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  • C'est dans les derniers mois de sa vie que le peintre Serge Valène conçut l'idée d'un tableau qui rassemblerait toute son expérience : tout ce que sa mémoire avait enregistré, toutes les sensations qui l'avaient parcouru, toutes ses rêveries, ses passions, ses haines viendraient s'y inscrire, somme d'éléments minuscules dont le total serait sa vie.

    Il représenterait l'immeuble parisien dans lequel il vivait depuis plus de cinquante-cinq ans. La façade en serait enlevée et l'on verrait en coupe toutes les pièces du devant, la cage de l'ascenseur, les escaliers, les portes palières. Et comme dans ces maisons de poupées dans lesquelles tout est reproduit en miniature, les carpettes, les gravures, les horloges, les bassinoires, il y aurait dans chaque pièce les gens qui y avaient vécu et les gens qui y vivaient encore et tous les détails de leur vie, leurs chats, leurs bouillottes, leur histoire...G. P.

  • Que me demande-t-on, au juste ? Si je pense avant de classer ? Si je classe avant de penser ? Comment je classe ce que je pense ? Comment je pense quand je veux classer ? (...) Tellement tentant de vouloir distribuer le monde entier selon un code unique ; une loi universelle régirait l'ensemble des phénomènes : deux hémisphères, cinq continents, masculin et féminin, animal et végétal, singulier pluriel, droite gauche, quatre saisons, cinq sens, six voyelles, sept jours, douze mois, vingt-six lettres. Malheureusement ça ne marche pas, ça n'a même jamais commencé à marcher, ça ne marchera jamais. N'empêche que l'on continuera encore longtemps à catégoriser tel ou tel animal selon qu'il a un nombre impair de doigts ou de cornes creuses. G.P. 

  • Doria a 15 ans, un sens aigu de la vanne, une connaissance encyclopédique de la télé, et des rêves qui la réveillent. Elle vit seule avec sa mère dans une cité de Livry-Gargan depuis que son père est parti un matin dans un taxi gris trouver au Maroc une femme plus jeune et plus féconde. Ca, chez Doria, ça s'appelle le mektoub, le destin : "Ca veut dire que quoi que tu fasses, tu te feras toujours couiller." Alors autant ne pas trop penser à l'avenir et profiter du présent avec ceux qui l'aiment ou font semblant. Sa mère d'abord, femme de ménage dans un Formule 1 de Bagnolet et soleil de sa vie. Son pote Hamoudi, un grand de la cité qui l'a connue alors qu'elle était "haute comme une barrette de shit". Mme Burlaud, sa psychologue, qui met des porte-jarretelles et sent le Parapoux. Les assistantes sociales de la mairie qui défilent chez elle parfaitement manucurées. Nabil le nul qui lui donne des cours particuliers et en profite pour lui voler son premier baiser. Ou encore Aziz, l'épicier du Sidi Mohamed Market avec qui Doria essaie en vain de caser sa mère. Il se mariera sans les inviteroe Peu importe, "Maman et moi on s'en fout de pas faire partie de la jet-set".
    Kiffe kiffe demain est d'abord une voix, celle d'une enfant des quartiers. Un roman plein de sève et d'humour.

  • Le pur et l'impur

    Colette

    Colette a 59 ans lorsqu'elle publie, en 1932, Ces plaisirs dont le titre deviendra, en 1941, Le pur et l'impur. Elle atteint alors la perfection de sa sensibilité et de son style, si intense dans ce libre recueil de souvenirs attachés à quelques figures de femmes ou d'hommes "monstrueux". Souvenirs moraux pourrait-on dire, puisque Colette y traque les instants de beauté ou de grâce qui font croire en une certaine pureté de la vie. Souvenirs de "spectateur" ou de "témoin translucide" ; elle y écoute et nous fait entendre la musique d'une voix, d'un regard, d'une présence. Entre deux parfums, on y discernera l'odeur subtile de l'amour et de la jalousie.

