Eclat

  • Le verbe Avoir est au coeur de notre langage.
    Nous disons continuellement que les êtres humains ont des pensées, des expériences, ou encore qu'ils ont peur ou soif. Quelles implications se cachent derrière ces phrases familières ? En suivant les aventures de l'avoir, Paolo Virno nous entraîne dans un voyage à l'intérieur de la nature du langage et de l'humain. Celui qui a quelque chose ne se confond jamais avec ce qu'il est. Cet écart entre ce que l'on a et ce que l'on est nous fait réfléchir sur nous-mêmes, sur ce que nous faisons et dont nous avons conscience. Mais c'est aussi par là que nous sommes libres d'abandonner ce dans quoi nous ne nous reconnaissons plus, et de désirer ce que nous n'avons pas encore : un ami intime, une vie plus gratifiante, une communauté.

  • « À vous qui êtes et qui, étant, désirez être davantage, n'étant jamais assez, étant peut-être trop, Et à vous qui n'êtes pas et qui voulez simplement être, ou qui hésitez à être, Et aussi à vous qui ne croyez et ne désirez rien de particulier à propos d'être, qui ne pensez pas à être, mais qui ne voudriez pas manquer une occasion d'en rire, À tous... » cette 'Lettre aux inexistants' qui ouvre un nouveau volet dans l'oeuvre infinitive de Fournier, où il est question d'être et de s'engager à être, aux prises avec l'abîme de n'être pas, ou plus, sans avoir été, et avec la question du nom de l'Être sous laquelle la philosophie l'a l'abordée. Un chemin revisitant les grands textes, de Platon à Wittgenstein, pour expérimenter la question autrement vivante et sauvage, qui est d'être avant d'avoir.

  • S'il y a du spirituel dans l'art, il prend une place toute particulière dans la musique quand elle exprime l'âme d'une communauté. Le jazz, depuis les origines, est nourri au plus profond de cette spiritualité et témoigne de cette "urgence créatrice" dont parle John Coltrane. Mais comment cette spiritualité s'exprime-t-elle et à quel arrière-plan renvoie-t-elle? C'est toute la recherche de Raphaël Imbert, qui s'attache a révéler cette présence du "religieux sans dogme" dans le jazz (dans la première partie) et les très forts engagements des musiciens de jazz au sein de la franc-maçonnerie noire américaine (dans la deuxième partie). La troisième partie est consacrée à John Coltrane, musicien spirituel s'il en est, qui incarne à lui seul ce Jazz supreme qu'il a porté à ses sommets.

  • Les textes traduits ici constituent un ensemble dont l'essentiel est consacré à définir les règles de l'initiation et de l'éducation spirituelle.
    Leur portée est avant tout pratique. On peut ainsi mesurer à quel point Najm al-dîn Kubrâ (1145/46-1221) fut plus un guide spirituel soucieux de conduire ses disciples jusqu'à leur but, qu'un doctrinaire du soufisme. Cependant, la pratique du soufisme ne saurait se séparer d'une doctrine d'ensemble qui la fonde et qui l'organise dans la cohérence du discours. On trouvera donc dans ces traités maints éléments qui complètent ce que Najm al-dîn Kubrâ a davantage développé dans Les Éclosions de la beauté et les Parfums de la majesté, paru dans cette même collection.
    Sont ici traduits, et amplement présentés, les traités suivants : Traité pour le fou d'amour ; Traité des dix principes ; Les bons usages des soufis ; Livre des bons usages de l'itinéraire vers la présence ; Traité du voyageur extatique ; Traité de la retraite spirituelle ; Conseils pour l'élite ; Réponses aux neuf questions ; Traité de soufisme ; Traité des bons usages des itinérants ; Les voies de la connaissance du manteau mystique ; Traité du navire ; Réponses à quelques questions I ; Réponses à quelques questions II.

