Vrin

  • Le groupe Ars grammatica poursuit, avec les livres 11 à 13, la traduction de la Grammaire de Priscien. Cette oeuvre majeure de l'Antiquité tardive, écrite à Constantinople au début du VIe siècle, est à la fois une synthèse et une refonte de la grammaire antique. Priscien y agrège les innovations alexandrines et les visées bilingues de l'enseignement pratiqué par les Latins en territoire hellénophone. Pilier de la culture occidentale, ce texte a été l'un des vecteurs essentiels de la description linguistique complexe à l'époque médiévale, et son influence a des échos jusqu'à l'âge classique.
    Ces trois livres (livres 11 à 13) sont consacrés au participe et au pronom. Ils occupent dans l'ensemble de l'oeuvre une place centrale, après les deux classes principales, le nom et le verbe (livres 2 à 10), et avant les invariables (livres 14 à 16). Parties du discours de plein droit, participe et pronom sont associés par Priscien en raison des liens particuliers qui les unissent chacun aux deux classes principales.
    Ce parcours au coeur du système linguistique du grec et du latin est illustré par un appareil d'exemples et de citations littéraires d'une exceptionnelle richesse, et s'appuie sur une ample terminologie technique, où s'affinent des concepts aujourd'hui usuels, comme la transitivité.
    L'ouvrage comporte une introduction générale, le texte latin accompagné des loci similes, une traduction annotée, une bibliographie sélective et quatre index.

  • La Poétique porte sur la composition d'un type d'histoire, histoire étant ici une simulation de récit. Mais pour quelle raison Aristote a-t-il écrit un tel ouvrage ? Et comment cet ouvrage s'insère-t-il dans son corpus ? Le présent travail est une réponse à ces deux questions, une réponse après laquelle la Poétique n'est plus la même : la catharsis disparaît de la définition de la tragédie ; son second livre n'est sans doute pas perdu... L'auteur répond aussi à une troisième question : pourquoi peut-on encore s'intéresser à la Poétique ? Il propose ainsi une lecture actualisante, où non seulement il confronte Aristote avec des penseurs modernes et contemporains, mais où il prend parti. Le sous-titre, Diagoge - « passe-temps intellectuel » - ne fait que condenser en un seul mot sa réponse à ces trois questions.

  • Cet ouvrage part d'une question simple dans son énoncé et pourtant complexe dans sa solution : c'est la question du principe unique et absolu du tout. Pourquoi et comment en parler? En quoi résident sa nécessité, son importance et son sens pour la pensée? Cette question trouve une réponse radicale à la fin de la tradition néoplatonicienne, notamment chez Damascius, dans son Traité des premiers principes. Bien que ce problème ait toujours été présent sous le calame des philosophes héritiers de Platon (à commencer par Plotin), ce n'est qu'à la fin de cette tradition - et dans sa phase éminemment critique - que le principe premier a été abordé frontalement, par l'entremise du doute radical, afin d'en acquérir une certitude ultime et d'identifier sa présence subtile dans la réalité, ainsi que dans la pensée elle-même.

  • Pendant cinq siècles, de 300 av. J.-C. jusqu'au crépuscule de Marc Aurèle, la philosophie stoïcienne domina la culture antique. Encore aujourd'hui, notre grammaire, nom logique et notre linguistique sont les héritières plus ou moins conscientes de l'une des trois parties de cette philosophie, la dialectique. Dès l'enfance, l'une de nos premières leçons de grammaire, la distinction du nom commun et du nom propre, était en fait une leçon de dialectique stoïcienne.
    Nous parlons et nous pensons donc souvent en stoïciens, sans même nous en rendre compte. Si nous voulons comprendre pourquoi, nous nous heurtons à la disparition des textes fondateurs.
    En effet, la dialectique stoïcienne dans sa forme classique fut l'oeuvre de Chrysippe (280-204 av. J.-C.), dont les 311 volumes qu'il écrivit sur cette question, notamment ses Recherches logiques, furent sans doute la plus extraordinaire somme de logique de l'Antiquité.
    De cette oeuvre immense ne reste que quelques pages.
    Ce livre est la première reconstruction synthétique de la dialectique stoïcienne dans son ensemble, car les études antérieures n'en ont souvent reconstruit que des parties. Son point de vue est en outre entièrement nouveau.
    En effet, d'après les histoires de la philosophie, la dialectique a connu son heure de gloire avec Platon, a été - minimisée par Aristote avant de devenir un des " arts libéraux " de l'université médiévale et de renaître sous une autre forme dans l'idéalisme et le matérialisme allemands du XIXe siècle.
    Ce sont les histoires de la logique qui nous apprennent que les stoïciens ont développé, un siècle après Aristote, la forme antique de la " logique des propositions ", complément de l'analytique d'Aristote.
    En réalité, les stoïciens n'avaient pas une logique au sens moderne du terme, mais une dialectique, c'est-à-dire une technique de l'argumentation dialoguée. La conception complexe, à première vue multiple et équivoque de la dialectique stoïcienne reçoit ainsi un éclairage inédit, qui permet de comprendre son originalité et d'en réinterpréter la place dans l'ensemble du système.
    Cela nous permet aussi de mieux comprendre le sens des disciplines qui en sont les héritières infidèles.

