Vrin

  • Le Sceau des sceaux (1583) est la partie théorique d'un traité de mnémotechnique, l'Explicatio triginta sigillorum (Explication des trente sceaux). Il ne propose pas à proprement parler un aperçu de l'art de la mémoire lui-même, mais plutôt une théorie de l'activité de pensée centrée sur la mémoire et la puissance de figuration de l'esprit. Bruno se fonde pour cela sur la définition platonicienne de la réminiscence en vertu de laquelle il y a souvenir toutes les fois que « percevant une chose quelconque, on en conçoit une autre », aussi bien que sur la formule d'Aristote selon laquelle « intelliger, c'est réfléchir sur les images » : à l'opposé d'une conception anhistorique et décontextualisé des processus cognitifs, Bruno propose de comprendre ces formules comme les témoignages de pratique mnémoniques codifiées. La mémoire ne regarde pas seulement la conservation des traces du passé; elle devient ainsi un principe d'organisation à la fois du « sens interne » et de l'âme en totalité. C'est encore à partir d'une théorie du signe et de l'image bien différente de celle de la tradition augustinienne, que Bruno peut rapporter la problématique de la mémoire aux débats relatifs à la « conjonction intellectuelle », associant étroitement la théorie averroïste de l'intellection à la conception néoplatonicienne qui assimile les oeuvres de l'intelligence à celle de la nature. Le Sigillus sigillorum propose encore une rapide présentation des « déductions » de l'art de Lulle interprétées comme un instrument d'invention.

  • Plus que de simples lettres familières, les huit opuscules qui composent le Livre II de la Correspondance de Ficin sont des petits traités métaphysiques, véritable propédeutique à la Théologie platonicienne publiée en 1482. Ces textes humanistes ne visent pas seulement à rénover la sagesse des Anciens, mais aussi à faire concorder les enseignements de Platon et du Christ ce sans quoi il n'est pas de chemin vers le beau, le bien et la vérité. Sa dignité d'homme résidant dans son âme immortelle, l'homme s'efforce de s'unir à Dieu et de se porter à un contact mystique où la volonté amoureuse prime sur l'intellect spéculatif. De cette remontée anagogique, la lumière est le guide. C'est elle qui unit les formes corporelles et les formes incorporelles, et qui achemine l'âme vers le principe créateur de toutes choses. Par son éclat, par sa splendeur, elle est la manifestation même de Dieu. La métaphysique culmine ainsi dans une esthétique.

    Texte latin, introduction traduction et notes par Sébastien Galland.

  • Marsile Ficin répondit par une longue lettre, qui initia une vaste correspondance avec les plus grands noms du siècle. L'échange de lettres devient l'acte philosophique par excellence, amorçant tout un travail de l'âme sur elle-même, sur les décisions qu'elle doit prendre, sur le monde qu'elle doit sculpter.
    La pensée syncrétique de Ficin, porte-parole de la philosophia perennis, trouve dans les lettres son style particulier et son objet privilégié, la pratique. Ficin s'intéresse à l'éducation, à la vie civile, aux exercices spirituels et aux efforts quotidiens que font les hommes pour se rendre dignes de leur créateur. Ces lettres constituent une propédeutique et inscrivent l'homme dans une progression qui le mène de la sphère étroite de son individualité jusqu'au tout et à l'Un. Passant par la série des expériences de l'unité ici-bas, Ficin prépare son lecteur à l'expérience ultime de l'union au divin.

  • Les Dialoghi d'amore de Juda Abravanel, dit Léon Hébreu, sont très vite devenus, après leur publication posthume en 1535, un relais majeur des aspirations intellectuelles et culturelles de la Renaissance. Fils du célèbre Isaac Abravanel, homme politique et théologien de l'époque de l'Expulsion, Juda entre en dialogue avec le nouveau platonisme italien représenté par Marsile Ficin, en vue d'instruire la crise du modèle philosophique arabe, celui d'al-Fârâbî et d'Avicenne, au fondement de l'entreprise de Maïmonide. S'agissant de rendre justice à l'exigence philosophique de l'averroïsme juif, mais aussi d'en réformer les attendus systématiques, la philosophie de l'amour des Dialogues constitue un moment décisif de l'histoire intellectuelle du judaïsme, mais aussi de la pensée moderne, qui, au delà de son succès littéraire immédiat, trouvera des échos indiscutables chez Bruno ou chez Spinoza.
    L'édition proposée donne, en orthographe modernisée, la traduction de Pontus de Tyard, figure majeure de la littérature française du XVIe siècle. Elle en seconde la lecture par des notes explicatives qui s'efforcent de restituer la multiplicité des horizons culturels, intellectuels et spéculatifs, qui fait la richesse et la profondeur de la philosophie de Léon Hébreu.de Montpellier.

