Champ Vallon

  • La caractéristique de ce conte de moins de cent pages au ton facétieux et guilleret, c'est d'être écrit dans une langue inventée par l'auteur qui s'en explique dans une préface et une postface. Mais si les mots sont déformés ou créés, la syntaxe, le rythme et le ton du conte subsistent. Le lecteur peut ainsi suivre et comprendre l'histoire :
    Trois vagabonds (« Tom, Elem et moi ») se promènent sur la lande, où ils rencontrent divers personnages qui se joignent à eux et avec qui ils nouent d'intenses relations amoureuses, érotiques, filiales, ou fraternelles : la Vierge, le marin de Poinsec, la mère de Tom, Alistair le pendu. Cette création d'une langue peut évoquer celle d'aînés fameux.
    Grande Tiqueté sera dit sur scène par l'auteur. Le texte est en cours de traduction anglaise.

  • En 1965, Randall Webb annonçait à ses phrères que l'Amérique se dotait enfin de son corps électrique, il aurait pour nom le Psycho-Batave. Trois ans après le Psycho-Batave entrait déjà dans son crépuscule, ni moins beau ni poignant que les neuf années de ténèbres qui succéderaient, avec l'exil en Europe du Conducteur Randall Webb.
    Lorsque Don Creux, « la clef de voûte » du Psycho- Batave, décède dans sa Floride natale, la dissolution s'achève. Escorté de Sred Sweign et de sa pupille, l'adolescent Jeremiah, Randall Webb accomplit un périple jusqu'au Désert des Mojaves, où seront dispersées les cendres de Don Creux. Il a toujours su qu'on ne meurt que pour mieux ressusciter. Jeremiah sera initié aux arcanes du Psycho-Batave, afin qu'une deuxième fois la bonne nouvelle soit répandue.

  • La littérature assure un rôle essentiel dans la constitution d'une pensée critique de la culture matérielle de l'âge industriel. Avant les sciences sociales et la philosophie, les textes littéraires, à partir des années 1830, problématisent les mutations d'une culture matérielle en expansion et l'ébranlement que celle-ci provoque dans l'ordre des catégories existentielles et esthétiques.
    Comment la littérature pense les objets présente l'avènement au XIXe siècle d'une véritable culture des objets et la redéfinition majeure des fonctions et des champs d'action de la littérature et des arts qui en découle. En observant les objets sous toutes leurs coutures (sociologique, esthétique, ontologique) le livre pose les bases d'une théorie générale et actuelle des objets, instituée par la fiction.

  • « Qu'il serait bien là, s'il n'était pas loin de moi. Et les beaux moments que nous passerions, s'ils n'étaient pas déjà passés. Max quand nous sommes ensemble, c'est comme sur le quai d'une gare, du regard ailleurs, le cap déjà pris, le camp déjà foutu, il a déjà changé de vie, oh Max ne t'en va pas ».

    Sur fond d'intrigue policière dans les milieux hypocrites de la politique et des ong, une lente descente aux enfers, la relation complexe d'un avocat humanitaire, escroc des grands mots, flambeur flamboyant, et d'une femme fragile, fascinée par la puissance de cet homme. La tragédie intime se superpose à celle d'un peuple massacré et réduit au silence, comme la narratrice.

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  • " Ad nauseam. Nous ne parlons plus que de ça : la disparition de Leu et celle d'Alexis de Saint-Ours, plus vu depuis. Enfin du neuf à remâcher. Il faut dire que dans le monde du tango, rien ne se passe jamais. Quelques chassés-croisés, les années d'abondance. Des amourettes foirées. Plus qu'à notre tour, nous attendons, et rien ne vient. " Voyage dans le monde clos et moite du tango parisien, dans lequel les aficionados se jettent à corps perdu et vivent la danse comme une addiction, Ego tango est aussi un chassé croisé amoureux entre quatre personnages dont les rapports sont ceux qui s'expriment, sur un plan métaphorique, dans le tango lui-même (j'avance, tu recules).

