Littérature traduite

  • Le marais (1965-1966), Les fleurs rouges (1967-1968) et La vis (1968-1972) nous montraient Yoshiharu Tsuge atteindre progressivement la pleine puissance de son art et fonder le watakushi manga (la bande dessinée du moi).
    Après la publication de Neiji Shiki (La vis) en 1968, Tsuge poursuit son exploration de l'autofiction, incluant désormais une part autobiographique et onirique dans son travail.
    Après son passage dans la revue Garo, Tsuge ne cesse de se réinventer et commence à tisser la suite de sa carrière bien que ses publications se fassent de plus en plus rares.
    Plus sombres qu'à ses débuts, les récits qui composent ce quatrième volume marquent ainsi l'apparition de thèmes inédits, caractéristiques de sa nouvelle orientation, et qui reviendront comme des motifs récurrents. Le quotidien en couple, la vacuité des voyages, le désir de changement de carrière ou encore les souvenirs de jeunesse deviennent des sources d'inspiration pour Tsuge, qui extériorise grâce au dessin une forme de mal-être social. Ce besoin de revenir sur les expériences marquantes de sa vie atteint son apogée avec l'histoire L'usine d'électroplastie d'Ôba, où l'auteur revient pour la première fois sur son enfance et plus particulièrement sur son travail dans un atelier d'électroplastie dans la province d'Ôba. Une période décisive sur laquelle il reviendra régulièrement jusqu'à la fin de sa carrière et qui délivre un témoignage précieux sur le mode de vie des oubliés du succès économique.
    Ce nouveau volume inédit de l'anthologie que nous consacrons à Yoshiharu Tsuge, présente ainsi un auteur au sommet de son art, en perpétuelle remise en question des codes de narration de la bande dessinée, de ses thèmes et de son propre passé.

  • Les fleurs rouges (1967-1968) et La vis (1968-1972) nous montraient Yoshiharu Tsuge atteindre la pleine puis- sance de son art et fonder le watakushi manga (la bande dessinée du moi). Cette troisième parution (chronologi- quement le premier volume de l'anthologie consacrée à Tsuge) propose de retrouver l'auteur alors qu'il vient d'inté- grer la revue Garo. Il n'en est pas à ses débuts - il a déjà presque dix ans de carrière derrière lui - mais il trouve dans l'opportunité que lui offre le magazine la possibilité de franchir une étape et de devenir un auteur à part entière.
    Plus classiques et plus faciles à lire, les nouvelles réunies dans Le marais sont encore marquées par les histoires qu'il dessinait pour les librairies de prêt. On retrouve dans ces premières oeuvres le vocabulaire du gekiga, appli- qué à des récits d'aventures situés à l'époque Edo. Mais le dessin et la narration témoignent encore de l'influence de Shirato Senpei, l'auteur phare de Garo, et de la figure tutélaire d'Osamu Tezuka.
    Pourtant, le ton se démarque du reste du magazine. Ce qui vaut à Tsuge des réactions négatives des lecteurs, qui ne comprennent pas le caractère novateur du Marais et de Tchiko, nouvelles tournant le dos à l'innocence et pré- figurant L'Homme sans talent (Atrabile), le livre avec le- quel Tsuge concluera sa carrière vingt ans plus tard. Déçu par ce manque d'enthousiasme, Tsuge cesse d'écrire pendant un an et devient l'un des assistants de Shigeru Mizuki, auprès duquel son dessin gagnera en maturité.
    Les lecteurs ne redécouvriront les onze joyaux qui composent ce volume que quelques années plus tard, lorsque le talent de Yoshiharu Tsuge les aura définitive- ment irradiés.