  • Dante, pétrarque et boccace écrivent dans deux langues, le latin et le vernaculaire, et ils consacrent une partie de leur oeuvre à la réflexion philosophique.
    Il s'agit pour eux d'élaborer, à coté d'un savoir en latin, une culture philosophique dans les deux langues, qui puisse répondre aux attentes du nouveau public laïc cultivé des cours princières. c'est pourquoi dante défend le vernaculaire comme une langue possible de culture, ou boccace présente une classification complexe de la fabula. mais l'interrogation la plus significative concerne les critères de la " vie bonne ", à la fois heureuse et vertueuse, qu'il s'agisse de penser l'universalité d'un modèle politique et de se confronter aux idéaux universitaires, de prendre congé d'une morale universelle, ou de la difficulté de se reconnaître soi-même par l'imitation créatrice de modèles anciens.
    La physique ou la cosmologie ne sont pas dédaignées, mais restituées à leurs dimensions à la fois naturelles et symboliques.

  • Aux tournants du XIVe et du XV e siècle, à la demande des confraternités de laïcs, animées par les couvents des ordres religieux, et sous le patronage des nouveaux saints canonisés, a été produite une énorme quantité d'images populaires, portraiturant ces saints patrons avec leurs attributs ou des scènes de leurs légendes. Les études réunies dans ce livre décrivent ce mouvement de dévotion dans le milieu dominicain à Venise, chez les Minimes à Toulouse et à Cologne pour la fondation de la première confrérie du Rosaire en 1475. Si cette imagerie a servi d'illustration ou de substitut du pèlerinage à Jérusalem, elle a aussi donné lieu à des documents scientifiques, à l'usage de la pédagogie dans les écoles.
    Cet ouvrage illustré comprend en outre deux études sur les débuts de l'imprimerie à Paris en 1470 et sur une édition lyonnaise de Suétone, due aux soins de l'humaniste Jean Grolier.

  • Comment les modernes ont-ils été amenés à considérer sous un nouveau jour le problème de la certitude et de la connaissance? L'étude proposée ici vise à mettre en évidence le rôle joué par la renaissance du scepticisme et à montrer comment et par quels détours le «phénomène» du scepticisme pyrrhonien est devenu l'«apparence» des modernes. Dans cette histoire, les sceptiques déclarés n'ont pas seul opéré ce travail de reprise et de transformation : une part décisive revient aussi aux adversaires du scepticisme (Campanella, Mersenne, Descartes, mais aussi Hobbes). Le renouveau sceptique ne tire pas son importance de sa seule dimension critique; par ses objections, il a joué un rôle majeur dans la réforme moderne de la «philosophie première».
    Faire de la connaissance un rapport entre le monde interne de la représentation et le monde extérieur des choses, a évidemment une origine sceptique. Mais cette conception a son histoire complexe et multiforme. Elle passe notamment par la dissolution de la doctrine aristotélicienne des species (Sanches et Campanella), par la reprise de la conception du phénomène tirée de Sextus (Montaigne et La Mothe Le Vayer), par une réflexion sur les effets destructeurs du scepticisme libertin (Descartes), mais aussi par la conjonction du relativisme de Montaigne et des résultats de la nouvelle science (Hobbes). Ainsi, en rouvrant le dossier sceptique, Bayle peut mener sa critique des présupposés de la philosophie première en débat à la fin du XVIIe siècle.

  • L'Utopie de Thomas More, référence originaire de l'utopie, se revendique platonicienne.
    Le fait est pourtant que la description détaillée de la forme achevée d'Utopie, en ne séparant plus l'essence intelligible de l'existence sensible, du coup immédiatement déterminée en vérité, présente une tout autre ontologie. L'indétermination utopique est alors fondamentalement dans la position imaginaire de cette cité parfaite supposée sans condition effective, ce qu'exprime spécialement le caractère " oblique " de l'écriture, et cela invite à revenir en contre-point sur le sens propre de l'" atopie " socratique.
    C'est dans cette perspective que l'ouvrage examine les éléments constitutifs de l'essence utopique : principalement le plaisir, le communisme, le travail et les lois, ou encore le mal et l'histoire. Le pivot de l'Utopie est l'humanitas qui, ancrée dans l'Infini divin, rend parfaite la Terre des hommes. L'ouvrage s'efforce en conséquence d'y rapporter les déplacements et les mutations qui, dans la tradition platonicienne comme dans sa critique, peuvent aider à comprendre le passage des Dialogues à l'Utopie.
    Son enjeu plus général est d'en dégager des utopismes, en particulier matérialistes, et ce du Fini à l'Infini.

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