engranger le plus de profits possible, le féminisme doit repenser son agenda théorique comme militant.
    Trois des organisatrices de la Grève internationale des femmes s'engagent ainsi avec ce manifeste pour un féminisme véritablement inclusif, capable de faire converger l'anticapitalisme, l'antiracisme, l'écologie politique, l'internationalisme et l'anti-hétérosexisme : un féminisme pour les 99 %.

  • Le libéralisme continue aujourd'hui d'exercer une influence décisive sur la politique mondiale et de jouir d'un crédit rarement remis en cause. Si les « travers » de l'économie de marché peuvent à l'occasion lui être imputés, les bienfaits de sa philosophie politique semblent évidents. Il est généralement admis que celle-ci relève d'un idéal universel réclamant l'émancipation de tous. Or c'est une tout autre histoire que nous raconte ici Domenico Losurdo, une histoire de sang et de larmes, de meurtres et d'exploitation. Selon lui, le libéralisme est, depuis ses origines, une idéologie de classe au service d'un petit groupe d'hommes blancs, intimement liée aux politiques les plus illibérales qui soient : l'esclavage, le colonialisme, le génocide, le racisme et le mépris du peuple.
    Dans cette enquête historique magistrale qui couvre trois siècles, du XVIIe au XXe siècle, Losurdo analyse de manière incisive l'oeuvre des principaux penseurs libéraux, tels que Locke, Burke, Tocqueville, Constant, Bentham ou Sieyès, et en révèle les contradictions internes. L'un était possesseur d'esclaves, l'autre défendait l'extermination des Indiens, un autre prônait l'enfermement et l'exploitation des pauvres, un quatrième s'enthousiasmait de l'écrasement des peuples colonisés... Assumer l'héritage du libéralisme et dépasser ses clauses d'exclusion est une tâche incontournable. Les mérites du libéralisme sont trop importants et trop évidents pour qu'on ait besoin de lui en attribuer d'autres, complètement imaginaires.

  • Au moment de mourir, en 1924, Kafka demande à son ami Max Brod - qui refusera - de brûler son journal, ses lettres, ses romans inachevés, etc. Quand, en 1968, Max Brod meurt à son tour à Tel-Aviv, Kafka est reconnu comme un des plus grands écrivains du siècle et son héritage devient un enjeu passionné.
    Les procès vont réveiller « l'éternel débat sur l'ambivalence de Kafka envers le judaïsme et le projet d'établissement d'un État juif, tout comme sur l'ambivalence d'Israël envers Kafka et la culture de la diaspora ». Selon l'auteur, « l'État juif repose sur une impulsion contradictoire : la nécessité de se purger de l'atavisme de la diaspora, avec l'idée que c'est seulement en Israël - et seulement en hébreu - que l'on peut à nouveau entrer dans l'histoire en tant que Juif ».
    Ce livre restitue le monde de Kafka de l'entre-deux-guerres. Le sionisme apparaît comme un refuge, face au double risque qui menace le peuple juif : d'un côté, la violence antisémite, de l'autre, la perte d'identité par une lente assimilation. Si Kafka n'a jamais vraiment adhéré au sionisme, il apprend l'hébreu avec passion. N'était-ce pas d'abord un « moyen de renaissance spirituelle » qui donnerait un nouveau sens à l'idée même de nation, grâce à l'amitié entre Juifs et Arabes ?
    À qui appartient Kafka ? Et, plus généralement, à qui appartient l'héritage de la diaspora ? Kafka lui-même n'avait pas tranché cette question, soulignant qu'il était un Juif écrivant en allemand : « Suis-je un écuyer monté sur deux chevaux ? Malheureusement, je n'ai rien d'un écuyer. Je gis par terre. »

