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  • De récents travaux ont éclairé sans équivoque aucune l'adhésion de Martin Heidegger au totalitarisme hitlérien. Georges-Arthur Goldschmidt, traducteur de Kafka et de Nietzsche, reprend la question par un biais plus personnel, dans les pas de Victor Klemperer, l'auteur de la Lingua Tertii Imperrii (1947). "Gefolgschaft", "Einsatz", "Ereignis" : autant de termes appartenant à la fois au vocabulaire nazi et au système philosophique heideggerien.
    L'appropriation d'un tel langage n'a rien d'opportuniste ou d'occasionnel, mais marque un engagement profond. Cet ouvrage rare et décisif restitue au lecteur français le champ lexical allemand contemporain d'Heidegger. Il dévoile les implications politiques d'une terminologie qui, en passant dans la traduction d'une langue à l'autre, lui échappent souvent. Une telle contamination constitue symboliquement l'un des événements les plus importants du XXe siècle philosophique, dont on ne finira pas de mesurer la portée et les conséquences.

  • Un monarque tout-puissant, un palais somptueux et son harem, des mariages et des répudiations, une jeune juive qui garde le secret sur son identité, des banquets et des festins, des confusions entre personnages et situations jusqu'au coup de théâtre final.

    Tel se présente le Livre d'Esther, à l'origine de la célébration de Pourim, instituée par l'héroïne de l'histoire pour commémorer le salut du peuple juif et devenue une joyeuse fête où l'on autorise excès et transgressions.

    Toujours vivant dans les récits et les mémoires, le texte librement découpé et représenté, mis en scène et en images, circule entre scènes publiques et scènes privées et s'actualise dans les rites.

    Claudine Vassas par une approche ethnographique ouverte explore, dans sa profondeur historique, les facettes de cette célébration sans quitter la parole vive des femmes dont elle fait aussi entendre les voix dans un essai attentif et sensible à leurs multiples échos.

  • À l'heure des débats sur la liberté d'expression et des polémiques liées à la légitimité de sa limitation, cet ouvrage passe au crible les lois françaises réprimant les discours racistes en France. L'auteur montre que la « loi Pleven » de 1972 et la « loi Gayssot » de 1990 ont en effet été justifiées de façon peu satisfaisante par ceux qui les ont votées.
    Après avoir analysé la législation elle-même ainsi que les justifications qui furent avancées à son appui au Parlement, il démontre que trois voies théoriques plus solides et plus cohérentes auraient pu être empruntées : une théorie de la traduction des discours en actes, une théorie des rapports entre droit et vérité, enfin une théorie tout à la fois de l'expression et de la défense des valeurs en démocratie et de la discussion.
    Un ouvrage de philosophie politique et juridique salutaire pour mieux comprendre les enjeux de l'équilibre restant à instituer entre deux ambitions démocratiques : la liberté d'expression et la condamnation des discours racistes.

  • Comment l'état d'exception s'est-il imposé dans la pensée contemporaine ? Pourquoi une notion dont la valeur théorique est aussi contestée, non sans lien avec l'ombre de Carl Schmitt dont elle ne parvient guère à se détacher, est-elle aussi présente dans le champ politique ? Le sentiment largement partagé de subir des crises à répétition, sinon de vivre une situation de crise permanente suffit-il à l'expliquer ?

    Marie Goupy tente de répondre à ces questions en revenant sur l'émergence de la notion d'état d'exception dans le contexte de l'entre-deux guerres.

    En partant de l'étude des « usages » des pouvoirs de crise en France et en Allemagne durant cette période, et en suivant la construction du concept d'état d'exception par Carl Schmitt, ce livre interroge la signification de la place grandissante occupée par les pouvoirs exceptionnels, à un moment où l'idée d'une impuissance du politique se formule. En explorant l'équivoque de la pensée de Carl Schmitt, tout comme les réponses fascisantes qu'il prétend apporter à cette impuissance du politique, le livre invite à réfléchir aux écueils du processus de « dépolitisation », auquel on peut associer le libéralisme.

  • L'hospitalité est une pratique en apparence simple et universellement partagée. Il serait donc tentant d'en fournir une définition générique : l'hospitalité est l'institution qui règle l'interaction entre un accueillant (chez lui) et un accueilli (nouveau venu), consistant en un processus de familiarisation réciproque (faire connaissance, entretenir une relation, etc.). Elle a comme fonctions la dispensation de bienfaits, l'amorçage de la socialité, l'identification de l'étranger, ou l'intégration temporaire de l'invité.

