Vrin

  • La puissance de la musique est un thème rebattu. Nombreux pourtant sont ceux qui échappent à l'attraction des oeuvres les plus célèbres. Pour comprendre comment cet art peut se révéler tour à tour irrésistible et impuissant, il faut s'interroger sur son mode spécifique d'action. Plusieurs hypothèses ont été avancées à ce sujet, séduisantes mais contradictoires. Pour compléter ces analyses classiques, on propose ici d'explorer une autre voie : au lieu de faire tout reposer sur les intentions des compositeurs ou l'analyse des oeuvres, on a voulu privilégier le point de vue de l'auditeur et s'interroger sur le rapport très particulier entre l'objet musical et les émotions. Mais cette tentative n'a d'intérêt que si l'on ne se contente pas de les mettre en relation, c'est la manière dont l'auditeur accueille la musique et s'en empare qui apparaît comme l'élément décisif.
    En Annexe, on trouvera une large revue des solutions variées que J.-S. Bach apporte à la relation entre le texte et la musique.

  • Définir la connaissance, mettre à l'épreuve la justification de nos croyances, tels sont les objectifs de l'épistémologie contemporaine. Mais la vie de la pensée est aussi, comme toute vie, chargée de valeurs. Elle a ses vertus et ses vices.
    Bien ordonnée, cette vie est divine, pensait Aristote. Thomas d'Aquin insiste sur des vertus comme la studiosité ou l'humilité. À leur suite, ce livre invite à repenser l'épistémologie comme une éthique intellectuelle.

  • Philosophies de Marx, au pluriel. Cela veut dire qu'il y a bien de la philosophie chez Marx, mais que cette philosophie ou plutôt ce philosophique résiste à son unification et s'affirme comme pluriel. Sans doute aura-t-il fallu que l'on renonce à unifier la pensée de Marx en une doctrine pour la redécouvrir comme philosophique. Le présent ouvrage se propose d'exposer ce pluralisme philosophique marxien sous trois rapports qui s'imposent plus que d'autres mais qui ne sont pas exclusifs d'autres : la philosophie de l'activité, la philosophie sociale, la philosophie critique. Ce sont trois directions dans lesquelles le philosophique chez Marx a insisté et a cherché à se déployer, mais sans jamais se stabiliser ni s'unifier - sinon peut-être tendanciellement dans la troisième perspective, qui ne désigne cependant pas une doctrine mais une attitude critique. Plus qu'une philosophie, ce que Marx nous a transmis est une certaine pratique de la critique dans la théorie (qu'on peut appeler « philosophie ») et la tentative de l'articuler aux pratiques sociales elles-mêmes critiques.
    Franck Fischbach est professeur à l'Université de Strasbourg.

  • Dans ce livre, Markus Gabriel poursuit, étend et approfondit sa réflexion sur la théorie de la connaissance et l'ontologie. Ces Propos, conçus lors d'un séjour en France et adressés en premier lieu à toute une série d'interlocuteurs français, reflètent l'importance et la vivacité du dialogue franco-allemand au sein de la philosophie contemporaine. Dans une introduction approfondie, Markus Gabriel revient plus particulièrement sur le débat autour du réalisme et ses différentes versions : métaphysique, sémantique et, plus récemment, celles que l'on a regroupées sous l'appellation de "nouveau réalisme".
    Le concept de réalité qu'il y défend, sous la forme d'une ontologie des champs de sens, se distingue de ceux que proposent, par exemple, le contextualisme de Jocelyn Benoist ou le constructivisme social de Maurizio Ferraris. Prenant la mesure de ces différences, toutes philosophiquement enrichissantes, Markus Gabriel revendique un réalisme "neutre" qui, au fil de ces Propos, se déploie en interrogeant les notions d'existence et de non-existence, de réalité et de fiction, de connaissance ordinaire et de perception, ainsi que le sens même de notre humanité.

  • L'auteur pose à nouveau frais la question de ce qu'est la philosophie. Une question aussi vieille que la philosophie elle-même. Au travers du tableau dressé de l'état de la philosophie, de ses questions ultimes et de ses origines, mais aussi de sa méthode et de son argumentation, ou encore de son rapport à l'art, la religion et les sciences, comme de toutes les autres questions abordées ici par l'auteur (la métaphysique, la réalité, le sujet, la politique, la morale, l'homme, etc. ), il ressort en effet que la philosophie elle-même est essentiellement recherche, ou quête : la philosophie est questionnement radical. Ce questionnement, en tant que tel, est toutefois resté non questionné dans l'histoire de la philosophie.

