Gallimard

  • Voici un roman au destin étrange dont la lecture, lors de sa première publication, il y a plus d'une trentaine d'années, marqua de manière indélébile une génération, chargée aujourd'hui de le ramener au jour par-delà le temps et l'oubli.

    Fondé sur un fait divers fameux de l'histoire américaine, il retrace le parcours croisé de deux frères de la bonne bourgeoisie new-yorkaise, Seymour et Randall Holt, le violent et le tendre, de leur enfance dorée à une jeunesse aventureuse qui les mène jusqu'en Italie du Nord et à Vienne. Périple qui s'interrompt prématurément et débouche sur une réunion forcée derrière les portes de la maison de famille, peu à peu transformée en cénotaphe hitchcockien.
    Dans ce lieu sombre et magique, véritable protagoniste du livre, s'accumulent de vieux pianos, des liasses de billets de banque, emblèmes dévalués d'une fortune jamais mise à profit, d'innombrables piles de vieux journaux, amassés dans l'attente d'une hypothétique lecture et qui finissent par occuper une pièce après l'autre, forçant les occupants dans un minuscule et terrifiant réduit, avant de décider de leur sort.

  • Ce livre invite à déconstruire l'idée contemporaine d'identité nationale à partir de l'Antiquité romaine.
    Pourquoi revenir à l'Antiquité ? L'Antiquité sert à conforter les penseurs contemporains qui s'y projettent, ayant le sentiment confortable que leurs idées ont toujours été là. L'anthropologie historique vise à bousculer ce confort intellectuel grâce au fameux « regard éloigné ». Pourquoi Rome et non Athènes? Athènes était une cité refermée sur elle-même. L'Athénien était citoyen de père et de mère, en fils ; le peuple d'Athènes n'accordait que rarement la citoyenneté à des étrangers.
    Rome appliquait une politique contraire. Dès les premiers temps, elle donnait largement la citoyenneté aux ennemis vaincus et aux affranchis qui, intégrés, lui ont fourni des armées innombrables et une élite sans cesse renouvelée. A partir de là, il était tentant d'aller voir quelle conception de la citoyenneté et de l'identité romaine avaient permis cette société ouverte (multiculturelle ou métissée ?) qui était celle de « nos ancêtres les Romains ».
    Or non seulement la citoyenneté romaine était un statut juridique sans contenu racial, ethnique ou culturel mais encore elle reposait sur l'origo, notion juridique complexe qui impliquait que tout citoyen romain d'une façon ou d'une autre venait d'ailleurs. Tous des étrangers : ce qu'illustre l'Enéide, poème de l'origo qui célèbre Énée, le « père » des Romains et figure de l'altérité : le héros venu d'ailleurs et qui n'a pas fondé Rome.

  • Kleist a trop souffert du mépris des classiques, et de goethe en particulier, pour qu'on lui fasse la tragique injure de le ranger parmi eux.
    Il n'était nulle part chez lui, dans aucun courant littéraire, pas même le romantisme - destin qu'il a partagé avec hölderlin. ce premier volume des oeuvres complètes de kleist, qui vient compléter la correspondance publiée par jean-claude schneider chez gallimard, contient ce que l'on a coutume de rassembler sous le titre de petits écrits ainsi que, pour la première fois, tous les poèmes. on trouvera dans ces textes, souvent publiés dans des revues et des journaux et dont la diversité ne doit pas cacher l'importance, des essais admirables, dont le célèbre sur le théâtre de marionnettes mais aussi de l'élaboration progressive des idées par la parole, considérations sur le cours du monde, de la réflexion, impressions devant un paysage matin de friedrich, etc.
    La phrase de kleist, faite d'appels, de piétinements, d'élans avortés et repris, est souvent rebelle, et c'est dans les ramures tantôt torturées tantôt jaillissantes de cette écriture que la pensée prend son essor. mouvement complexe que tente de rendre la présente traduction en suivant au plus près cette langue inimitable, entre glace et granit, envolées paniques et pointes d'humour. car si kleist fut un des plus grands écrivains de son époque, il ne fut jamais l'homme d'un seul style.

  • Outsider sa vie durant et lecteur aigu de Baudelaire, du Paris du XIXe siècle et des signes de la ville en général, Walter Benjamin fut l'auteur d'une oeuvre dont une grande part est restée à l'état de fragments, mais dont la portée ne cesse de se révéler dans le temps.