    L'hospitalité ne saurait néanmoins être réduite à une vertu privée. Elle est au contraire une pratique politique : elle institue des règles, des frontières, et des dispositifs d'intégration ou d'exclusion. Cet ouvrage expose les différentes formes qu'elle a pu revêtir, des sociétés traditionnelles à nos jours en explicitant les relations de pouvoir qui se jouent dans le langage vertueux de l'hospitalité. Une telle généalogie permet de retrouver les moments et les lieux clés qui ont façonné ce concept en le transformant, le déplaçant et le recomposant selon sa fonction politique.

    Cet ouvrage, tout en répondant à une actualité brûlante et souvent tragique ouvre à une réflexion distanciée mais active afin de démocratiser les frontières.

  • À l'initiative de l'Académie pontificale des Sciences, un colloque international « Via humanitatis. Les grandes étapes de l'évolution morphologique et culturelle de l'Homme » a été organisé en 2013, sous la présidence du Cardinal Roger Etchegaray et coordonné par Monseigneur Marcelo Sànchez Sorondo afin de réfléchir à l'origine, l'évolution et la place de l'Homme dans l'Univers.

    Paléontologues, paléoanthropologues, biologistes, philosophes et théologiens, venus de pays et de traditions divers, ont alors questionné nos origines et examiné sans a priori les données les plus récentes apportées par la science sur l'évolution morphologique et culturelle de l'Homme en les comparant aux écrits traditionnels transmis par les textes sacrés.

    Si la science ne répond pas au Pourquoi, elle explique néanmoins le Comment. Les données de la science ne peuvent donc être ignorées du croyant, et ne sont pas incompatibles avec la foi.

    Émerveillés face aux mystères du cosmos et aux mécanismes du monde vivant, les intervenants de ce colloque partent des acquis de la science, pour échanger, avec rigueur et intégrité, sans aucun dogmatisme, et dans un souci constant de vérité, sur l'émergence de l'être humain.

  • Henri Rochefort et sa Lanterne, Les Grimaces d'Octave Mirbeau, La France juive d'Édouard Drumont, Zola et son « J'accuse ! », tournant majeur de l'affaire Dreyfus. La fin du XIXe siècle signe l'âge d'or du pamphlet, au moment même où la République et la démocratie représentative s'installent durablement en France. Triomphe de l'« âge des foules », indice d'une homogénéisation croissante de la société, mais aussi reflet de ses failles et de ses tensions, cette effervescence pamphlétaire et la diffusion massive de caricatures politiques accompagnent l'entrée de la France dans la modernité. En une étude vivante et documentée, Cédric Passard ressuscite les enjeux politiques, sociaux, culturels de cette presse de combat. Évoluant entre journalisme et politique, les pamphlétaires investissent en force l'espace public et posent la question, ô combien d'actualité, de la liberté d'expression et du blasphème, de la censure et de ses limites, du statut des mots et de leur place dans la cité.

  • Tous les êtres humains sont-ils titulaires des droits de l'homme ? « Tout » homme « sans distinction » est-il réellement le bénéficiaire des droits, comme l'affirment les textes juridiques internationaux ? Qui de l'homme, du citoyen ou du national incarne le titulaire des droits ?

    Cet ouvrage part à la recherche de « l'homme » des droits de l'homme et interroge cette figure abstraite et sa prétention à l'universalité. Cette approche permet d'isoler les paradoxes de la notion de « droits de l'homme ». La citoyenneté étant désormais enfermée et dissoute dans la nationalité, le titulaire des droits de l'homme se trouve réduit au national, et le rôle des États souverains dans l'attribution des droits s'affirme ainsi primordial.
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    Les catégories du réfugié, de l'apatride, du demandeur d'asile ou du sans-papier, incarnant la figure contemporaine du sans-droit, révèlent les obstacles et les échecs de l'universalisme théorique de l'homme des droits.

    Un essai critique à la vive et incontestable actualité.