  • Ludwig Wittgenstein (1889-1951) est désormais reconnu pour l'un des plus grands philosophes du XXe siècle; il reste cependant à part. Philosophe phare de la philosophie analytique naissante, il ne cadre pas avec elle, ou ce qu'elle est devenue. C'est évidemment un philosophe, mais il fait une critique de la philosophie. Il paraît «ne faire que détruire tout ce qui est grand et important (... en ne laissant que des débris et des gravats.)» (Recherches Philosophiques, §118). Mais c'est pour détruire ou renverser notre idée de ce qui est «grand et important», nous ramener à la vie et au langage ordinaires. Un ouvrage de synthèse, par une des spécialistes de l'auteur, qui propose une lecture d'ensemble de l' oeuvre de Wittgenstein, du Tractatus aux derniers écrits, en suivant son fil directeur: le rapport du sens et de l'usage.

  • Alors que le problème de la perception n'est autre que celui de notre rapport même à l'être, la tradition philosophique l'a largement négligé. La chose perçue est le plus souvent confondue avec une collection de qualités sensibles ou rabattue sur l'objet intelligible : la perception est méconnue au profit de la sensation ou de l'intellection. Il revient à la phénoménologie husserlienne d'avoir mis en évidence, avec la théorie de la donation par esquisses, l'originalité de la présence perceptive : le propre du perçu est de s'absenter de ce qui le présente, d'excéder toujours ce dans quoi il se donne. La question que Husserl permet alors de poser, sans parvenir à la résoudre complètement, est celle de la nature véritable du percevant et du sens d'être du perçu.
    Cet ouvrage tente d'esquisser une réponse en rapportant la perception à l'activité d'un sujet vivant et en opposant par conséquent à la plénitude de l'objet, sorti du néant par un regard purement théorique, un monde dont la profondeur répond à l'insatisfaction qui caractérise la vie.

  • La philosophie anthropologiste contemporaine fait de la technique un outil ou un moyen au service de l'humanité. Mais la Technique n'est-elle pas devenue un milieu englobant et un processus autonome manipulateur potentiel de toutes les dimensions humaines, de sorte que les catégories traditionnelles de la philosophie semblent trop courtes et désuètes pour l'appréhender ? Dans quelle mesure la Technique gouverne-t-elle subrepticement les signes en sécrétant des idéologies, et dans quelle mesure ceux-ci peuvent-ils infléchir le processus technique : qu'en est-il de l'éthique à l'heure où la question sans fond est peut-être moins « Qu'est-ce que l'homme ? » que « Qu'allons-nous faire de l'homme ? ».
    Voilà quelques-unes des interrogations de cet essai dont l'auteur refuse simultanément la résorption technicienne de la philosophie (dans la logique, la linguistique, les sciences humaines...) et la cécité ou le mépris de la philosophie à l'égard de l'univers technicien.

  • Il arrive que nous fassions du bien ou du mal aux autres. Mais il arrive aussi que nous fassions certaines choses qui se révèlent faire du bien ou du mal à d'autres gens, plus ou moins éloignés de nous dans l'espace et dans le temps, dont le visage et la vie nous sont inconnus. Ces biens et ces maux, qui sont des effets collatéraux ou externes de nos actions, supportent-ils un traitement moral comparable à celui que nous réservons aux biens et aux maux que nous faisons délibérément aux autres? L'éthique traditionnelle des interactions de face à face peut-elle s'appliquer sans injustice aux interactions collatérales ou externes? Le mélange d'innocence et de responsabilité qui est caractéristique des nuisances comme des bienfaits externes plaide pour l'élaboration d'une éthique des externalités, une éthique faite pour la vie dans la Grande société, une éthique qui ne fasse plus systématiquement payer les pollueurs, mais aussi, et peut-être d'abord, les pollués.