  • Nouvelle édition en 1995

  • Météore au ciel de la poésie, olivier larronde publia son premier recueil en 1946, à l'âge de dix-neuf ans.
    Il fut immédiatement reconnu par jean genet, avant de l'être par jean cocteau, et tous les écrivains majeurs du moment, de raymond queneau à michel leiris.
    Il ne fit paraître avant de mourir prématurément, en 1965, que trois volumes, rassemblés ici pour la première fois dans leur version définitive. cet ensemble est précédé d'un essai de jacques roubaud qui offre à la fois une analyse stylistique des poèmes, montre les prolongements d'une oeuvre réputée excentrique et lui restitue toute sa place dans l'histoire de la poésie contemporaine.

    à ce texte majeur s'ajoute une " vie brève " écrite spécialement pour la présente édition par jean-pierre lacloche, qui accompagna larronde tout au long de son oeuvre. elle donne un aperçu poignant sur une vie aussi intense, et radicale, que le fut sa poésie.
    " olivier larronde, écrivit cocteau, se trouve être dans le vide le plus pur, à l'extrême pointe entre la jeunesse qui se croit délivrée de toute syntaxe et celle qui s'accroche aux vieilles syntaxes.
    Son équilibre n'est ni l'équilibre de l'inconscience ni l'équilibre des somnambules. il l'a voulu. il le veut. et à son estime : la place d'un mot peut le mettre en danger de mort. ".

  • A la fin du XIXe siècle, dans le haut Limousin, territoire disgracié de la France rurale, un jeune homme, fils naturel d'une simple d'esprit et d'un inconnu, affligé d'un pied bot, pauvre de surcroît, découvre les gestes et la technique qui feront de lui un photographe ambulant. Il est né en 1866 et se suicide en 1910. Retrouvées dans le grenier de la mairie d'Aix-la-Marsalouse, ses plaques témoignent d'un singulier souci de donner à voir ce qui n'avait pour ainsi dire pas d'image une population appelée à disparaître dans les décennies à venir. L'art du bref n'est pas une biographie d'Antoine Coudert, ce photographe dont on ne sait presque rien et dont l'existence tragique a quelque chose des héros de Faulkner. Parler de lui, c'est se vouer peu ou prou à la fiction. C'est entrer dans un songe noir pour y chercher de la clarté. C'est enfin réfléchir sur la photographie, laquelle n'est peut-être pas un art - ou alors un art par défaut, un art modeste, un art du bref. R.M.

  • La nuit

    Giorgo Manganelli

    " Récemment - un jour bêtement banal -, un ami me rencontra dans la rue, et, parmi d'autres potins à tort et à travers (c'est un ami qu'ont rendu malpoli les trop nombreux cortèges funèbres à la queue desquels il aime se mettre), il m'avisa que j'avais publié un livre.
    Il ne me le dit pas avec une acrimonie particulière, ni, à mon avis, avec malignité, bien que sa façon de s'exprimer fasse toujours soupçonner en lui un pervers calomniateur. Evidemment, cette nouvelle, ou ce commérage, selon quoi j'avais publié un livre ne pouvait me laisser indifférent. Je ne voulais pas donner à ce monsieur l'impression que je n'en savais rien du tout, et pourtant ne me venaient aux lèvres que des propos généraux : " Qu'en penses-tu ? " ou : " Ça te plaît ? ".
    En fait, je ne savais pas que j'avais publié un livre ; plus exactement, j'ignorais qu'un livre avec mon nom sur la couverture avait été présenté aux libraires et, par ceux-ci, au public. " Seize récits inédits de Giorgio Manganelli écrits entre 1979 et 1986, à un moment où les " autorités politico-religieuses étaient réunies en conclave esthétique, pour décider si la littérature est vaine ou simplement criminelle ".
    Seize récits hantés par la " substance nuit ", où s'affirment de manière définitive l'ironie absolue, la fulgurance stylistique, la trouvaille jubilatoire et l'idée de la littérature que ne cessa de défendre sa vie durant l'un des écrivains majeurs de notre modernité.