  • Au début des années 1960, Yoshiharu Tsuge entame sa collaboration avec la mythique revue Garo, qui donne aux auteurs la possibilité d'expérimenter de nouvelles ap- proches dans un contexte éditorial peu enclin à l'ouverture.
    Tsuge trouve dans cet endroit la possibilité de se révéler et développe des bandes dessinées d'un genre nouveau où autobiographie et fiction s'entremêlent pour faire surgir une forme d'authenticité inédite - cette approche avant- gardiste sera appelée watakushi manga, « la bande dessi- née du moi » et inspirera toute une génération.
    Après Les fleurs rouges, qui s'intéressait aux années char- nières de la carrière de Tsuge, ce second volume prolonge cette exploration en permettant de découvrir un auteur en pleine mutation. En juin 1968, Garo consacre un numéro spécial à Yoshiharu Tsuge, dans lequel il publiera sa nouvelle la plus célèbre : La Vis (Neji Shiki). Cette histoire marque un tournant dans l'évolution du style de Tsuge, qui, pour la première fois, retranscrit l'un de ses rêves. L'utilisation de la bande dessinée en tant que médium de l'inconscient est jusqu'alors inédite. Dès sa parution, La Vis provoque de nom- breuses réactions et suscite des interprétations diverses, tant de la part de lecteurs que de psychologues, écrivains, ar- tistes ou poètes. Tsuge n'apportera pas d'explications à cette nouvelle, conservant ainsi le mystère autour de son oeuvre.
    Traduites pour la première fois en français, la publication de cette nouvelle et des six autres qui composent ce vo- lume est un événement majeur. Ce deuxième tome de l'an- thologie permet de percevoir toute la richesse d'un auteur incontournable.

  • Le succès sans commune mesure de la bande dessinée au Japon, son ancrage dans la société, sa forme unique et ses thèmes de prédilection, s'expliquent une fois placés en regard de l'Ere Showa (1926-1989). Les biographies des pionniers du manga, de Vie de Mizuki de Shigeru Mizuki à Une vie dans les marges de Yoshihiro Tatsumi, témoignent autant de l'explosion d'un art populaire que de cette période parmi les plus complexes de l'histoire du Japon.
    La Vie de Mizuki rappelle qu'en un peu plus d'un siècle, cet archipel presque exclusivement constitué de villages de pêcheurs s'est mué en l'une des plus grandes puissances industrielles mondiales. Entre-temps, un élan de modernité et de nationalisme a emporté ses hommes vers la guerre, avant de rapatrier les survivants sur une terre occupée, en perte d'identité, en marche d'industrialisation forcée, démunie de son armée et de son besoin de produire de l'énergie.
    Cette société qui n'aurait plus besoin de se défendre ni de se nourrir allait accoucher d'une forme d'expression naturellement enfantine, mais d'une richesse indéniable : le manga. Shigeru Mizuki, cet artiste qui a ressuscité le goût du folklore au Japon, incarne plus que quiconque cette édifiante réaction artistique face au poids de l'Histoire : celle d'un homme qui a perdu un bras au combat et rentre dans son pays pour donner vie à un courageux fantôme à qui l'on a volé un oeil.
    Récit d'un destin hors du commun, témoignage unique sur la mutation d'un monde, Vie de Mizuki est une extraordinaire fresque romanesque qui embrasse un siècle de chaos et d'inventions.

  • Le mangaka évoque les difficultés du métier à travers sa propre expérience. Il raconte ses années de galère pour percer dans le milieu, son retour en Nouvelle-Guinée et la nostalgie du bonheur dans un Japon en pleine expansion économique et culturelle.

  • Acteur incontournable d'une époque fondatrice du manga, Yoshihiro Tatsumi offre, avec Une vie dans /es marges, un témoignage exceptionnel sur les milieux éditoriaux et le Japon de l'immédiate après-guerre.
    Fresque autobiographique, roman social et document historique, ce livre-somme est un chef-d'oeuvre capable de toucher le passionné comme le néophyte. Pour l'amateur de bande dessinée, il donne à voir de l'intérieur la manière dont le manga s'est construit dans ces années-là, passant en peu de temps de l'âge d'or à l'âge industriel. Il invite dans cette évocation les figures mythiques de ce domaine et nous les montre telles qu'elles étaient avant que l'histoire ne les statufient.
    Pour le profane, Une vie dans les marges dresse un tableau unique du Japon des années d'après-guerre et de ses classes populaires luttants pour la survie quotidienne. De l'essor économique des années 1950 jusqu'aux crises des années 1960, Tatsumi dépeint avec force un pays et une société en pleine mutation. OEuvre de longue haleine dont la réalisation s'est étalée sur plus de dix ans, Une vie dans les marges est d'ores et déjà un ouvrage de référence récompensé au Japon et aux Etats-Unis par les prix les plus prestigieux.

  • Opération mort

    Shigeru Mizuki

    "Les morts n'ont jamais pu raconter leur expérience de la guerre. Moi, je le peux. Lorsque je dessine une bande dessinée sur le sujet, je sens la colère me submerger. Impossible de lutter. Sans doute ce terrible sentiment est-il inspiré par les âmes de tous ces hommes morts depuis longtemps." écrit Shigeru Mizuki dans sa postface à "Opération Mort".