  • Le sommeil est l'une des dimensions les plus importantes de notre vie et, paradoxalement, c'est aussi l'une des moins connues. Jusqu'à très récemment, la science était incapable de répondre à ces questions : pourquoi dormons-nous ? Quelles sont les conséquences du manque de sommeil sur notre santé ? Et quelle est l'utilité du sommeil ?
    En agissant sur notre cerveau, le sommeil favorise nos capacités à apprendre, à mémoriser et à prendre des décisions logiques et rationnelles. Il réajuste nos émotions, réapprovisionne notre système immunitaire et règle avec précision notre métabolisme. Quant aux rêves, ils apaisent nos souvenirs douloureux et créent un espace de réalité virtuelle favorable à la créativité.
    Traduit dans une trentaine de langues, Pourquoi nous dormons dévoile pour la première fois les dernières grandes découvertes sur le sommeil et les rêves, dont il nous explique l'importance vitale. Un livre capital.

  • Un jeune homme joue et chante au milieu des décombres et des maisons éventrées. La photo, prise à Yarmouk, ville de réfugiés palestiniens de la banlieue de Damas, a fait le tour du monde.
    Ce musicien est devenu un symbole d'humanité face à la guerre. Après avoir enduré avec dignité les souffrances du conflit syrien, celui que l'on surnomme désormais le « pianiste des ruines » a finalement dû se résoudre à prendre le chemin de l'exil : en guise d'avertissement, Daech avait brûlé son piano... Partageant le sort de milliers d'autres, il a ainsi connu la séparation d'avec sa famille, la périlleuse traversée de la Méditerranée, l'éprouvante route des Balkans, puis l'arrivée en Allemagne.
    Dans cette autobiographie bouleversante, Aeham Ahmad raconte son enfance de Palestinien en Syrie, son apprentissage de la musique au sein d'une famille talentueuse, jusqu'à la révolution de 2011, bientôt engloutie par la guerre. Un éclat d'obus le blesse à la main. Bravant la peur, il décide alors de jouer dans la rue, se laissant filmer pour témoigner de la résistance qui subsiste, obstinée, dans la ville assiégée. Car ce livre a une portée politique. Il dénonce la violence extrême, les exactions du régime d'Assad comme celles des djihadistes, mais il rappelle aussi la précarité du peuple syrien et le destin tragique de tous les réfugiés. Un requiem en hommage aux victimes et une ode à la musique.

  • Le Bandit-en-chef George W.
    Bush, dit " George II ", et son gang, Dick Cheney, Donald Rumsfeld & Co, gouvernent l'Amérique. Ultraconservateurs et richissimes (leur fortune est liée au big business du pétrole, de l'informatique ou des biotechnologies), ils ont fait main basse sur le pays, et partent maintenant en guerre contre l' " Axe du Mal ". Provocateur, corrosif, inquiétant, narcissique, subversif, Mike l'Agitateur-en-chef refuse de leur abandonner le pays et supplie le secrétaire général de l'ONU de déployer ses casques bleus et de rétablir la démocratie! Le temps est venu, explique-t-il, de lancer la contre-attaque en dénonçant les maux cachés de l'Amérique: l'illettrisme et l'alcoolisme (le président connaît bien les deux problèmes), le racisme (Mike propose aux Noirs un kit de survie !), la libre circulation des armes, la peine de mort, la pauvreté massive, mais aussi l'arrogance et l'irresponsabilité de la politique étrangère de son pays.
    Pas de doute, Mike est de retour Et le moins que l'on puisse dire, c'est que son humour ravageur détonne dans le consensus patriotique qui domine aux États-Unis depuis les attentats du 11 septembre 2001.