  • Jan Patocka (1907-1977) est l'un des philosophes tchèques les plus éminents du XXe siècle pour ses travaux sur la phénoménologie et la philosophie antique traduits pour la plupart en français. Il fut par ailleurs, avec Vaclav Havel, l'un des principaux opposants à la mise au pas de la Tchécoslovaquie par l'Union soviétique, engagement qu'il paiera de sa vie après un long interrogatoire policier. La naissance est généralement peu étudiée par la philosophie.
    Dans la mesure où la phénoménologie se consacre à l'apparition des phénomènes, ce thème ne pouvait lui rester étranger. La naissance se confond avec notre venue au monde, notre irruption dans la vie : elle est le foyer de l'existence. C'est l'originalité de ce questionnement que met en valeur Frédéric Jacquet, en situant cette oeuvre par rapport aux fondateurs de la phénoménologie, Husserl et Heidegger, et en la confrontant avec Sartre et Merleau-Ponty.

  • Le rire est à la mode. Mais sait-on vraiment de quoi l'on parle ?

    Il y a mille formes du rire ; et autant de manières d'en parler, selon qu'on est philosophe, écrivain, artiste, psychologue, historien. Le premier objectif de cet ouvrage est d'en offrir un panorama complet et synthétique.

    Mais il prend surtout le pari de l'unité fondamentale du rire, et défend une thèse originale : dans tous les cas, le rire naît chez l'homme face à l'irruption d'une menace potentielle qu'il décide de ne pas redouter, comme si un écran invisible l'en séparait. S'instituant spectateur du monde, il prend conscience de sa liberté, même précaire, au sein de la nature ou de la société. Le rire serait-il alors la matrice de toute civilisation ?

    Cette donnée anthropologique explique l'importance capitale du rire, le large éventail de ses mécanismes comiques et, en particulier, son affinité mystérieuse avec l'émotion esthétique. Quant à notre actuelle culture médiatique, on sait bien qu'elle a transformé le monde en un spectacle universel : très logiquement, le rire lui est devenu indispensable. L'âge post-industriel a donc parachevé la vocation primitive du rire humain : la boucle est bouclée. Provisoirement.

  • Il est communément admis que nous vivrions une ère mondiale où un réseau économique et technologique relie toujours davantage les quatre coins du globe et où la démocratie s'impose comme la condition nécessaire de la vie politique. Pourtant, cette image d'un âge global aussi avancé que civilisé est loin d'aller de soi ou d'être anodine. Enracinée dans un champ de forces sociopolitiques et économiques, elle sert souvent de véhicule clandestin pour des projets redoutables. Une telle vision du temps présent, ainsi que l'imaginaire historique et politique qui l'a produite, demandent à être interrogés, en particulier les concepts clés de mondialisation, technologie et démocratie. Et ceci non point pour présenter une description alternative de notre époque à partir des mêmes phénomènes de base mais pour développer une contre-histoire visant à reconfigurer le possible historique. Tenter d'ouvrir une brèche pour participer à un véritable futur, autre que celui qui s'impose à nous, en nous enfermant dans le destin intransigeant d'un avenir à subir, tel est l'objet de ce livre.

  • Politique, la philosophie bergsonienne ? Engagé dans les affaires de la cité, le penseur de l'élan vital et de la durée ? La postérité n'a guère retenu cet aspect dans l'oeuvre immense du prix Nobel de littérature 1927. En palliant cette lacune, Yala Kisukidi ouvre une réflexion stimulante qui renouvelle notre connaissance du bergsonisme. De L'Evolution créatrice (1907) aux Deux sources de la morale et de la religion (1932), elle met en lumière une philosophie politique ambitieuse fondée sur une métaphysique de la vie.
    La fameuse distinction du clos et de l'ouvert joue ici un rôle central : l'homme se réalise dans l'ouverture nécessairement créatrice, et non dans la clôture (guerre, racisme) voulue par la nature pour satisfaire des besoins spécifiques. Ce constat conduit Bergson à promouvoir d'un point de vue philosophique et institutionnel la démocratie et la défense des droits de l'homme. Yala Kisukidi redonne à cette pensée toute sa portée actuelle et fait dialoguer Bergson avec les penseurs contemporains du "post-colonial", ou des auteurs favorables à une religion et une politique plus ouvertes, comme Mohammed Iqbal pour l'islam et Léopold Senghor pour l'Afrique.

