Vrin

  • L'Arabe, le scolastique et le mystique sont les trois figures principales des récits qui, entre 1700 et 1900, narrent les origines médiévales de la raison moderne. De Pierre Bayle à Ernest Renan, les historiens de la philosophie et les historiens de la culture s'approprient un monde historique relégué dans l'ombre depuis la Renaissance : la philosophie du Moyen Âge. Dans leurs reconstructions, la pensée médiévale joue tantôt le rôle de repoussoir, tantôt elle se mue en berceau de la civilisation moderne. La philosophie et son histoire y côtoient des questions linguistiques, « raciales », culturelles et civilisationnelles.
    Cette enquête sur l'invention du médiévisme philosophique à l'âge moderne met ainsi en lumière la dimension éminemment politique de l'histoire de la philosophie.

  • Le XIVe siècle est souvent caractérisé comme un âge de « contingence radicale ». Selon leurs critiques modernes, les philosophes et les théologiens de l'époque ont affirmé que la chaîne de causalité secondaire est contingente, que l'homme pourrait changer sa prédestination ou réprobation éternelle, et même que Dieu pourrait défaire le passé. Cependant, la pensée du XIVe siècle était loin d'être monolithique.
    Ce livre entend précisément attirer l'attention sur la tendance opposée, le « déterminisme radical », à travers les lunettes d'un penseur français exceptionnel, quoique méconnu, Pierre Ceffons, moine de l'Abbaye de Clairvaux, dont les oeuvres ont été rédigées entre 1348 et 1353. Le passé et le futur ont été abordés par Ceffons dans le contexte des discussions sur la puissance et la connaissance divines dans ses questions sur les Sentences de Pierre Lombard. Pour ce qui est du statut modal du présent, la nécessité des phénomènes naturels et humains a constitué le thème de ses quatre principia sur les Sentences. Enfin, Ceffons a traité de la prédestination et de la réprobation éternelles de Dieu dans le Confessionale Petri, le Centilogium, et les questions et principia sur les Sentences.

  • Le philosophe et théologien Raymond Lulle (1232-1316) est connu surtout comme l'auteur d'une Ars de trouver la vérité qu'il présente comme alternative aux méthodes développées dans le milieu universitaire.
    Pour comprendre cette Ars, il faut tenir compte de son but : convaincre les infidèles de la vérité de la foi catholique à l'aide de la raison. Cela n'est possible qu'en la concevant comme un langage commun, universel, qui surmonte les déficiences propres à la nature sensible du signe et qui offre à l'entendement de vrais signifiés intellectuels. Le lecteur trouvera dans ce livre une explication de la genèse et du fonctionnement de la méthode lullienne, envisagée comme une réponse aux enjeux expressifs et communicatifs impliqués dans le souci missionnaire de son auteur. On perçoit ainsi que l'Ars incorpore des solutions, et même des références concrètes, empruntées aux réflexions théoriques contemporaines à propos du langage, mais orientées vers une pratique communicative au service de la mission.

  • Les querelles médiévales qui opposèrent les défenseurs du pouvoir laïque à la Papauté ont été bien étudiées par les historiens de la pensée politique. Ces débats n'épuisent cependant pas la question du rapport entre laïcité et philosophie au Moyen Âge. À l'âge scolastique, l'importance sociale et politique de l'Église implique aussi un monopole culturel. Pour intégrer cette donnée à l'histoire de la philosophie, il vaut la peine d'examiner de plus près l'instruction des laïcs par les clercs et, inversement, l'appropriation de la philosophie par les laïcs : les politiques culturelles et les productions des clercs à destination des laïcs, ainsi que les attentes, les réceptions, les élaborations et les prétentions laïques à l'égard des savoirs philosophiques. Une telle enquête acquiert aussitôt une dimension réflexive. Elle questionne la spécificité de la philosophie comme discipline et comme contenu. La philosophie varie en fonction de ses auteurs, de ses destinataires supposés et de ses lecteurs réels.

  • Si Dieu prévoit toute chose, il semble que rien n'arrive sauf par nécessité, parce qu'il y a une incompatibilité entre la certitude de la connaissance et la contingence.
    Une des réponses classiques à ce problème est celle que les philosophes analytiques de la religion nomment " la solution boécienne " ou "de Thomas d'Aquin ", et qui repose sur l'idée que Dieu est atemporellement éternel. Dans ce livre, John Marenbon démontre que les théories véritables de Boèce et de l'Aquinate ne correspondent pas à cette solution qu'on leur attribue: Thomas suit la véritable pensée de Boèce; pour lui, la connaissance est relative aux sujets connaissants.
    D'ailleurs, il est vraisemblable que ni Boèce, ni Thomas ne concevaient Dieu comme atemporel. Deux chapitres sont consacrés aux solutions du problème de la prescience que proposent les penseurs du XIIe et de la première moitié du XIIe siècle : Pierre Abélard, qui concevait le problème comme un sophisme qu'il fallait repérer et éliminer, Guillaume de Conches, Pierre Lombard, Guillaume d'Auxerre et d'autres.
    Dans le chapitre final, l'auteur pose explicitement la question que les discussions précédentes ont mise en évidence : jusqu'à quel point les techniques de l'analyse pratiquées par la philosophie anglo-saxonne servent-elles à découvrir ce que les philosophes du Moyen age ont véritablement pensé?


  • quand on parle d'une substance et de ses accidents, peut-on dire que tous deux sont des étants au même sens ? quand on parle de dieu et de ses créatures, peut-on dire que tous les deux sont bons ou justes au même sens ? quand on parle d'une potion et d'un animal, peut-on dire que tous les deux sont sains au même sens ? telles sont les problématiques métaphysiques, théologiques et sémantiques que la notion d'analogie développée par les penseurs du moyen âge cherche à affronter.


  • La " théorie de la double vérité " est désormais considérée comme une légende, créée par les théologiens médiévaux (qui l'auraient imposée à leurs adversaires " averroïstes "), entérinée par les censeurs en 1277 et en 1513, puis érigée en catégorie historiographique par les médiévistes de la fin du XIXe siècle. Mais quel a été le retentissement de cette " légende " au Moyen Âge et à la Renaissance ? Est-il possible de trouver des penseurs médiévaux qui soutiennent que certaines propositions sont vraies pour la philosophie mais ne le sont pas selon la foi chrétienne, ou inversement? Est-il possible de trouver des textes médiévaux qui envisagent la possibilité de " deux vérités contraires " ou qui utilisent la formule duplex veritas ? Si l'immense majorité des penseurs médiévaux et renaissants s'accordent pour déclarer que la vérité absolue est la vérité révélée, comment évaluent-ils les arguments philosophiques contra fidem? Et comment se conduisent-ils devant ces arguments? En explorant ces questions, la présente étude ne se contente pas d'examiner la position des protagonistes classiques de la controverse autour de la " double vérité " (de Thomas d'Aquin jusqu'à Pomponazzi et Cremonini), mais invite aussi à lire, dans une perspective novatrice, certaines pages de Marius Victorinus, Pierre de Rivo, Luther et des adversaires de Galilée.

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