  • Voici un roman d'action écrit à la manière d'un Jules Verne très en verve. Ayant connaissance d'un mystère géographique - le lac Kob-Nor se déplace périodiquement dans le désert du Takla-Makane - le savant aventurier Evariste Combalescot décide qu'il le rattrapera. Non par le chemin des dunes mais en descendant à bord d'une péniche les dangereux cours d'eau qui l'alimentent.
    Nous sommes en Chine dans les années trente.
    On rencontrera aussi Olaf Erikkson, l'amant d'une momie; Marmaduke Blount, le voleur de montres; Gorlok, le baron hippopotame; Gracchus, le fox à poil dur... et puis Zoé et Varvara, jeunes femmes échangistes.
    Il y aura des tempêtes d'eau et de sable, des scènes d'abordage, des traîtrises, des usurpations d'identité. On parlera de jalousie et de sexe sous des fourrures.

  • « Au soir de ce jour-là, j'ai résolu de garder une trace de ce qui arrivait, qui avait commencé, sans que je sache vraiment ce qui avait commencé. » C'est une réflexion intime, tout intérieure que « note » le narrateur de ce roman au charme puissant qui interroge le « colombier de la mémoire », cette volière d'où s'échappent trop souvent les pigeons du souvenir. Après tant d'années riches de leurs mémoires partagées, Vivien est profondément troublé lorsque Julie, sa compagne architecte, évoque des souvenirs très précis de chantiers qui n'ont pour lui aucune réalité, et qu'il met en doute. Le monde clos de leur entente amoureuse et intellectuelle ouvert sur le jardin et ses ciels se fragilise, soudain menacé par la traversée inquiétante de ces « sourdes contrées » que fabrique à notre insu le Temps qui passe. Qu'il s'agisse d'un être ou d'un projet d'architecture, quelle est la réalité de nos souvenirs dès lors qu'ils sont aussi nourris de nos rêves et de nos rêveries ? ce sont ces troublantes confusions que scrute Jean-Paul Goux dans ces « notes » teintées d'une mélancolie non dénuée d'ironie, et dans une langue somptueusement poétique.

  • Quel écrivain conçoit l'écriture d'un roman comme un strip-tease à l'envers ?
    Quel confrère voulut bâtir son oeuvre comme une robe, au motif qu'une nouvelle mode de Worth avait autant d'importance que la guerre de 70 ? Lequel soutient que nous ne changeons pas plus d'opinions et de maîtres que de chaussettes ? Quel poète aurait préféré être renversé et dardé par l'éblouissement d'une jupe relevée plutôt que par un garçonnier pantalon? Quel personnage célèbre ne porta jamais de bonnet de nuit, ni de robe de chambre, ni de peignoir, ni de pantoufles ?
    Le lecteur amateur de vêtements et de livres trouvera la réponse à ces questions considérables - et à bien d'autres encore - dans ce livre frivole et savant qui explore les liens multiples entre mode et littérature.

  • Dans Sortilège, sorte d'autobiographie fictive, Ezra Bembo, visité par le rêve de son père défunt, quitte tout pour fuir dans le désert. Il a rencontré la chose, l'irreprésentable, celle qui ne peut être nommée. Cette image détermine la suite de son destin. Sa fuite hallucinée le pousse à quitter les humains. Retiré dans une grotte, il fait le choix d'une solitude identifiée à l'absolu. Serpents, mouvements du ciel, silence assourdissant et l'étrange compagnie d'une squelette à ses côtés. Si Ezra pourra faire halte auprès d'une autre exilée, Misra, son destin l'entraîne ailleurs, plus loin, plus profond en lui-même encore.

  • Les personnages de ce roman ne sont pas forcément faits pour se rencontrer, mais ils se trouvent dans le même train, au même moment, passagers de la voiture 16 d'un TGV, ou employés de la SNCF dans ce même convoi. Une psychanalyste, un ethnologue, un footballeur, une universitaire, un contrôleur, autant de personnages emblématiques qui se croisent, se regardent, se parlent, fantasment, inventent. Un voyage entre Marseille et Bruxelles peut être le point de départ d'une destinée sentimentale. Il offre l'occasion d'entrer par effraction dans le film de la vie d'un autre. Qui va séduire qui ?
    C'est un roman de gestes, de voix et d'oreilles, un roman de portable et d'ipod, un roman de désir et d'inhibition, un roman à grande vitesse - un roman de TGV.

