• Le personnage d'Amphitryon, notait déjà Pierre Bayle dans son Dictionnaire Historique et critique « est moins connu par ses exploits, que par l'aventure d'Alcmène sa femme, qui a servi de sujet aux Poètes comiques ». Au cours du XVIIe siècle, plusieurs comédies brillantes (Rotrou, Molière et Dryden) ont consacré la gloire théâtrale d'un guerrier fait cocu par Jupiter pour que soit engendré le plus grand des héros, Hercule - un cocufiage ignoré de l'épouse elle-même, puisque le dieu y prenait le visage d'Amphitryon. Ces comédies sont des réécritures de l'Amphitruo de Plaute qui a fixé les personnages et le cadre dramaturgique dans lequel s'inscrivent les pièces du corpus étudié, en ajoutant au trio constitué par Alcmène, Amphitryon et Jupiter, deux seconds rôles symétriques, Sosie et Mercure, qui ont augmenté les virtualités du sujet et contribué à faire de la fable d'Amphitryon un mythe identitaire et profondément théâtral.
    A partir de Molière, chez Dryden, puis Kleist, les enjeux philosophiques, sociaux, politiques et métaphysiques ont connu des évolutions que ne révèle pas immédiatement la relative stabilité des invariants mytho-dramatiques et qui ont ouvert la voie à une vague de réécritures modernes et contemporaines ne relevant ni des mêmes conceptions ni des mêmes pratiques de réécriture.
    Cette étude se situe dans la continuité des travaux de Jacques Voisine, Peter Szondi et Hans Robert Jauss qui s'est focalisé sur la problématique identitaire découlant de l'affrontement des doubles. Le double objectif de cet essai de littérature comparée a été d'abord de suivre au plus près des textes le processus de transformation de certaines séquences dramatiques clés (le récit de bataille fait par Sosie, la naissance du héros, la confrontation des doubles, la production de preuves et de témoins, la quête de vérité des personnages.) avant d'interroger le rapport étroit entre la problématique identitaire qui se noue autour de la confrontation des doubles et la dimension métathéâtrale de ce mythe qui a été reconnue par les différents dramaturges pour être amplifiée, ou récusée.

  • Les fresques sociales, dites estats du monde, renvoient à l'univers mental du Moyen Âge, avec sa dialectique entre l'astreinte du groupe et l'essor de l'individu.
    Cet ouvrage propose un " état des lieux " en domaine hispanique, embrassant neuf siècles (600-1500) et trois aires culturelles (Castille, Catalogne, Portugal), soit un corpus de quelque 400 textes. A l'encontre de ceux qui voient dans ces textes un miroir fidèle de la société médiévale, l'ouvrage est novateur par son approche résolument rhétorique. C'est en dégageant, dans une première partie, les lois qui organisent le discours sur les estats que l'auteur mobilise ce corpus foisonnant au service des historiens.
    Dans la seconde partie de l'ouvrage, l'auteur s'intéresse surtout aux récits fictionnels dits " uni subjectifs ", ceux où un seul et même personnage endosse tour à tour plusieurs rôles sociaux. En effet, on a prétendu y voir une ébauche du roman picaresque, ce qui justifie l'analyse minutieuse qui en est faite à partir d'échantillons tirés de Berceo, de Don Juan Manuel, de l'Archiprêtre de Hita et du marquis de Villena, autour d'une typologie narrative comportant quatre récits types fondamentaux.

  • Sir William Jones est considéré comme le plus grand orientaliste de tous les temps. Il fut l'un des tout premiers à apprendre le sanskrit, la langue mère de l'Inde, et le premier à en traduire les trésors littéraires, propulsant ainsi l'Orient d'un espace imaginaire, propre seulement à illustrer toutes les fantaisies des Occidentaux , au statut de grande civilisation, bouleversant à jamais la représentation de l'Inde pour l'Occident. Ce livre se penche sur la question de savoir si la représentation de l'Inde construite par Jones à travers ses écrits et traductions s'avère une manipulation et si elle sert les visées impériales britanniques, comme l'accusation en a été portée ?
    A partir d'une lecture attentive des écrits de Jones, nous avons souhaité en rétablir toutes les nuances, en faire ressortir toute la complexité, en amont comme en aval ; en amont avec une analyse fouillée de l'oeuvre de Jones, en aval en rassemblant une masse de documentation éparse afin d'étudier les procédés qui règlent l'appropriation sociale de son discours à travers deux siècles. Il s'agit ici de confronter, mesurer, remettre en perspective, les points de vue divergents , de façon à faire surgir le lectorat polyphonique de William Jones dans toute sa contradiction, commençant par son ami et premier biographe, Lord Teignmouth, et terminant par des lecteurs, historiens et politologues contemporains afin d'évaluer le poids qu'elle a eu sur l'historicité de l'Inde, et de l'Europe.
    Les trois premiers chapitres sont consacrés à la " contextualisation " de l'oeuvre de Jones, en la replaçant dans son contexte historique et culturel. Les chapitres 4, 5, et 6 explorent les apports de connaissances dans ses écrits, comme les points faibles, pour mieux cerner l'héritage culturel ainsi constitué. Les chapitres 7,8, et 9 sont consacrés à l'analyse détaillée de cet héritage pour une période allant jusqu'au milieu du dix- huitième siècle, soit plus de quinze ans après la publication de la Minute de Macaulay (1835), qui sonnait le glas de la politique indianiste de la Compagnie.