  • Le début du XXIe siècle a été marqué par le retour du réalisme en philosophie. Sous ce nom, on trouve cependant des doctrines et attitudes variées. Ce livre en propose une évaluation critique et développe une interrogation sur la signification de cette exigence réaliste. Il défend l'idée que, s'il faut maintenir la fonction critique, donc de départage, de la notion de « réalité », son sens n'implique pas qu'on doive ou puisse lui attribuer une adresse fixe, mais au contraire l'exclut. Il faut faire droit au caractère intrinsèquement contextuel du réel. Il faut également lui reconnaître une irréductible pluralité de dimensions, qui fait des expériences esthétique - requalifiée comme poétique - ou morale aussi bien qu'épistémique autant d'épreuves essentielles du réel.

  • Par sa mise en question d'une conception moderne de l'esprit et de la pensée - apparue avec Descartes, dominante dans la phénoménologie et toujours présente dans les sciences cognitives - Wittgenstein a assuré une voie d'accès à la philosophie de Thomas d'Aquin, au moins à sa conception de la pensée et de l'esprit. C'est en allant de Wittgenstein vers l'Aquinate que des philosophes britanniques, comme Peter Geach, Elizabeth Anscombe, Anthony Kenny, ont développé une lecture du Docteur angélique et de l'auteur des Recherches philosophiques. Mais pourquoi et comment une interprétation de Wittgenstein peut-elle être une invitation à la lecture de la Somme théologique ? Ce livre se propose de le montrer.

  • Quand et comment parlons-nous de réalité ? Quelle est l'influence du réel sur nos pensées ? En s'opposant au réalisme métaphysique, Jocelyn Benoist apporte un éclairage au concept de « réalisme ». Que faisons-nous de ce que nous avons ? L'ouvrage pose la question de la réalité avec les outils conceptuels de notre philosophie contemporaine tels que la perception, la pensée, la représentation, l'intentionnalité, ou encore le contexte. Sur le registre de la philosophie de l'esprit, l'auteur s'interroge au final sur la capacité de la pensée à se rapporter au singulier. Ce qu'on appelle « réalité » se découvrira ainsi un trait de notre esprit même : ce par rapport à quoi celui-ci, dans ses attitudes et ses contenus, a seulement un sens - c'est-à-dire peut, selon sa vocation propre, en déployer un.

    Jocelyn Benoist est professeur à l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne et chercheur aux Archives Husserl de Paris.

  • « L'hystérique, c'est à la fois celui qui impose sa présence, mais aussi celui pour qui les choses et les êtres sont présents, trop présents, et qui donne à toute chose et communique à tout être cet excès de présence » (Deleuze). L'essai de Jean-Christophe Goddard porte tout entier sur cette présence excessive ou cette station dans la présence du sujet hystérique et sur la manière dont elle fournit à la philosophie française contemporaine le paradigme d'une nouvelle subjectivité, d'une nouvelle manière d'être soi-même, qui conjugue la plus immédiate présence à soi et la plus grande ouverture à l'imprévisible, la singularisation la plus extrême et l'universalisation la plus absolue. Une telle station ambivalente, athlétique, du sujet, à la fois isolé en propre et disséminé en tous, ne va toutefois pas sans l'application à soi d'une certaine violence, dont J.-Ch. Goddard souligne la parenté avec la violence du meurtre sacré qui est au fondement de tout ordre humain. Il met singulièrement en valeur la manière dont la pensée française de la seconde moitié du XXe siècle installe la Figure de l'hystérique précisément à la place de Dionysos-Zagreus, attendant de la subjectivité émissaire et créatrice qu'elle incarne de pouvoir seule sauver l'humanité du chaos. En cette mesure, il jette les bases d'une anthropologie de la pensée contemporaine.

  • Contradictions de l'individualisme, embarras du pluralisme, antinomies du productivisme, autant de tensions morales et politiques qui installent la civilisation européenne dans un sentiment de déclin et d'impuissance. Nos héritages contradictoires causent en partie ce désarroi, mais la gestation d'un monde en formation réclame en urgence un ressourcement créateur d'une société ouverte, de l'intérieur, par sa propre puissance de sublimation symbolique. Quand la réalité devient un ensemble de signes, d'informations, de savoirs, d'images, d'arguments et de récits, les moralismes doctrinaires sont dépassés. On s'intègre dans un tel monde comme traducteur ou inventeur, herméneute, esthète, diffuseur et révélateur de sens.

