L'ecarquille

  • Une anthologie de tous les textes que John Berger a consacrés à des artistes au cours de sa vie. Une oeuvre monumentale d'une richesse inouïe et surtout d'une très grande originalité car elle constitue une galerie de portraits couvrant toute l'histoire de l'art de la Préhistoire à nos jours, sans être pourtant un livre d'histoire de l'art.
    John Berger nous introduit non pas dans l'intimité biographique des artistes, mais nous fait partager leur compagnie.
    Il s'invite dans leur atelier par delà les siècles, il les questionne, il enquête pour révéler les questions qui les habitent, les observant avec une acuité et une intelligence rares.
    Les réflexions sur l'art de cet auteur sont encore trop méconnues en France, où l'on connaît mieux ses romans, ses récits ou même les scénarios de certains des films qu'il a coécrits avec Alain Tanner dans les années 80. Ce volume entend combler ce manque en portant à la lumière un nombre considérable de textes. Si certains de ces textes ont déjà été traduits et publiés, notamment dans la presse, la plupart sont encore inédits.
    Au total, 136 textes consacrés à 102 artistes, dans un volume de 720 pages, imprimé sur papier Bible et à la reliure souple (type Pléiade). Un livre dessiné par l'un des graphistes les plus reconnus et originaux en France (Philippe Millot) et fabriqué avec le plus grand soin.
    John Berger (1926-2017) fut à la fois romancier, scénariste, peintre et critique d'art. Ses écrits sur l'art occupent une place centrale dans son oeuvre et ont été lus et commentés dans le monde entier.
    Pour un grand nombre d'entre eux, ils restent encore à découvrir en France.

  • Si Aby Warburg a été le premier à définir une méthode d'interprétation iconologique, s'il a créé une bibliothèque des sciences de la culture unique au monde, l'innovation décisive qu'il a introduite dans le champ épistémologique de l'histoire de l'art est bien Mnémosyne : oeuvre absolument originale et unique, dont l'ambition n'est rien moins que de poser les fondements d'une grammaire figurative générale, et qui ouvre des perspectives dont la portée n'a pas encore été totalement mesurée.
    Par la complexité des problèmes auxquels s'est confronté Warburg face à cet immense corpus d'images, c'est l'attention de l'ensemble des sciences humaines qu'il a attirée sur son oeuvre.
    Resté inachevé à la mort de l'auteur, ayant mobilisé l'énergie intellectuelle et physique de ses dernières années, Mnémosyne peut être considéré comme l'aboutissement de toutes ses recherches. Il constitue le plus ambitieux corpus d'images jamais réuni, dont la genèse et l'évolution sont liées à une pratique discursive et à un mode de transmission du savoir que préconisait Warburg, mais qu'il convient aussi d'examiner sous l'angle de ses relations avec le problème de la mémoire et avec sa bibliothèque.

  • Les combarelles

    Michel Jullien

    En marge de son oeuvre romanesque menée chez Verdier, Michel Jullien nous donne avec Les Combarelles une réflexion sur les grottes ornées du Paléolithique sous forme d'essai, d'échappée, de rêverie chargée de cette tendresse liée à son approche stylistique.
    La compréhension que nous avons des grottes ornées n'a pas deux siècles. Elle remonte à la découverte d'Altamira (1879) puis des Combarelles (1901). L'étude de l'art rupestre en est aux prémices. Pas d'Aristote ou de Ptolémée, de Kepler, de Galilée, pas de Copernic, de Newton, aucun jalon. De plein fouet les grottes se sont ouvertes au regard, sans autre forme d'annonce.
    S'il fait appel à un corpus d'une vingtaine de grottes peintes, s'il convoque les figures majeures de la préhistoire (l'abbé Breuil, André Leroi-Gourhan, Jean Clottes), son texte convoque des figures littéraires, variées. Homère voisine avec Balzac, Rabelais avec Roger Caillois, voici Ka$a et Pierre Gascar, Bachelard et Jean-Christophe Bailly. Voici encore Fellini, Jean Vigo et William Fox Talbot, voici des hommes politiques, des sportifs de tout bord. Et voilà des musiques, du jazz et des sonates, du blues et des motets...
    Mais principalement, il tisse son texte à partir d'un corpus iconographique encore plus inattendu, mêlant le bestiaire magdalénien à des images qui sont autant d'icônes et de surprises : celles de la Nasa envoyées dans l'espace dans les années 1970, celle d'Hiroshima après la catastrophe, des dessins de Hugo, des images pionnières de la photographie, les corps de Pompéi, les chevaux de Géricault, une foison iconographique intriquée à son propos, déconcertant le lecteur comme les oeuvres pariétales saisissent le visiteur des cavernes. Autant d'intuitions fulgurantes qui font la pensée!

  • Les Fragments sur l'expression réunissent 439 notes qu'Aby Warburg a consignées sur plus d'une quinzaine d'années, de 1888 à 1905, parallèlement à ses recherches en histoire de l'art. Ce sont, selon les mots mêmes de l'auteur, des « pensées générales » sur les lois présidant à la formation de l'oeuvre d'art, et plus généralement sur les rapports qui lient, au plan psychique et historique, les impressions suscitées par les objets extérieurs, l'expression, l'image et le langage. Immense chantier sur la théorie de l'expression humaine, Work in progress fascinant, ces notes revêtent une importance considérable pour les études warburgiennes, par l'éclairage inédit qu'elles portent sur le parcours scientifique de l'auteur. À la fois nourrie des divers courants scientifiques de la fin du xixe siècle et préfigurant nombre de recherches dans le domaine de l'esthétique, de la linguistique et des sciences de la culture, elles constituent en soi un témoignage théorique de premier plan, à la croisée de différentes disciplines. Leur forme ouverte, le langage unique qui s'y invente, et la longue période sur laquelle ils s'étendent, font de ces textes une oeuvre inclassable et précieuse. Avec les Fragments, le lecteur pénètre en quelque sorte dans l'atelier souterrain où sont élaborés, quasiment jour après jour, les objets et les questionnements théoriques qui nourriront les écrits sur l'art, contemporains et ultérieurs, de Warburg. L'auteur y forge ses outils conceptuels, les confronte, les infléchit, les complexifie à mesure qu'il progresse dans l'étude de ses objets. En cela, les Fragments se lisent comme un véritable laboratoire de recherche. Cette édition des Fragments est accompagnée de la traduction d'une courte autobiographie intellectuelle que Warburg a rédigée en 1927 (De l'Arsenal au Laboratoire). Précieux document, dans lequel il revient avec lucidité sur l'évolution de son parcours théorique et biographique, alors qu'il est à peine sorti de la clinique de Kreuzlingen..

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