Sciences humaines & sociales

  • Certains voudraient nous imposer un choix entre un dictateur providentiel et un démocrate soi-disant paralysé par la règle de droit, ou encore entre un unilatéralisme vainqueur et une Cour pénale internationale qui serait incapable de condamner, ni même de juger, les coupables. Comment tenir en échec ce prétendu dilemme entre efficacité autoritaire et impuissance libérale ? C'est à cette question que le présent livre essaie de répondre en étudiant l'obligation de protéger qui incombe au chef d'État en vertu des Constitutions et du droit international. La thèse analyse d'abord les sources de l'obligation de protéger du chef d'État, successivement théorisée, constitutionnalisée et internationalisée, puis l'exécution de cette obligation résultant de prérogatives, d'immunités et de contrôles de la protection. Le chef d'État, à l'interface des ordres juridiques interne et international, a une obligation spécifique de protection des populations. Celle-ci doit faire l'objet de contrôles juridictionnel et politique distincts. La thèse conclut à l'utilité d'institutionnaliser diverses modalités d'une responsabilité politique internationale, ce qui conduit à « individualiser » le concept de « responsabilité de protéger », en l'appliquant spécifiquement au chef d'État.

  • Le métier d'élu local ; statut, pouvoirs et transparence Nouv.

    Nouvelles compétences, nouveaux rôles, nouvelles obligations : près de 40 ans après l'acte I de la Décentralisation promettant l'adoption du statut de l'élu local, un état des lieux s'impose quant à la place de l'élu dans la République et les territoires.

    Nouvelles compétences d'abord, les lois décentralisatrices ont multiplié les transferts de compétences au profit des collectivités territoriales conduisant à faire peser sur les élus de lourdes responsabilités tout en accentuant la complexité de leur charge. Nouveaux rôles ensuite dans la mesure où, à cette multiplication des fonctions, s'est ajoutée la modification de la figure de l'élu local, allant du notable au technocrate en passant par le professionnel, le négociateur, le conseiller. Les risques liés à l'exercice d'un mandat local, toujours plus nombreux, exigent qu'on envisage sérieusement la protection juridique des élus des collectivités territoriales. Nouvelles obligations enfin, car, plus que jamais, les élus locaux doivent rendre compte de leurs actions, un effort de transparence et de déontologie étant exigé d'eux depuis quelques années, notamment quant à l'usage des moyens matériels et financiers mis à leur disposition.

    Les contributions rassemblées dans cet ouvrage interrogent ainsi le métier d'élu local d'aujourd'hui. Il s'agit d'un thème en perpétuelle évolution comme l'attestent les nombreux textes adoptés ces dernières années en la matière (loi du 27 décembre 2019 relative à l'engagement dans la vie locale et à la proximité de l'action publique ; loi du 31 mars 2015 visant à faciliter pour les élus locaux l'exercice de leur mandat ; loi organique du 14 février 2014 interdisant le cumul de fonctions exécutives locales avec le mandat de député ou de sénateur ; loi du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique). Ainsi, cet ouvrage ne manquera pas d'intéresser aussi bien les chercheurs et les étudiants que les élus, de même que les agents publics ou les citoyens, désireux d'apprendre ou d'approfondir leurs connaissances des mécanismes politiques et juridiques de la vie locale.

    Actes du colloque du 6 mars 2020 organisé à Boulogne-sur-Mer.

  • Jeune mathématicien, militant communiste, Maurice Audin a été arrêté le 11 juin 1957 à Alger par des hommes de la 10e division parachutiste de l'armée française. La législation des pouvoirs spéciaux avait en effet permis la délégation des pouvoirs de police à l'armée. Celle-ci pouvait alors, en toute légalité, arrêter, détenir et interroger tout individu. Comme des milliers d'autres, soumis à la torture, Maurice Audin est décédé dans des circonstances qui restent inconnues et son corps n'a jamais été retrouvé.
    Sa femme, Josette, s'est immédiatement engagée pour rechercher la vérité et dénoncer la disparition de son mari, l'armée prétendant qu'il s'était évadé. Son combat incessant a abouti à une déclaration du Président Emmanuel Macron, le 13 septembre 2018, reconnaissant la responsabilité de l'État français dans la disparition de Maurice Audin.
    Au prisme de cette affaire, cet ouvrage poursuit l'ambition de nourrir la réflexion autour de deux questions : est-il possible de réparer l'injustice ? Comment la justice transitionnelle peut-elle y contribuer, y compris en régime démocratique ?

