Empecheurs De Penser En Rond

  • À quelles conditions l'écologie, au lieu d'être un ensemble de mouvements parmi d'autres, pourrait-elle organiser la politique autour d'elle ? Peut-elle aspirer à définir l'horizon politique comme l'ont fait, à d'autres périodes, le libéralisme, puis les socialismes, le néolibéralisme et enfin, plus récemment, les partis illibéraux ou néofascistes dont l'ascendant ne cesse de croître ? Peut-elle apprendre de l'histoire sociale comment émergent les nouveaux mouvements politiques et comment ils gagnent la lutte pour les idées, bien avant de pouvoir traduire leurs avancées dans des partis et des élections ?

  • Où suis-je ? leçons du confinement à l'usage des terrestres

    Bruno Latour

    • Empecheurs de penser en rond
    • 21 January 2021

    Depuis la terrible expérience du confinement, les États comme les individus cherchent tous comment se déconfiner, en espérant revenir aussi vite que possible au « monde d'avant » grâce à une « reprise » aussi rapide que possible. Mais il y a une autre façon de tirer les leçons de cette épreuve, en tout cas pour le bénéfice de ceux que l'on pourrait appeler les terrestres. Ceux-là se doutent qu'ils ne se déconfineront pas, d'autant que la crise sanitaire s'encastre dans une autre crise bien plus grave, celle imposée par le Nouveau Régime Climatique. Si nous en étions capables, l'apprentissage du confinement serait une chance à saisir : celle de comprendre enfin où nous habitons, dans quelle terre nous allons pouvoir enfin nous envelopper - à défaut de nous développer à l'ancienne ! Où suis-je ? fait assez logiquement suite au livre précédent, Où atterrir ?Comment s'orienter en politique. Après avoir atterri, parfois violemment, il faut bien que les terrestres explorent le sol où ils vont désormais habiter et retrouvent le goût de la liberté et de l'émancipation mais autrement situées. Tel est l'objet de cet essai sous forme de courts chapitres dont chacun explore une figure possible de cette métaphysique du déconfinement à laquelle nous oblige l'étrange époque où nous vivons.

  • Cosmopolitiques t.1 ; la guerre des sciences Nouv.

    Cosmopolitiques t.1 ; la guerre des sciences

    Isabelle Stengers

    • Empecheurs de penser en rond
    • 28 April 2022

    Pourquoi les sciences modernes n'avancent-elles que sur un mode guerrier : guerre du scientifique contre ses concurrents, du savant contre le « charlatan », du « nouveau » contre l'« ancien » ? Pourquoi les sciences s'affirment-elles sous le jour le plus faux : triomphe d'un savoir enfin objectif, neutre et désintéressé, produit par une démarche méthodique, humble et sereine ? Et pourquoi quand les scientifiques disent leurs rêves et leurs ambitions, est-ce si souvent la spéculation arrogante et la polémique qui s'expriment ? Pourquoi, par exemple, la physique moderne est-elle habitée par la conviction qu'elle seule peut percer l'énigme de ce monde, énigmatiquement intelligible comme l'a dit Einstein ? Peut-on répondre à ces questions sans insulter les passions des scientifiques mais d'une manière qui leur permette d'échapper à « la passion moderne de disqualifier toute pratique qui ne souscrit pas à l'affirmation d'un monde unique » ?
    C'est pour répondre à ces questions qu'Isabelle Stengers revisite quelques grands moments de l'histoire des sciences. Si nul d'entre nous n'a le droit de prétendre représenter le « genre humain » ou d'inventer « une utopie qui vaille pour tous les habitants de la terre », nul n'a non plus le droit de raconter cette histoire des sciences dites modernes comme celle de la découverte d'une réalité qui devrait faire autorité pour tous et toutes. Les passions qui habitent cette histoire ne sont pas arbitraires mais singulières, et c'est cette singularité qu'il convient de cultiver s'il s'agit de nous libérer de l'insupportable tolérance de ceux qui prétendent « savoir » envers ceux qui, disent-ils, « croient ».
    Les cosmopolitiques d'Isabelle Stengers nous demandent, selon Donna Haraway, de penser, et de prendre des décisions « en présence de celles et ceux qui en porteront la conséquence ».