  • Le livre XVIII - qui est le dernier livre de l'Ars de Priscien dont l'ensemble sera traduit par le groupe Ars Grammatica - continue et complète l'analyse de la syntaxe, inaugurée dans le livre XVII (Vrin, 2010). Après avoir traité des équivalents de l'article grec et des pronoms dans le livre précédent, Priscien étudie ainsi les noms - construction des cas, et notamment construction adnominale des cas - et les verbes - construction des modes et rection verbale (ou construction adverbale des cas). Il fait à la fois preuve d'originalité et d'hétérogénéité, notamment dans la deuxième partie du livre XVIII, qui propose un catalogue de 340 notices portant sur divers points de grammaire. Ce catalogue est structuré à la manière d'un dictionnaire, c'est-à-dire selon l'ordre alphabétique des termes qui servent d'entrée au point étudié.

    Texte latin, traduction introduite et annotée par le Groupe Ars Grammatica.

  • Le livre 17 de l'Ars de Priscien occupe une place de premier plan parmi les vecteurs culturels de l'Antiquité tardive. Avec ce livre, le grammairien latin de Constantinople inaugure l'analyse consacrée à la syntaxe. S'emparant des travaux novateurs de la science alexandrine sur la suntaxis, Priscien innove à son tour en les adaptant au latin et en les intégrant à l'ensemble de l'exposé grammatical.
    L'originalité des conceptions développées dans ce livre montre la vitalité constante de la réflexion antique sur le langage, et la diversité de points de vue dont est faite l'histoire de cette réflexion. La répartition des éléments, leur organisation, les concepts qui fondent leur analyse, sont souvent très différents des représentations actuelles.
    Mais ce livre contient aussi certains des fondements de la syntaxe moderne. La conception de la figure, non plus comme écart fautif ou excusé, mais comme rouage interne de l'explication syntaxique, donnera naissance dans la grammaire médiévale aux figures de construction, qui sont elles-mêmes à l'origine de la syntaxe de l'accord; de même, la notion de transitio, héritée mais transformée, est la source de la transitivité des grammairiens modernes.
    Le groupe Ars grammatica, qui réunit des spécialistes aux points de vue distincts et complémentaires, latinistes, philologues et historiens de la grammaire, ouvre dans cette collection, avec le livre 17 qui en est comme le sommet, la traduction de l'ensemble de l'Ars de Priscien.

  • Les émotions constituent un défi dans l'éducation platonicienne. Elles sont des réactions aux valeurs du bien, du beau, du juste, et elles les véhiculent dans l'action. Que les affects et les émotions n'entravent pas la moralité de l'agent est une première étape dans l'éducation ; mais qu'ils la soutiennent en est une seconde, et telle est la tâche du philosophe, du législateur et du pédagogue. La présente étude répond à la question de savoir ce qui dans l'âme individuelle et collective doit être éduqué et par quels moyens. Platon établit une psychologie morale et politique en prenant soin de cerner un intermédiaire, le thymos, entre les différents pôles de la vie psychique que sont la raison et le désir. Dans les dialogues, Platon fait du thymos et de ses équivalents fonctionnels autant de médiations où le moi se construit et se définit dans ses rapports avec sa raison et ses désirs, avec son corps, avec les autres citoyens.

