Verdier

  • L'art comme expérience

    John Dewey

    Issu d'une série de conférences que Dewey donna en 1931 à Harvard, L'art comme expérience propose une vision de l'art adaptée aux sociétés démocratiques et débarrassée des mythes qui en obscurcissent la signification et les potentialités. Ce livre, qui s'attaque aux présupposés majeurs auxquels nos conceptions restent encore largement subordonnées, est à la source de préoccupations et d'orientations dont l'art américain s'est amplement nourri depuis plus d'un demi-siècle. L'intérêt tardif qu'il a commencé à susciter dans le contexte français exigeait qu'une traduction en fût enfin proposée. Il répond à une double attente, celle des philosophes qui s'intéressent à l'art vivant et celles des artistes ou des critiques qui s'attachent à ressaisir leur pratique à la lumière des actions et des formes d'expérience qui en sont réellement constitutives.

  • Cela se passait vers la fin d'un mois d'août.
    Nous étions proches d'un soir de pleine lune et la nuit, à cette date, ne semblait plus tout à fait la nuit. l'air était doux, bercé par quelques ombres végétales tandis qu'au loin des barques de pêcheurs tremblaient sur l'eau comme de petites étoiles frileuses. dans le vaste salon de la villa, j'avais remarqué une des toiles récentes de pierre soulages ; j'entends par là celles qui ne laissent plus au blanc la moindre chance de tirer un seul éclat, le moindre appui.
    Maintenant, le noir souverain est tout autant couleur que reflet, matière que vibration, conjugaison de l'apparence et de l'enracinement. et, comme surpris par mon propre discernement, je découvrais le lien fondamental, essentiel - de nature, devrais-je mieux dire - unissant l'oeuvre à la source des éléments.

  • Les doigts de pied ont rarement retenu l'attention des écrivains.
    Avec le gros orteil, bataille fait en quelque sorte exception et son anti-idéalisme trouve dans cette contemplation sa justification et sa mesure. aussi élevé que soit son idéal, l'homme reste en quelque sorte, par ce gros orteil, solidement attaché à la boue. déjouant l'analyse linéaire, barthes s'empare de ce texte pour en explorer les marges et les silences, nous suggérer des sorties oú triomphent la subjectivité, le rire, le burlesque.
    Le gros orteil a paru pour la première fois en 1929 dans la revue documents. le texte de barthes aura été lu en public en 1972, lors du colloque bataille de cerisy ces deux essais n'ont jusqu'à ce jour jamais été rapprochés. c'est chose faite désormais.

  • Susanna

    Gertrud Kolmar

    Susanna est le dernier texte de Gertrud Kolmar. Composé au cours de l'hiver 1939, il met en scène les souvenirs d'une rencontre, celle d'une gouvernante et de son élève , une jeune fille très belle, mais perturbée mentalement. La tension dramatique naît de leur différence, la gouvernante étant raisonnable, apparemment insensible et étrangère aux choses de l'amour ; la jeune fille en revanche, est un être fantasque, très vivant, une sorte d'animal féérique, hors du temps... Elle connaîtra un amour innocent, mais vrai. Cette confrontation, tout autant que la fin brutale du récit, ressuscitent un monde en perdition et l'impuissance de l'auteur face à un avenir sans lendemain, celui des Juifs allemands.


  • destiné, comme on dit d'une musique, à accompagner la course de taureaux - film à caractère documentaire de pierre braunberger -, le commentaire de michel leiris date de 1951.
    ce film est, pour les amateurs des premiers cercles, les aficionados, un film de référence : non seulement parce qu'il donne à voir les toreros et les épisodes les plus célèbres du siècle, mais parce qu'il les donne à voir avec une intelligence (ce qui ne saurait suffire, on le sait, en matière de tauromachie), avec une sensibilité (ce qui pourrait être désastreux) et une justesse de ton - historique, esthétique - sans précédent et sans suite.
    /> dans un bel effort de rigueur et d'intransigeance, dans un mouvement d'humilité lavé de tout lyrisme, de tout effet poétique, le sens même et la portée de la tauromachie sont ici clairement rendus. f. m.

  • Hedayat est le plus grand écrivain de l'iran moderne, né de la rencontre, inévitable et catastrophique, d'un univers visionnaire d'images et d'une tradition lyrico-mystique de l'amour avec les techniques, les objets et le désenchantement moderne venu de l'occident.

    Lui-même sur la ligne de partage entre l'orient et l'occident, youssef ishaghpour, voit l'expérience et l'oeuvre de hedayat comme l'éclair jailli de cette rencontre, illuminant l'étendue du désastre. esquisse de ce paysage, son hommage au grand écrivain iranien est aussi une introduction à la chouette aveugle, le chef-d'oeuvre de hedayat, lieu, précisément, de la métamorphose du monde visionnaire ancien de l'amour, de l'image et du poème dans l'abîme d'une nuit sans fond, d'ombre, de miroir déformant et de regard.

  • " Je dirais volontiers que ce dont je suis le plus fier, c'est d'avoir brouillé les cartes [.
    ], c'est-à-dire d'avoir associé la façon de rire la plus turbulente et la plus choquante, la plus scandaleuse, avec l'esprit religieux le plus profond. " G. B.
    Michel Surya, écrivain et biographe de Georges Bataille, réunit ici des textes qui n'ont pas été repris (ou l'ont été incomplètement) depuis leur première parution, il y a une cinquantaine d'années et qui sont donc devenus introuvables, des textes récemment identifiés parce que publiés sous divers pseudonymes et des entretiens inédits?.