  • Quand les plantes n'en font qu'à leur tête

    Dusan Kazic

    • Empecheurs de penser en rond
    • 6 January 2022

    Partons à la découverte de fraises, de tomates - jamais hors-sol -, de choux, d'herbes aromatiques, de plantes d'agrément... qui obligent leurs partenaires humains à respecter leurs exigences pour grandir et prospérer. Les paysans et paysannes avec lesquels l'auteur va désherber, cueillir ou rempoter ne parlent jamais des rapports qu'ils entretiennent avec leurs plantes en termes de « production ». Dusan Kazic nous initie à leurs côtés à un monde où se tissent des liens qui donnent naissance à des familles multispécifiques. Les plantes ne sont pas (que) des êtres mangeables, mais des maîtres d'apprentissage, des êtres d'amour, des êtres de travail, des êtres de jeux, des êtres qui parlent à leur manière. Écoutons ces histoires que l'auteur raconte avec passion !
    Les paysans « animent » les plantes en tissant avec elles des liens sensibles qu'elles et ils cultivent en agriculture biologique, en conventionnelle, ou encore en agriculture « raisonnée ».
    Si l'on veut éviter que les terres ne tombent définitivement en ruine, chercher à « produire autrement » ne suffit pas. Il ne s'agit pas d'arrêter de nourrir les humains mais de commencer à penser une agriculture au travers des rapports coévolutifs que les humains entretiennent avec les plantes, une agriculture des relations. Dans l'héritage de Pierre Clastres, James Scott et Donna Haraway, l'auteur propose de rompre avec le paradigme de la production issu du savoir économique, qui mène à la destruction des paysans et de cette Terre, pour concevoir une agriculture et plus largement un monde sans production et sans économie.

  • Ce n'est pas seulement dans les pays ravagés par la guerre qu'il faut apprendre à vivre dans les ruines. Car les ruines se rapprochent et nous enserrent de toute part, des sites industriels aux paysages naturels dévastés. Mais l'erreur serait de croire que l'on se contente d'y survivre.
    Dans les ruines prolifèrent en effet de nouveaux mondes qu'Anna Tsing a choisi d'explorer en suivant l'odyssée étonnante d'un mystérieux champignon qui ne pousse que dans les forêts détruites.
    Suivre les matsutakes, c'est s'intéresser aux cueilleurs de l'Oregon, ces travailleurs précaires, vétérans des guerres américaines, immigrés sans papiers, qui vendent chaque soir les champignons ramassés le jour et qui termineront comme des produits de luxe sur les étals des épiceries fines japonaises. Chemin faisant, on comprend pourquoi la « précarité » n'est pas seulement un terme décrivant la condition des cueilleurs sans emploi stable mais un concept pour penser le monde qui nous est imposé.
    Suivre les matsutakes, c'est apporter un éclairage nouveau sur la manière dont le capitalisme s'est inventé comme mode d'exploitation et dont il ravage aujourd'hui la planète.
    Suivre les matsutakes, c'est aussi une nouvelle manière de faire de la biologie : les champignons sont une espèce très particulière qui bouscule les fondements des sciences du vivant.
    Les matsutakes ne sont donc pas un prétexte ou une métaphore, ils sont le support surprenant d'une leçon d'optimisme dans un monde désespérant.

  • Comment la terre s'est tue : pour une écologie des sens

    David Abram

    • Empecheurs de penser en rond
    • 21 November 2013

    À l'origine de ce livre particulièrement original, David Abram a reçu un crédit de recherche pour étudier les relations entre magie et médecine. Il s'est donc mis à la prestidigitation, conçue non comme un art de la tromperie mais comme une capacité à modifier le champ perceptif commun : pouvez-vous continuer à faire confiance à vos sens alors que je suis capable de faire des choses que vos sens, justement, n'expliquent pas ?