  • Scénariste et costumier à Los Angeles, où il mène depuis quinze ans une vie de famille exemplaire, Eugenio Crema-Donnini, alias Kramer, est brusquement hanté par la figure d'une ancienne maîtresse, Olga, une amie de sa femme Irma, qui avait été son employée dans les années soixante.
    Au moment où resurgit ainsi le souvenir de la passion irrationnelle que lui inspirait la jeune femme vingt ans plus tôt, Kramer est contacté par un producteur romain, vieille relation professionnelle, décidé à faire renaître de ses cendres un de ses anciens projets inspiré du jugement dernier de Michel-Ange. Il quitte donc les États-Unis pour l'Italie, à la recherche du succès et du temps perdu, pris dans les entrelacs du passé et du présent.
    /> On retrouve dans El Paseo de Gracia, paru en Italie en 1987, et inédit en français, l'un des thèmes favoris de Soldati, l'adultère, avec les sentiments mêlés de honte et de folie érotique qu'entraîne, aux yeux du romancier, cette attraction irraisonnée.

  • Un officier en rupture de ban, lors de l'expédition italienne en Ethiopie, tombe sous le charme d'une jeune indigène, avec laquelle il a une aventure.
    En proie à une sorte d'hallucination, au coeur de la nuit, il la tue accidentellement, et se perd dans une longue errance au cours de laquelle il croise un médecin suspicieux puis un commandant véreux, avant de trouver refuge auprès d'un vieux sage qui n'est pas sans lien avec son amante infortunée... Il a appris entre-temps que le turban que portait cette dernière était celui des victimes de la lèpre.
    Récit fascinant sur l'expérience de l'étranger, l'opacité de l'autre et l'incertitude du réel, Un temps pour tuer est le seul roman qu'ait écrit Ennio Maiano. Il reçut le prix Strega en 1947 et fut porté à l'écran en 1989.

  • Publié à l'occasion du vingtième anniversaire du Promeneur, et de l'exposition que lui consacre l'Institut national d'histoire de l'art, ce volume rassemble un riche matériel iconograph ique, des textes de Sir Thomas Browne, François de La Mothe Le Vayer, de Charles Nodier, et de nombreuses contributions d'écrivains contemporains.

  • Assistant dans une université du Connecticut, Edoardo tombe amoureux d'Edith, jeune et belle serveuse d'origine tchécoslovaque, qui le séduit par sa simplicité et son cynisme. Leur liaison est tumultueuse, et quand il lui demande sa main un an après son retour à Milan, il est surpris de la voir accepter. Le jour de leur mariage, en Italie, il fait la connaissance d'Anna, la meilleure amie d'Edith, qui vient d'épouser Vaclav, frère de la première et marin. C'est le coup de foudre. Les deux couples partent ensemble en voyage de noces à Venise avant de regagner séparément les Etats-Unis, les uns à New York, les autres à Berkeley, où Edoardo va enseigner. Quelques mois plus tard, Anna, dont le mariage a échoué (elle a découvert que Vaclav est l'amant d'un officier), devient la maîtresse d'Edoardo, qui se retrouve ainsi au centre d'un triangle amoureux. Incapable de choisir entre son amour pour sa femme et la passion charnelle que lui inspire Anna, il se laisse peu à peu dépasser par la situation. C'est alors qu'il apprend qu'Edith est atteinte d'une maladie incurable.
    Dans ce court roman à l'écriture limpide et à la structure impeccable (l'action débute le jour du mariage d'Edoardo et procède, dans la première moitié, par flash-back), Soldati explore une fois encore les liens de l'amour et de l'adultère en oscillant entre sensualité et moralisme.

  • Dans sa vieillesse - elle est âgée de plus de quatre-vingts ans - la mère du révérend Jôjin apprend un jour que son fils, éminent religieux lui-même sexagénaire, a décidé d'aller faire pèlerinage en Chine.
    L'expérience d'une telle séparation, qu'elle juge " sans exemple au monde ", l'incite à prendre la plume pendant près de trois ans (de 1071 à 1073), jusqu'à ses derniers moments sans doute, elle va tenir son journal et noter les épisodes qui marquent les adieux, puis le départ de Jôjin, les étapes successives du voyage de celui-ci vers le continent, mais surtout ses propres sentiments : douleur, révolte, ressentiment, espoir de le retrouver en ce monde ou dans l'autre.
    Parmi les écrits autobiographiques qu'ont laissés les femmes du Japon ancien, celui-ci est unique par son thème : l'amour maternel, avec sa violence et ses ambiguïtés.

