Fage

  • Lorsque le Directoire décide d'envoyer le général Bonaparte, auréolé de la gloire toute fraîche de la campagne d'Italie, conquérir l'Egypte, ce n'est pas sans arrière-pensée. Vainqueur, il devient plus que jamais le bras armé de la France ; vaincu, il est moins dangereux politiquement. Ce calcul, qui se veut doublement gagnant s'avère perdant sur toute la ligne. On ne retient que la bataille des pyramides - du haut desquelles "quarante siècles" étaient censés contempler une armée qui ne pouvait pas les voir depuis le champ de bataille - et la redécouverte d'un Orient lointain et mystérieux qui n'est pas sans laisser, consciemment ou non, un léger arrière-goût de croisade.
    Il entreprend un travail de fonds, de façon à doter le pays de structures juridiques, administratives, mais aussi scientifiques directement inspirées du modèle français. Le 26 août 1798, un Institut d'Egypte est créé sur le modèle de l'Institut de France. En quatre sections, l'Institut d'Egypte réunissait les plus brillants membres de la Commission des Sciences et des Arts, les cent cinquante-six savants que le général avait joints à l'expédition, une petite troupe inapte au combat mais aussi précieuse que les ânes, du moins si l'on en croit la légende de la bataille des pyramides ! Pour la plupart ingénieurs issus des Ponts-et-Chaussées ou de Polytechnique, ils relevèrent, étudièrent tout ce qui, de la Méditerranée à la Cataracte, sans oublier la mer Rouge et l'Arabie, pouvait l'être, amassant, jusqu'à la défaite de Canope, une somme immense de notes et documents, dont les soixante-deux séances de l'Institut d'Egypte, au fil de ces seulement trois années, donnent une idée vertigineuse.

  • Il n'y a pas que les étoiles, Loïe Fuller, Isadora Duncan ou Martha Graham, qui ont révolutionné les codes de la danse restée longtemps dans des structures rigides.
    Si Lizica Codréano a mené une carrière "éclair" de danseuse, elle a cependant eu le temps de collaborer avec les plus grands artistes du XXe siècle : Sonia Delaunay, Fernand Léger, Darius Milhaud, Marcel Mihalovici... Ses improvisations sur les Gymnopédies d'Erik Satie, filmées par Constantin Brancusi dans son atelier, ses participations à la Soirée du Coeur à Barbe (1923) et au film Le P'tit Parigot (1926), notamment, demeurent des moments forts.
    Poursuivant sa réflexion sur le corps, Lizica a mis à profit sa connaissance des pratiques des guérisseurs roumains et du yoga pour ouvrir un des premiers cabinets de hatha-yoga à Paris.

  • Une étude de la perception des Tziganes par les habitants du royaume de France à la fin du Moyen Âge. Dotés d'une apparence exotique et pratiquant des métiers jusqu'alors inconnus, les Gitans exercent une puissante fascination sur les autochtones, qui leur prêtent des pouvoirs surnaturels. De cette façon, ces nomades représentent par excellence la figure de l'altérité au XVe siècle.

  • L'art moderne

    Théophile Gautier

    Poète, romancier, peintre et critique d'art, Théophile Gautier est né à Tarbes le 30 août 1811. Il meurt à Neuilly-sur-Seine le 23 octobre 1872 à l'âge de 61 ans. Paru en 1856, L'Art moderne rassemble plusieurs articles que Théophile Gautier a consacrés à la peinture et au théâtre. Gautier examine les oeuvres de Chenavard, Marilhat, Ingres, des Nazaréens, parmi lesquels Pierre de Cornélius, les écrits de Töpffer, ainsi que les pantomimes de Debureau et les représentations des grands drames de Schiller, Lessing et Goethe. Avec feu et poésie, Gautier trace le programme d'une esthétique moderne, fidèle au romantisme de sa jeunesse et à sa vivante diversité. L'édition illustrée du texte de L'Art moderne est précédée d'une introduction générale et accompagnée de notices et de notes critiques par Corinne Bayle et Olivier Schefer, qui analysent l'esthétique de Gautier, montrant comment, en son siècle et sa modernité, elle tait se croiser concepts et imaginaire, offrant une réflexion nourrie de culture et de rêves

  • Le corps image

    Sylvie Ramond

    A travers cinq collections publiques de Rhône-Alpes.
    Objet d'étude ou de scandale, matière à chef-d'oeuvre, prétexte aux recherches formelles les plus audacieuses, le corps a changé de signification au cours du XXe siècle. D'objet, il devient l'instance centrale de la création de l'artiste, se substituant parfois à la conscience, définissant de nouveaux genres et pratiques artistiques. Alors même que la représentation du corps humain constitue une tradition ininterrompue dans l'art occidental, elle fait résonner l'art mondialisé, où le corps demeure une problématique majeure.