  • Le journal Le Monde est un témoin et acteur de la vie de la République et de ses relations étrangères, notamment avec les Etats-Unis d'Amérique. Cette thèse analyse l'image de ce pays dans la ligne éditoriale et les articles du Monde. Elle s'intéresse à la place consacrée aux Etats-Unis, à leur relation avec le reste du monde, à leur image économique et à leur niveau de développement, à la description de leur société et de leur peuple, à l'image de leur système démocratique et enfin à l'image de leur puissance. Cette thèse étudie aussi la relation entre les Etats-Unis et la rédaction du Monde, journalistes et direction, au fil des administrations présidentielles américaines. Elle montre comment les directeurs et rédacteurs concernés connaissent, apprécient et couvrent ce pays. Elle étudie les rapports entre la rédaction du Monde et les autorités américaines, comment celles-ci accueillent, informent, essaient d'influencer ouvertement ou non le journal et ses équipes. Au-delà, elle montre comment la direction du Monde s'inspire des États-Unis et de leur presse.

  • Ce travail de thèse porte sur le parcours des femmes victoriennes et édouardiennes dans l'univers carcéral londonien. Il se concentre sur une période charnière de l'histoire pénale allant de la nationalisation des prisons pour peines courtes, en 1877, à 1914. Il lie la notion de criminalité à celle de la déviance sous le prisme du genre : condamnations pénales, morales, sociales et médicales allaient parfois de pair pour les femmes, estompant les frontières entre criminalité, rébellion et, parfois, raison et déraison. Cette thèse sillonne avec les détenues les couloirs des tribunaux, des prisons, des établissements spécialisés dans le traitement de l'alcoolisme féminin et des refuges pour anciennes criminelles. Elle s'inscrit dans la perspective des études de genre et s'efforce de ne pas estomper l'expérience carcérale masculine. À l'aide d'archives d'en haut et d'en bas, ce travail remet en question certaines des théories élaborées par les historiens des prisons en matière de jugement pénal, de traitement carcéral et d'appréhension médicale.

  • Des milliers d'attentats armés, mélange dramatique d'assauts sur les institutions étatiques et de règlements de comptes dans le rue ; des dizaines de personnes assassinées, souvent des militants très jeunes, mais aussi de gens au hasard, se trouvant malheureusement au mauvais endroit au mauvais moment ; le massacre de son escorte et le kidnapping en plein jour de l'homme politique le plus important du pays, Aldo Moro, finalement exécuté par ses geôliers « brigadistes » après 55 jours de captivité. La superposition de cette offensive subversive avec des épisodes de terrorisme international, de gangstérisme, d'abus des forces de l'ordre, de scandales de corruption, dans une énorme période de crise de la vie démocratique italienne. Dans l'après-68, Rome a été l'incubateur et l'épicentre d'une expérience de violence politique parmi les plus longues et atroces de l'Europe occidentale. Par une approche interdisciplinaire, cette étude reconstruit la relation entre le territoire urbain et la mise en oeuvre d'une contestation armée, à caractère meurtrier, dans le cadre de la « guerre froide » et de la modernisation nationale, brutale et déséquilibrée, activée par le boom économique (1958-1963). Un travail très vaste et articulé - sans précédent dans la littérature historiographique, grâce notamment à des documents inédits et à l'élaboration d'infographies urbaines - qui a fait ressortir les particularités de la violence politique pratiquée à Rome, tout en attribuant la juste proportion au « poids » de la Capitale d'Italie dans le déploiement à l'échelle nationale de la « stratégie de la tension » (1969-1974) et des « années de plomb » (1975-1982).

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