    Fin 1943, une troupe de l'armée impériale japonaise débarque sur une île de Papouasie-Nouvelle Guinée. Les engagés (pour la plupart de jeunes recrues) font alors l'apprentissage de la survie dans cette contrée d'apparence paradisiaque. Et puis un jour, l'ennemi est là...

  • Ce premier volume de l'anthologie que Cornélius va consacrer aux nouvelles de Yoshihiro Tatsumi présente vingt-trois histoires écrites et dessinées au cours des décennies 1960-1970.
    Fidèle à sa volonté de montrer la réalité du quotidien, si dure soit-elle, selon les principes du gekiga (dessins dramatiques) qu'il développe à la fin des années 1950, Tatsumi décrit dans ses histoires courtes toute une galerie de petites gens :
    Travailleurs en usine, éboueurs, prostituées, mendiants ou paumés en tout genre, dans un monde en crise encore marqué par les stigmates de la guerre et le fascisme.
    Fidèle à son maître Honoré de Balzac, Tatsumi décortique impitoyablement ses semblables, dépeignant les passions et les illusions qui font battre les coeurs humains. Ses personnages, auxquels il prête souvent ses propres traits, se heurtent aux murs de leur propre existence, attendant d'être broyé par une société qui a perdu toute forme de mansuétude et n'offre plus aucun salut.
    Les éditions Cornélius entreprennent avec ce volume de faire paraître la plus grande anthologie jamais réalisée de l'oeuvre de Yoshihiro Tatsumi pour permettre enfin que soit mieux connu le travail de ce géant du manga, trop tardivement honoré dans son pays.

  • Au même titre que les yokaï, ces êtres surnaturels qui peuplent l'univers fantastique de Shigeru Mizuki, le kappa est un personnage issu de la mythologie japonaise. Diablotin anthropomorphe vivant dans les rivières et les étangs japonais, la légende dit qu'il attirait les jeunes filles au fond de l'eau afin de leur prendre leur vertu. Devenu populaire dans la littérature, les mangas et l'animation, son image a évolué au cours du XXème siècle pour finalement incarner un personnage malicieux, sympathique voire bienveillant.
    Dans Mon copain le kappa, on rencontrait Sampei, un jeune garçon qui ressemble étrangement à un kappa, au point que deux de ces créatures s'y méprennent et l'entraînent avec elles dans leur monde. Sampei en reviendra accompagné d'un espion de son âge, point de départ d'une série d'aventures hilarantes.

    Dans le dernier volume de cette trilogie, Sampei est menacé par le messager de la Mort, décidé coûte que coûte à emporter le petit garçon dans son royaume. Alors que Sampei et sa mère sont enfin réunis, ce dernier est emporté de l'autre côté du miroir...

  • Kappa & compagnie

    Shigeru Mizuki

    Au même titre que les yokaï, ces êtres surnaturels qui peuplent l'univers fantastique de Shigeru Mizuki, le kappa est un personnage issu de la mythologie japonaise. Diablotin anthropomorphe vivant dans les rivières et les étangs japonais, la légende dit qu'il attirait les jeunes filles au fond de l'eau afin de leur prendre leur vertu. Devenu populaire dans la littérature, les mangas et l'animation, son image a évolué au cours du XXème siècle pour finalement incarner un personnage malicieux, sympathique voire bienveillant.
    Dans Mon copain le kappa, premier volume de cette trilogie, on rencontre Sampei, un jeune garçon qui ressemble étrangement à un kappa, au point que deux de ces créatures s'y méprennent et l'entraînent avec elles dans leur monde. Sampei en reviendra accompagné d'un espion de son âge, point de départ d'une série d'aventures hilarantes.
    Dans ce nouveau volume, Sampei et son ami rejoignent le pays des kappas afin d'accomplir une mission bien particulière. Pour célébrer les 100 000 ans de la race kappa, le roi suprême doit être intronisé parmi ses semblables. Mais pour ce faire, un membre de la communauté doit descendre dans le pays souterrain, combattre 7 monstres et rapporter les 7 joyaux cachés. Depuis toujours, tous les 500 ans, un kappa est désigné pour remplir cette mission dont le succès est seul garant de la survie de la race.
    Sampei et Kappa sont les heureux élus et d'incroyables aventures attendent les deux compères !