    Colette exerce ici, sur trente années de sa vie parisienne, la clairvoyance secrète qu'elle partage avec les chats qui l'accompagnent. Voici un livre qui commence par les vibrations intimes des corps, par ces désirs et ces plaisirs qui ne suffisent jamais, et qui finit par l'aveu d'une "soif optique de pureté". Colette espérait que l'on s'apercevrait un jour que c'est là son meilleur livre.

  • «ayant mûrement réfléchi ayant pris votre courage à deux mains vous vous décidez à aller trouver votre chef de service pour lui demander une augmentation vous allez donc trouver votre chef de service disons pour simplifier car il faut toujours simplifier qu'il s'appelle monsieur xavier c'est-à-dire monsieur ou plutôt mr x donc vous allez trouver mr x là de deux choses l'une ou bien mr x est dans son bureau ou bien mr x n'est pas dans son bureau» georges perec nous entraîne dans le récit, hilarant, d'une véritable course d'obstacles où, selon une logique imparable, de rebondissements en rendez-vous manqués, d'épidémies de rougeole en intoxications alimentaires, les perspectives d'une rencontre avec un très évanescent chef de service deviennent de plus en plus improbables.

  • Riad Sattouf a passé 15 jours en immersion complète dans un des meilleurs collèges de France. Comme lui signale le proviseur le jour de son arrivée : «Ce n'est pas le genre d'établissement où vous entendrez "Nique ta mère !"». Raté. Complètement intégré par les élèves de la classe de 3ème B, Riad Sattouf a tout vu, tout entendu, et il en est ressorti avec une conviction : les adolescents des quartiers chics sont loin d'être des enfants sages...

    Retour au collège est une plongée aussi drôle que réaliste dans l'intimité des adolescents d'aujourd'hui.

    C'est aussi l'occasion pour Riad Sattouf, qui s'est rendu célèbre pour ses personnages de frustrés sexuels (Le Manuel du puceau, Les Pauvres Aventures de Jérémie), de retourner sur le lieu de ses traumatismes, avec l'espoir, cette fois, d'être regardé par les filles.

  • Gigi

    Colette

    Petite fille adorée de deux demi-mondaines, Gigi s'applique à manger délicatement du homard à l'américaine, à distinguer une topaze d'un diamant jonquille et surtout à ne pas fréquenter « les gens ordinaires ». On lui apprend son futur métier de grande cocotte. Mais Gigi et Gaston Lachaille, le riche héritier des sucres du même nom, en décident autrement...

    Gigi, un des rares romans d'amour heureux de Colette, donne son titre à cet ouvrage qui comporte trois autres nouvelles : « L'Enfant malade », « La Dame du photographe », « Flore et Pomone », dont la richesse du style, d'un art inimitable, enchante.

  • Ces « je me souviens » ne sont pas exactement des souvenirs, et surtout pas des souvenirs personnels, mais des petits morceaux de quotidien, des choses que, telle ou telle année, tous les gens d'un même âge ont vues, ont vécues, ont partagées, et qui ensuite ont disparu, ont été oubliées ; elles ne valaient pas la peine d'être mémorisées, elle ne méritaient pas de faire partie de l'Histoire, ni de figurer dans les Mémoires des hommes d'Etat, des alpinistes et des monstres sacrés.

    Il arrive pourtant qu'elles reviennent, quelques années plus tard, intactes et minuscules, par hasard ou parce qu'on les a cherchées, un soir, entre amis ; c'était une chose qu'on avait apprise à l'école, un champion, un chanteur ou une starlette qui perçait, un air qui était sur toutes les lèvres, un hold-up ou une catastrophe qui faisait la une des quotidiens, un best-seller, un scandale, un slogan, une habitude, une expression, un vêtement ou une manière de la porter, un geste, ou quelque chose d'encore plus mince, d'inessentiel, de tout à fait banal, miraculeusement arraché à son insignifiance, retrouvé pour un instant, suscitant pendant quelques secondes une impalpable petite nostalgie.
    G. P.

