Indigene

  • Mariel Primois, surgie de la contre-culture des années soixante-dix, dernière compagne de Jean-François Bizot - le fondateur d'Actuel et de Radio Nova - adhère en 2016, comme beaucoup de Français, à l'imprévisible mouvement En Marche. Son journal de campagne n'est pas sans rappeler L'Ingénu, ce conte philosophique de Voltaire où un Huron découvre la France de 1767. En découvrant ces ovnis, ces "digital natives" dont l'absence de culture politique est sidérante, elle s'interroge : sont-ils bidon ou au contraire l'avant-garde d'une "post-post vérité" dont Macron est le signe ? Autre charme de l'ouvrage : les adresses délicates à Mai 68, dont on célébrera le cinquantenaire en 2018, comme un miroir qui lui-même s'efface...

  • « La prison : c'est l'image-repère que j'ai trouvée pour décrire la période historique que nous traversons. Rien de moins : à travers la planète, nous vivons incarcérés. » L'auteur lance une diatribe contre les méfaits du capitalisme financier ; « l'équation du Goulag : «criminel = forçat», a été reformulée par le néolibéralisme pour devenir «travailleur = criminel caché» » ; le bavardage des geôliers qui n'ont qu'un but « nous persuader que la terre est un endroit dangereux » ; « l'homme est présenté comme un lâche, seuls les gagnants sont braves » ; contre les gouvernements « dociles, qu'ils soient de droite ou de gauche, en rabatteurs de troupeaux ». Mais. John Berger a quelques lignes de repères à suggérer pour vivre et agir dans ce présent.  Écoutons ce co-détenu.

  • Lors de la feria de Pentecôte, à Nîmes, en 2003, Françoise Gilot, 82 ans, qui vécut avec Picasso de 1943 à 1954, mère de Claude et Paloma, sent monter en elle une brusque résurgence du sentiment qui nous a liés et cela, à travers la corrida. Ce sentiment la pousse à revenir sur ses souvenirs, quarante ans après son premier livre, Vivre avec Picasso, un best-seller qui provoqua une levée de boucliers de la part de Picasso et du Parti communiste français. Aucune amertume dans ce nouveau livre même si elle y révèle qu'il coûta cher à la belle cavalière, "la femme qui dit non" comme il l'avait baptisée, de résister au grand homme au point d'oser le quitter et d'avoir une vie après lui. Le livre nous révèle un Picasso au quotidien, avec ses manies, sa cour d'admirateurs, ses combats puérils à l'encontre d'autres artistes comme Giacometti par exemple. À ce livre exceptionnel par sa véracité, ses clins d'oeil, ses anecdotes, s'ajoutent des témoignages inédits de Dubuffet, Cocteau. Devenue une artiste internationalement reconnue, installée à New York, Françoise Gilot ressuscite finalement avec une insolente fraîcheur la vie artistique de toute une époque.

  • " en australie, les effets cumulés sur deux siècles du choc colonial, de l'injustice sociale et du racisme quotidien ont produit statistiquement et émotionnellement l'équivalent d'un désastre de guerre sur les aborigènes ", écrit barbara glowczewski.
    ici, l'anthropologue fouille dans le désastre à la manière d'un truman capote, auscultant la mort brutale, pendant une garde à vue en 2004, de mulrunji, un aborigène de palm island, ancienne réserve au large de townsville, dans le queensland. cette fois, les aborigènes et notamment lex wotton qui a apporté sa contribution au livre, se sont dressés pour la justice sociale et la paix. le policier au coeur du drame, grâce à une longue campagne et deux années d'enquête, a été déclaré responsable de cette mort.
    mais, au terme des évènements que barbara glowczewski reconstitue, témoignage après témoignage, image vidéo après image, le policier sera finalement relaxé par un jury entièrement blanc. lex wotton, pour avoir participé au mouvement d'indignation, risque, lui, la prison à vie...

  • Ce livre, qui entremêle le talent du conteur, l'humanité d'un soignant épris de poésie, et la rigueur d'un des homéopathes les plus respectés aujourd'hui en France, est le premier livre d'homéopathie centré spécifiquement sur l'enfant et la mère - sans oublier le père, bien sûr. Et si cet ouvrage s'adresse d'abord aux familles désireuses de comprendre comment les remèdes homéopathiques peuvent s'articuler avec les différents stades de l'enfance - symbiose, sevrage, conquête de l'autonomie -, il concerne aussi l'adulte qui, quel que soit son âge et au gré des épreuves de la vie, peut être affecté par des régressions et retourner momentanément à des stades proches de l'enfance. Premier ouvrage d'homéopathie s'adressant spécifiquement à la mère et l'enfant.

