Vrin

  • Quelle est la signification du retour de la notion scolastique de guerre juste au début du XXe siècle ? Dans quelle mesure peut-elle être assimilée au concept de guerre totale ? Le présent ouvrage aborde la pensée de Carl Schmitt (1888-1985) par ses écrits de droit international, peu étudiés jusqu'alors, en accordant également une part importante aux inédits, aux lettres... L'auteur situe ainsi l'oeuvre du juriste et philosophe allemand, surtout connu pour son étatisme et son décisionnisme, dans cette nouvelle discipline à peine née dans l'entre-deux-guerres, en même temps qu'elle interroge, au-delà de toute implication idéologique, son épistémologie implicite (notamment son rapport au matérialisme, au nominalisme et à la dialectique), l'influence que l'impérialisme a exercé sur elle, ou encore le concept de « guerre civile mondiale », forgé par Schmitt dans le cadre de sa théorie du droit international.

  • Formé dans l'Université médiévale jusqu'en 1510, Luther, moine augustin, déteste très vite la philosophie.
    Mais que signifie haïr la philosophie en 1520 ? Répondre à cette question n'est pas seulement la tâche du philosophe mais aussi celle de l'historien. En effet, parce que la haine que voue Luther à la philosophie s'inscrit dans l'horizon historique de la Réforme de l'Église, ce livre se veut un livre d'histoire avec la philosophie. Le parcours antiphilosophique luthérien est ainsi rapporté sous l'angle de l'histoire de la Réforme.

  • Partant du motif d'une figure divine controversée, on peut désormais poser un nouveau regard sur l'oeuvre et sur le trajet d'exception de Mircea Eliade, en décryptant les dissimulations successives d'une biographie qu'il a inlassablement façonnée, et qu'il avait conçue comme un parcours initiatique.
    L'analyse d'une partie de ses innombrables écrits, dont certains sont moins connus, voire inédits en France, tel son Journal portugais, invite à reconsidérer le rapport d'Eliade à son passé, tellement questionné de nos jours, et permet de déconstruire son oeuvre à travers ses propres traces.
    Héritier et façonneur d'une mythologie identitaire, il fut en fin de compte le prisonnier volontaire de sa propre mythologie personnelle, qui inspire en réalité l'ensemble de son oeuvre. Les schémas eliadiens s'appliquent en réalité à son propre parcours, à ses convictions, à ses choix, à ses silences. Entre enjeux scientifiques et enjeux identitaires, Eliade est l'acteur, le témoin et la victime posthume de sa propre tragédie.

  • L'histoire s'écrit parfois dans les lieux dévolus à l'immémorial; la bergerie de la littérature pastorale est un de ceux-ci. La figure du berger, représentant la fonction royale ou la poésie plus ancienne, n'est jamais mobilisée aux XVIe et XVIIe siècles sans que soit pris en charge le sens de cette immémorialité ou de cette « tradition ». Églogues, prosimètres, tragicomédies, romans sont autant de formes où s'élabore le lien entre écriture, histoire immédiate et position de l'auteur. La « politique considérée comme une affaire de bergerie » (M. Foucault) permet ici de lire les « bergeries » du temps des guerres de Religion, de comprendre le geste qui conduit un Honoré d'Urfé de l'action guerrière aux idéaux courtois des bergers du Forez, de déchiffrer les motifs tragiques ou tragicomiques que la pastorale élabore pendant le « moment libertin » des premières années du ministère Richelieu.
    La distance pastorale est l'invention d'un lointain. En rapportant à leurs usages politiques les contenus éthiques de la littérature pastorale, ce livre décrit la bergerie comme un des lieux majeurs de l'expérience de l'histoire propre aux hommes de l'Ancien Régime.

  • Les systèmes de législation se réduit à deux objets étroitement associés : la liberté - "parce que toute dépendance particulière est autant de force ôtée au corps de l'État" - et l'égalité "parce que la liberté ne peut subsister sans elle". Ils montrent en particulier que la liberté, qui prend la forme de l'égalité de tous sous l'autorité de la loi, n'est qu'une chimère si l'égalité relative des conditions - que nul ne soit dépourvu de tout et que nul ne soit assez riche pour acheter autrui - n'en est pas le fondement. Ce livre est un essai pour retracer la genèse et le développement des arguments qui, esquissés dans les années 1770 et accentués sous l'impact de la révolution, ont tenté de réfuter l'idée que l'égalité des droits ne pourrait subsister sans une certaine égalité de fait. On voit ainsi se développer l'argumentaire par lequel l'apologie précoce des sociétés libérales a dialogué avec le programme "républicain" avancé par Rousseau, en lui donnant acte de sa préoccupation centrale - les inconvénients politiques et moraux de l'extrême inégalité des fortunes - tout en refusant les conséquences qu'il prétendait en tirer.