  • Après le succès d'Éloge du carburateur, qui mettait en évidence le rôle fondamental du travail manuel, Matthew B. Crawford, philosophe-mécanicien, s'interroge sur la fragmentation de notre vie mentale. Ombres errantes dans la caverne du virtuel, hédonistes abstraits fuyant les aspérités du monde, nous dérivons à la recherche d'un confort désincarné et d'une autonomie infantile qui nous met à la merci des exploiteurs de « temps de cerveau disponible ».
    Décrivant l'évolution des dessins animés ou les innovations terrifiantes de l'industrie du jeu à Las Vegas, Matthew B. Crawford illustre par des exemples frappants l'idée que notre civilisation connaît une véritable « crise de l'attention », qu'il explore sous toutes les coutures et avec humour, recourant aussi bien à l'analyse philosophique qu'à des récits d'expérience vécue. Il met ainsi au jour les racines culturelles d'une conception abstraite et réductrice de la liberté qui facilite la manipulation marchande de nos choix et appauvrit notre rapport au monde.
    Puisant chez Descartes, Locke, Kant, Heidegger, James ou Merleau-Ponty, il revisite avec subtilité les relations entre l'esprit et la chair, la perception et l'action, et montre que les processus mentaux et la virtuosité des cuisiniers, des joueurs de hockey sur glace, des pilotes de course ou des facteurs d'orgues sont des écoles de sagesse et d'épanouissement. Contre un individualisme sans individus authentiques et une prétendue liberté sans puissance d'agir, il plaide avec brio pour un nouvel engagement avec le réel qui prenne en compte le caractère « incarné » de notre existence, et nous réconcilie avec le monde.

  • Historien israélien de renommée internationale, Shlomo Sand a fait irruption dans le débat intellectuel français avec ses ouvrages Comment le peuple juif fut inventé et Comment la terre d'Israël fut inventée. Renouant avec ses premières amours, il se consacre dans ce nouveau livre à la figure de l'intellectuel français.
    Au cours de ses études à Paris, puis tout au long de sa vie, Shlomo Sand s'est frotté aux « grands penseurs français ». Il connaît intimement le monde intellectuel parisien et ses petits secrets. Fort de cette expérience, il bouscule certains des mythes attachés à la figure de l'« intellectuel », que la France s'enorgueillit d'avoir inventée. Mêlant souvenirs et analyses, il revisite une histoire qui, depuis l'affaire Dreyfus jusqu'à l'après-Charlie, lui apparaît comme celle d'une longue déchéance. Shlomo Sand, qui fut dans sa jeunesse un admirateur de Zola, Sartre et Camus, est aujourd'hui sidéré de voir ce que l'intellectuel parisien est devenu quand il s'incarne sous les traits de Michel Houellebecq, Éric Zemmour ou Alain Finkielkraut. Au terme d'un ouvrage sans concession, où il s'interroge en particulier sur la judéophobie et l'islamophobie de nos « élites », il jette sur la scène intellectuelle française un regard à la fois désabusé et sarcastique.

  • La pierre angulaire est la première à être posée quand on construit un édifice. C'est la plus importante, celle qui doit tout soutenir. Pour Krzysztof Charamsa, cette première pierre a été son coming out du 3 octobre 2015. Alors qu'il exerçait depuis de nombreuses années de hautes fonctions au sein du Vatican, ce prêtre polonais a annoncé publiquement son homosexualité à la veille du synode sur la famille, afin de dénoncer l'hypocrisie de l'Église catholique. Une institution qui, depuis des siècles, instrumentalise les questions sexuelles pour imposer son propre pouvoir.
    À travers ses préceptes et doctrines, l'Église conditionne ses fidèles à ne pas vivre sereinement leur sexualité. Ainsi, et alors même qu'elle parvient à dissimuler parfaitement les crimes de pédophilie, elle alimente, dans le secret du confessionnal, le sentiment de soumission des femmes à leurs époux, la culpabilisation de l'amour, la stigmatisation des homosexuels et des transsexuels, qu'elle considère comme des pestiférés. Or, selon K. Charamsa, le clergé catholique est lui-même composé en très grande partie de prêtres homosexuels. Qui se trouvent réprimés et contraints à la clandestinité.
    Démis de ses fonctions par le Vatican, K. Charamsa souhaite avec ce livre secouer les consciences et poser les bases d'un nécessaire renouveau de l'Église. Une institution en laquelle il veut toujours croire, mais qui, si elle veut continuer à exister comme guide spirituel, doit commencer par respecter chaque personne.