  • Il est rare qu'une oeuvre soit aussi intimement liée à la vie de son auteur, comme celle de Friedrich Nietzsche (1844-1900), qui écrivait à son ami Jakob Burckhardt : « j'ai atteint le point où je vis comme je pense. » Et c'est de ce point-là qu'est parti Jean-Luc Bourgeois dans ce livre, suivant pas à pas les travaux et les jours d'un homme qui est allé bien au-delà de ses propres forces, pour élaborer l'une des philosophies les plus radicales et les plus bouleversantes de notre modernité. Ainsi, c'est un Nietzsche par lui-même qui est donné à lire, où tous les événements de sa biographie sont documentés par des extraits de l'oeuvre elle- même : livres publiés, lettres envoyées, mais aussi les milliers de brouillons et notes posthumes, accompagnés par des extraits de correspondances de tous ceux qui de près ou de loin ont approché Nietzsche, depuis la pieuse enfance à Röcken jusqu'aux douze années prostrées à Weimar, après l'effondrement de Turin en 1888. Et l'on voyage ainsi de Bâle à Sils-Maria, de Zurich à Messine, de Nice à Rapallo, en compagnie des amis fidèles Overbeck ou Gast, des confrères Rohde ou Ritschl, des nombreuses amours ou confidentes, Cosima Wagner, Lou Salomé, Malwida von Meysenbug, Louise Ott, Meta von Salis, avec l'ombre toujours d'une soeur possessive et grotesque, si elle n'en était pas nuisible, ou celle de Richard Wagner, adulé puis haï, tout comme cette Allemagne qui lui devient « importune et étrangère » au fur et à mesure que s'y amplifie la menace antisémite annonçant la barbarie future.

  • Dans l'océan textuel et conceptuel de la tradition cabalistique, la figure d'Abraham Aboulafia surgit, portée par une biographie en forme d'auto­biographie qui étonne autant qu'elle fascine. Né à Saragosse en 1240 de l'ère commune, Abraham ben Samuel Aboulafia rend compte dans ses ouvrages de ses pérégrinations méditerranéennes qui le porteront jusqu'aux remparts de Saint-Jean d'Acre à la recherche du fleuve Sambatyon.
    Mais, dans le parcours de cette vie vagabonde entre la Grèce et l'Italie, Byzance et l'Espagne, l'événement sans précédent qui marquera les esprits et la chronique, c'est la non-rencontre avec le pape Nicolas III en 1280. Les visions qu'il décrit alors, la mission messianique dont il se dit porteur, la mort soudaine du pontife au moment de l'arrivée d'Aboulafia à Rome, son emprisonnement, puis sa libération qui signe le début d'années fructueuses en Sicile, où disciples et détracteurs se succèdent, enfin son excommunication et sa disparition mystérieuse sur la petite île de Comino dans l'archipel maltais - tout cela scelle à jamais un destin hors du commun dans le ciel de la pensée juive.
    Lumière de l'intellect ('Or ha-Sekhel), écrit à Messine vers 1283, édité, traduit et annoté ici à partir de trois de ses plus importants manuscrits, est sans doute l'oeuvre la plus complexe et complète d'Aboulafia. "Il est indispensable de ­publier ... tous les livres d'Abraham Aboulafia, la personnalité la plus importante parmi les cabalistes qui nous sont connus à ce jour. Il faut en tout cas commencer par ...
    Le 'Or ha-Sekhel. ".

  • La découverte de l'oeuvre de Benjamin fut, pour Michael Löwy, une émotion qui a ébranlé bien des convictions et dont l'onde de choc s'est ressentie pendant plus de 40 ans dans toute sa recherche sur les formes hétérodoxes du marxisme en Europe ou en Amérique latine. À la vision marxiste d'une révolution comme «locomotive de l'histoire», roulant inexorablement vers le «progrès», Benjamin propose une version de la révolution «comme frein d'urgence», annonçant une critique du progrès et de la croissance, qui se développera plus tard dans la pensée critique. Les 9 essais rassemblés ici se concentrent sur la dimension révolutionnaire de l'oeuvre de Benjamin, où s'imbriquent une approche inspirée d'un matérialisme historique non orthodoxe et des conceptions issues du messianisme juif.

  • Lorsqu'il écrit l'oracle de hominis dignitate, qui aurait dû introduire ses neuf cents thèses philosophiques, théologiques et cabalistiques, pico della mirandola (1463-1494) a vingt-quatre ans.
    Bien conscient du fait que " ses façons ne répondent ni à son âge, ni à son rang ", c'est pourtant une philosophie nouvelle qu'il propose à ses aînés ; philosophie ouverte, accueillant tout ce qui, depuis les mystères antiques jusqu'aux religions révélées, émane de ce que l'on pourrait appeler la " volonté de vérité ". l'homme est au centre de cette philosophie, en ce que le divin a déposé en lui cette volonté dont il use à sa guise, le créant " créateur de lui-même ".
    Et cette puissance du vouloir, cette volonté de " se connaître soi-même ", pico la retrouve chez les sages grecs et orientaux, mais aussi dans la cabale juive, la pensée arabe, la scolastique et les auteurs chrétiens. s'agit-il pour autant d'un oecuménisme sans discernement ? plutôt de la fusion en l'homme de cette intelligence, dévoilée dans le contact entre les différentes sagesses. l'oratio reste inédite ; les thèses sont publiées en 1486, mais l'église ne voudra pas entendre - quelle église pourrait vouloir entendre ? pico devra s'exiler en france avant d'être fait prisonnier et incarcéré au donjon de vincennes en 1487.
    Dans sa ferveur juvénile, le propos de pico demeure intact, vierge, intempestif. il fait appel, encore et toujours, à l'homme digne, vagabond de la vérité, lui offrant " l'un des plus sincères monuments de la philosophie morale de la renaissance italienne ".