  • Cet enseignant, en dehors de tout parti politique, se dresse contre l'école voulue par le Président Sarkozy et son ministre de l'Éducation Nationale qui veut la calquer sur le mode de l'entreprise et en faire l'antichambre du capitalisme financier. L'auteur revient notamment sur le fichage centralisé des écoliers et lycéens via la « Base élèves ». Il défend une idée de l'école qui est celle de la plupart des enseignants, au service de tous sans discrimination, une école des droits de l'homme, porteuse de ces valeurs universelles que sont la liberté, l'égalité et la fraternité.
    Le livre bénéficiera d'une préface de maître François Roux, le juriste de la désobéissance civile.

  • À l'heure où l'on fête l'année de la Chine, il ne faut pas oublier que ce grand pays est aussi tristement célèbre par ses laogaï : mille cent cinquante camps politiques où, comme dans le gulag soviétique autrefois, on continue de réformer par le travail, notamment les dissidents. Plus de cinquante millions de Chinois sont déjà passés par ces camps et, cette année, le mot laogai est entré dans le Oxford Dictionnary, suite aux pressions exercées par le plus acharné peut-être des dissidents chinois, Harry Wu. Dans ce livre inspiré à Wu par la valse de Bernadette Chirac avec l'ancien président Jiang Zemin en 1999, l'auteur révèle l'extraordinaire logique du plus coriace des régimes communistes qui fait de ces camps la clé de voûte d'un marché courtisé par toutes les puissances occidentales, largement complices.

  • Le Festival de Danse International de Montpellier met la danse hip hop à la une de son édition 2004. À cette occasion, Claudine Moïse, qui fut la première autrefois à proposer de programmer cette forme de danse issue des banlieues, tire le bilan de vingt années de cette pratique chorégraphique. Aujourd'hui, s'il continue d'exprimer avec autant de force la révolte sociale des jeunes, le hip hop a su trouver une expression artistique et chorégraphique qui lui est propre, diversifiée et aboutie. À travers une gestuelle travaillée, façonnée par des chorégraphes de talent, il exprime, parfois par le biais du texte aussi, les quêtes identitaires, les rapports de domination anciens et actuels, les normes sociales, le multiculturalisme français, le rapport homme/femme. Mais il annonce, déjà, un autre monde : peut-être celui des chorégraphes postcontemporains.
    Ce livre tente, à travers des interviews de chorégraphes et de danseurs, de dire le sens de cette danse, sa force politique quand les crises identitaires sont au coeur des réflexions actuelles ; sa richesse artistique des battles aux spectacles elle qui va vers le mouvement quand la danse contemporaine s'en est éloignée.

  • Les écrits libertaires d'Albert Camus qu'Indigène publie dans cette nouvelle édition semi-poche n'ont été connus que tardivement grâce à Lou Marin. Ce chercheur allemand les a retrouvés dans des revues de ce courant et réunis en volume en 2008 sous le label de la petite maison d'édition marseillaise, Egrégores. En 2013, Indigène, en co-édition avec Egrégores, reprend, pour leur donner le maximum d'exposition, ces textes essentiels à la compréhension d'un Camus en vérité profondément politique, mais mal compris parce qu'il refuse l'allégeance aux deux idéologies dominantes de l'époque : le capitalisme et le marxisme. Il est un des rares intellectuels alors à défendre et incarner ce qu'il nomme "le génie libertaire" dont il prophétise que "la société de demain ne pourra se passer."

  • Définir l'identité et le génie du cinéma par ta Méditerranée, il fallait oser ! Pierre Pitiot, en Ulysse contemporain, raconte ici comment des images datant de millénaires, ensuite saisies par le mouvement, se sont dotées d'un nom tiré du grec : " cinématographe ", et sont reliées les unes aux autres par le lien de la " méditerranéité ".
    Les qualités de cet espace maritime : lumière, oralité, voyage, peinture, opéra... ont donné ses lois au cinéma. Et à ses cinémas nationaux plus particulièrement, dont il expose les trésors : Espagne, Italie, Balkans, Turquie, Syrie, Liban, Israël, Palestine, Egypte, Maghreb... L'auteur étire l'espace jusqu'au Portugal, au Caucase. En " chauvin fier de l'être ", il égratigne au passage ceux qui endossent les défroques d'une " fallacieuse Méditerranée " comme Godard, Varda, tout en réhabilitant un Méditerranéen aussi improbable que l'Américain Blake Edwards, filmant un débarquement de GI's en Sicile.

  • Qui furent ces 105.000 brigadistes ? Une armée d'intellectuels ? L'armée de Staline ? Les travailleurs manuels, souvent antimilitaristes mais tous antifascistes, y dominent. Certains rêvent de rébellion, mais la plupart sont des militants communistes ou anarchistes. Que devinrent-ils ? Après avoir connu, en 1939, lors de la Retirada, les camps de concentration du Sud de la France, beaucoup rejoindront la Résistance. Les Cubains se battront aux côtés de Castro. Les Yougoslaves poursuivront leurs rêves révolutionnaires dans leur pays d'origine. Mais un grand nombre atterriront, comme en URSS, dans des prisons. Ce livre éclaire, comme jamais encore, l'engagement de femmes et d'hommes ayant lutté pour un monde meilleur.