    Il s'est intéressé aux shamans et aux sorciers (aborigènes australiens et Navajos, notamment). Le shaman ne vit pas au coeur de sa communauté mais à sa marge. Il est l'intermédiaire, le médiateur, le négociateur entre les humains et tous les non-humains dont ils dépendent : plantes, animaux, climat, forêts, rivières, grottes, montagnes... Il y a donc une dimension écologique à l'art shamanique, ignorée par les anthropologues, car il n'y a rien de « surnaturel » dans la manière dont ils conçoivent leur action...

    Pourquoi avons-nous perdu tout rapport de réciprocité avec la terre et les non-humains qui la peuplent ? C'est que nous avons fait migrer vers le ciel ou vers l'intérieur du crâne tout ce qui est de dimension ineffable et insondable. Les shamans, eux, savent écouter. Grâce à eux, l'auteur va apprendre à voir et entendre comme jamais auparavant. Ainsi, le chant des oiseaux n'est plus un bruit de fond mais un discours doté de signification, répondant aux événements affectant les alentours et leur apportant un commentaire. Le monde n'est plus une réalité muette.

    Mais alors, d'où vient notre étrange incapacité à percevoir la nature environnante ? Comment nous sommes-nous soustraits à la réciprocité des sens ? L'auteur engage une réflexion philosophique qui se rattache à la tradition de la phénoménologie et, en particulier, à Merleau-Ponty.

  • Dans le désert du Néguev, l'ornithologue Amotz Zahavi étudie les cratéropes écaillés, ou passereaux d'Arabie, des oiseaux qui se regroupent à la tombée de la nuit ou au lever du jour pour danser. Pourquoi le font-ils ? Et que signifie le fait qu'ils s'offrent des cadeaux ? Peut-on penser, comme le propose Zahavi, qu'ils sont intéressés par des questions de prestige ? Pour Vinciane Despret, philosophe, qui s'est jointe à l'équipe de chercheurs, il y avait là une occasion tout à fait extraordinaire de comprendre comment on observe les animaux mais aussi comment les chercheurs construisent des théories rendant compte de leurs comportements.
    Faut-il étudier les animaux en les soumettant à des dispositifs expérimentaux artificiels, ou les suivre sur le terrain et rassembler tous les indices possibles ? Les théories évolutionnistes sont-elles dépendantes du contexte d'observation, de l'environnement ou de l'obligation de « faire science » ?
    Ce sont toutes ces questions qui vont permettre à l'autrice de dresser un tableau de l'éthologie et de ce qu'elle nous enseigne sur un monde que nous n'habitons pas seuls, et qu'il nous faut apprendre à mieux partager. Un monde où les oiseaux dansent et s'offrent des cadeaux et où les chercheurs deviennent inventifs à force de les observer ne pourrait-il pas nous aider à remettre en cause le grand partage entre humains et non-humains ?

  • Quand le loup habitera avec l'agneau

    Vinciane Despret

    • Empecheurs de penser en rond
    • 28 May 2020

    Les animaux ont bien changé au cours des dernières années. Les babouins mâles qui semblaient tellement préoccupés de hiérarchie et de compétition nous disent à présent que leur société s'organise autour de l'amitié avec les femelles. Les corbeaux, qui avaient si mauvaise réputation, nous apprennent que, quand l'un d'eux trouve de la nourriture, il en appelle d'autres pour la partager. Les moutons, dont on pensait qu'ils étaient si moutonniers, n'ont aujourd'hui plus rien à envier aux chimpanzés du point de vue de leur intelligence sociale. Et nombre d'animaux qui refusaient de parler dans les laboratoires behavioristes se sont mis à entretenir de véritables conversations avec leurs scientifiques. Ces animaux ont été capables de transformer les chercheurs pour qu'ils deviennent plus intelligents et apprennent à leur poser, enfin, de bonnes questions. Et ces nouvelles questions ont, à leur tour, transformé les animaux...
    Depuis la première édition de ce livre, les uns et les autres ont continué à se surprendre et un chapitre inédit nous fait découvrir leurs avatars les plus récents. Aujourd'hui, des rats rient dans leurs laboratoires, des perroquets australiens apprennent, avec leurs scientifiques, à mieux collaborer. Quant aux babouins, on découvre que certains auraient domestiqué des chiens et apprivoisé des chats ! Ce livre fourmille de mille exemples et histoires et nous invite à nous demander si tous ces êtres ne sont pas occupés à nous poser une question politique.