  • Pourquoi les femmes ont-elles si peu composé de musique ? Les femmes naissent et meurent dans un soprano qui paraît indestructible. Leur voix est un règne. Les hommes perdent leur voix d'enfant. A treize ans, ils s'enrouent, chevrotent, bêlent.
    Les hommes sont ces êtres dont la voix casse - des espèces de chants à deux voix. On peut les définir, à partir de la puberté : humains qu'une voix a quittés comme une mue. En eux l'enfance, le non-langage, le chant des émotions premières, c'est la robe d'un serpent.
    Alors ou bien les hommes, comme ils tranchent les bourses testiculaires, tranchent la mue. C'est la voix à jamais infantile. Ce sont les castrats. Ou bien les hommes composent avec la voix perdue. On les appelle les compositeurs. Ils recomposent autant qu'ils le peuvent un territoire sonore qui ne mue pas, immuable. Ou encore, ils suppléent à l'aide d'instruments les défaillances et l'abandon où l'aggravement de leur voix les a plongés. Ils regagnent de la sorte les registres aigus, à la fois puérils et maternels, de l'émotion naissante, de la patrie sonore. Ils s'en font les virtuoses.Pascal Quignard Sur ce thème, La Leçon de musique propose trois variations, de Marin Marais à Tch'eng Lien, en pasant par la Grèce d'Aristote.

  • A la veille de sa prise par les armées mongoles, la ville de Hang-tcheou, qui apparaissait à la fin du XIIIe siècle aux yeux émerveillés de Marco Polo comme la plus grande ville qui soit au monde et la plus noble, est le siège de la cour des Song depuis un siècle et demi. La situation géographique et le rôle de capitale de cette cité dont l'auteur dresse un tableau détaillé en font l'agglomération la plus peuplée et la plus active de Chine.
    On dispose pour la connaître d'une masse d'informations incomparable. Des traductions, toutes inédites, de documents chinois de l'époque - journaux, monographies locales, privées et officielles, recueils de notes diverses et d'anecdotes - constituent la trame de ce livre, résultat d'un long travail de recherche, et ont permis à l'auteur de présenter un tableau précis, coloré et authentique de cette grande ville chinoise et de ses habitants.
    Mais au-delà de cette description, c'est l'évolution historique de la Chine à la veille de l'invasion mongole qui se trouve éclairée. L'auteur montre les incidences sur la société, les moeurs, les arts, les lettres et les idées, de la concentration urbaine et du très grand essor économique qu'a connus la Chine depuis les débuts du XIe siècle.
    JACQUES GERNET Né à Alger en 1921, Jacques Gernet a été membre de l École française d Extrême-Orient à Hanoi ; puis chercheur au C.N.R.S, directeur d'études à l'École pratique des hautes études, professeurà la Sorbonne en 1957. Il entre au Collège de France en 1975 où il occupe la chaire d'Histoire sociale et intellectuelle de la Chine.

  • Le couple est une danse. Les amants évoluent ensemble et le tempo qui berce leur mouvement est scandé de crises et, souvent, d'insatisfactions. Aujourd'hui, on attend tout, parfois trop, du couple. Pourtant, la vie à deux n'est pas un conte de fées, l'amour ne suffit pas à garantir le bonheur ni l'épanouissement que l'on recherche.
    Un pacte inconscient, des règles implicites, des mythes familiaux et des fantômes scellent les partenaires à leur insu. Les remises en question sont inévitables. Mais c'est à ce prix que le couple évolue : il se nourrit de ses propres crises.
    A travers des histoires de couples au bord de la rupture venus le consulter, Serge Hefez, thérapeute conjugal et familial, raconte et explique ce pas de deux qui confronte, entrechoque et fait valser un homme et une femme, deux hommes ou deux femmes, avec ou sans enfants. Il dévoile les coulisses et les enjeux de la vie à deux.
    Ce livre est un plaidoyer pour le couple. Ni moralisateur, ni attaché à la tradition, il montre comment, lorsque deux personnes prennent le risque de transformer une relation, cette relation possède à son tour le pouvoir de les transformer.