  • Le paysage des hautes-alpes n'est pas une succession de stéréotypes ou d'apprêts, en images arrêtées, pour consommateur de sublime.
    Laissez ce sublime-là aux spécialistes, à ceux qui en ont fait leur métier, aux écumeurs d'images d'épinal et de cartes postales. vous n'entrez pas dans ce jeu. vous n'y songez même pas. l'enjeu, la saisie sont ailleurs. vous ne voulez, en aucun cas, tomber dans le panneau qu'on vous tend de si efficace façon ; et regarder là oú il faut. et voir ce qu'on vous commande de voir ! et confirmer, par cela même, la vision générale ! l'impression diffuse d'un déjà-vu.
    Pluie drue sur la chapelle. le clocher se profile sur les feuillus qui, derrière, saturent le versant. le brouillard descend. l'espace, à toute vitesse, se claquemure. ça commence avec pluie, brouillard et ciel bas ; avec cette sensation humide et pesante d'une clôture ; et rien ne dit que cela ne sera pas aussi beau, si de " beauté " il est question ici ? fond de vallée, c'est bien ça ! ça sonne comme fond de culotte, trou perdu, " trou du.
    " ? il faut aller plus haut ou ailleurs pour voir la montagne s'étirer, se déplier de tout son long et de toute sa hauteur. c'est décidé, vous ne vous en tiendrez ni au sublime ni à sa publicité. insensibles à la marchandisation du paysage et de la nature, vous évoluerez dans l'écart, le décalé, le pas de côté et le chantier buissonnier. vous avez choisi de prendre le paysage à rebours et la commande au pied de la lettre.
    Vous n'avez rien choisi, hormis ouvrir les yeux, tendre l'oreille, écouter le chant du hors champ. livre et exposition font suite à une résidence artistique itinérante de la photographe brigitte palaggi et du poète olivier dornerg, en 2006 et 2007, dans tout le département des hautes-alpes, à l'initiative du musée muséum départemental, gap, et avec le soutien du conseil général des hautes-alpes.

  • Le trop

    Gottfried Honegger

    Après Le journal sentimental d'une mauvaise herbe et La vie d'un balayeur créatif, deux livres publiés dans la collection Varia, Gottfried Honegger nous livre " un conte entre fée et réalité ".
    Une vision d'un monde saturé de couleurs dans lequel la morale et la consommation n'ont qu'à bien se tenir. Des milliards d'années pour créer une nature riche et abondante. Une génération pour épuiser les sources naturelles, pour appauvrir la richesse de la terre.
    Arrêtons !

  • albert-guillaume démarest (1848-1906) acquiert auprès de son maître jean-paul laurens un solide métier de peintre d'histoire grâce auquel il peut composer des scènes de genre de grand format au caractère funèbre et poétique, dramatisées par les visages dignes et tragiques des femmes et des enfants.
    la bretagne âpre et mystérieuse, alors très en faveur chez les peintres et les écrivains, est l'une de ses sources d'inspiration favorites. autour des grandes peintures conservées dans les collections publiques et qui viennent d'être restaurées, des oeuvres intimistes, peintures et dessins, restées dans la famille de l'artiste, montrent une autre facette de son talent qui évolue, à la fin de sa vie et dans les dernières années du siècle, vers des thèmes plus intériorisés.
    comme il l'a confié à son cousin andré gide, démarest ambitionnait d'être à la peinture ce que schumann est à la musique. les onze lettres adressées par gide à son cousin albert qui ont été conservées ont fait l'objet d'un don au musée des beaux-arts de rouen par catherine gide en 2007. en grande partie inédites, elles sont ici publiées dans leur intégralité et illustrent la profondeur de leur amitié et la fécondité de leurs échanges.