    Indisponible
  • Pour la première fois, soixante-dix sept ans après le drame, voici élucidée la mort du grand poète d'Espagne, le joyau de l'Andalousie. Pendant trois ans et demi, comme personne avant lui, Miguel Caballero Pérez a épluché les archives policières, militaires, de la garde civile, déchi£ ré y compris les témoignages de membres fascistes de la Phalange espagnole. La mort de Lorca fut double : d'une part à cause de ses poèmes prenant position, dès 1923, contre la garde civile et la répression des grèves ouvrières ; le peloton d'exécution, d'autre part, comprenait un parent réglant là de vieilles querelles familiales inséparables des confl its sociaux et politiques de l'époque. Bref, un livre que tout vrai « afi cionado » de la poésie doit lire.

  • Il reste un mystère camus.
    Et s'il était percé, enfin, grâce à cet essai de sharad chandra? oui, si l'étranger devait se lire comme un cheminement vers l'épurement, la vacuité le mythe de sisyphe comme un appel à l'éveil; la peste comme l'aspiration à une "sainteté sans dieu"; noces comme une nostalgie de l'unité originelle tous concepts et pratiques au coeur de l'hindouisme et du bouddhisme ? on pourrait croire aux voeux pieux d'une passionnée, par ailleurs poétesse et traductrice en hindi de l'écrivain français.
    Mais sharad chandra nous révèle que le jeune camus, élève de jean grenier - lui-même fin connaisseur de la civilisation indienne et traducteur du sanskrit -, avait lu, à alger, la bhagavad-gîtâ, ce grand texte populaire qui résume toute la philosophie indienne. elle relit ses carnets, note la récurrence des renvois aux védâs, ces hymnes sacrés de l'inde pré-chrétienne, et à leurs commentaires, les upanishads; mais aussi au "bouddha cakia-mouni ", aux "yogis du thibet"; à la méditation: "ce qui me plaît, porter sa lucidité dans l'extase"; et même à la syllabe sacrée des hindous: " "aum", le maître-mot qui illuminerait toute chose.
    " le mérite de cet ouvrage est, outre de nous initier à la philosophie indienne, de décupler encore la portée de l'oeuvre camusienne, tout en rappelant aussi qu'elle s'est formée sur ta terre algérienne et au contact des pensées de saint-augustin et de plotin, elles-mêmes : pétries d'influences orientales.

  • Il fallait oser écrire ce livre quand on est une des premières voix laïques du Tibet.
    Tseten Norbu, Président du congrès de La jeunesse tibétaine (70 000 membres), appelle à en finir avec un Tibet mythique, créé par un Occident assoiffé de spiritualité. Il interpelle une hiérarchie religieuse un peu trop installée dans l'exil et clame : "Cessons d'être des assistés, osons défier la Chine !". Son pays, on l'oublie, fut un puissant empire qui, en son temps, domina Pékin et dont les Dalaï Lamas étendaient leur papauté sur toute l'Asie centrale.
    Civilisation si vouée à la culture de l'esprit qu'elle alla jusqu'à confier La protection de ses frontières aux chefs mongols d'abord, aux Chinois ensuite. La relation "prêtre/bienfaiteur", fondement d'une insolite théorie politique, présida très tôt aux relations du pays des neiges avec le monde extérieur. La Chine nationaliste, puis communiste, abusa de ce principe, venu des tréfonds de l'histoire, pour usurper sa souveraineté sur le Tibet.
    L'auteur révèle la persistance - et les souffrances - de la composante laïque, propose une stratégie de reconquête où la dissidence chinoise, où tes peuples du Turkestan oriental et de la Mongolie intérieure. Leurs terres, ajoutées à celles du Tibet, forment 60 % de La Chine joueraient leur rôle. Il mise sur un éclatement de l'Empire du milieu, tenu sous perfusion, assure-t-il, par des occidentaux dominés par leurs propres intérêts.
    Sylvie Crossman.