  • Pépito T.1

    Luciano Bottaro

    Une bande dessinée produite par des italiens pour le marché français qui fût un tel succès qu'une certaine marque de biscuits usurpa le nom de son personnage éponyme.
    On déguise Pépito le pirate en indien et il a vite fait de se retrouver dans les rayonnages de tous les supermarchés de France et de Navarre! Tout ça bien sûr, sans demander la permission à son aimable créateur...
    Pépito entre dans la tradition des bandes dessinées pour enfants en petit format, peu onéreux et vendu dans les kiosques et dans les gares.
    Parfaitement iconoclaste, gentiment anarchiste, le mot d'ordre de la série est de défier l'autorité, sans relâche et avec un humour décapant! Pépito est un personnage libertaire qui promet à ses jeunes lecteurs une vie bien plus amusante que celle qu'incarne le gouverneur de Las Bananas. Bête, rigide, autocentré, autoritaire, il représente à lui seul tout ce qu'enfants comme adultes peuvent détester chez les détenteurs du pouvoir.
    Pépito se situe dans la grande tradition de la bande dessinée américaine libertaire dont il était un grand admirateur (on pense notamment à Krazy Kat de Herriman).

  • Pépito T.2

    Luciano Bottaro

    Le deuxième tome de l'anthologie consacrée à pepito arrive à la rentrée !
    Hissez les voiles moussaillons et mettez le cap sur l'île des surprises !

    Le port de Rapallo connaît au 16e siècle les incursions des barbaresques. Il est donc tout naturel que l'univers des marins et des pirates fascine Luciano Bottaro.
    Son crayon donne vie à Aroldo le Boucanier, au capitaine Bomba, au mousse Tim et à bien d'autres marins funambulesques sillonnant une improbable mer des Caraïbes. Pepito naît en 1952. Il est vite adopté par l'éditeur français Sagédition, qui publie à partir de 1954 une revue éponyme. Combattant pour la justice, le petit corsaire commande le navire La Cacahuète et son équipage de matelots excentriques, amateurs de rhum et de tafia, de ducats et de doublons.
    Leurs aventures se déroulent dans des Caraïbes imaginaires, quelque part entre l'île de Pâques et Hispaniola, et plus précisé- ment à Las Ananas, possession du roi Alonzo XXXIV. Arborant le Jolly Roger, Pe- pito se montre fidèle à l'idéal libertaire des gentilshommes de fortune et ridiculise les ineptes représentants de l'autorité, qu'ils soient roi, officiers, nobles, fonction- naires, médecins ou scientifiques.
    Bottaro donne ici une interprétation souvent ironique, toujours joyeuse et bur- lesque, proche de la commedia dell'arte, des récits de Stevenson ou de Salgari, et des grands films qu'ils ont inspirés dans les années 40 et 50, de Capitaine Blood à L'île au trésor.

  • A ceux qui lui reprochaient certains de ses personnages, balzac répondait : "ces êtres vulgaires m'intéressent plus qu'ils ne vous intéressent ; je les grandis, je les idéalise en sens inverse, dans leur laideur ou leur bêtise.
    Je donne à leurs difformités des proportions effrayantes ou grotesques. " tatsumi décrit, lui aussi, les infirmités du corps et de l'âme, la peur et la laideur humaine. employés, ouvriers, étudiants ou putains, ses personnages mènent des vies machinales, tourmentés par les frustrations sexuelles et sociales, hantés par l'angoisse existentielle. c'est le drame quotidien et banal de ces marginaux que raconte la comédie humaine de tatsumi.
    Le japon contemporain rassemble tous les cercles de l'enfer. hommes et femmes y tournent en rond, vaincus et fatigués, désespérés et solitaires. plus grande est la foule, plus grande est la solitude. s'il ne cède jamais au sentimentalisme, tatsumi démontre une empathie profonde pour les égarés et les perdants que la société abandonne dans son sillage. "nos aînés, écrit-il, nous avaient enseigné que la bd était comique.
    Il s'agissait de faire rire les lecteurs. nous ne voulions plus de cela. " difficile pourtant de ne pas rire parfois à ses histoires, pour se libérer d'une poigne qui vous prend à la gorge et ne vous lâche pas avant longtemps.

  • Nonnonbâ

    Shigeru Mizuki

    NonNonBâ, une vieille dame mystique et superstitieuse qui aime à raconter des légendes étranges, est accueillie dans la famille du jeune Shigeru. L'imaginaire déja débordant du garçon s'en retrouve décuplé. Les histoires de fantômes deviennent son univers quotidien et prennent le pas sur la réalité. Bien sûr, ce deuxième monde chasse l'ennui du premier, mais en contrepartie, il complique tout : il est déjà bien assez difficile de savoir à qui se fier, sans qu'en plus des petits monstres bizarres viennent s'en mêler... Largement autobiographique, NonNonBâ conjugue récits intimistes et ambiances oniriques et peut être lu par tous les publics. Au moins aussi célèbre que Tezuka, Shigeru Mizuki, véritable trésor national au japon, est le maître d'un genre qu'il a créé et qu'on peut définir approximativement par fantastique/poétique.