  • Tous les soirs, aux quatre coins des Etats-Unis, et ailleurs, la même scène se répète. Des musiciens entrent dans un club, un bar, un restaurant ou autre, attrapent leur instrument, s'échauffent et, sans grande concertation préalable, ils se mettent à jouer. Ils ne s'étaient peut-être jamais rencontrés, même si ce n'est pas le cas plus fréquent. La plupart du temps, ils n'ont en tout cas pas répété, ou du moins pas ce qu'ils vont jouer le soir même. Et pourtant, tout va se passer pour le mieux, sans difficultés particulières. Comment des musiciens qui n'ont pas préparé une prestation peuvent-ils la donner sans problème apparent ? Comment parviennent-ils à jouer avec suffisamment de compétence pour satisfaire aussi bien un patron de bar, des jeunes mariés que la mère d'un garçon qui fait sa bar-mitsva ? On pourrait croire que la réponse va de soi : c'est parce qu'ils connaissent les mêmes morceaux. Faux. La réalité est assez différente, et le mystère s'épaissit... Tel est le point de départ de cette passionnante enquête signée par deux sociologues-musiciens (ou l'inverse), Howard Becker, longtemps pianiste professionnel, et Robert Faulkner, trompettiste toujours en activité, dans le circuit des " musiciens ordinaires ", des musiciens dont les compétences s'étendent à une grande variété de styles, intéressés par le jazz et désireux d'en jouer dès que c'est possible, mais qui se contentent du premier engagement qui se présente. Quelles compétences sont réellement nécessaires ? Quelles sont les dynamiques à l'oeuvre, en particulier sur scène, dans le feu de l'action ? Les modes d'apprentissage ? Qu'est-ce qu'un répertoire dit " de jazz " ? Comment se constitue-t-il dans le long parcours d'une vie de musicien, à titre individuel puis collectif dans l'orchestre ? Cette notion de répertoire peut-elle éclairer d'autres secteurs de l'action collective ? A partir de conversations, de récits, d'anecdotes, d'exemples musicaux de plain-pied dans la réalité concrète de la scène musicale, Becker et Faulkner explorent aussi un siècle de musique populaire américaine et d'édition musicale, de radio et d'industrie du disque. Ils soulignent les évolutions du métier, les rapports parfois conflictuels entre générations, etc.

  • Le 13 février 2012, le tribunal de Turin condamne à seize ans de prison deux magnats de l'amiante, créant un précédent historique dans la lutte contre la « fibre tueuse ». Au terme de trente ans de combat, les habitants de la petite ville piémontaise de Casale Monferrato, accueillant depuis 1906 une usine Eternit, voient ainsi reconnaître la responsabilité de deux propriétaires de la multinationale suisse dans l'« épidémie » de cancers de la plèvre et la contamination à grande échelle subies par cette localité.

    Comment une modeste ville ouvrière d'Italie a-t-elle pu remporter pareil combat contre un géant industriel ? Et comment une population frappée par la multiplication des pathologies incurables et des décès est-elle parvenue à reprendre espoir et à relever la tête ? Dans un récit à la fois poignant et palpitant, le journaliste Giampiero Rossi nous fait vivre la longue bataille législative, politique, judiciaire et médiatique engagée, à l'initiative de deux syndicalistes, Bruno Pesce et Nicola Pondrano, par toute une communauté pour obtenir réparation des dégâts causés par Eternit.

    Le mouvement de Casale est ainsi devenu l'une des figures de proue du combat mondial pour l'interdiction de la production et de l'utilisation de l'amiante, éclairant de sa trajectoire singulière le front anti-amiante français notamment. Écrit avec simplicité et humanité, ce court livre d'enquête - émaillé de portraits et d'histoires de vie - constitue un précieux rempart contre la résignation économique et civique.