  • Figure de proue des échanges et transferts culturels entre la France et l'Allemagne, Lorenz Stein (1815-1890) mérite aujourd'hui toute notre attention : l'oeuvre de ce sociologue et philosophe du droit qui fut l'un des pionniers de la " science de l'administration ", servit en effet de source d'inspiration à bien des théoriciens de l'Etat social moderne.
    Marx la considérait comme l'une des meilleures sources de la pensée socialiste à ses débuts : un jugement qui fut repris dans la littérature marxiste ultérieure. Stein lui-même, qui avait pris appui, dans son traitement original de la " question sociale ", tant sur la Philosophie du droit de Hegel que sur la nouvelle pensée sociale française (celle de Saint-Simon et de Fourier, en particulier), avait pourtant été très réservé sur les solutions proposées, dans les courants de pensée dits " marxistes ", à cette question.
    Cherchant à éviter toute réponse révolutionnaire, il voulut plutôt faire progresser les réformes sociales, en mettant l'accent sur la nécessité de conduire les classes les plus défavorisées elles mêmes à la propriété et à la culture. Est présentée ici, cent cinquante ans après sa publication mais pour la première fois en traduction française, la première partie de l'Histoire du mouvement social en France, de 1789 à nos jours : le texte même qui, selon Herbert Marcuse, constitue le " premier ouvrage sociologique allemand ".

  • La perte de la langue unique est-elle vraiment un drame? À lire les travaux de nombreux critiques, exégètes ou philosophes contemporains, on pourrait en douter. Si l'image de la tour inachevée évoque encore pour certains un champ de ruines, l'univers babélien qui est le nôtre, celui du multiple, tend souvent désormais à être considéré comme une bienheureuse nécessité - un ordre, au sens le plus noble du terme. La littérature moderne a joué un rôle crucial dans cette volonté d'en finir avec une image négative de Babel. Mais en reprenant ce vieux mythe biblique, des écrivains comme Kafka, Dos Passos, Borges, Pierre Emmanuel ou Paul Auster ne se sont pas contentés d'ouvrir la voie à un renversement axiologique: ils ont subtilement mis au jour le substrat politique, éthique et philosophique du récit, et souligné, en particulier, les enjeux herméneutique et téléologique qui lui sont attachés. Ordre et chaos n'existent qu'à la faveur d'un sens et d'une finalité à l'aune desquels il est possible de les évaluer.

  • Le tournant des XVIIIe et XIXe siècles voit émerger des figures de gens de savoirs qui ont permis à la science, à l'histoire et à la littérature de nouer un dialogue constant et fructueux. Ces personnalités sont d'autant plus intéressantes que savoirs et pratiques scientifiques en sont alors à constituer le processus de leur spécialisation. Étudier ces « passeurs » du tournant des Lumières nous fournit des clés de lecture pour comprendre les relations complexes entretenues par la science et la littérature dans ce moment décisif, ainsi que l'articulation des différents champs, leurs interactions à travers les écrits, l'influence et les variations qu'ils induisent dans le style des auteurs.
    Dans le contexte des Lumières, qui pensent la connaissance en termes encyclopédiques, les auteurs auxquels ce volume s'attache ne peuvent dissocier le point de vue scientifique qu'ils entendent développer d'une pratique exploratoire, d'ordre narratif et subjectif, et d'une vision du monde, d'ordre philosophique, esthétique ou métaphysique. C'est dans cette perspective que les spécialistes de littérature, de géographie, de philosophie, d'histoire de la culture et des sciences, qui ont participé à la présente réflexion, analysent les figures de D'Alembert, Bernardin de Saint-Pierre, Pizzi, Reichardt, Cabanis, Ebel, Michaud et Humboldt, entre autres. Ils interrogent la formation classique qu'ils ont reçue, les outils rhétoriques dont elle les a pourvus, les lectures qui les ont influencés, mais aussi leur positionnement social tout comme le statut littéraire et épistémologique de leurs écrits. Le souci que ces « passeurs » ont manifesté de ne jamais dissocier l'approche scientifique d'une perspective humaniste nous aide à penser notre manière d'aborder les objets de la connaissance au XXIe siècle.
    L'ouvrage se présente comme une série de monographies disposées sous une forme chronologique entre 1750 et 1840, et complétées par la première traduction française d'une étude de F. Orlando sur Ramond de Carbonnières.