  • écrits sur la peinture

    Henry James

    En 1868, alors que ses premières nouvelles viennent de paraître en revue et qu'il n'a pas encore entrepris la rédaction de son premier roman, Henry James commence également une carrière parallèle et méconnue de critique d'art. C'est en amateur éclairé, mais aussi en observateur implacable, qu'il poursuivra cette activité jusqu'en 1897. À partir de 1872, il est chargé d'écrire une chronique mensuelle pour le magazine The Atlantic. Au total, il composera une soixantaine d'articles, de portraits et de comptes rendus, tous inédits en français et dont la plupart restent même ignorés de ses lecteurs les plus assidus outreAtlantique.
    Cet ouvrage, issu d'un atelier de traduction mené à l'université Paris Diderot, propose une sélection d'une quinzaine de textes qui portent à la fois sur des grandes figures de l'histoire de la peinture, comme Rubens ou Vélasquez, et sur des artistes et des mouvements contemporains de James, comme John S. Sargent, les Impressionnistes ou Honoré Daumier. Ils s'intéressent aussi aux Salons londoniens et aux premiers musées américains, ainsi qu'à la fonction esthétique et sociale de la critique d'art, à la lumière notamment du procès qui opposa Whistler à Ruskin en 1878. Les rassemble l'acuité d'un regard, souvent féroce et toujours ironique, qui confirme le jugement porté très tôt par John La Farge, pour qui James possédait « l'oeil du peintre ». S'ils reflètent d'abord les principaux centres d'intérêt de James en matière de peinture et témoignent de la manière dont l'époque victorienne envisage l'histoire de l'art, ces textes apportent également un éclairage décalé sur plusieurs des grands thèmes qui font la trame des fictions jamesiennes, en particulier, l'opposition entre l'Europe et l'Amérique et les rapportS, privilégiés et antagoniques, entre littérature et peinture. Enfin, ils sont surtout l'oeuvre d'un grand écrivain passionné d'art dont on voit la prose, superbe, se complexifier au fil des ans et annoncer la flamboyance des derniers romans.

  • En 1908, le métro londonien (London Underground) lança, sous la direction de Frank Pick, une vaste campagne publicitaire qui se révéla l'une des plus audacieuses et des plus réussies opérations promotionnelles jamais entreprises.
    Les affiches commanditées, non seulement encouragèrent le voyage dans le système de transports publics naissant de la capitale, mais elles contribuèrent également à forger une identité civique au métro londonien, et, peut-être plus important encore, offrirent aux voyageurs un panorama inédit des grands mouvements artistiques de l'époque. En demandant aux meilleures artistes britanniques de s'exprimer par l'affiche, Frank Pick a été l'un des grands champions du " modernisme " dans les arts graphiques.
    Inspirées par cet exemple, les quatre lignes de chemin de fer nationales créées en 1923 lancèrent leur propre campagne... Ce volume richement illustré célèbre les lithographies les plus marquantes de la collection majeure d'affiches dont Henry S. Hacker a fait don au Yale Center for British Art. Conçu pour accompagner une exposition éponyme au Musée de l'imprimerie à Lyon, Art pour tous synthétise l'évolution des affiches des transports collectifs en Grande-Bretagne au cours du XXe siècle.
    Il rassemble des articles sur Edward McKnight Kauffer, sans doute le plus grand de ces artistes affichistes, sur le rôle des femmes graphistes, sur les techniques d'impression qui ont permis à ces projets de voir le jour, et sur les stratégies d'affichage développées par les compagnies de transport.

  • Aujourd'hui musée de la Révolution française, le château de Vizille est un édifice qui a beaucoup évolué en fonction des objectifs de ceux qui l'ont possédé et qui en ont eu la responsabilité : château fort puis demeure de prestige, manufacture puis maison bourgeoise, hôtel de luxe puis résidence présidentielle...
    Une succession sans fin de chantiers et deux incendies ont modifié sans discontinuer ce lieu. Les investigations menées progressivement depuis près de vingt ans sur le décor intérieur ont donné lieu à de nombreuses découvertes qu'il était temps de partager. Dans une lettre à Jacques-Emile Ruhlmann à propos des aménagements du château de Vizille en résidence présidentielle, l'administrateur du Mobilier national, Guillaume Janneau, se réjouissait en 1926 d'une " première victoire de l'art moderne sur les vieilles conventions Napoléon III ".
    Durant les deux années qui suivirent l'Exposition des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 à Paris, l'Etat qui avait fait l'acquisition du Domaine de Vizille en 1924, engagea un important chantier de modernisation de la vénérable demeure des ducs de Lesdiguières puis de la famille Perier pour en faire une résidence susceptible d'accueillir le président de la République et ses invités. Cette publication est l'occasion de présenter les deux grands aménagements Art déco et les envois d'oeuvres et objets d'art qui ont complété ce chantier.
    Elle est aussi l'occasion de publier le journal intime inédit de l'épouse du président Albert Lebrun des mois d'août 1936 et 1938 passés à Vizille entre le gouvernement du Front populaire et les accords de Munich.