  • Friction

    Anna Lowenhaupt TSING

    • Empecheurs de penser en rond
    • 3 September 2020

    Friction : que se passe-t-il dans les « zones-frontières » où se développe une économie sauvage, ravageant les ressources, les plantes, les animaux, les forêts et les cultures humaines ? Où aucun droit ne limite plus la puissance de bandes armées qui constituent l'avant-garde d'un capitalisme à la fois moderne et archaïque ? Anna Tsing nous emmène à Bornéo chez les Dayaks meratus, mais ce pourrait aussi bien être en Amazonie au Brésil.
    Friction : comment entendre le cri de tous ceux et celles - humains et non-humains - qui disparaissent dans un maelstrom de destructions où la forêt laisse place à des plantations de palmiers à huile ? Comment apprendre à regarder une forêt que l'on croyait sauvage comme un espace social, habité ? Comment faire l'histoire de la botanique en redonnant aux peuples indigènes le rôle qui a été le leur ?
    Friction : comment des lycéens et des étudiants indonésiens amoureux de la nature ont-ils appris, pas à pas, à refaire de la politique sous la dictature ? Comment les alliances les plus boiteuses peuvent-elles être fécondes ?
    Friction : comment faire de l'ethnographie sans se plier aux règles de l'orthodoxie académique, sans théorie à vérifier, mais en fabulant, en rendant perceptibles des aspects de la réalité souvent considérés comme accessoires ? Avec Anna Tsing, il faut apprendre à mettre en suspens nos routines perceptives et nos jugements normatifs, apprendre à sentir et ressentir, à développer une culture de l'attention, apprendre avec ce qui la fait hésiter, avec ce qui l'oblige à multiplier les manières de raconter, les méthodes ethnographiques.

  • Les femmes ne sont jamais contentes. À témoin, Virginia Woolf qui appela les femmes à se méfier de l'offre généreuse qui leur était faite : pouvoir, comme les hommes, faire carrière à l'université. Il ne faut pas, écrivit-elle, rejoindre cette « procession d'hommes chargés d'honneurs et de responsabilités » ; méfiez-vous de ces institutions où règnent le conformisme et la violence.
    Vinciane Despret et Isabelle Stengers se sont posés la question : qu'avons-nous appris, nous les filles infidèles de Virginia qui avons, de fait, rejoint les rangs des « hommes cultivés » ? Et comment prolonger aujourd'hui le cri de Woolf, « Penser nous devons », dans une université désormais en crise ?
    Ces questions, elles les ont relayées auprès d'autres femmes. Leurs témoignages ont ouvert des dimensions inattendues. Elles ont raconté des anecdotes, des perplexités, des histoires, des événements ou des rencontres qui les ont rendues capables non seulement de dire non et de résister, mais de continuer à penser et à créer dans la joie et dans l'humour. Et surtout, ces femmes, comme toujours, ont fait des histoires...

  • Opposer les scientifiques à un « public prêt à croire n'importe quoi » - et qu'il faut maintenir à distance - est un désastre politique. « Ceux qui savent » deviennent les bergers d'un troupeau tenu pour foncièrement irrationnel. Aujourd'hui, une partie du troupeau semble avoir bel et bien perdu le sens commun, mais n'est-ce pas parce qu'il a été humilié, poussé à faire cause commune avec ce qui affole leurs bergers ? Quant aux autres, indociles et rebelles, qui s'activent à faire germer d'autres mondes possibles, ils sont traités en ennemis.
    Si la science est une « aventure » - selon la formule du philosophe Whitehead -, ce désastre est aussi scientifique car les scientifiques ont besoin d'un milieu qui rumine (« oui... mais quand même ») ou résiste et objecte. Quand le sens commun devient l'ennemi, c'est le monde qui s'appauvrit, c'est l'imagination qui disparaît. Là pourrait être le rôle de la philosophie : souder le sens commun à l'imagination, le réactiver, civiliser une science qui confond ses réussites avec l'accomplissement du destin humain.
    Depuis Whitehead le monde a changé, la débâcle a succédé au déclin qui, selon lui, caractérisait « notre » civilisation. Il faut apprendre à vivre sans la sécurité de nos démonstrations, consentir à un monde devenu problématique, où aucune autorité n'a le pouvoir d'arbitrer, mais où il s'agit d'apprendre à faire sens en commun.

