Champ Vallon

  • En se plaçant au-dessus des partis, le président Macron abuse d'une recette éprouvée depuis 1793. Le pouvoir exécutif, en la personne d'un sauveur, supplante le pouvoir législatif au risque de fragiliser la démocratie représentative. La modération du centre est censée constituer une réponse aux postures de droite et de gauche, repoussées aux extrêmes. La saison des tourne-veste prétendant inventer une nouvelle morale politique pour légitimer leur renoncement répète les crises françaises de la politique depuis 200 ans. La vie politique n'est pas bloquée par une lutte handicapante entre droite et gauche mais par un poison sournois ; celui d'un extrême centre qui vide de sa substance démocratique la République en la faisant irrémédiablement basculer dans l'autoritarisme.

  • La crise de la réalité Les débats autour de la désinformation, des fake news et de la post-vérité risquent d'occulter une crise peut-être plus radicale que la crise de la vérité : la destitution de la réalité elle-même. Cette destitution commence avec la volonté prométhéenne de transformer la nature en environnement, et donc de détruire celle- ci. Elle prend bien d'autres formes, hétérogènes et indépendantes les unes des autres en apparence, mais qui en fait conjoignent leurs effets. L'artificialisme, le simulationnisme, le présentisme, le prédictionnisme, le fictionnisme, le négationnisme, le complotisme et le nihilisme sont les huit formes de destitution de la réalité analysées dans cet essai. Comme l'avait vu le psychanalyste Jacques Lacan, c'est la psychose qui guette l'humanité.
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  • Contrairement à une idée reçue, les sociétés modernes n'aiment pas la nature et, par conséquent, n'ont aucune intention de la protéger. La modernité repose en effet sur un volontarisme prométhéen qui vise à exploiter la nature de façon illimitée. Cette histoire remonte à la fin du Moyen Âge et se poursuivra vraisemblablement dans les décennies à venir. Les politiques environnementales visant à protéger la nature, voire à la restaurer là où elle a été le plus radicalement détruite, n'ont, selon toute probabilité, et ce malgré les slogans officiels et le pouvoir de plus en plus grand de certains mouvements écologistes, aucune chance d'aboutir. Là est le plus grand défi à l'heure d'une mondialisation qui pose de plus en plus les problèmes à une échelle globale.

  • D'Acharnement (L'acharnement thérapeutique) à Volonté (Du moment qu'ils le veulent !), ce lexique constitué de 154 articles rangés par ordre alphabétique fait une analyse critique des stéréotypes les plus courants dans la France de 2018.

    Certains mots (« antisystème », « bio », « rebelle »...) et certaines expressions (« on ne fait pas le bonheur des gens malgré eux », « respecter les différences », « je n'ai de leçon à recevoir de personne »...) sont si fréquemment utilisés dans les discours publics (ceux des médias, du monde politique et économique) et privés (ceux des conversations) qu'ils paraissent contenir des vérités évidentes échappant à l'analyse, et plus encore à la critique.

    Ces stéréotypes n'appartiennent pas tous, loin s'en faut, à ce qu'il est convenu d'appeler le politiquement correct (lequel est lui-même un stéréotype analysé dans ce lexique). Il n'y a plus d'idéologie dominante, au sens marxiste, dans la société actuelle, mais des points de consensus à la fois fugaces et contradictoires.

  • Chaplin est un artiste qui fut travaillé à la fois par le désir de totalité et par la menace toujours présente de la division psychique. C'est cette menace, exprimée mais aussi conjurée par toutes les formes et figures de doubles parcourant son oeuvre, que cet essai tente de cerner. De la métamorphose de Chaplin en Charlot et du "complexe de Jekylhide" faisant coexister deux tendances psychiques antagonistes, aux alter ego (l'enfant du Kid) en passant par les "moi" oniriques , ce sont les figures du sosie (Le Dictateur), du travestissement (Mamz'elle Charlot), de la méprise (Les Lumières de la ville) ou de l'imposture (Le Pélerin) qui font la richesse et la complexité de l'identité chaplinesque (dans sa dimension burlesque), et chaplinienne (dans sa dimension dramatique).

  • Le « problème » d'Onfray, son immense déficit philosophique par rapport à Georges Bataille, et à tout ce que la philosophie et la psychanalyse modernes ont pu avoir d'innovant et de prégnant depuis l'après-guerre, est qu'à aucun moment il n'éprouve le besoin de s'astreindre à une réflexion de fond sur le sens, c'est-à-dire les limites de son propre discours. C'est faute de vouloir ou de pouvoir le faire, et afin de sécuriser par tous les moyens cet hédonisme qui lui a tant donné, que la politique d'écriture d'Onfray a depuis longtemps cédé aux pires compromissions. Cet éternel rétropédalage discursif n'est qu'une somme de truismes, de concepts frelatés, d'inversions, de contre-vérités ; un kitsch verbal à la limite de l'ésotérisme et de la science-fiction où les accumulations succèdent aux excommunications ciblées d'un nombre toujours croissant d'auteurs et de philosophes. Car avec Bataille, ce sont rien moins que Kant, Hegel, les Lumières, Sade, Freud, Lacan, les structuralistes, qui sont jetés avec l'eau du bain ! Sans parler d'Artaud, de Blanchot et Levinas. Onfray ose tout, il n'a pas de limites, et c'est dans la mesure où il n'en a pas qu'il précipite la pensée française (européenne? occidentale ?) dans une ornière dont, si elle ne se reprend pas rapidement, elle aura énormément de mal à se sortir.