  • La France, pays de manifs et de contestation, a un savoir-faire inégalé dans le domaine du maintien de l'ordre. Emeutes 2005, fronde anti-CPE 2006, comment le pouvoir a-t-il fait face à ces événements majeurs ? Comment l'Etat use-t-il du monopole de la violence qui lui est accordé ? Comment gérer une violence sociale elle-même plus ou moins acceptée, plus ou moins reconnue ? Comment ne pas provoquer un désordre plus grand quand le droit de manifester est inscrit dans la Constitution ? Quels sont les choix politiques qui vont conduire les forces de l'ordre soit à « encadrer », soit à « repousser », soit à interpeller les contestataires, selon les lieux, les époques, les effets souhaités ? Car, c'est ce que révèle ce livre : derrière chaque coup de matraque se niche une consigne, un ordre, une doctrine. Le maintien de l'ordre, savoir-faire de la police française et instrument politique : c'est tout l'enjeu de cette enquête, qui revient sur plusieurs moments forts de ces dernières années où le pouvoir fut sérieusement contesté et en dévoile les coulisses. C'est aussi, en creux, le portrait d'un certain. Nicolas Sarkozy, qui avait justement fait des forces mobiles d'intervention le pivot de toute sa pensée policière. Fruit de plus d'un an de travail, cette enquête donne la parole à des dizaines de témoins, côté ordre et côté désordres. Du casseur aux plus grands patrons actuels de la Police, du syndicaliste au responsable des RG, des organisateurs de manifestations sauvages à Claude Guéant, l'intime lieutenant du nouveau président de la République.

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  • 5 à 13 % des adolescents sont victimes de troubles de la conduite alimentaire : 9 cas sur 10 sont des filles. Elles ont souvent tout pour plaire, tout pour réussir et vont pourtant s'enfermer dans une solitude profonde, prisonnières d'un comportement autodestructeur comparable à la toxicomanie.
    « Ce dont j'ai besoin est ce qui me menace » : voilà sans doute le paradoxe caractéristique de l'adolescence. Cette contradiction que les anorexiques et les boulimiques ne parviennent pas à dépasser est au centre de leur comportement alimentaire. Mais ce n'est pas le seul paradoxe que présentent ces patientes : paradoxe de jeunes filles brillantes et lucides mais qui nient la gravité de leur état ; paradoxe d'une maladie addictive dans laquelle la satisfaction provient de la non-satisfaction du désir ; paradoxe de leurs relations aux autres dont elles ne peuvent ni se satisfaire ni s'affranchir.
    Comment réagir face à l'anorexie et à la boulimie ? Philippe Jeammet nous propose une analyse en profondeur de ces pathologies de plus en plus répandues mais souvent niées par l'entourage proche. Il révèle, à travers de nombreux portraits, toute la vulnérabilité de ces patientes, expose leurs parcours souvent chaotiques et tente de comprendre les facteurs individuels, familiaux et culturels à l'origine de ces comportements.