  • L'action déterminée est-elle libre ? C'est là une question centrale dans la théorie de l'action proposée par les premiers stoïciens (IIIe siècle av. J.-C.). Cette question est en effet au coeur de la tension qui surgit sous différentes formes dans la psychologie et dans l'éthique stoïcienne. Défendant une thèse « compatibiliste » qui associe déterminisme et autonomie, ce livre montre que, contre l'interprétation usuelle, la relation entre liberté et déterminisme est, dans l'ancien stoïcisme, une relation de dépendance, car la détermination de l'homme est la condition de sa vraie liberté qui n'est, elle-même, que la manifestation d'un rapport à l'univers dont l'homme se perçoit comme l'une des parties ; et la théorie stoïcienne de l'action est une théorie dont la cohérence n'apparaît que si ses différentes parties - la psychologie de l'action, la théorie des vertus et celle de la liberté - ainsi que les paradoxes qu'elles engendrent sont pensés ensemble.

  • La notion de substrat a acquis progressivement une place centrale dans la philosophie ancienne, en particulier chez Aristote et chez les Stoïciens. Elle permet au premier, dans les textes de la Physique et des Catégories, de penser par exemple les notions de matière et de substance, de même qu'elle intervient dans la constitution de son projet métaphysique qui fait de la substance l'objet de la science recherchée. Les stoïciens aussi accordent une grande importance à cette notion puisqu'ils en font le premier des genres à partir desquels ils analysent toute réalité. La notion de substrat est donc au coeur de la réflexion sur la question de l'être et son rôle est déterminant pour comprendre le traitement que reçoit cette question, de même que pour saisir le sens de la discipline (la métaphysique) qui prétend en faire son objet propre. Que devient cette question chez un auteur comme Plotin, avec lequel commence la tradition dite néoplatonicienne ? L'hypothèse de ce livre est que Plotin l'aborde en cherchant à défaire le lien établi avant lui, entre la substance et le substrat, et plus largement entre la métaphysique comme science de l'être et la question du substrat. Une nouvelle conception de l'être en résulte, qui repose sur des modèles originaux (l'implication et la coexistence) que l'on s'attache ici à mettre à jour et qui permettent de saisir la place singulière qu'occupe la pensée de Plotin dans l'histoire de la métaphysique.

  • À la fin du IVe siècle, un certain Calcidius, qui reste encore inconnu, a traduit et commenté les pages du Timée de Platon concernant la fabrication de l'âme et du corps du monde et de l'homme. Dans ce vaste ensemble de 355 chapitres, un premier tiers offre une exégèse centrée sur les sciences de l'époque, le reste présentant une allure plus philosophique.
    Étonnant recueil - unique dans toute la littérature latine - de théories scientifiques autrement inconnues, le commentaire de Calcidius occupe de surcroît une place centrale dans la transmission des théories philosophiques de l'Antiquité au Moyen Âge et à la Renaissance. Ce fut le seul moyen, avec les traductions de Cicéron, d'avoir un accès en latin à une interprétation médio-platonicienne du Timée de Platon, le seul récit païen pouvant faire concurrence à celui de la Genèse.
    Béatrice Bakhouche est professeure de langue et littérature latines à l'Université Paul Valéry-Montpellier III

  • Le groupe Ars grammatica poursuit, avec les livres 14 à 16, la traduction, jusqu'alors inédite, de l'Ars Prisciani, somme de la grammaire antique écrite à Constantinople au début du VIe siècle, travail amorcé par le Livre XVII - Syntaxe I (Vrin, 2011). Les livres 14 à 16 sont consacrés aux parties du discours invariables : la préposition, l'adverbe et son appendice l'interjection, la conjonction. Les problèmes linguistiques soulevés traversent toute l'histoire de la grammaire antique : Priscien en propose l'ultime version qui constituera le plus souvent le socle de la réflexion médiévale, voire de la grammaire classique. La traduction de ces livres montre dans le détail les difficultés rencontrées par le grammairien. L'élaboration de cette description peut ainsi être suivie dans chacune de ses étapes et de ses dimensions - avec en arrière-plan la constante confrontation du matériel linguistique latin avec le grec : Priscien conçoit la grammaire dans une perspective de comparaison entre les deux langues.
    Le groupe Ars grammatica est composé de spécialistes aux points de vue distincts et complémentaires, latinistes, philologues et historiens de la grammaire.