    Cet essai montre ainsi à quel point la responsabilité de la novlangue d'Onfray dans la « médiocratisation » générale est écrasante. Il fait le lien entre celle-ci et le politiquement correct français, sorte de record dans le genre. Il démontre les côtés caméléon de quelqu'un qui s'adapte en permanence, et n'a cure de retourner sa veste, intellectuellement et politiquement parlant. Il s'appuie principalement sur divers textes d'Ortega y Gasset, Roland Barthes, Philip Roth, Shmuel Trigano et sur les analyses prémonitoires de Jean-Michel Heimonet, pour tenter de trouver des remèdes à la boboïsation en cours.

  • L'homme moderne présente un mélange étonnant de volontarisme et de résignation : tantôt il a l'impression de tout pouvoir (dans l'organisation des familles ou bien dans le domaine des biotechnologies, par exemple), tantôt il a l'impression inverse de tout subir (la mondialisation apparaît comme une nouvelle fatalité).
    Et si les deux points de vue n'étaient tout compte fait que les deux aspects d'une même réalité ? slogan nazi et stalinien dans les années 1930, le triomphe de la volonté, heureusement débarrassé de son hypothèque totalitaire, est devenu le programme implicite d'une époque qui, ne voulant plus rien recevoir des dieux ou de la nature, a relancé discrètement l'utopie de l'homme nouveau, désormais compatible avec le cadre démocratique.
    Comment cette exaltation de la volonté comme puissance individuelle et collective a-t-elle pu s'imposer contre des millénaires de traditions adverses ? si nous sommes les héritiers d'une histoire, celle-ci peut être datée et elle n'est pas encore très longue. en tout cas, il est à peu près certain qu'elle ne pourra pas durer indéfiniment car une volonté illimitée se heurte à des problèmes insolubles - d'où ce néofatalisme qui peut être interprété comme le symptôme d'une situation de crise.

  • Cet essai interprète ce qu'il est convenu d'appeler « la crise » sous un angle psychologique et moral. Dans son sens courant, la démoralisation renvoie à une perte de conviction et d'énergie. On peut également la comprendre comme une perte morale. L'idée centrale de l'ouvrage est qu'il existe un lien entre l'affaiblissement et la disparition de « la morale » (la prolifération des éthiques de substitution en est le symptôme le plus net) et la démoralisation comme perte de certitude et d'espoir.
    Historiquement lié à la démocratie et aux droits de l'homme, l'individualisme aboutit à des situations sociales d'une grande cruauté. Les valeurs morales traditionnelles sont des freins et des verrous pour la technoscience mondialisée, dont on peut montrer la foncière immoralité.

    Christian Godin est maître de conférences de philosophie à l'Université de Clermont-Ferrand et rédacteur en chef de la revue Cités. Outre un magistral travail encyclopédique sur le concept de totalité (Champ Vallon), il a publié une quarantaine d'ouvrages de philosophie, comme Au bazar du vivant. Dialogue avec J. Testart (Seuil) ; La Haine de la nature (Champ Vallon) ou un Dictionnaire de philosophie (Fayard).

  • Comme agencée pour être la plus anxiogène possible, la condition humaine semble une plaisanterie de mauvais goût. Que cela soit dû à un dieu amateur de farces cruelles ou à l'évolution aveugle, tout semble agencé pour que les hommes ne puissent jamais savoir à quel saint se vouer.
    Les cercles vicieux abondent. Ainsi les récits inventés pour sublimer l'effroi face à la mort sont merveilleux, mais on s'entretue en leur nom. Le noeud d'angoisse qui constitue les hommes engendre autant la cruauté que la compassion ou la créativité. Mauvais goût encore : les hommes célèbrent la vie, mais les organes qui la donnent les attirent (amour) et les répugnent (excrétion). Comme l'urine, l'âme surgit par le sexe. Humiliante bizarrerie.
    Des apohorismes décapants pour penser autrement la condition humaine...

  • L'humanité n'est pas immortelle.
    Mais cette mort, assassinat ou suicide, nous continuons à tort de la penser sur le mode catastrophique. la fin de l'humanité montre pourquoi l'apocalypse n'est pas notre destin le plus probable, pourquoi notre destin le plus probable qui pourrait survenir d'ici trois ou quatre siècles - c'est-à-dire demain, à l'échelle de l'histoire - est l'extinction pure et simple par désintérêt de soi, par désinvestissement de soi.
    Les prophètes et crieurs d'apocalypse qui brandissaient il y a trente ans les foudres de la surpopulation se seront massivement et frontalement trompés. l'humanité vieillit et elle s'acheminera doucement vers la mort, parce qu'elle n'aura plus la volonté de continuer, tout simplement.
    Cet essai philosophique, qui traite de questions que les philosophes négligent presque toujours (comme si l'existence de l'humanité allait de soi !) et qui sont presque toujours biaisées à cause des préjugés et a priori idéologiques, ne milite pour aucune cause.
    Le processus enclenché est irréversible et il concerne désormais l'humanité tout entière. tel est le destin terminal de l'homme.

  • Nous parlerons ici, cher Guy, de choses sans importance : D'architecture au strict quotidien.
    Du parpaing comme pierre du pauvre. Du pavillon comme pastiche de maison. Du lotissement comme semblant de village. De la loi du marché comme principe esthétique. De l'indifférence comme règle d'uniformisation. De l'individualisme comme substitut de l'identité. De la parcellisation comme succédané de l'urbanisme. Du chacun chez soi comme accomplissement communautaire. Du n'importe quoi n'importe où au plus vite comme illusion de liberté.
    Et nous nous demanderons : l'espace où nous choisissons de vivre se doit-il d'être une juxtaposition de propriétés privées que chacun occupe à sa guise, ou une propriété par nature indivise objet d'un intérêt commun ?.

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