  • Les écrits de Lucien Lévy-Bruhl (1857-1939) ont eu une importance considérable dans le domaine de la sociologie et de l'anthropologie dans la première moitié du XXe siècle, mais la dimension philosophique de son oeuvre a souvent été sous-estimée. Dans un long inédit des années 1940, Benjamin Fondane revient sur cette pensée et en propose une lecture qui va bien au-delà des limites que Lévy-Bruhl lui-même a voulu se donner. Il y voit comme un « coup de théâtre » qui ébranle toutes nos idées reçues et dessine une « métaphysique de la connaissance » qui raccourcit la distance entre rationalité et mystique, reléguant la logique aristotélicienne au rang de logique parmi d'autres. Ce que Fondane vise alors est une connaissance qui persuade l'homme au lieu de le contraindre, une connaissance libérée de l'« enfer logique » aristotélicien, enfin ouverte aux « révélations » de la vie même. Il livre ici un testament philosophique de la plus grande importance que l'autre enfer, voulu par les hommes, auquel il sera confronté ne lui a pas laissé la possibilité de mener à son terme.

  • Dans un ouvrage inédit de 1964-1965, Gershom Scholem nous fait découvrir deux « courants » hétérodoxes de la spiritualité juive au moyen âge dont l'importance est aussi grande que l'ostracisme dont ils ont fait l'objet au sein d'un judaïsme traditionnel subordonné à la rationalité. L'oeuvre d'Aboulafia qui (ré)concilie le rationalisme et la spiritualité ne fit l'objet d'aucune édition jusqu'à la fin du 19e siècle et son oeuvre défend l'idée d'une raison en harmonie avec l'« intelligence mystique ». C'est à Gershom Scholem que l'on doit de l'avoir redécouverte, même si, près de 9 siècles plus tard, un énorme travail éditorial reste à faire.
    Le livre de l'image traite des cycles cosmiques de l'univers qui se succèdent hors de la temporalité.
    /> Première édition mondiale.

  • Devant l'histoire rassemble, entre deux grands textes de Fondane sur sa philosophie de l'histoire, deux corpus d'articles, dont quelques-uns inédits en français, qui témoignent de son engagement tous azimuts dans le champ de la culture, hors de toute chapelle. Farouche défenseur d'une liberté sans dogmes, avertissant le siècle, il évite les écueils sur lesquels elle viendra s'échouer tout au long du premier 20e siècle, et dénonce ses fossoyeurs, qu'ils se travestissent en écrivain populaire (Céline) ou se convertissent subitement au stalinisme (Gide). Mais ce qui ressort de cet ensemble, c'est, outre la précision de sa pensée, son extaordinaire écriture incisive, qui dessine les contours du foisonnement intellectuel d'une époque que balaiera définitivement la Seconde Guerre mondiale.

  • Sur le principe des Vies de Marcel Schwob, les villes imaginaires de Friedman ne sont autres que Paris, Venise, Berlin, Shangaï, New York ou Amsterdam, telles que l'architecte a pu les rêver un jour, échappant aux contraintes de l'urbanisme, à la pression des experts et des institutions et à la folie des hommes. Et s'il fallait donner un exemple, prenons Paris et son quartier des Halles, que Friedman avait proposé de conserver intact, pour concevoir un "forum" suspendu au dessus des pavillons Baltard, et qui aurait permis, sans destruction ni expulsion, de voir cohabiter verticalement la ville ancienne et la ville moderne. Ces villes enfin rêvées, réinventées, sont là sous nos yeux en 289 images. Il nous suffit de savoir et de vouloir les prendre, comme jadis on prenait les Bastilles.