  • Le Maghreb à l'épreuve de la colonisation Daniel Rivet Le fait colonial au Maghreb est délaissé par les spécialistes du monde arabe : chercheurs et experts s'en détournent parce qu'il trouble la pureté de leurs modèles.
    Daniel Rivet au contraire donne à voir le Maghreb saisi comme un tout et les trajectoires singulières de l'Algérie, de la Tunisie et du Maroc. Il analyse ce qui s'est transformé dans la société colonisée au contact du colonisateur et ce qui a résisté à son emprise.
    En s'inscrivant dans l'héritage de Charles-André Julien et de Jacques Berque, ce livre dévoile les clivages qui marquent l'Afrique du Nord avant 1830 : des sociétés où coexistent des peuples qui se fréquentent peu. Il distingue et rétablit dans leur succession les différentes politiques : celle des « Bureaux arabes » au temps de l'orientalisme et du socialisme utopique ; celle de la IIIe République à l'ère des certitudes civilisatrices traçant une barrière entre colons et indigènes ; celles, chaotiques, au commencement de la fin des empires, toujours à contre-courant de la conjoncture.
    Daniel Rivet dépeint avec sensibilité et précision une réalité souvent refoulée, évitant à la fois l'anticolonialisme primaire et la nostalgie coloniale.

    Daniel Rivet est professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, il est spécialiste de l'histoire du Maghreb contemporain et a publié plusieurs ouvrages consacrés à Lyautey et au Maroc.


    Couverture : Doc Levin.
    Illustration : Le prince héritier du Maroc, futur roi Hassan II © Collection Viollet 23 5367 02002.II

  • Ahlème a 24 ans. Elle vit à Ivry en banlieue sud avec « Le patron » (son père) et Foued, son petit frère de 13 ans. « Le patron », personnage loufoque, a perdu la boule il y a trois ans lors d'un accident de chantier où sa tête a heurté une solive. N'ayant plus toute sa tête, dépassé par les événements, c'est un « patron » dont l'autorité repose avant tout sur Ahlème qui a fort à faire avec Foued, un vrai petit chétane (voyou). La seule chose qui le retient de ne pas collectionner les conneries (plus ou moins drôles et plus ou moins graves), c'est la surveillance de sa soeur. Le problème est qu'elle aussi a fort à faire, entre ses missions intérim (les comptages de clous chez Leroy Merlin), les files d'attente à la préfecture pour renouveler sa carte de séjour (tous les trois mois) et ses histoires d'amour foireuses (pourquoi ses copines s'entêtent-elles à lui présenter des ploucs ?). Malgré sa vigilance, elle ne peut donc empêcher longtemps son petit frère de glisser sur la mauvaise pente et va donc se défouler de plus en plus souvent chez « tantie Mariatou », professionnelle du dicton et mère par procuration. La sienne, la vraie, a été assassinée en Algérie en 1992. Depuis, la vie de Ahlème c'est donc la France, le souvenir d'un bonheur perdu et surtout l'espoir d'un bonheur à venir. Elle est encore jeune et parfois naïve mais, souvent, elle a l'impression d'avoir vécu mille vies. Sans doute un effet des délires du « Patron » et du déluge de galères... Ainsi, elle apprend un matin que, suite à ses démêlés judiciaires, Foued est menacé d'expulsion. Certains auraient baissé les bras et arrêté de rire. Mais pas elle. Car, comme dit Tantie Mariatou : « On a beau couper la queue du lézard, elle repousse toujours. »

  • Le revenant

    René Belletto

    Le destin met la main sur Marc à Barcelone, le tourne dans la direction des enfers et pousse un bon coup. Marc, docile, suit le mouvement.

    Le piège (infernal) s'est mis en place.

    La mort lui ravit des êtres chers. Et voilà qu'on veut à toute force lui arracher un secret dont il ne connait pas un traitre mot. Et il a beau se débarrasser des revolvers que le destin lui fourre entre les mains, d'autres les remplacent aussitôt. De sorte que malgré qu'il en ait les cadavres se mettent à fleurir le long de sa route. (II arrive qu'il prenne le temp de les enterrer, à minuit, avec l'aide de son ami Miguel.) Lui-même meurt plusieurs fois, ou peu s'en faut.