  • Ralph Waldo Emerson (1803-1882) est l'un des plus grands penseurs américains. Quelques décennies après son affranchissement politique du joug britannique, l'Amérique du Nord peine à trouver son indépendance culturelle. Emerson va la lui donner. Il s'insurge contre les autorités religieuses et civiles, les dogmatismes de toutes sortes et les savoirs préconstruits : à chacun de faire entendre sa voix.

  • Habermas est un des philosophes contemporains vivants les plus célèbres. Cet héritier de l'École de Francfort a participé aux grandes controverses du XXe siècle, celle opposant Adorno à Popper, mais aussi à la querelle des historiens allemands.
    L'oeuvre abondante d'Habermas croise morale, sociologie, politique et épistémologie. Isabelle Aubert en découvre la profonde unité dans l'intersubjectivité, cette notion que l'on trouve chez Fichte et Husserl mais qu'Habermas s'est efforcé de détourner. Il ne s'agit pas d'éliminer toute forme de subjectivité mais de déplacer la perspective sur le social en mettant au centre une notion qui appréhende la réalité de sujets situés et en relation. Ce modèle alternatif d'intelligibilité s'effectue sur le mode de la participation au dialogue, de l'échange de paroles et non selon le mode de l'observation entre un pôle de représentation et un environnement extérieur. Ainsi naît une nouvelle anthropologie sociale fonctionnelle, à l'écart du mouvement post-moderne.

  • Les oeuvres de Foucault et de Wittgenstein, qui relèvent de traditions philosophiques fort éloignées, peuvent toutefois entrer en résonance et se relancer mutuellement : cette mise en perspective permet alors de cerner les points aveugles comme l'insistance contemporaine du questionnement philosophique propres à chacune d'elles.

    Ces deux auteurs ont en effet proposé une critique radicale de la notion classique d'une subjectivité souveraine, contre une compréhension traditionnelle d'un sujet de l'action et du savoir transparent à soi-même.

    Quelles sont dès lors les conséquences éthiques et politiques d'une telle conception - non psychologique et non métaphysique - de la subjectivité ?

    En explorant, hors de tout clivage institué, des thèmes tels que le « rapport à soi », la conscience et ses illusions, l'identité subjective dans sa dimension institutionnelle et politique, les rapports entre le Je et le Nous, il s'agit de faire émerger de la confrontation Foucault/ Wittgenstein un « style de pensée » qui nous pousse à repenser radicalement la forme de nos intérêts et de nos préoccupations éthiques et politiques.

  • Contrairement à une idée reçue, Hegel n'est pas un penseur perdu dans des abstractions logiques. La folie, la mort et l'éducation sont au centre de la pensée du philosophe allemand et forment un ensemble cohérent, concourant à caractériser l'homme comme une nature en conflit entre une particularité figée et un universel auquel il lui faudrait s'élever.

    Les réflexions anthropologiques essaiment dans l'ensemble de sa pensée et contribuent à forger une réflexion stimulante qui, partant de l'homme comme être du possible, s'attache à dégager les modalités de sa réalisation grâce à la technique et à la formation.

    En adoptant une perspective dynamique, la pensée de Hegel rencontre certains enjeux contemporains touchant à ce que l'homme pourrait être, en particulier les thèses du transhumanisme. Loin de trancher dogmatiquement en faveur ou en défaveur d'une anthropotechnique, elle nous offre certains réquisits normatifs et nous donne les éléments d'une éducation au possible reposant sur une culture de la décision.

    L'auteur dessine ainsi une voie hégélienne de réponse au posthumanisme.

  • La théorie critique de la société, telle qu'elle s'est développée dans le cadre de ce qu'on appelle parfois l'école de Francfort, se caractérise notamment par le fait qu'elle donne toute son importance aux dominations et aux conflits dans son analyse du monde contemporain. L'une de ses figures aujourd'hui centrales, Axel Honneth, est aussi l'auteur de la théorie de la reconnaissance sans doute la plus systématique et riche en perspectives théoriques et critiques. C'est de cette théorie qu'Emmanuel Renault part dans ce livre, tout en lui apportant des inflexions justifiées d'une part par l'histoire de la théorie critique, d'autre part par l'analyse du temps présent.