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  • Qui se souvient des Bulgares de New York ? Leur présence en Amérique fut restreinte, mesurée, typique du génie de ce peuple confidentiel. Ainsi il ne se trouva personne pour pleurer l'amour malheureux qui unit l'actrice Elaine Chokolov au pâle Bogdan Oblanov, personne non plus pour étudier l'étonnante genèse du talent littéraire de Dean Grosslick. On ne sait toujours rien des conspirations de la camériste Feya Grubev, pas plus qu'on ne fit l'effort de comprendre et de louer le sens du devoir inégalé de Granville Kling. Nul ne tenta d'élucider le mal mystérieux qui égara la raison de Cornell Morris, et le monde entier s'appliqua à ignorer le destin fantomatique et pourtant fondamental de Jon Khalov, l'homme au beau visage.
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    Tant de fortunes diverses, eussent-elles été moins bulgares, auraient fourni la matière de savoureuses comédies et de drames pitoyables, universellement acclamés... Ou peut-être fallait-il justement être bulgare et rien que bulgare pour vivre ces aventures-là, et sans doute devra-t-on l'être encore davantage pour les lire.

  • On arrive à Paris à vingt ans, sans penser qu'un jour, plus d'un demi-siècle après, on devra rendre le bonjour et adresser ses adieux. Nous y sommes, enfin le narrateur, lui y est. Il a fait son temps. Sous l'horloge sinistre de la Gare de Lyon, qui lui donna l'heure, les heures de la Ville, pour toujours et dès la première fois, reconnaissant tout ce qu'il voyait sans jamais avoir rien vu avant, grâce aux livres, aux films, leurs correspondances avec la réalité. Maintenant, il convient de saluer cet Hier, sans même avoir à le quitter. Celui qui narre aura vécu, regardé autant que lu, cohabité avec les mots, les images, les photographies, les films, dehors comme dedans, jour et nuit, à la Bibliothèque ou dans les salles obscures. C'est terminé. Clap de fin.

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  • Peu de temps avant sa mort, Théodore Géricault exécute dix portraits d'aliénés. Pensionnaire à l'hospice de Charenton, l'un d'entre eux, appelons-le "Monomane de la guillotine", s'adresse au jeune peintre durant trois séances de pose. Il raconte la Révolution, évoque le marquis de Sade, Marie-Antoinette, Louis XVI et leur exécution. Tissant des liens entre les évènements historiques et son destin individuel, cet « Enfant de la Patrie » convoque les figures parentales, sans doute jamais connues. Mais l'enquête est insoluble : bien que dévoilé, le mystère de la naissance demeure entier. "Je suis en ces lieux, comme je l'étais le jour de mon arrestation par trois hommes de main, - je suis, j'étais, je demeure qui je suis : le fils de la guillotine."

  • Boucherie-charcuterie Croquard à Monsac vers la fin des années 50, spécialités: pieds de cochon et littérature! Richard, le boucher, s'active en sautillant derrière ses étalages, tandis que Mariette, la bouchère, écrit en secret un roman sous l'oeil critique de Troubadour, son faux caniche nain.
    Le monde apparemment lisse et clos du petit commerce de province recèle pourtant quelques surprenantes et tragiques échappées...
    Bernard Jannin est auteur de films et réalisateur de documentaires. Une vraie boucherie est son premier roman.

  • Il y a Arthur Bernard, l'auteur, le narrateur qui court toujours derrière les autres noms.
    Il y a Arthur Ferdinand Bernard ou AFB, apprenti relieur de 18 ans à Montparnasse en 1890, également apprenti assassin puisqu'il ratera son crime et même son châtiment. Condamné à mort, il sera gracié et transporté à la Nouvelle Calédonie. Le dossier sur lui aux Archives s'arrête en 1895. Alors on va lui inventer une suite.
    Il deviendra là-bas relieur et notamment de L'Odyssée, et il construira aussi des cerfs-volants dont un oiseau géant capable de l'élever dans les airs, au-dessus de l'océan.
    Il ne reviendra jamais. Tout appartient à la poussière, cette insatiable. Elle dissout les morts et protège les livres.