  • Le ravissement de Darwin ; le langage des plantes

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    • Empecheurs de penser en rond
    • 11 June 2020

    On connaît Darwin comme fondateur de la théorie de l'évolution. Ce que l'on sait moins, c'est que la grande passion de sa vie a été l'étude des orchidées dont il possédait une extraordinaire collection. Il s'est particulièrement intéressé à leur fécondation par des insectes. Sans les guêpes, y aurait-il encore des orchidées ? Ces dernières ont développé des « stratagèmes » pour attirer les guêpes mâles et les séduire. Les guêpes ne se contentent pas de transporter du pollen, elles font littéralement « jouir » les orchidées.
    Ces travaux viennent compléter la théorie de l'évolution par une théorie de l'« involution ». Les branches de l'arbre de l'évolution viennent se croiser, se mêler. L'orchidée ne peut pas perdurer sans ses liens avec une autre espèce. Loin d'être un cas singulier, ce pourrait être la règle : les arbres et les champignons, les humains et les milliards de bactéries qui les peuplent... Cette nouvelle biologie, initiée par Lynn Margulis, s'oppose au « néodarwinisme », ou théorie du « gène égoïste », pour qui la « concurrence », et non la collaboration ou le lien, est le mécanisme de base. On sait comment cette théorie a essaimé, en particulier dans les sciences économiques, mais aussi en sociologie.
    La biologie de l'involution multiplie les découvertes. Les auteures poursuivent en présentant les travaux les plus récents sur le langage chimique des plantes, par exemple sur les plants de tabac... Une nouvelle biologie indispensable à l'heure du nouveau régime climatique qui exige que nous connaissions ce à quoi et par quoi nous sommes attachés.

  • La dignité ou la mort

    Norman AJARI

    • Empecheurs de penser en rond
    • 14 February 2019

    Être africain ou afrodescendant, c'est provenir d'un peuple dont l'humanité fut contestée sur les plans juridique, scientifique, philosophique, théologique, économique, psychiatrique. On n'en continue pas moins à exiger des Afrodescendants qu'ils cessent de « ressasser », de « ruminer » l'histoire coloniale, répétant ainsi une vieille injonction esclavagiste à l'oubli des ancêtres et à la méconnaissance de la communauté d'origine.
    Pourquoi prendre la question sous l'angle de la dignité ? La dignité est ce que le Blanc essaie d'abolir lorsqu'il exerce sa violence sur le Noir. Mais c'est aussi ce dont le Blanc se prive lui-même lorsqu'il exerce sa violence sur le Noir. Enfin, c'est ce que le Noir réaffirme collectivement lorsqu'il s'engage contre la domination blanche. Lorsque la dignité d'un jeune Noir est prise d'assaut, lorsqu'il est violé ou assassiné par les représentants de l'État, c'est une longue histoire de luttes, de conquêtes et d'affirmation d'une humanité africaine qui vacille et tremble sur ses bases.
    La Dignité ou la Mort propose une implacable analyse critique de la tradition philosophique européenne. Mais c'est pour mieux renouer avec l'histoire méconnue de la pensée radicale des mondes noirs. Les révoltes d'esclaves, la négritude, les usages révolutionnaires du christianisme en Amérique du Nord et en Afrique du Sud, l'ontologie politique seront autant d'étapes d'un véritable parcours de libération.
    La dignité est la capacité de l'opprimé à tenir debout entre la vie et la mort.