    L'analyse de l'imbrication de la reconnaissance, de la domination et du conflit demande une approche spécifique : l'apport du pragmatisme américain et les débats sociologiques contemporains, en particulier Dewey et Bourdieu, complètent ici le modèle hégélien et les intuitions de Marx. Quelques exemples choisis parmi des objets souvent délaissés par les sciences sociales - la conduite oppositionnelle d'un groupe de punks squatters, le langage protestataire de jeunes de banlieues populaires - mettent à l'épreuve la capacité d'analyse de l'approche proposée par l'auteur, celle d'une philosophie sociale conçue comme une hybridation de la philosophie et des sciences sociales.

    Une contribution d'importance au coeur des débats les plus actuels.

  • La violence de la guerre et du terrorisme fait la une des journaux et nourrit en permanence fictions et films. Brutale, intentionnelle, elle se donne à voir et fait parler d'elle. Au contraire, la micro-violence dont nous parle ce livre est imperceptible, minuscule, diffuse. Elle est dans l'« ordre des choses », « naturelle ».

    La violence est dans les détails. C'est ainsi que, quotidiennement, nous endossons des rôles uniformisés sans toujours savoir ce qui nous pousse à ces conduites. Dire, ne pas dire, faire, ne pas faire, montrer de soi certaines choses, les cacher : au travail, en voiture, au supermarché, en classe, ce type de violence canalise nos conduites, sans que nous en prenions conscience.

    Des exemples, appartenant à notre vie de tous les jours, illustrent le propos de l'auteur. Ils mettent à nu les mécanismes à l'oeuvre dans leur simplicité, leur pauvreté, leur répétition ; ils montrent comment nous y adhérons, comment nous acquérons le comportement exigé. Ainsi se découvre un pouvoir dispersé et profus, produisant un individu participant à son propre asservissement.

    Reconnaître, expliquer et contrer la micro-violence, tel est l'objectif de cette démonstration salutaire.

  • Edmund Husserl (1859-1938) a fondé une discipline nouvelle, la phénoménologie, où il développe une analyse descriptive des actes de la conscience intentionnelle (perception, imagination, souvenir, conscience d'autrui, etc.).
    Avec le premier livre des Idées directrices pour une phénoménologie pure et une philosophie phénoménologique (1913), Husserl définit la phénoménologie transcendantale comme " science des phénomènes ". Il expose la méthodologie de la pratique phénoménologique et conçoit un ambitieux programme de recherche : la description des actes de conscience doit permettre de révéler les structures essentielles de la subjectivité transcendantale. Ce faisant, Husserl ne crée pas seulement une nouvelle discipline philosophique. Il ouvre aussi la voie à une ambitieuse " refondation " des sciences empiriques et réaffirme la nécessité d'un certain rationalisme, tout à la fois théorique et éthique.
    Cet ouvrage explicite et interroge ce projet d'une " science des phénomènes ", en examinant un à un chacun des paragraphes des Idées directrices. Commentaire de cette oeuvre majeure, il constitue aussi une introduction à l'oeuvre d'Edmund Husserl et à la phénoménologie elle-même.

  • Par sa vie comme par son oeuvre, Antonio Gramsci (1891-1937) est l'un des penseurs les plus fascinants du XXe siècle. Secrétaire du Parti communiste italien en 1924, il est arrêté deux ans plus tard et va passer le reste de sa vie en prison ou à l'hôpital. Il ne retrouvera la liberté que quelques jours avant sa mort. C'est durant cette décennie d'incarcération qu'il va rédiger sur plus de trente cahiers un ensemble de réflexions, de méditations, d'analyses qui constituent l'un des plus riches monuments de la philosophie politique du siècle dernier.
    Mais l'histoire des cahiers recèle de nombreuses zones d'ombre. Combien en existe-t-il au juste ? Trente-deux comme le veut l'histoire « officielle » ? Ou trente-trois comme de nombreux éléments amènent à le penser ? Cette question n'a rien d'anecdotique. En effet, Gramsci était révulsé par le stalinisme et il se peut même qu'il ait pris ses distances avec le communisme. Un ultime cahier - qui aurait disparu - pourrait renfermer son testament politique.
    Franco Lo Piparo nous emmène de Rome à Moscou en passant par Cambridge, Paris ou Madrid dans les arcanes d'une histoire digne d'un roman d'espionnage où s'entrechoquent interrogations idéologiques, impasses intellectuelles et moeurs politiques des années trente. De cet univers chaotique émerge la figure d'un Gramsci certes prisonnier des geôles fascistes et des pratiques staliniennes, mais également d'un Gramsci dont la liberté d'esprit demeure totale.