    A Nice, il s'accroche à Annie, le temps d'une halte amoureuse. (Reconnaissons qu'il s'accroche bien : à l'aube, note-t-il du fond de sa détresse, le lit clapotait comme un gué franchi au grand galop par un troupeau d'éléphants.) Après Nice, l'Italie, terre de ses ancêtres. Long, long voyage de retour. Sera-ce un retour simple ? commence-t-on sérieusement à se demander. Car le destin se réjouit : croyant s'éloigner des màchoires du piège prêtes à se refermer dans un claquement de tonnerre, Marc se précipite dedans, il fonce vers la Sicile ! D'ailleurs il est toujours le premier là où il ne devrait pas être. Et c'est un as du volant. Même avec une voiture loqueteuse, il ne craint personne. (Sauf, précise-t-il honnêtement, un conducteur de Porsche ancien pilote de course portant d'urgence un médicament à sa mère mourante, là il faudrait voir.) Etrange engrenage. Si étrange et terrible que finalement c'est le lecteur qui n'en revient pas.

  • Les Juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale La plupart des études consacrées aux Juifs de France pendant la seconde Guerre mondiale privilégient la dimension politique : politique des Allemands, du gouvernement de Vichy ou politique des organisations s'appuyant sur des documents inédits (correspondances privées, journaux personnels, rapports d'organisations et textes administratifs), ce livre examine la vie quotidienne de la population juive. Soumis à l'obligation de recensement, renvoyés des professions qu'ils exercaient par le passé, dépouillés de leurs biens, les Juifs étaient alors condamnés à la marginalisation sociale et économique. Puis vint le temps de la traque et, pour nombre d'entre eux, celui de la déportation. Comment. dans ces conditions. les Juifs subvenaient-ils à leurs besoins ? En quoi leur destin se distinguait-il irréductiblement de celui des non-Juifs ? Quels furent leurs recours dans la société francaise et auprès des organisations juives ? Comment vivaient les Juifs internés dans les camps francais ? Qui choisissait, quand et dans quelles conditions, de se cacher sous une fausse identité ? Que savait-on. à cette époque, de la destination inconnue vers laquelle partaient les trains de la déportation ? Ces questions permettent à Renée Poznanski de redonner à l'existence des Juifs en France pendant la guerre une dimension humaine et, en écartant les dérives anachroniques, d'apporter un éclairage nouveau sur cette période tragique de l'histoire.
    Professeur au département d'histoire de l'université Ben-Gourion du Néguev à Beer Sheva (Israël), Renëe Poznanski est l'auteur de plusieurs travaux sur les Juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle a notamment publié le journal de Jacques Biélinky. Journal (1940-1942) : un journaliste juif à Paris sous l'Occupation. Paris, Cerf, 1992.

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  • Jusqu'à ce fameux samedi, il ne s'était jamais rien passé d'extraordinaire à joigny-les-deux-bouts, petite bourgade tranquille en fin de ligne du rer. Yéva, minijupe à ras et verbe haut, rêvait toujours d'une vie ailleurs. Jacquot, son mari chômeur, creusait une fosse dans le canapé à force de jeux télévisés. Leur fils yeznig, déficient mental, recomptait ses dents après chaque repas. Son frère tanièl, renvoyé du lycée pour avoir abîmé le conseiller d'orientation, peaufinait sa technique pour serrer les blondes. Le jeune Ali, marseillais au gros nez, essayait de se fondre dans le décor. Et Magalie, la blonde du lycée, suivait à la lettre les conseils de son magazine préféré pour rendre crazy tous les mecs.
    Bref, la routine pour ces habitués qui, un matin, découvrent le patron de « leur » bar, baignant dans son sang. Un drame ? Pas pour les gens du balto.

    Avec ce roman choral, Faïza Guène dévoile de nouvelles facettes de son talent, réussissant à se glisser avec autant d'aisance dans la peau de tous ses personnages. Humour, justesse du trait, les gens du balto confirme que cette jeune romancière n'est pas devenue une figure des lettres par hasard.

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