    L'édition originale italienne du présent ouvrage a obtenu, en 2009, la distinction du président de la République du prix journalistique « Piero Passetti ».

  • « Lorsque, il y a trois ans, je me suis décidé à me remettre dans la peau de ceux qui, dans notre "meilleur des mondes", font de toute évidence partie de la catégorie des perdants, je ne me doutais pas de tout ce que j'allais rencontrer sur mon chemin. » Vingt-cinq ans après le succès de Tête de Turc, qui dénonçait le racisme de la société allemande, Gunther Wallraff est de retour. Dans ce livre, composé de huit enquêtes, il part à la rencontre des perdants du « meilleur des mondes » que nous promettaient les apôtres de l'économie globale. Déguisé en Noir, caméra caché dans la boutonnière, il révèle les nouveaux visages du racisme. En SDF, il raconte les ravages du chômage et de la précarité. Embauché dans une boulangerie industrielle, il témoigne des conditions de travail épouvantables qui y règnent. Il va jusqu'à se mettre dans le rôle d'un dirigeant d'entreprise voulant vendre son affaire et sollicite les conseils d'un cabinet de consultant pour qu'il trouve le meilleur moyen de débarrasser son entreprise des syndicats, histoire de valoriser sa vente auprès de futurs acquéreur...
    « Lorsque j'ai commencé mon travail, il y a quarante ans, je n'étais pas le seul - peut-être même une majorité parmi nous - à espérer un lent progrès vers plus d'humanité et plus de justice. Si je continue à me battre par mes reportages et mes livres, je suis de plus en plus saisi par le doute. Nous avons subi, ces derniers temps, trop de revers : l'injustice a progressé, les conditions de vie ne sont pas devenues plus humaines, bien au contraire. »

  • La France est entrée depuis les années 1990 dans une ère nouvelle : l'immigration et les productions culturelles qui ont émergé des communautés postcoloniales ont produit des structures socioculturelles radicalement nouvelles, interrogeant ainsi l'idée de « francité » et le sens même du mot « nation ». Dans cet ouvrage original à plus d'un titre, Dominic Thomas explore les impacts sur les sociétés et populations africaines de la dissolution partielle des structures d'États-nations modernes en faveur de mécanismes économiques, juridiques et politiques supranationaux.
    Pour analyser les bouleversements qui ont résulté de la domination coloniale et postcoloniale, de l'affaiblissement de l'État-nation et de l'émergence de générations de jeunes exclus, l'auteur s'appuie sur une étude comparatiste des oeuvres littéraires d'écrivains africains, français ou antillais. Ce faisant, il donne à voir les circonscriptions transnationales issues du colonialisme et de l'immigration et l'émergence d'une littérature « afro-française », qui rafle les prix littéraires internationaux et fait connaître la langue, plus profondément sans doute que ne le peuvent les institutions de la francophonie. Et en mobilisant les apports de différentes disciplines (anthropologie, sociologie, études francophones, gender studies, études sur les diasporas, études postcoloniales), cet ouvrage permet d'envisager de nouvelles manières de réfléchir sur la dimension symbiotique des relations entre la France et le monde francophone.
    Soulignant l'importance pour la société française de valoriser une nouvelle histoire de France qui prendrait en compte la longue histoire des échanges coloniaux et postcoloniaux, ce livre fait clairement comprendre que les diasporas noires se trouvent au coeur de l'ouverture de la France au monde, au coeur même de sa modernité.