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  • L'un des apports des théories et réflexions sur la traduction, à la fin du 20e siècle, a été de mettre en avant la nécessité d'une «archéologie de la traduction». Plusieurs ouvrages ont vu le jour, traitant de divers aspects de l'histoire de la traduction mais il n'existe pas encore d'étude en français sur l'histoire de la traduction en Bulgarie. L'ouvrage a donc pour objet d'instaurer un dialogue entre les cultures française et bulgare aux grands moments fondateurs où elles se forment, et de suivre à chaque fois les modes de traduire qui y ont lieu dans des circonstances parfois très différentes, parfois analogues selon les horizons culturels, religieux et politiques aussi bien des traducteurs, des éditeurs que du public ; les rapports entre le pouvoir et la culture (politiques linguistiques et culturelles des monarques ou gouvernements) ; les relations entretenues par la langue officielle avec d'autres langues jugées dominantes ou plus riches (latin pour la France, grec mais aussi russe et langues occidentales pour la Bulgarie) ; les normes culturelles et linguistiques ; le développement de la littérature d'accueil (en pleine formation ou renaissance, ou au contraire hégémonique). Des conditions différentes peuvent entraîner un mode de traduire analogue (annexant, ethnocentriste ou, au contraire, traduction décentrée, ouverte à l'autre, à son altérité) et inversement.

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  • Si le lexique est clairement identifié et relativement homogène dans les approches spontanées des usagers de la langue française (tout le monde sait ce qu'est un mot, ou une expression, et tout le monde discute de leur sens), il reste un objet traité de manière hétérogène voire éparpillée dans les travaux scientifiques. Les recherches linguistiques sur le système lexical, celles portant sur le développement et l'acquisition du lexique, et enfin celles qui ont trait à son enseignement et son apprentissage constituent en effet des champs d'étude bien distincts, entre lesquels les points de passage, s'ils sont obligés, restent cependant difficiles. L'ouvrage se propose donc de relier les problématiques de développement didactiques et linguistiques, qui s'appuient elles-mêmes sur des méthodologies variées : démarche expérimentale, observations en contexte de type "écologique", appui sur des textes ou des corpus. Il présente d'abord l'état des recherches dans le domaine du développement lexical précoce, entre 1 et 4 ans. La question de l'apprentissage est ensuite posée, à travers l'étude de contextes spécifiques (apprentissage d'une langue étrangère ou d'une langue seconde, apprentissage du lexique chez des enfants retardés mentaux). La partie suivante propose des pistes didactiques pour relier lexique et lecture, lexique et productions d'écrits. Une dernière section regroupe des contributions montrant la nécessité d'impliquer le niveau discursif dans l'apprentissage lexical, notamment à travers la question de la gestion de référence et celle de la prise en compte de la stéréotypie.

  • Symboles chargés de positivité, mythes héroïques, thèmes contigus et intertextualité implicite ou explicite consacrent le thème de l

  • Il s'agit de la première traduction française intégrale d'une ¦uvre importante de la littérature médiévale hispanique à partir du texte de l'édition de Séville (datant du début du 16e siècle). La date de composition de ce texte est toutefois bien plus ancienne (14e ou 15e siècle). Cette ¦uvre castillane sert en réalité de trait d'union entre des modèles français (perdus pour certains) qu'elle tente d'adapter et l'autre adaptation ibérique (portugaise) qui lui a aussi servi de modèle. La traduction se veut plutôt littérale et cherche à éviter les reconstructions artificielles d'un style troubadour ou encore les archaïsmes de mauvais aloi. Elle a été pensée pour permettre la comparaison avec les textes médiévaux français (lorsque ceux-ci sont conservés et ont pu servi de modèle à l'adaptateur castillan) mais aussi avec le texte portugais. Une courte introduction donne les éléments indispensables de situation historique et littéraire du texte en le replaçant dans la galaxie européenne des romans du Graal. La traduction intégrale est suivie d'une table des matières (avec l'ensemble des intitulés de chapitres : plus de 400 au total). Une sélection bibliographique conclut l'ouvrage.

  • Une croisière inattendue à travers l'univers de la littérature française : vingt-six escales, avec une excursion dans la Grèce antique. Les textes sont pris chez les écrivains majeurs des 19 et 20e siècles avec une prédilection pour Stendhal, Char et le nouveau roman (Simon, Butor). Deux études mènent une réflexion approfondie sur le rapport entre roman et peinture. La rigueur de la démarche critique est associée à un ton libre.

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