  • Le langage des crânes ; histoire de la phrénologie

    Marc Renneville

    • Empecheurs de penser en rond
    • 15 June 2000

    Avez-vous la bosse des maths, de la poésie ou de la peinture ? Cet inconnu présente-t-il la bosse du crime ou celle de la ruse.
    De 1800 à 1850, certains savants peuvent répondre à ces questions.
    Et pour le prouver, ils tâtent des têtes de génies (Napoléon...), de criminels (Lacenaire...) et de fous. Leur théorie est vérifiée par l'examen de milliers de moulages et de centaines de crânes récoltés à Paris, à Londres, à Berlin, en Inde et en Océanie. Sûrs de leur bon savoir, les phrénologistes oeuvrent pour un monde meilleur, peuplé de génies, de criminels amendés et de fous guéris.
    Défendue par de nombreux médecins, politiciens et artistes, la phrénologie oscille entre science légitime et technique divinatoire, avant de tomber dans un discrédit total.
    Reléguée au statut de science occulte puis longtemps oubliée, elle semble actuellement renaître de ses cendres. Des neurobiologistes contemporains lui rendent justice d'avoir établi le principe des localisations cérébrales, et d'éminents scientifiques estiment qu'elle a été la première science de l'homme rationnelle. Qu'en est-il exactement ?
    Riche de nombreux documents méconnus inédits, ce livre est une contribution originale au débat.
    Il vous invite à refaire le parcours des premiers phrénologistes, à partager leurs victoires et leurs déboires. Grâce à cette lecture participante, vous pourrez apprécier en connaissance de cause les réalisations et les rêves de nos savants (fous ?).

  • Le rêve du chien sauvage

    Deborah Bird ROSE

    • Empecheurs de penser en rond
    • 6 February 2020

    Comment résister à la peur et à l'impuissance que provoquent aujourd'hui les extinctions de masse dans la grande « famille des vivants » ? Deborah Bird Rose nous propose ici de penser, sentir et imaginer à partir d'un terrain concret et situé : les manières de vivre et de mourir avec les chiens sauvages d'Australie, les dingos, cibles d'une féroce tentative d'éradication.
    En apprenant des pratiques aborigènes, de leurs manières de se connecter aux autres vivants, elle active une puissance que la Raison occidentale a dévolue aux seuls humains : l'amour. Que devient cette capacité de répondre à l'autre, cette responsabilité, quand elle s'adresse à tous les terrestres ? En s'attachant à des bribes d'histoires logées dans nos grands récits moraux et philosophiques, elle fait sentir que le non-humain continue d'insister silencieusement et que cet appel, perçu par Lévinas dans les yeux d'un chien rencontré dans un camp de prisonniers en Allemagne nazie, n'en a pas fini de nous saisir et de nous transformer.
    Il s'agit de faire sentir et aimer la fragilité des mondes qui se font et se défont, au sein desquels des vivants hurlent contre l'inexorable faillite, tressent des chants inoubliables. Les faits parlent d'eux-mêmes, disent parfois les scientifiques de laboratoire. Ici, ils nous parlent.

  • La démocratie aux champs

    Joëlle Zask

    • Empecheurs de penser en rond
    • 24 March 2016

    On a l'habitude de penser que la démocratie moderne vient des Lumières, de l'usine, du commerce, de la ville. Le paysan resterait un personnage au mieux simple et vertueux, au pire arriéré et réactionnaire, n'ayant que haine et mépris pour la ville, la société et le progrès authentique. À l'opposé de cette vision, ce livre examine ce qui, dans les relations entre l'agriculteur ou le jardinier et la terre cultivée, favorise la formation de la citoyenneté. Défile alors sous nos yeux un cortège étonnant d'expériences démocratiques.
    Du jardin d'Éden qu'Adam doit « cultiver » et, en même temps, « garder », c'est-à-dire dont il doit prendre soin, à la « petite république » que fut la ferme pour Jefferson, les hortillonnages médiévaux d'Amiens, l'agriculture urbaine de Savannah vers 1750, les kibboutz israéliens, les jardins ouvriers et familiaux, l'agriculture environnementale actuelle, les « incroyables comestibles » de Todmorden, les jardins partagés urbains, et bien d'autres épisodes tous plus inventifs les uns que les autres. Aujourd'hui, des millions de gens s'engagent dans des expériences agricoles qui représentent une puissance de changement considérable.
    Cultiver la terre n'est pas un travail comme un autre. Ce n'est pas d'abord suer, arracher, rentabiliser, s'essouffler, souffrir, arraisonner. C'est, en premier lieu, dialoguer, écouter, proposer, prendre une initiative et écouter la réponse, mêler des rythmes et des logiques différents, viser l'avenir sachant qu'on ne peut calculer à coup sûr. Sous cet angle, l'agriculture comme culture de la terre n'ont rien de commun avec la production agro-industrielle et l'organisation capitaliste de cette production. Elles s'en distinguent comme la subsistance se distingue du profit, la fertilité s'oppose au rendement, comme l'occupation ou la jouissance de la terre se distinguent de son appropriation.