  • Pierre skira

    Patrick Mauriès

    Crânes renversés, parchemins déchirés, violoncelles éclatés, livres démembrés : c'est, en apparence, la dépouille de la « vanité » janséniste ou baroque qui reprend chair, en pleine modernité, dans l'oeuvre de Pierre Skira. Oeuvre violemment déplacée, paradoxale, inactuelle ou encore « soliste », pour reprendre le terme dont se flattait un lointain précurseur, le peintre Jean-Étienne Liotard à Genève, au XVIIIe siècle.
    On aurait tort de ne voir, pourtant, dans cette coïncidence ou ce retour qu'un simple jeu de citations, l'expression d'une nostalgie ou un désir de reconstitution... Quand bien même persistent ici (au sens de la persistance rétinienne) un registre symbolique, un vocabulaire de formes, ils n'apparaissent jamais que littéralement défaits, pris dans un autre emploi, tenus à distance dans leur proximité même.
    Ce livre rassemble pour la première fois, en plus de deux cents illustrations en couleurs, le résultat de trente années d'une recherche patiente et obstinée : « figurative » à l'ère du virtuel, « savante » mais jamais littéraire, sensuelle dans sa rigueur même, exlusivement dédiée, enfin, à la pratique de ce medium minoritaire, tout au long de l'histoire de l'art, qu'est le pastel. Recherche dont l'objet central serait moins l'obsolescence et l'usure des choses qu'au contraire leur miraculeuse résistance, leur présence vibrante sous une exaltante et fragile lumière de deuil.

  • Publiés entre 1895 et 1906, c'est-à-dire pour trois d'entre eux du vivant de l'auteur d'Ainsi parlait Zarathoustra, les cinq textes qui composent ce volume ont pour fil directeur la compréhension du sens même de l'oeuvre de Nietzsche, et ils sont parmi les premiers à proposer une évaluation globale du philosophe. Simmel y insiste dès 1895 : Nietzsche n'est ni un cynique, ni un anarchiste, ni un décadent mais un moraliste. S'appuyant sur la biographie écrite par Elisabeth Förster-Nietzsche et sur l'exposé par Ferdinand Tönnies des problèmes relatifs à la cohérence de l'oeuvre nietzschéenne, Simmel fait pièce aux caricatures de Nietzsche qui circulaient déjà à l'époque. Pour lui, Nietzsche n'a pas voulu liquider la morale mais une morale, celle qu'incarnent à ses yeux le christianisme et le socialisme. Il a si peu voulu liquider la morale qu'il est parfaitement possible de le comparer à... Kant. Proposition apparemment paradoxale qui prend place au milieu de celles dont est riche chacun de ces textes. Ils abordent, dans leur foisonnement, de multiples aspects de la pensée de Nietzsche : la place de sa personnalité dans la genèse de son rouvre, la question de la folie, la cohérence de la doctrine de l'éternel retour, etc. Sous la diversité de ses prétextes, ce volume, traversé par la thèse d'un Nietzsche moraliste, constitue, en un mot, une véritable introduction à la lecture de son oeuvre.

  • Le 22 novembre 1906, la jeune Virginia Stephen adresse quelques lignes respectueuses à un ami de son frère (" Cher Mr. Strachey, nous aimerions tant vous voir, si vous pouviez nous rendre visite un jour prochain. Dimanche qui vient vous conviendrait-il, vers six heures du soir ? Vanessa va beaucoup mieux et aimerait vous parler. "). Vingt-cinq ans plus tard - l'arc de temps que couvre le présent volume -, ils sont l'un et l'autre célèbres, et à la tête d'oeuvres qui marquent déjà l'époque. Il est le démystificateur féroce du siècle de Victoria, et l'auteur d'essais lumineux sur la littérature, le théâtre et l'histoire ; elle a déjà publié plusieurs de ses oeuvres majeures, de La Chambre de Jacob à Mrs. Dalloway et La Promenade au phare. Ils s'entrelisent, se complimentent, se critiquent, évoquent leur quotidien, moquent les ridicules de l'infortunée Ottoline Morrell et disent tout le bien, et le mal, qu'ils pensent de ceux qui les entourent - de Roger Fry à E. M. Forster, via Keynes, Clive Bell ou Duncan Grant. Publié à l'origine dans une version largement censurée, pour ménager les susceptibilités de certains protagonistes, par Leonard Woolf et James Strachey, cet échange entre deux esprits aigus, et " pas toujours charitables ", offre une chronique fascinante du cercle de Bloomsbury, et paraît ici pour la première fois dans son intégralité, augmenté de lettres retrouvées depuis l'édition originale.