  • Auteur du rapport à Lionel Jospin sur les tangues et cultures régionales, c'est en agrégé d'histoire que Bernard Poignant, breton et maire de Quimper, député européen, aborde cette question qui suscite, en France, une violente querelle : le Premier ministre a proposé La ratification de La Charte européenne des Langues régionales ou minoritaires adoptée en 1992 par Le Conseil de l'Europe ; le Conseil constitutionnel a déclaré ce texte non conforme à la Constitution ; le président de La République a refusé que cette dernière soit modifiée.
    L'auteur effectue un plongeon dans l'Histoire, montre pourquoi La France, pays par excellence de L'Etat-nation, est si crispée sur ce sujet.
    Position d'autant plus anachronique que l'Europe, soucieuse de ne pas exacerber Les vieux nationalismes ni de céder à la mondialisation des valeurs, encourage le renouveau des cultures régionales. Bernard Poignant relit les grands auteurs qui ont pensé l'Etat, la nation, le peuple : Montaigne, Renan, Simone Weil...
    La France ne peut continuer de défendre les cultures minoritaires à travers le monde et se montrer aussi peu généreuse à l'égard de son propre patrimoine, riche de 75 langues - 21 en métropole et 54 outre-mer.
    Le but de cet ouvrage : favoriser le dénouement d'un débat que la France des droits de L'homme doit savoir accueillir.

  • Dans ce récit provocateur et émouvant, Lori Arviso Alvord, la première femme chirurgien Navajo, rapporte des cas mémorables : un homme dont l'intestin avait été perforé par un piquant de porc-épic et qui voyait là la marque d'un sort jeté par un ennemi ; une femme frappée par la foudre qu'elle disait être à l'origine de son cancer ; un chant cérémoniel conduit pendant une longue nuit d'hiver à l'intention d'une jeune malade en présence de toute la communauté.
    Elle a constaté que les patients traités par chimiothérapie se portaient mieux après avoir invité un homme médecine à leur chevet ; que l'état affectif du patient, et celui du chirurgien, avaient une influence sur la durée du rétablissement et même sur les chances de survie du patient. Le secret, affirme Lori Arviso Alvord, réside dans la philosophie Navajo qui consiste à " cheminer dans la beauté ".
    Ce récit empreint d'une grande sagesse se range parmi ces rares ouvrages dont les idées ont changé les pratiques médicales et notre compréhension du monde.

  • On se souvient l'affaire a fait la une du Monde, sous forme d'un billet signé Henri Tincq le frère dominicain Jean Cardonnel, âgé de 82 ans, a été expulsé il y a un an de son couvent de Montpellier où il vivait depuis plus de cinquante ans. Ses "frères" ont profité de son absence pour vider sa cellule. Dans ce nouveau livre, alors qu'il a engagé une action en justice, Cardonnel n'entend pas régler ses comptes,
    mais dénoncer ce qu'il appelle le verbe nu, jeté à la rue ; chassé par le pensionnat du pouvoir, un pouvoir devenu jaloux du verbe. Cet ordre de prêcheurs voit triompher dans ses rangs, des moeurs anti-fraternelles. Mais, au-delà des murs du couvent, c'est la société tout entière qui se trouve aujourd'hui sous la férule d'un pouvoir que le verbe seul, démontre l'auteur, est apte à démasquer.

    Sur commande
  • Ériger des totems fraîchement sculptés avec les Indiens Haïda de la côte ouest du Canada et déguster des fruits de mer avec eux, dans un potlach. Marquer à l'oreille les jeunes rennes, en Laponie, sur les hauts plateaux norvégiens, et dormir dans une kota traditionnelle en tourbe dans une communauté Sami. S'initier dans un village burkinabais ou béninois à la pêche, au maraîchage, au maniement de la pirogue et à la sculpture sur bois. Il y a aujourd'hui une alternative au tourisme prédateur. Car désormais, les
    communautés autochtones favorisent et gèrent elles-mêmes ces séjours au-delà de toute exploitation mercantile et de poncif rousseauiste. Il manquait le guide de cette nouvelle offre touristique. Comment les contacter, se préparer à une rencontre respectueuse et féconde avec l'autre ? C'est ce que l'auteur, Sylvie Blangy, se propose ici de faire, tout en fournissant une réflexion rigoureuse et très actuelle sur l'éthique appliquée au tourisme, autrement dit
    l'écotourisme.

  • Cet ouvrage a paru une première fois en mars 2004, aux éditions Balland, maison aujourd'hui disparue. Cette nouvelle parution contient des ajouts importants, une préface inédite signée d'un grand nom de la médecine contemporaine. Sur le fond, le propos n'a pas changé : le corps organique peut-il, seul, constituer le fondement de la santé ? Pour les auteurs, la réponse est non. Ils notent que toutes les médecines indigènes, sans ignorer le corps organique, ont toujours porté attention à un autre corps : le "corps subtil", pour les Tibétains ; les Indiens Navajo se réfèrent au "corps harmonie" ; les Inuits, au "corps articulé", les Aborigènes, au "corps arc-en-ciel"... Or certains immunologistes font état de similitudes entre le corps "subtil" et notre système immunitaire. Des expériences s'appuyant sur la méditation, faisant appel à la beauté, ouvrent des perspectives vertigineuses. Guérir, c'est aussi prendre en charge ce corps invisible synonyme de survie.

empty