Amaury Du Closel

  • Dès leur arrivée au pouvoir, les dirigeants nazis entreprennent une éradication de " l'art dégénéré " (entartete kunst), fondée sur une normalité créatrice visant à rejeter toute avant-garde au nom de la pureté de la race aryenne.
    La notion même de "musique dégénérée" (entartete musik), objet d'une exposition qui se tient en mai 1938 à düsseldorf, ne fait pourtant que démontrer la diversité des styles concernés et le caractère éminemment racial et politique des critères retenus. c'est ainsi que de très nombreux compositeurs et interprètes, taxés de judaïsme, de dégénérescence ou de bolchevisme, ont perdu, et ce dès 1933, tout moyen d'expression et de subsistance.
    Premier du genre publié en français, cet ouvrage s'attache à replacer dans son contexte idéologique et institutionnel cette répression mise en oeuvre par le iiie reich et qui s'étendra à tous les pays annexés ou occupés. mais il décrit également les destins individuels de ces "voix étouffées" : de l'exil volontaire ou intérieur à la disparition dans les camps de concentration. il dresse ainsi l'inventaire de plus de deux cents compositeurs, inconnus aujourd'hui pour la plupart, auteurs parfois d'innombrables chefs-d'oeuvre condamnés à l'oubli, et qui constituent autant de clés pour la compréhension de l'histoire de la musique du xxe siècle.

  • Si Hitler et sa politique criminelle avaient triomphé durant la Seconde Guerre mondiale, le public n'aurait jamais plus eu accès aux écrits de Thomas Mann et aux oeuvres de compositeurs aussi célèbres que Félix Mendelssohn, Gustav Mahler, Kurt Weill ou Arnold Schönberg. Le national-socialisme en interdit la publication, l'enregistrement, la radiodiffusion et l'exécution parce qu'ils émanaient d'écrivains et de musiciens juifs ou d'avant-garde. Les quatorze contributions constituant « Déracinements » racontent - ou évoquent - le sort terrible, parfois tragique, de ces artistes contraints à l'exil en France, aux États-Unis et ailleurs, quand ils ne furent pas déportés et assassinés à Sobibor comme Alfred Tokayer.
    Cette galerie de destins permet de relater une histoire de la musique du vingtième siècle bien différente des idées reçues. On y rencontre notamment des personnalités légendaires comme Artur Schnabel ou Theodor W. Adorno, ainsi que Norbert Glanzberg (l'auteur de la célèbre chanson « Padam, Padam ! » écrite pour Edith Piaf), Salvador Bacarisse (réfugié à Paris pour échapper à la répression franquiste) ou Aldo Finzi (espoir de la musique italienne encouragé par Toscanini et victime de la violence antisémite du Troisième Reich).

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