  • Sur le culte moderne des dieux faitiches ; iconoclash

    Bruno Latour

    • Empecheurs de penser en rond
    • 15 October 2009

    Ce livre marque une étape clef dans le projet de Bruno Latour : faire l'anthropologie des modernes. Il est composé de deux textes dont l'objectif est de remettre en cause des notions qui nous tiennent habituellement à coeur : celle de « croyance » et celle de « critique ». Avec humour, Bruno Latour bricole deux notions : celle de faitiche et celle d'iconoclash. Elles lui permettent d'abolir la distance que nous avions crue solidement établie entre nous (les modernes) et les autres. La notion de faitiche permet de douter de la croyance en la croyance, celle d'iconoclash permet de suspendre le geste iconoclaste pour en interroger l'histoire. Il remet ainsi en cause toute une partie de l'édifice sur lequel sont construites les science humaines. Mais, chemin faisant, il crée les outils pour nous aider à nous comprendre nous-mêmes, à faire notre propre anthropologie.

  • Médecins et sorciers

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    • Empecheurs de penser en rond
    • 15 November 2012

    Nous croyons savoir ce que font les guérisseurs : ils s'appuient sur les croyances (irrationnelles) des patients et agissent de manière « symbolique » ; s'ils obtiennent des résultats, c'est grâce à leur capacité d'écoute. Nous croyons aussi savoir ce qu'est la médecine moderne : une médecine très technique, rationnelle, mais trop peu à l'écoute des patients. Dans ce livre, Tobie Nathan et Isabelle Stengers montrent que cette opposition est trompeuse. Selon Tobie Nathan, les guérisseurs sont intéressants justement parce qu'ils n'écoutent pas les patients : les techniques de « divination » s'opposent à celles du « diagnostic ». En interrogeant l'invisible, en identifiant ses intentions, ceux-ci construisent de véritables stratégies thérapeutiques dont les guérisseurs africains sont des virtuoses. La médecine moderne se caractérise, elle, par son empirisme et non pas par sa rationalité. Le thème de la rationalité sert à combattre les autres techniques de soin.
    Ce livre, véritable manifeste de l'ethnopsychiatrie, bouleversera tous ceux qui ont affaire avec le soin et la médecine. Au-delà, l'objectif du psychologue et de la philosophe est de nous obliger à repenser le rapport entre la culture occidentale et les autres. Cette nouvelle édition est complétée avec deux textes où les auteurs répondent à leurs contradicteurs.

  • Latour-Stengers : un double vol enchevêtré

    Philippe Pignarre

    • Empecheurs de penser en rond
    • 30 September 2021

    Certaines grandes amitiés ont marqué l'histoire de la philosophie. À n'en pas douter, celle qui unit Bruno Latour et Isabelle Stengers est de celles-là. S'ils ont très peu écrit en commun, leur compagnonnage dure depuis plus de trente ans et leurs oeuvres respectives ne manifestent leur plénitude que si on en saisit les emprunts réciproques, les croisements et les chassés-croisés.
    Latour et Sengers ont le même point de départ, qui restera au centre de leurs oeuvres : les pratiques scientifiques, qui font la fierté de notre modernité. Pourquoi nous, modernes, nous définissons-nous comme ceux qui savent alors que les autres seraient condamnés à croire ? Cette question les a amenés à partager la même préoccupation : comment comprendre et vivre dans ce que Latour appelle le « nouveau régime climatique », et Stengers un « temps de débâcle » ?
    Le but de ce livre n'est pas de rendre à chacun ce qui lui appartient, mais au contraire de les intriquer toujours davantage ; de suivre au plus près chaque proposition faite par l'un?e et reprise par l'autre (« Grand Partage », « Modernité », « cosmopolitique », « Gaïa », etc.), toujours selon ses propres moyens, et en lui faisant subir une sorte de torsion joyeuse capable de relancer la fabrique commune de la pensée.
    Alors que de nouveaux auteurs particulièrement inventifs mettent à profit leurs travaux dans des champs divers (écologie, éthologie, biologie, sciences de la terre, philosophie) et que des activistes multiplient les échanges avec eux, ce livre donne un éclairage bienvenu sur cette exceptionnelle aventure d'idées.