  • À quel âge est-on vieille en 2013? Comment les femmes perçoivent-elles l'effet de seuil du processus? Si Balzac périmait nos aïeules à 30 ans, nos contemporaines se sentent désormais assez gaillardes pour renouveler leur jouvence jusqu'au marathon final.
    Aux anthropologues, philosophes, gérontologues et autres psychologues, les femmes écrivains mêlent au XXIème siècle la leçon de leurs voix de papier. Leur lucidité désinhibée libère souvent un gai savoir de crise aux antipodes des idées reçues. Vieillir n'est plus l'enfer des femmes prédit par La Rochefoucauld. Sans être pour autant leur paradis, cette expérience reste singulière et riche pour chacune de rebondissements facétieux.
    Puisqu'elles nous le disent, sachons les écouter.

  • Un voyage dans l'univers fantasque du peintre originaire d'Ostende James Ensor, où se croisent des personnages souvent grotesques échappés de ses tableaux, qui s'affrontent et dialoguent. Neuf tableaux sont présentés en vis-à-vis des chapitres.

  • Un village, près de fribourg, en allemagne.
    Le nazisme règne sur le pays, la guerre se prépare, puis éclate. une petite fille réussit à être à peu près heureuse. avec sa grand-mère, institutrice retraitée, elle apprend à écrire, aux deux sens du mot : elle trace avec délices les belles lettres de l'écriture gothique, et elle commence à composer des contes, sur le modèle des frères grimm. bientôt, hélas, sans qu'elle en décèle vraiment la cause, elle perdra, pour longtemps, le véritable don d'écriture qu'elle a eu jusqu'à l'âge de douze ans.
    Une station de ski déserte, au début de l'été, une trentaine d'années plus tard. un notable de province, professeur de pharmacie et expert en mycologie, entreprend d'étrangler sa maîtresse, qui vient de lui signifier son congé. mais il manque d'expérience : elle survit. la jeune femme qui vient d'échapper à la mort ne serait-elle pas la petite fille allemande qui ne pouvait plus écrire ? on se pose la question avec une insistance croissante en lisant les récits alternés que le professeur et la " walkyrie " - elle aurait donc retrouvé le don de l'écriture ? - font de leur " lune de miel " passionnée et orageuse.

  • Disons-le simplement: maurice blanchot, né en 1907, est l'un des plus grands, l'un des plus rares écrivains du vingtième siècle.
    Affirmation que ce siècle s'est trop souvent employé à traduire en légende - ou en procès. selon l'inévidence de mythologies tenaces, blanchot aurait été le grand absent, le fantôme invisible, l'auteur illisible d'une oeuvre tout abstraite, un homme littérairement terrifiant, politiquement impur. nul mieux que lui, pourtant, n'aura interrogé ce qu'il en est de la présence, de la visibilité, de la lisibilité, de la vitalité, de la culpabilité et de la possibilité de l'écrivain.
    Par ce travail, par ce combat, blanchot aura fasciné et exalté les plus grands créateurs contemporains de formes et de pensées (de formes de pensées), à commencer par ses deux amis les plus intimes, emmanuel levinas et georges bataille. a son tour il reviendra à cet essai d'interroger la présence, la visibilité, la lisibilité, la vitalité, la culpabilité et la possibilité du biographique, dans une vie et dans une oeuvre, dans une vie faite oeuvre, une vie soutenue des affrontements les plus extrêmes avec la mort.
    Cette vie à l'oeuvre s'adresse d'abord à notre savoir: que pouvons-nous en penser ensemble - et jusqu'oú? elle s'adresse ensuite à notre responsabilité: quelle forme d'attention et de discrétion requiert-elle, quelle sensibilité infinie à la limite du témoignage impossible impose-t-elle? ecrire ce mouvement incessant de l'écriture à la vie, de la vie à l'écriture, à la place du tiers, dans l'attention toujours portée au nom de l'autre, suivant ici le mouvement qui, par la littérature et dans l'amitié de robert antelme, fait advenir la responsabilité à elle-même, la soumet à une reconnaissance illimitée tel est au moins, de cette biographie, l'essai.