  • IL y a une énigme Vivant Denon.
    Cet homme qui traversa tout le XVIII siècle, au point d'en être, pour Anatole France, l'expression par excellence, a gardé un étonnant silence sur lui-même. Tour à tour diplomate, joli coeur, espion, courtisan, aventurier, graveur, personnage officiel, collectionneur, il est une figure de la cour de Louis XV et de Louis XVI, de la République, du Directoire, du Consulat et de l'Empire, il s'impose dans l'expédition d'Egypte, dirige la politique culturelle de Napoléon et se trouve à l'origine du musée du Louvre.
    Il écrit quelques textes, invariablement sujets à des querelles d'attribution, et disparaît des mémoires, apprécié des seuls connaisseurs, pour resurgir soudain, et avec quelle force, dans quelques livres récents. L'étrange parcours (et peut-être le silence) de Dominique Vivant Denon ne manque pas cependant d'exciter très tôt la curiosité; et gravitent, dès le XVIIIe siècle, autour de cette figure secrète, témoignages et hypothèses, évocations et tentatives biographiques.
    C'est la majeure partie de ces reliquiae, d'une qualité littéraire souvent remarquable, que l'on s'est proposé de recueillir ici, rassemblant les fragments d'une biographie par définition lacunaire. S'esquisse ainsi l'image d'un personnage hors du commun, dont il ne nous reste que quelques éclats réfractés dans le regard de spectateurs subjugués. Graveur de grand talent remarquable collectionneur et amateur d'art écrivain occasionnel, Dominique Vivan Denon (1747-1825) fut tour à tour diplomate et artiste, avant de suivre Bonaparte en Egypte.
    Directeur des musées de 1802 à 1815, il finit ses jours au milieu de ses collections, qu'il avait réuni dans un appartement du quai Voltaire.

  • Parues en 1823, les pages de Thomas De Quincey sur Macbeth, qui ressuscitent ses propres souvenirs, annoncent De l'assassinat considéré comme un des beaux-arts, publié en 1827. Elles étaient connues de Baudelaire qui s'en inspira dans Les paradis artificiels, et de Mallarmé qui en traduisit quelques passages.
    Nous les donnons ici dans une traduction de Gérard Macé, qui les fait suivre d'un commentaire où les échos dans la vie de De Quincey lui-même, ainsi que dans l'esprit de Baudelaire, donnent lieu à un jeu de l'esprit aussi fascinant que vertigineux. Au point qu'on ne sait plus ce qui appartient en propre à un auteur ou à l'autre, puisqu'ils semblent partager les mêmes hantises, le même imaginaire, dans un théâtre intime dont Shakespeare est le prestigieux souffleur.

  • Une série de morts étranges se succèdent à Genève. Tous sont empoisonnés, mais le poison n'est pas identifi able. L'asile psychiatrique de Bel Air voit de nouveaux arrivants et des essaims de mouches apparaissent dans le sillage d'une vieille dame. Un professeur morphinomane, plein de charme et d'une étrange culpabilité, un procureur bonhomme, un détective légèrement blasé, un espion soviétique très louche, une espionne soviétique enfl ammée, une médecin délurée, un autre médecin, mais gentil et ennuyeux, et un faux reporter irlandais. Tous ces ingrédients font de ce roman policier étonnant une petite merveille de style, écrite en 1929.

  • Peu de mots auront eu une fortune aussi extraordinaire que celui de baroque. D'abord adjectif dépréciatif, quasi synonyme d'irrégulier, de bizarre, voire de laid, il en est venu à désigner, à partir de la fin du XIXe siècle, un style ou une période de l'histoire de l'art, celle qui s'étend, pour simplifier, de la Renaissance aux Lumières. Le présent essai se propose d'en reprendre l'histoire, d'en analyser, autant que faire se peut, les étapes, les significations et les enjeux. La déconstruction d'un tel « monstre » est en soi instructive. Elle permet de rencontrer nombre d'historiens, d'historiens de l'art et d'esthéticiens, illustres ou moins connus. Elle montre que la question ouverte avec les Burckhardt, les Wölfflin et les Riegl n'a cessé d'être reprise et enrichie par leurs successeurs. Même limité aux arts visuels, le prétendu concept de baroque continue de séduire. Étendu à toute une culture, voire à certaines tendances, que l'on se plaît à penser éternelles et universelles, de l'esprit créateur, il finit par n'avoir plus guère de sens. Sous les dehors d'une grande promenade à travers les arts et le temps, cet ouvrage pose donc la triple question de la nécessité, de la validité et du danger des étiquettes en histoire de l'art.

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