    Cet ouvrage vous est offert par votre librairie pour tout achat de deux titres de la collection « Les Empêcheurs en penser en rond » (dans la limite des stocks disponibles).

  • Jubiler ou les tourments de la parole religieuse

    Bruno Latour

    • Empecheurs de penser en rond
    • 5 September 2013

    Comment parler de religion aujourd'hui ? C'est l'exercice même de la parole religieuse qui est devenue sinon impraticable du moins tourmenté. Dans ce livre, initialement publié en 2002, Bruno Latour étudie avec soin les conditions d'énonciation de cette parole et dégage les règles d'usage qui la rendent possible ou impossible. Un livre mordant et brûlant, qui fusionne deux genres habituellement distincts : l'analyse et la jubilation.

  • Micropolitiques

    Guattari/Rolnik

    • Empecheurs de penser en rond
    • 12 April 2007

    Recueil d'interventions faites par F. Guattari (1930-1992) devant des publics de psychanalystes, de pédagogues, de militants du Parti des travailleurs abordant une multitude de problèmes comme la pratique clinique, les luttes des classes, etc. La première édition du livre est parue au Brésil en 1986. Egalement psychanalyste, S. Rolnik enseigne à Sao Paolo.

  • L'erotomanie (reed.)

    Gatian De Clerambaul

    • Empecheurs de penser en rond
    • 11 June 2002

    Comme toujours avec clérambault (1872-1934), la classification psychiatrique s'accompagne de récits de cas de patients, vivants, écrits dans une langue superbe : clérambault est aussi un grand écrivain.
    Ici des patientes croient que des personnages plus ou moins célèbres (le curé de leur quartier mais aussi le roi d'angleterre !) sont amoureux d'elles et communiquent, avec elles de manière secrète. c'est l'illusion délirante d'être aimé. dans un premier temps, la patient couvre celui qui est censé l'aimer de cadeaux. mais vient le dépit. qui peut se terminer par un assassinat. nous avons dans ce livre tous les récits des cas célèbres de clérambault avec le compte-rendu des interrogatoires.
    Un véritable feuilleton.

  • La formation des valeurs

    John Dewey

    • Empecheurs de penser en rond
    • 17 February 2011

    Les textes de Dewey regroupés dans ce volume exposent sa philosophie morale et politique. Ils permettent de comprendre autrement les dynamiques de la vie publique : leur centre de gravité n'est pas la fixation de normes ou l'édiction de lois, mais la formation de valeurs destinées à guider la résolution pratique (et expérimentale) des problèmes sociaux et politiques. Dewey est convaincu qu'il faut rechercher des méthodes permettant à l'intelligence (plutôt qu'à la Raison) de s'exercer dans le domaine des jugements de valeur, qui sont des jugements pratiques. Une des conditions est de refuser toute forme d'absolutisme : il n'y a pas de fin ultime ni de summum bonum. Il n'y a pas non plus de hiérarchie de valeurs. Seule l'enquête permet de découvrir le bien unique de chaque situation. Les fins sont des moyens dans l'organisation de la conduite. Cela n'empêche pas l'enquête de s'appuyer sur les acquis de l'expérience passée, consignés sous la forme de généralisations (principes ou « valeurs » tels que bonheur, justice, liberté, etc.). Le premier texte de ce recueil date de 1939 et répond à une sollicitation des « positivistes logiques » autrichiens et allemands qui pensaient que le pragmatisme américain partageait leur idéal d'une philosophie plus scientifique. Ce texte permet à Dewey d'expliciter ses préventions à l'égard des présupposés du positivisme logique.

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