  • Comment la raison normative évalue-t-elle les maximes d'action fournies par la raison commune ? Afin de répondre à cette question, le présent ouvrage étudie les transformations des concepts kantiens de liberté à partir de la Critique de la raison pure ; puis il expose la théorie kantienne de la normativité en réinterprétant la « loi fondamentale de la raison pure pratique » et le « fait de la raison » ; il établit alors qu'il y a une théorie pure de la normativité juridique (une métaphysique du droit) ; enfin, examinant les rapports de la philosophie pure (métaphysique) et de l'anthropologie, il s'interroge sur l'existence d'une philosophie de l'histoire chez Kant, et suggère pour finir que le kantisme dessine la perspective d'une rationalité incarnée dans des pratiques et des institutions, ce qui n'est pas sans annoncer la conception hégélienne de la Sittlichkeit.

  • Quel est le rapport entretenu par Descartes entre la notion de promesse et le contexte moral? Pourquoi Descartes ne valorise-t-il pas la promesse, dans sa morale provisoire, alors qu'il valorise la persévérance dans les règles que l'on se fixe à soi-même ? En réalité si toute la morale provisoire de Descartes consiste à restreindre sa liberté, en vue de la plus juste des actions, on peut alors tenter de regarder son engagement personnel, moral et existentiel à travers sa correspondance : on y voit le maintien d'une liberté absolue, et la fidélité résolue à une règle de vie. Cet ouvrage présente dans ce cadre, une enquête systématique sur la « promesse » chez Descartes et tout ce qui s'y rattache (« voeux », « contrats », « engagements », « obligations » ou « résolutions »).

  • L'activité du corps vivant précède notre conscience du corps vécu et produit en nous des gestes involontaires : émotions, vertige, orgasme, réminiscences et douleurs. Sentir son corps vivant nous éveille à une nouvelle connaissance de soi et d'autrui, et exige une attention à soi dans le cours de notre existence, mais aussi à travers une intercorporéité. En s'appuyant sur les neurosciences in vivo et les techniques immersives, l'auteur analyse les apports d'une phénoménologie neurobiologique de l'action, décrit l'écologie corporelle à partir de l'activation prémotrice du vivant, et dévoile ces émersions expérientielles qui éveillent dans le vivant des capacités inédites. Il nous présente ainsi l'émersiologie, une philosophie du corps qui lie le vivant et le vécu et propose de dynamiser nos sensations profondes pour changer notre schéma corporel et notre action dans le monde.

  • L'opinion publique existe-t-elle vraiment? Ou s'agit-il d'une simple illusion, héritée des Lumières? Le propos de Bertrand Binoche est plus nuancé. L'opinion - la doxa longtemps méprisée par les philosophes - devient publique à mesure que la religion devient privée. Au départ de cette hypothèse, il y a le constat d'une coïncidence historique: vers 1750, en même temps que l'opinion publique reçoit sa signification moderne, et ainsi une nouvelle dignité, l'idée de tolérance prend son plus bel essor. Afin de comprendre ce qu'est l'opinion publique, il faut donc d'abord s'interroger sur ce qu'est la tolérance, qui se trouve à l'origine de la disjonction entre la religion et le lien civil.
    L'auteur nous invite à redécouvrir l'histoire conceptuelle de la notion d'opinion publique par un retour aux sources. Parlant en philosophe, il fait ressortir une évolution parsemée de paradoxes et d'équivoques, qui apporte un nouvel éclairage à la question.

  • Le corps vivant nous parle par ses micro-mouvements involontaires : tressaillement des muscles, microtensions des membres, réflexes... L'émotivité des traits du visage n'est pas seulement non verbale, mais également kinésique. C'est en ce sens que l'on peut parler de la langue du corps vivant. Mais parler avec le corps ne signifie pas parler le corps. Car quel est le rôle de la conscience du corps vécu dans le langage du corps ? La langue secrète du corps peut-elle réduire l'émersion du vivant corporel à une communication non verbale ?
    Ce second tome de l'Émersiologie s'attache à montrer ce que le vivant dit de notre corps, ce que notre corps dit sur nous, et caractérise le langage qui rend possible cette relation.

empty