  • Genevieve Asse

    Collectif

    Rare peintre femme de sa génération, Geneviève Asse (Vannes, 1923) se forme dans les années 1940 et rencontre à Paris, chez Jean Bauret, son premier collectionneur, les artistes Laurens, Charchoune, de Staël, Kandinsky, les frères van Velde ou encore Beckett, le dramaturge de l'absurde.
    Peignant d'abord des natures mortes dédiées à Chardin et qui évoquent de manière troublante les toiles de son ainé Giorgio Morandi (1890-1964), Asse développe dans les années 1950 une peinture non figurative, épurée, très plane, dans des camaïeux de blancs et de gris, plus tard de bleus. Cette manière de peindre s'inscrit alors dans le contexte philosophique de l'immédiat après-guerre des intellectuels à Paris, celui de l'existentialisme. Privé par les abominations des camps de la possibilité de représenter le monde, l'artiste n'est plus que cet individu poussé à manifester son existence propre en peignant. Il s'agit de vivre plutôt que de voir et la peinture est une forme d'expérience.
    Dès lors, Geneviève Asse ne trace plus de formes, mais se met en quête d'une certaine qualité de lumière, inspirée des ciels bretons et des landes de son Morbihan natal, en variant la direction des mouvements du pinceau, la largeur des brosses, dont on distingue faiblement le passage, la luminosité des teintes, la plus ou moins grande matité de la peinture.

  • Voici pour la première fois publiées les notes manuscrites de Rose Valland (1898-1980), inédites à ce jour, accompagnées d'un appareil critique et documentaire.
    A partir de mars 1941, Rose Valland, attachée de conservation au musée du Jeu de Paume, est l'unique témoin français des exactions perpétrées par une organisation culturelle du parti nazi dirigée par le ministre du Reich Alfred Rosenberg, sous l'autorité personnelle d'Adolf Hitler. La mission principale de l'Einsatzstab Rosenberg (ERR) consiste dans le repérage et la confiscation des collections d'oeuvres d'art juives - mais pas uniquement -, en France, Belgique, Luxembourg et Pays-Bas : le pillage des galeries d'art, des commerces d'antiquités et des habitations particulières mais également l'enlèvement de maints dépôts faits en banque.
    Grâce à Rose Valland, le quotidien ignoble de la spoliation apparaît ici au grand jour.

  • Conduit à entretenir des rapports distendus avec le réel, éloigne-ment accentué par de nombreux médiateurs : vulgarisation scientifique, mass médias... Ce décalage considérable entre ce que l'on croit connaître et ce qui nous entoure pousse Valère Costes à entre-prendre des travaux dont il ne reste qu'une parodie de nature et l'artifice persiste sous la forme d'un bricolage expérimental, très éloigné des compétences et du savoir humain actuel.
    Une deuxième idée de la Nature émerge alors, telle que l'a théorisée Clément Rosset, selon laquelle " l'idée de nature ne serait qu'une erreur et un fantasme idéologique ". Ceci le pousse à effectuer en 2007 un premier séjour en forêt tropicale. L'immersion prolongée dans un territoire vierge de toute influence humaine est alors envisagée comme une méthode radicale pour jauger ces écarts. Créateur de machines, Valère Costes met en mouvement de subtiles mécanismes, des enchainements de causes à effets, dont la fonction est avant tout de ne pas en avoir...

  • Porter un regard sur les lacs alpins à travers la peinture, la photographie, l'architecture et la publicité : telle est la volonté de cette publication richement illustrée qui offre un panorama de la représentation des paysages lacustres de points de vue touristiques célèbres. Ainsi la vue de Genève et du Mont Blanc depuis Pregny, le lac de Côme, Isola Bella, Brienz, le Léman et le château de Chillon, le lac du Bourget, le lac d'Annecy depuis la pergola de la villa Coppier.

