Sciences sociales / Société

  • Ce travail de thèse porte sur le parcours des femmes victoriennes et édouardiennes dans l'univers carcéral londonien. Il se concentre sur une période charnière de l'histoire pénale allant de la nationalisation des prisons pour peines courtes, en 1877, à 1914. Il lie la notion de criminalité à celle de la déviance sous le prisme du genre : condamnations pénales, morales, sociales et médicales allaient parfois de pair pour les femmes, estompant les frontières entre criminalité, rébellion et, parfois, raison et déraison. Cette thèse sillonne avec les détenues les couloirs des tribunaux, des prisons, des établissements spécialisés dans le traitement de l'alcoolisme féminin et des refuges pour anciennes criminelles. Elle s'inscrit dans la perspective des études de genre et s'efforce de ne pas estomper l'expérience carcérale masculine. À l'aide d'archives d'en haut et d'en bas, ce travail remet en question certaines des théories élaborées par les historiens des prisons en matière de jugement pénal, de traitement carcéral et d'appréhension médicale.

  • Jeune mathématicien, militant communiste, Maurice Audin a été arrêté le 11 juin 1957 à Alger par des hommes de la 10e division parachutiste de l'armée française. La législation des pouvoirs spéciaux avait en effet permis la délégation des pouvoirs de police à l'armée. Celle-ci pouvait alors, en toute légalité, arrêter, détenir et interroger tout individu. Comme des milliers d'autres, soumis à la torture, Maurice Audin est décédé dans des circonstances qui restent inconnues et son corps n'a jamais été retrouvé.
    Sa femme, Josette, s'est immédiatement engagée pour rechercher la vérité et dénoncer la disparition de son mari, l'armée prétendant qu'il s'était évadé. Son combat incessant a abouti à une déclaration du Président Emmanuel Macron, le 13 septembre 2018, reconnaissant la responsabilité de l'État français dans la disparition de Maurice Audin.
    Au prisme de cette affaire, cet ouvrage poursuit l'ambition de nourrir la réflexion autour de deux questions : est-il possible de réparer l'injustice ? Comment la justice transitionnelle peut-elle y contribuer, y compris en régime démocratique ?

  • Des milliers d'attentats armés, mélange dramatique d'assauts sur les institutions étatiques et de règlements de comptes dans le rue ; des dizaines de personnes assassinées, souvent des militants très jeunes, mais aussi de gens au hasard, se trouvant malheureusement au mauvais endroit au mauvais moment ; le massacre de son escorte et le kidnapping en plein jour de l'homme politique le plus important du pays, Aldo Moro, finalement exécuté par ses geôliers « brigadistes » après 55 jours de captivité. La superposition de cette offensive subversive avec des épisodes de terrorisme international, de gangstérisme, d'abus des forces de l'ordre, de scandales de corruption, dans une énorme période de crise de la vie démocratique italienne. Dans l'après-68, Rome a été l'incubateur et l'épicentre d'une expérience de violence politique parmi les plus longues et atroces de l'Europe occidentale. Par une approche interdisciplinaire, cette étude reconstruit la relation entre le territoire urbain et la mise en oeuvre d'une contestation armée, à caractère meurtrier, dans le cadre de la « guerre froide » et de la modernisation nationale, brutale et déséquilibrée, activée par le boom économique (1958-1963). Un travail très vaste et articulé - sans précédent dans la littérature historiographique, grâce notamment à des documents inédits et à l'élaboration d'infographies urbaines - qui a fait ressortir les particularités de la violence politique pratiquée à Rome, tout en attribuant la juste proportion au « poids » de la Capitale d'Italie dans le déploiement à l'échelle nationale de la « stratégie de la tension » (1969-1974) et des « années de plomb » (1975-1982).

empty