  • Mauvaises filles

    Ancco

    Jin-joo est une mauvaise fille. Elle fume, découche, nargue ses professeurs et cause du souci à ses parents. Son père, un petit patron, n'a que ses poings pour exprimer sa peur de la voir mal tourner. Alors illa passe à tabac, régulièrement.
    La Corée subit la crise économique de la fin des années 1990 et la violence demeure la forme la plus simple et naturelle du contact humain. Au collège, les professeurs cognent les élèves et les anciennes rossent les nouvelles. Dans l'in- différence générale, on meurt sous les coups d'un père ou d'un petit copain.
    L'adolescente trouve un peu de chaleur humaine auprès de Jung-ae, la fille d'un petit voyou, encore plus paumée qu'elle. Une fugue avortée les mène jusqu'au quartier des bars à hôtesses. Si la famille de Jin-joo la récupère, la rue avale Jung-ae, qui n'aura pas de seconde chance.
    Le ton âpre et désespéré d'Ancco évoque le Céline de Mort à crédit. Vivre, c'est expier. Un instant de bonheur, d'insouciance, se paie comptant. Les hommes mènent des existences lourdes, tristes et solitaires, qui se révèlent vides de sens. «Dès qu'on met le pied dehors, constate Jin-joo, c'est plein de choses incompréhensibles. » Après Auiourd'hui n'existe pas, publié par Cornélius en 2009, Mauvaises filles confirme le talent u ~ i q u e d'Ancco. La construction multiplie les allers-retours entre le passé et le présent. Servie par un trait sec et précis, un noir et blanc désolé, elle rend inexorable et bouleversant ce voyage au bout de la nuit coréenne.

    1 autre édition :

  • Neige rouge

    Susumu Katsumata

    Au travers d'une dizaine d'histoires courtes, Neige Rouge nous plonge dans des contrées reculées du Japon, à une époque où le pays n'a pas encore connu l'uniformisation des modes de vie opérée par l'ère de la modernité. On y suit le quotidien d'hommes et de femmes de tous âges dont les destins sont façonnés par les traditions et croyances en vigueur, les saisons et leur lot de bienfaits et de fléaux, et les racontars sur les agissements des leurs. Avec une infinie délicatesse, toujours sur le fil entre tendresse et cruauté, ironie et compassion, Katsumata nous peint des situations cocasses et dramatiques à la fois, dans lesquelles il n'est pas rare qu'interviennent la rêverie et le surnaturel, baume au coeur de ces humbles paysans.

  • Un gentil garçon

    Abe Shin'Ichi

    les histoires de shin'ichi abe sont faites de presque rien.
    une phrase, un départ, un silence. attentives aux détails et aux non-dits qui font les relations humaines, elles semblent vouloir ramasser et fixer en quelques cases l'essence même des instants qu'elles décrivent : les retrouvailles de deux amis à l'occasion du nouvel an, les derniers moments d'un couple qui n'arrive pas à se séparer, l'oisiveté d'une jeune femme attendant le retour de son amant, les errances de deux vauriens gaspillant et buvant l'argent de leurs parents...
    le dessin, tout en contrastes et en fulgurances, fait jaillir du blanc de la page des corps dont la pâleur exacerbe la nudité, et de l'encre de chine des nuits sans fin où les mots sont plus précieux que les promesses. on croise dans cette obscurité des visages rendus plus graves par la fatigue et par l'alcool, étudiants égarés, amoureux à la dérive, marginaux transfigurés par un trait minéral qui donne à de banals commerces humains une intensité dramatique fascinante.
    le lecteur est comme un clandestin devant ces fragments de vie en creux, ni glorieux ni pathétiques, où se jouent de petites joies et de grands drames, et où éclosent les vérités de ces vies apparemment insignifiantes. comme ozu, abe parvient à force de patience et de lenteur à capturer l'indicible et à en restituer les éclats fugitifs. la beauté de ses histoires est fragile, mouvante et ne résiste pas plus aux tentatives d'explication que les fleurs ne supportent qu'on les coupe.

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