    Quelles sont les origines de notre admiration esthétique pour le paysage lacustre ? Comment les peintres ont-ils traduit cette admiration ? Quelles «mises en scène du lac ? Quels éléments, point de vue, lieux ont été privilégiés au travers des différentes écoles, jusqu'à l'époque contemporaine ? Ces questions sont au coeur de la problématique de cet ouvrage consacré pour l'essentiel aux lacs alpins, problématique construite à partir d'un double présupposé : le regard de l'homme social crée le paysage et les peintres, de par leur sensibilité esthétique et leur statut dans la société, sont des acteurs privilégiés de l'invention et de la diffusion de modèles esthétiques paysagés.
    Entre les productions artistiques du passé et les discours les plus contemporains du marketing lacustre, la mise en relation d'approches littéraires, cinématographiques, picturales, architecturales, voire la production d'objets manufacturés, souleve la question fondamentale de l'évolution de notre regard sur les paysages lacustres.

  • En 1999, Monique Le Houelleur se rend, en compagnie du photo-graphe Vincent Fougère, dans des régions reculées de Côte d'Ivoire.
    Dans la Forêt de Taï (forêt primaire qui s'étend sur 454 ooo hectares) et la mangrove, elle réalise avec ce que lui offre l'environnement immédiat : lianes, arbres, ossements... des assemblages sensuels et dépouillés empreints de mystère qu'elle abandonne à la nature. Composé des photographies faites par Vincent Fougère lors de ce parcours hors norme dont Monique Le Houelleur a tenu le journal, ce livre nous fait découvrir une forme de Land Art respectueuse des sites et des coutumes ancestrales qui leur sont attachées.
    Dans Koïdin à Taï, Alain Borer nous invite à penser ce voyage au " pays des fétiches " comme l'exemple d'un art qui, " prenant son temps et acceptant l'espace [...] adapte, déplace et transforme imperceptiblement le rapport nature-culture "..

  • " Sang et or, encres de perles anglaises, ombre à paupières, mascara, salive, mercurochrome, bleu de méthylène, crayons et poudre de mine de crayons, lipstick à paillettes, fluid make-up, blush, acrylique magenta crépusculaire ou galactic blue, vernis à ongles de Karachi... La cosméticologie de Matthieu Messagier nous en fait voir de toutes les couleurs. Elle ramène à soi deux aires sémantiques issues d'une racine commune : en grec antique, la kosmétikè, art de la parure dérive du Kosmos. Nature et artifice. Élémentaire et superfluité. Une déclaration de connivence qui a pour effet premier de faire gicler les couleurs comme d'une banderille sur l'encolure d'un taureau de combat. "

  • Au printemps 1970, lors d'un séjour à kyôto, richard serra découvre le jardin zen du taizô-in, au coeur du vaste ensemble de temples de myôshin-ji.
    Chaque jour durant plusieurs semaines, le jeune sculpteur américain arpente inlassablement les allées courbes de ce "jardin sec" datant du 16e siècle. il fait là l'expérience troublante d'un espace incarné, déterminé par le temps et le mouvement. " aujourd'hui lorsque je repense à kyôto, il me semble que l'une des choses les plus importantes qui me soit arrivée là-bas est que je me suis trouvé ramené à une situation élémentaire, me permettant de percevoir et d'observer ce qui m'entourait de manière très brute.
    Je ne veux pas dire de manière enfantine, mais brute, non filtrée. les jardins ont été la pierre de touche me permettant de prendre tout le temps de regarder ce qui m'entourait, laissant les choses me parvenir simultanément, dans le présent de la sensation. la conception que j'avais de mon travail s'en est trouvée profondément transformée. [...] la déambulation et le regard sont devenus pour moi des gestes fondateurs.
    Je n'aurais jamais pu engager une telle mutation si je n'avais découvert ces jardins uniques. " peu après son retour du japon l'artiste répond à une commande de la famille pulitzer pour sa résidence de ladue, aux portes de saint louis, dans le missouri. durant l'hiver 1970, démarre le chantier de construction de la pulitzer piece : stepped elevation, première grande sculpture paysagère de l'artiste.
    Celle-ci s'offre au marcheur comme une énigme, mais également comme une invitation à décrypter le site qui l'accueille au cours d'un incessant travail d'ajustement perceptuel. c'est la " réponse à kyôto " de richard serra. la réflexion ici proposée se nourrit d'un long entretien inédit de l'artiste avec l'auteur. fabien faure noue pour la première fois l'expérience japonaise du sculpteur aux dimensions physique, topographique et phénoménologique de la site-specificity, articulant les notions-clés de champ sculptural et d'oeuvre-lieu.