  • Plus de six siècles après leur rédaction, Plotin entend réfléchir l'une des difficultés principales des dialogues platoniciens, celle de la « participation » du sensible à l'intelligible.
    Le présent ouvrage examine les aspects, les moyens et les précédents de cette réflexion néoplatonicienne de l'oeuvre platonicienne, en montrant combien le motif de l'imitation ( mimésis) y joue un rôle déterminant. La formule plotinienne de la participation, celle dont on montre ici qu'elle est prononcée par son ontologie aussi bien que par son épistémologie et son éthique, est la suivante : « toutes les choses, autant qu'elles le peuvent, imitent le principe ». Historien de la philosophie ancienne, l'auteur du présent ouvrage propose une lecture originale et érudite du néoplatonisme plotinien.

  • Le statut de l'éthique dans l'oeuvre de Plotin est controversé : on reproche à Plotin une éthique élitiste qui ne s'adresserait qu'aux sages. Pourtant, celui-ci attribue à sa philosophie une visée particulière : celle de ne pas se croire le seul vertueux. Il oppose cette orientation à celle de ses contemporains, les Gnostiques. Ainsi, nous constatons une étonnante similarité entre la critique plotinienne adressée aux Gnostiques et la critique moderne émise à l'encontre de Plotin. Cet ouvrage s'efforce néanmoins de trouver dans l'oeuvre de Plotin des éléments ayant trait à un véritable souci éthique, en proposant une étude de la figure emblématique du sage, le spoudaios, telle qu'elle se profile dans les Ennéades, en particulier dans le traité I 4 [46].

  • Tous deux disciples de Socrate mais l'un, plutôt philosophe, l'autre, plutôt historien, Platon et Xénophon ont connu une postérité critique différente et souvent cloisonnée. Ce livre cherche au contraire, par l'association de deux notions, le trouble et l'ordre, à rapprocher les deux hommes afin de mieux les comprendre : constater ce qu'est le trouble, c'est aussi envisager un ordre.

  • Le stoïcisme ne propose pas seulement des moyens pour vivre sa doctrine et des arguments pour la défendre : il les insère dans une théorie de la pratique qui analyse les conditions de possibilité et d'efficacité de toutes les activités humaines, depuis les mouvements spontanés du corps jusqu'aux déductions du philosophe. À partir de la notion d'« usage », cette étude originale propose une lecture transversale du stoïcisme comme pragmatisme.

  • Le platonisme ne se réduit pas à l'exégèse des dialogues de Platon; il se nourrit de la confrontation avec Aristote et les écoles de philosophie hellénistiques. C'est pourquoi cet ouvrage se présente comme une recherche sur les rapports entre le platonisme et les stoïciens, les épicuriens et les sceptiques à l'époque impériale. Derniers arrivés sur la scène philosophique, les platoniciens prétendent être les seuls à pouvoir résoudre les problèmes que leurs adversaires avaient soulevés. Pour ce faire ils s'approprient certaines notions et certaines doctrines de ces écoles - celles des stoïciens en particulier -, en leur donnant un sens métaphysique. Contre l'empirisme des philosophies hellénistiques, ce sont donc les Idées qui deviennent le modèle de toute réalité et le véritable critère de la connaissance. Mais comment peut-on connaître ces Idées transcendantes? La confrontation du platonisme avec les écoles hellénistiques redonne vie au défi sceptique, auquel avaient voulu répondre les autres écoles en élaborant leur systèmes. La question est d'importance, parce que le scepticisme avait exercé son influence à l'intérieur même de l'Académie, l'école fondée par Platon. Comment évaluer cet héritage? Les platoniciens de cette époque ont-ils vraiment réussi à exorciser ce spectre? Plotin reprochera à ses prédécesseurs de n'y être pas arrivés, ce qui ne veut pas dire que les Platoniciens du Haut-Empire n'étaient pas eux aussi de fidèles interprètes de Platon et de véritables philosophes.

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