  • Référence centrale dans la pensée française contemporaine, l'oeuvre de Tocqueville reste souvent assimilée à une simple entreprise de « restauration » du libéralisme classique. Contre ces simplifications, ce livre fait ressortir les étapes qui ont conduit à la redécouverte de Tocqueville et explore les enjeux philosophiques de ces déplacements.
    Rappelant le rôle capital qu'a joué R. Aron, on examine comment, dès la première moitié du XXe siècle, la problématique tocquevillienne a été mobilisée dans le cadre d'une critique de la modernité, ou, au contraire, dans la perspective d'une légitimation des idéaux démocratiques. Enfin, les présupposés du courant « néotocquevillien », accordant une place capitale à la thématique de l'individu (depuis L. Dumont jusqu'à F. Furet), sont analysés au jour d'autres lectures de Tocqueville, issues notamment de la phénoménologie (C. Lefort).
    Prix Raymond Aron 2001.

  • L'une des particularités du texte humien en politique tient dans la rencontre de deux plans discursifs reliés mais distincts : une philosophie politique définie comme science des généralités, une histoire entendue comme narration d'événements dont le théâtre est la société civile moderne anglaise.
    Il s'agira de décrire comment l'histoire et la philosophie se nouent en des exigences réciproques et entrent dans la composition d'un nouveau dispositif critique. Il importera de comprendre, pour cela, que la question des savoirs historiques est impliquée bien plus en profondeur dans l'anthropologie et l'épistémologie humiennes de la croyance. C'est alors qu'il sera possible de montrer que de tels savoirs historiques revêtent une dimension pratique décisive en raison de leur contribution au travail sceptique d'une critique rigoureuse des autorités dans le domaine des croyances politiques communes et des superstitions religieuses.

  • Si l'émergence d'une société mondiale appelle la construction d'un ordre politique et juridique de même extension, il semble peu probable que cet ordre finisse par prendre la forme d'un Etat mondial.
    Faut-il pour autant s'en plaindre et considérer les diverses formes d'organisations interétatiques qui se forment ici et là comme de simple pis-aller ? Ne peut-on au contraire trouver des vertus au maintien de l'échelon politique de la vie sociale et chercher par là même à concevoir un ordre global juste et bon qui n'oblige ni an sacrifice de la liberté politique, ni au renoncement aux idéaux cosrnopolitiques ? Ne peut-on, à l'instar de Rousseau dans le Contrat social, trouver une forme d'association politique et juridique globale qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque citoyen du monde, mais dans laquelle chacun puisse continuer de jouir de sa liberté politique domestique L'objet de cet ouvrage est d'esquisser, au travers de la discussion de six problèmes précis soulevés par la " mondialisation ", la forme d'un ordre global décentralisé capable d'allier liberté politique et cosmopolitisme concret.

  • Quel est le mode effectif d'existence d'un écrit au fil du temps ? Comment les traits illisibles d'un manuscrit inachevé ont-ils pu être transformés en un texte considéré comme un chef-d'oeuvre de la littérature ?
    Comment le Pari-de-Pascal se déploie-t-il, et par quelles voies a-t-il pu venir jusqu'au temps présent ? Comment ce déploiement et ce trajet le constituent-ils et lui donnent-ils toute sa force? Si l'on examine concrètement les procédures de l'idéalisation textuelle, apparaît l'entrelacement continu, très serré, d'énonciations (éditions et commentaires) qui sans cesse, et nécessairement sans succès, tentent de reproduire un texte authentique, et qui sans cesse par leur travail activent cette série d'énonciations dans l'actualité de la vie politique et sociale

  • Si l'histoire, selon l'origine ancienne du mot, est vision, elle ne l'est pas seulement au sens de l'autopsie, c'est-à-dire du témoignage oculaire.
    Car il existe une vision qui, bien qu'habituellement occultée par le mythe de l'oeil fondateur, n'est pas et n'a jamais été une origine. C'est une vision qui au lieu d'être le fondement de l'histoire en est l'effet : une fiction de vision créée par des récits conçus et écrits pour " fait voir ", pour amener les lecteurs à se représenter le passé. Susceptible d'interprétations multiples et contradictoires, la fonction ostensive attribuée au récit historique devient, à partir de l'époque hellénistique et romaine, l'objet d'un débat dont l'enjeu n'était rien moins que le statut de l'histoire et dont la teneur fut d'emblée aussi bien historiographique que philosophique et rhétorique.
    Démêler les fils de ce débat ancien, c'est au fond renouer avec un questionnement qui n'a jamais cessé d'être actuel : que voit-on quand on nous " fait voir" l'histoire et que fait l'historien qui nous la " fait voir " ?

empty