  • Vivons-nous dans l'illusion de la liberté ? Que nous apprennent les neurosciences sur notre latitude d'action ?
    Le « libre arbitre », c'est-à-dire notre capacité à choisir librement ou encore à déterminer notre propre volonté, semble menacé par les récentes avancées de la psychologie et des neurosciences. L'essor de nouveaux outils d'imagerie cérébrale tels que l'IRM donne lieu à un nombre croissant de recherches qui paraissent remettre en question nos prises de décision conscientes. Quelle est la compatibilité du libre arbitre et du déterminisme causal ? Sur quelles données expérimentales s'appuyer ? Quelles sont les limites de la conscience ? Quel rapport peut-on établir entre inconscient cognitif et inconscient psychanalytique ? Loin de se réduire au domaine académique, de telles questions ont un impact social : le libre arbitre est présent dans la plupart de nos relations et la notion de responsabilité juridique repose sur lui.
    Qu'en est-il ? Si le libre arbitre devient une capacité relative, il n'est pas anéanti et il nous reste à en élaborer une nouvelle définition pour mieux l'apprivoiser.

  • Cabanis (1757-1808), ce médecin révolutionnaire, est d'abord de son siècle. Homme de salon, il fréquente Turgot, Condorcet, d'Holbach. Il est un intime de Mirabeau qu'il assiste dans ses derniers instants. Avec le Premier consul et Napoléon, il entre à l'Institut et devient sénateur... Derrière l'image artificielle d'un notable se contentant de suivre le cours de l'histoire et de l'auteur d'un seul ouvrage, le fameux Rapport du physique et du moral (1802), se cache un grand humaniste que Marie Gaille nous propose de redécouvrir.

    « Des observations sur les hôpitaux » à « Quelques principes et quelques vues sur les secours publics », c'est un praticien, proche de nous, qui se dévoile. Sa conception de la médecine déborde le seul savoir des organes et des mécanismes physiques : pour Cabanis, la physiologie, l'analyse des idées et la morale ne sont que les différentes branches d'une seule science, la science de l'homme. Les textes choisis par Marie Gaille nous font découvrir un médecin réformateur, intervenant dans l'espace public, prenant en compte aussi bien le médecin que le patient, le citoyen que le pouvoir politique, le nanti que le démuni. Une approche globale, proprement politique, étonnamment contemporaine.

  • La Couronne d'Orient est le surnom donné au « Pavillon de la nation chinoise » construit à l'occasion de l'Exposition universelle de Shanghai en 2010. Gigantesque, d'un rouge flamboyant, à la forme évoquant l'architecture chinoise traditionnelle sans être toutefois clairement définissable, ce bâtiment incarne l'orientation idéologique de la Chine contemporaine.
    Sous le couvert d'une entreprise patrimoniale, comment déchiffrer la réinterprétation du passé et de ses traditions par le régime chinois actuel ? Les multiples approches mises en oeuvre par Aurélie Névot - anthropologiques, historiques, sociologiques - permettent de déconstruire ce « bâtiment gigogne » et de mettre en lumière ses significations symboliques.

  • Quoi de commun entre une philosophie idéaliste qui fait de l'inconscience un moment de la conscience, qui est une philosophie de la liberté, un travail de synthèse, qui exhibe les déterminations universelles de l'action des hommes, d'une part, et, d'autre part, une théorie psychanalytique, matérialiste et assez déterministe, qui pose l'existence d'un inconscient en soi, dispositif d'analyse, oeuvrant à dégager les mobiles psychologiques individuels profonds des actes ? Ces deux grandes pensées ne partageraient-elles pas une certaine entente de la négation comme négativité ? Alors que leurs critiques respectives les plus sérieuses en font des instruments de pensées où tout fait sens, où le sens y serait toujours plein, un et mien, Claire Pagès, relisant et confrontant les textes, esquisse et déploie une autre approche. C'est en faisant droit et place à tout ce qui ne fonctionne pas (dyfonction), à ce qui diffère (dis-fonction) et à ce qui marche tout seul (automatisme) que se découvre une certaine communauté entre ces deux penseurs. Une relecture des textes hégéliens et freudiens qui invite à découvrir ce qui en eux donne à penser les « intermittences du sens ».

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