  • Ce livre est une imitation des Cahiers qu'une société de lecteurs fidèles consacre à son écrivain favori. Ils rassemblent des textes inédits, des commentaires critiques et une iconographie. Mais cette fois l'écrivain est imaginaire. Il s'agit d'un personnage inventé auquel Jean-Benoît Puech a déjà consacré plusieurs livres : Benjamin Jordane. Les oeuvres présentées ici par des « spécialistes » fictifs se caractérisent par la diversité de leur forme : des écrits de jeunesse proches de la science-fiction ; une pièce de théâtre sophistiquée pour enfants d'autrefois ; une « correspondance littéraire et sentimentale », etc. L'unité de l'ensemble réside dans les thèmes, c'est-à-dire, au fond, dans la personnalité secrète du romancier hypothétique, ou peut-être dans celle de l'auteur réel, dont on découvrirait alors une autobiographie par procuration.

  • " Alors j'ai grandi, je suis sorti à pied de l'enfance. Moi, Gaby simple particulier. Sans savoir vraiment vers quoi je me dirigeais sauf que j'y allais, qu'il y avait un mouvement et qu'il était pour moi ascendant. Je ressentais avec force des aspirations générales, pas toujours claires dans mon esprit mais dont, je crois, les mots et les filles étaient les principales, dans quel ordre pourtant je n'aurais su l'affirmer avec certitude. Il n'était pas d'ailleurs nécessaire qu'il y eût un ordre et si ces aspirations, de façon confuse, me paraissaient principales, il en existait d'autres et pas toujours secondaires. A l'occasion, j'en dirai. " Paris, les filles, la Sorbonne, 1968, la littérature : Gaby, le jeune héros de La Guerre avec ma mère, quitte les bords du Rhône pour les bords de la Seine.

  • C'est comme un météore obscur que Christiane Räntz (1778-1831) traverse une période particulièrement bouleversée de l'histoire allemande.
    Fille des Lumières finissantes, elle meurt au moment où sonnent les premiers clairons du nationalisme germanique. Retracer son parcours fulgurant permet d'observer comment un personnage incarné, qui fut à la fois poétesse lyrique, mystique exaltée, humble domestique et farouche guerrière, finit par se fondre dans l'archétype d'une Allemagne éternelle. Tous les registres sont alors requis dans ce roman à rebondissements : ceux de l'hagiographie classique, de la poésie et de l'épopée, lesquels n'excluent nullement l'humour et la fantaisie.

  • Dix tableaux mettent en scène des femmes seules ou accompagnées, femmes d'hier et femmes d'aujourd'hui, formant comme une tapisserie avec au coeur une trame, des fils qui circulent d'une toile à l'autre.
    Des histoires se nouent, se dénouent, se renouent et sont racontées par Gabriel alias Gaby, Forget, Ratzinger et Marie 3 car il y a eu deux autres Marie. Le décor c'est Paris, la rue de Turbigo, la station Étienne Marcel, la station Raspail, le cimetière Montparnasse. On prend le métro pour circuler, la ligne 4, des gens se croisent sans beaucoup se voir et pourtant tout le monde se connaît plus ou moins directement dans cette histoire, dans ces histoires. On prête au peintre un sentiment désespéré quand il s'agit de peindre la délicate saxifrage qui s'appelle justement le désespoir du peintre, et surtout les femmes. Mais il n'y a aucune raison de désespérer : le tableau et le roman ne sont-ils pas toujours là quand la réalité, elle, n'y est plus ?

  • Tu as été opérée d'une tumeur bénigne au-dessus de l'oreille, tu dors.
    Le fauve silencieux dans la chambre, ta mère, ne se pose encore aucune question sur l'insignifiance de la beauté, l'importance de la beauté. elle cherche ton visage d'animal, les proximités sauvages, ta face humaine et ta vivacité de garenne, la clarté renaissance, la délicate complexité. elle ne retrouve pas l'aspect d'ensemble bien proportionné. elle a beau se dire attendons, il y a là quelque chose qui échappe à la description, une harmonie qu'elle a toujours vue en te regardant, et qui manque.
    Elle guette, se penche sur ta joue du côté opéré, tout semble figé. elle se souvient des mots du médecin, elle a confiance. ça reviendra. du calme, tout reviendra.

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