  • L'injonction biblique "Tu choisiras la vie" est à l'origine de ce livre de réflexion et d'études, à la fois sur la place du judaïsme dans le monde contemporain, mais aussi sur des propositions que le premier est en mesure de faire par rapport à la crise profonde du second. Et le parcours de ce livre suit celui de la vie même de son auteur, Benjamin Gross, consacrée à "lire, traduire, étudier" pour mieux "comprendre, penser et créer", et qui n'a jamais cessé pour cela de regarder le monde en face, d'affronter son "actualité", tout porté qu'il était par cette force vive du judaïsme qu'est l'amour au sein du couple, dont la conclusion du livre donne un extraordinaire témoignage à la première personne.

  • Le concept fonctionne comme un piège mis en place par l'homo sapiens et dont il anticipe le fonctionnement par ses représentations picturales sur les parois de sa caverne.
    Théorie de l'inconceptualité est un essai posthume de Hans Blumenberg, prolongement de sa métaphorologie et dans lequel l'auteur dévoile également les principes d'écriture qui ont présidé aux "Concepts en histoires" qui paraissaient alors en feuilleton dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Comment le concept surgit de l'écriture et échappe à la théorie, semble dire Blumenberg, toujours méfiant à l'égard de toute catégorisation hâtive de la pensée. L'ouvrage est, évidemment, complémentaire des Concepts en histoires qui paraît simultanément.
    Le texte est préfacé par le philosophe et traducteur Marc de Launay.

  • Le socialisme libertaire de Gustav Landauer continue d'interroger la pensée libertaire et ne parvient pas à s'intégrer dans un modèle parfaitement cadré, si bien qu'il pourrait finalement offrir le meilleur exemple d'une pensée libre, ouverte et non dogmatique. Journaliste, activiste politique, commissaire à l'instruction dans l'éphémère républiques des Conseils de Munich en 1919 avant d'être assassiné par la milice bavaroise, ce volume qui présente un ensemble inédit de ses articles «anti-politiques» accompagné de plusieurs études de spécialistes français et allemands qui nous font découvrir les différentes implications de Landauer dans le mouvement coopératif, les communes libres ou la conception d'un sionisme révolutionnaire qui donnera naissance au mouvement des kibboutz.

  • Une réflexion sur l'identité juive et sur la relation à cette contrainte dans l'histoire, devenue identité de l'inidentifiable avec le temps.

  • " chacun sait quelle folie s'est aujourd'hui emparée du monde, chacun sait qu'il participe lui-même à cette folie, comme victime active ou passive, chacun sait donc à quel formidable danger il se trouve exposé, mais personne n'est capable de localiser la menace, personne ne sait d'oú elle s'apprête à fondre sur lui, personne n'est capable de la regarder vraiment en face, ni de s'en préserver efficacement.
    " ainsi s'ouvre la théorie de la folie des masses de hermann broch. mais nul ne sait oú elle commence, ni oú elle finit, tant son élaboration fut problématique, au point qu'on peut se demander si le sujet n'a pas eu raison de l'oeuvre, et si celle-ci ne se devait pas d'être retravaillée sans cesse, comme n'a de cesse cette folie des masses contre laquelle la raison vient buter sans parvenir à l'infléchir.
    Commencée vraisemblablement à la fin des années 1930, la théorie de la folie des masses accompagne hermann broch jusqu'à sa disparition en 1951 sans qu'il parvienne à lui donner une forme définitive. c'est donc un véritable laboratoire d'idées qui est donné à lire - laboratoire d'une vie tout entière consacrée à la pensée, qu'elle prit la forme des célèbres romans tels que la mort de virgile ou le tentateur, ou d'essais sur la logique d'un monde en ruine, parus il y a quelques années dans cette même collection.

  • On connaît, par le volume de Gershom Scholem Walter Benjamin. Histoire d'une amitié, les liens qui unissaient les deux hommes. Ils ont échangé entre 1932 et 1940 une correspondance qui mérite pleinement le terme d'oeuvre, comme si dans cet échange au quotidien, dans cette absolue confiance et confidence l'un par rapport à l'autre, et autrement que dans une oeuvre 'publique', ils s'étaient livrés à une analyse en profondeur d'un siècle bouleversé : vie littéraire et philosophique, montée du nazisme en Allemagne, errance de Benjamin, permanence de Scholem en Palestine dès 1923, où il oeuvre à une symbiose entre les populations juives et arabes... autant de sujets abordés au fil des lettres et qui confirment la pertinence d'analyse dans l'échange et la discussion parfois polémique des deux hommes.

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