  • Une piste d'atterrissage aménagée là où les buffles paissaient autrefois, des terrains de golf remplaçant le désert et la savane, des villages vivant de la pêche ou de la chasse transformés en gigantesques complexes touristiques. Nombreux sont les endroits du monde que le tourisme a altérés, rongeant ce qui les avait justement rendus attirants à l'origine : la nature et l'environnement, les modes de vie et de pensée.
    Des canaux de Venise aux plages de Cuba, en passant par les temples de Bali, la jungle du Costa Rica, les fjords norvégiens ou encore les savanes du Kenya, ce livre propose un voyage singulier au coeur d'une problématique cruciale : comment visiter de tels lieux sans que notre présence ne cause leur perte ? Comment encadrer l'industrie touristique de façon à ce qu'elle contribue à la sauvegarde de ces endroits et de leur cachet plutôt qu'à leur destruction ? Et, compte tenu du changement climatique qui menace la planète, pouvons-nous continuer à voyager ?
    Dans le récit attachant de son tour du monde, émaillé de nombreuses histoires, l'auteur nous invite à découvrir ce que peut être un tourisme qui préserve et valorise le caractère local d'une destination, et qui profite au bien-être de ses habitants. Le tourisme est devenu une puissance que plus rien ne peut arrêter. En tant que voyageurs, nous avons beaucoup à apprendre, et beaucoup à apporter. Il n'est pas encore trop tard. Mais il faut se dépêcher.

    Sur commande
  • Dirigeables de surveillance, bombes " incapacitantes " et arsenal " non létal "... Qu'ont en commun toutes ces " technologies " qui. pour certaines, semblent relever de la science-fiction et qui, pour d'autres. imprègnent déjà notre quotidien de citadins ? Concoctées dans les laboratoires de l'armée, elles sont les nouvelles armes de la guerre en cours, cette " guerre asymétrique " ou " permanente " qui transforme les armées occidentales en forces contre-insurrectionnelles high-tech et chacun d'entre nous en cible potentielle nécessitant d'être identifiée, pistée, surveillée, au nom de la prévention d'une menace indistincte.
    Avec Israël comme laboratoire et la " guerre contre le terrorisme " comme terrain d'application mondial, cette nouvelle forme de conflit touche de manière très différenciée les habitants du monde riche et ceux des espaces post- et néocoloniaux. Elle se signale cependant par un trait commun à tous ces territoires : ses champs de bataille ne sont plus les plaines ou les déserts, mais les principales agglomérations urbaines mondiales.
    Dans le sillage des travaux de Mike Davis, Naomi Klein ou Eyal Weizman, le livre de Stephen Graham nous donne les clés pour comprendre les logiques profondes de cet emballement militaro-sécuritaire globalisé.

  • Barack Obama n'a pas rompu avec la politique va-t-enguerre de son prédécesseur, George W. Bush. Il a au contraire approfondi cette politique en lui fournissant de nouvelles armes et un nouveau visage. Dans cette enquête dévastatrice, Nick Turse montre comment le Pentagone et ses partenaires gouvernementaux, s'inspirant des préceptes classiques des guerres coloniales et tirant avantage des dernières avancées technologiques, ne cessent de peaufiner la recette de la guerre du XXIe siècle dont les six principaux ingrédients sont le développement des drones, l'utilisation de « soldats civils », le recours aux troupes supplétives, les opérations spéciales, les missions d'espionnage et la cyberguerre.
    De l'Amérique latine à l'Afrique en passant par le Moyen-Orient et l'Asie, cette guerre se déploie chaque jour davantage, à mesure que se poursuit la militarisation de la CIA, que des bases secrètes de drones sortent de terre et que sont initiés des programmes de formation et d'entraînement pour les armées des pays « amis ». Si cette nouvelle doctrine est présentée comme la façon la plus sûre, la plus efficace, la plus éthique et la plus économique d'assurer la sécurité des citoyens américains, nous sommes encore loin d'avoir pris la mesure des ravages de ce nouvel âge de l'impérialisme. « Ce qui apparaît aujourd'hui comme une formule magique pourrait bientôt se révéler un désastre absolu, prévient Nick Turse. Un désastre dont on ne se rendra compte, malheureusement, qu'une fois qu'il sera trop tard. »

    Sur commande
empty