  • Architecture de l'imaginaire vouée à révéler le vivant, la scénographie au théâtre et au cinéma génère une poésie des lieux, des matériaux et de la lumière.
    Habituellement, la scénographie se fond dans la représentation. elle donne à voir, construisant un espace pour le temps d'un regard et d'une écoute. cet ouvrage met en exergue l'art discret d'un scénographe actif depuis plus de 40 années (avec ariane mnouchkine au théâtre du soleil notamment, mais aussi avec otomar krejca), dont l'oeuvre, étonnamment diversifiée, est considérable. le travail de guy-claude françois se caractérise par un éclectisme qui puise tant dans le champ de l'histoire, de l'architecture, savante et populaire, de l'art et des civilisations, des religions, de la littérature, de l'archéologie, que dans la géographie, la géologie et les cultures du monde moderne ; et, au fil de ses réalisations toutes tendues vers la révélation incarnée sur scène ou sur écran d'une écriture dramatique, lyrique ou filmique, à chaque fois singulière, le langage sténographique révèle un monde poétique incessamment renouvelé, une facture, une vision, un style.

  • Les manifestations matérielles d'une fascination séculaire pour les formes, les images et les objets minuscules sont nombreuses : des statuettes tanagréennes aux gravures en petit de Stefano della Bella, des micro architectures sculptées des édifices gothiques aux objets de vertu de la bonne société du XVIIIe siècle, des créatures lilliputiennes de la littérature enfantine aux automates scientifiques que généralise le siècle industriel, etc. Mais rares sont les sources historiques qui permettent d'en comprendre les fondements culturels.

    Alors que les écrits considèrent habituellement le petit dans son rapport hiérarchique avec le grand, l'étude des consommations des oeuvres de taille infime atteste un ensemble de qualités pratiques, symboliques et artistiques (maniabilité, mobilité, économie, pauvreté, préciosité, minutie, joliesse, étrangeté, etc.), qui dessinent les contours d'une catégorie conceptuelle et esthétique à part entière.

    Tantôt réduction d'échelle d'un modèle de plus grandes dimensions, tantôt création autonome régie par des critères spécifiques, la miniaturisation s'appuie sur un ensemble de justifications, d'usages et d'appréciations que le présent ouvrage éclaire à la lumière d' oeuvres et de textes originaux.

    Issu d'un colloque international qui a rassemblé à l'université de Toulouse - Jean Jaurès en octobre 2015 des spécialistes d'histoire, d'histoire de l'art et de littérature, ce livre est l'exploration inattendue d'un aspect de la création artistique souvent minimisée.

  • La production de portraits sculptés de Jean-Jacques Rousseau a connu une nette croissance pendant la décennie révolutionnaire les années 1790, en raison de la popularité du modèle et de l'influence des idées de l'auteur du Contrat social au sein du nouveau processus politique.
    Les souscriptions, décrets et concours potin une statue monumentale du philosophe, ainsi que les fîtes en son honneur et la translation de ses cendres au Panthéon en 1794, suscitèrent l'activité des sculpteurs jusqu'en 1798. Pour mieux comprendre cet engouement, il est indispensable de revenir aux bustes diffusés, peu après la mort de Rousseau en 1778 par Jean- Antoine Houdon, à partir de son masque mortuaire garantissant une authenticité dont le maure se prévaudra sans cesse.
    Ce portrait canonique, multiplié par la gravure à la fin de l'Ancien Régime, a largement préparé les esprits, permettant l'effervescence des années révolutionnaires autour de l'image sculptée de Rousseau sur lequel cet ouvrage fàit le point à l'occasion du tricentenaire de sa naissance.

  • Découvrez Gustave Moreau, Hélène de Troie - La beauté en majesté, le livre de Marie-Cécile Forest. Cette publication est l'occasion de découvrir l'un des thèmes majeurs de la peinture symboliste de Gustave Moreau. Moins célèbre que Salomé, Hélène de Troie a portant retenu l'attention de l'artiste pendant près de vingt ans. S'inspirant bien entendu de la légende d'Homère, Moreau montre aussi à travers ce thème son érudition littéraire, en faisant appel à des auteurs aussi différents qu'Euripide et Goethe pour livrer sa conception originale du mythe d'Hélène de Troie. Source de débats et de controverses littéraires depuis l'Antiquité, la question de la responsabilité d'Hélène de Troie dans la guerre de Troie est à nouveau posée par l'artiste quand il expose Hélène sur les remparts de Troie en 1880 lors du dernier Salon de sa carrière. Hélène serait innocente, simple instrument du destin. Gustave Moreau rejoint alors une conception romantique développée par Goethe dans Le Faust selon laquelle Hélène de Troie serait le symbole de l'éternel féminin.

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