  • de la naissance historique dit cinéma, de l'apparition du parlant, de la situation particulière du cinéma entre art et marchandise, de la continuité du cinéma et de la possibilité des films, du cinéma et des autres arts, de sa hantise de l'histoire et de son rapport a la tradition, de la modernité et de son terme, de l'interdit des images et de leur résurrection, de la fin de l'utopie oú de la situation de l'art et de son sens aujourd'hui.
    c'est des divers aspects de " la question du cinéma " et de son " historicité " qu'il s'agit dans les essais dont se constitue ce livre. l'idée de " l'historicité du cinéma " englobe non seulement " l'histoire du cinéma ", ou " cinéma et histoire ", et des effets réciproques de l'un sur l'autre, mais surtout " l'historicité et l'authenticité du matériau " comme l'appelait adorno, et celle des formes.
    " l'historicité du cinéma " implique également l'historicité du discours sur le cinéma. dans cette relation, le cinéma n'est plus traité comme quelque chose de particulier et de fermé sur soi, mais - ainsi que l'exige la relation à toute création véritable dans l'ouverture d'horizon qui est, et doit être, la sienne.

  • Dès 1903, Paul Klee s'engage dans un projet auquel il va se consacrer pendant deux ans. Il s'agit de constituer un corpus de gravures qu'il pourra exposer pour se faire connaître. Ses récentes tentatives dans le domaine pictural l'ont laissé insatisfait alors que son travail graphique semble ouvrir de plus larges perspectives. Il s'approprie progressivement la technique de la gravure pour aboutir à une simplification de la figure. Au terme de ce travail rigoureux, la main pourra enfin se libérer pour retrouver l'ingénuité de l'enfance, la spontanéité du geste. Ces lettres de Paul Klee à sa fiancée Lily Stumpf témoignent de ses doutes et de ses progrès. Elles rendent aussi compte de la richesse de leurs échanges intellectuels, de leur vision du monde... Une fois encore, l'écriture est l'occasion d'une réflexion sur soi. Loin des textes théoriques plus tardifs ou des notations parcellaires du journal, cette correspondance avec la femme aimée dessine le portrait spontané et plein de vie d'un grand artiste en devenir.

  • Visage rimbaldien, destin romantique, culture sur les marges, écriture de l'affrontement : tout a prêté, en un temps " fin de siècle " de réaction, de démenti et de disparition, à cette édification soudaine d'un mythe dont un homme et une oeuvre, surtout, éprouvent d'infinies difficultés à se démettre.
    Brutalement, sous les diverses formes de l'indexation au répertoire, de l'héritage, du recyclage, l'oeuvre fut récupérée au nom édulcoré de sa révolte même. Curieusement, alors qu'il est ainsi adulé par le public théâtral, les comédiens et les metteurs en scène, les étudiants, les jeunes, en France et encore davantage à l'étranger, l'auteur reste plutôt ignoré du milieu proprement littéraire. L'étonnante étanchéité contemporaine de la pensée et de la scène n'explique pas tout.
    De ce clivage entre le mythe et l'ignorance, il importe de finir rapidement. Contrer la rareté du livre critique et l'abondance spectaculaire des revues (leur côté parade), désenclaver l'oeuvre de Koltès d'une analyse presque exclusivement dramaturgique (ou d'une approche outrancièrement testimoniale), en élargir le champ référentiel, en faire valoir la tension poétique et la portée philosophique, permettre ainsi une ouverture de la lecture, toujours propice à la diversification des créations scéniques, telle est donc l'ambition avouée de cet essai.

  • Comme au début d'un rêve, lorsque le corps ne sent pas l'oreiller et la couverture - la petite âme commence à tourner doucement autour d'un poteau, plus vite, plus vite, hop là, hourra hop, et la conscience attachée à un fil de laine suit, s'égare, se perd, chancelle, tombe, s'endort, oui s'endort - je me perds à présent dans mes métaphores.
    Ce qui n'a rien de surprenant, avec un style d'une telle ampleur homérique. Cela me rappelle, avec nostalgie, un homme qui durant de longs mois acheta des briques, une telle quantité de belles briques brillantes, qu'à force de les entasser, les remiser, les surveiller, il oublia de construire sa maison, songea constamment à cet oubli, et finalement ouvrit un commerce de harengs.
    Déconcertant et puissant, ce premier roman d'Alfred Döblin (1878-1957) laisse déjà pressentir, bien avant Berlin Alexanderplatz, l'un des plus importants écrivains de l'expressionnisme allemand.


  • au centre de l'histoire une petite place du xive arrondissement à paris.
    de sa fenêtre, la narratrice voit défiler les habitués de son quartier. au fil des jours, chacun vient y jouer son rôle, comme dans un film muet ou au théâtre. on entre, on pleure, on crie, on sort. catherine weinzaepflen, dans la peau du metteur en scène, narre ou invente, sur le mode ludique, l'histoire de chacun : du boulanger au sdf, de la marchande de journaux aux skins, sans oublier ceux qui ne traversent la place qu'une seule fois et disparaissent.
    elle nous offre un récit sensible et drôle, et la vie, comme souvent, devient un roman. le nôtre.

  • Le livre est sorti

    Edmondo De Amicis

    Ce " voyage autour d'une plume " compose un portrait à rebours de la figure de l'écrivain.
    D'une plume joyeusement insolente, l'homme de lettres est croqué dans cette attente et cet espoir que suscite la sortie du livre. les lecteurs s'en sont emparés, imprévisibles ou provocants. entre moquerie et déception, l'auteur lira ces lettres qui ne l'épargnent guère et saura en dresser un inventaire touchant, mordant, ironique, avec la conscience de celui qui sait que son oeuvre ne lui appartient plus.
    Dans un registre plus grave, il se souvient ailleurs de ses batailles avec " l'idée ", de la passion obsédante et exclusive qui naît en écrivant un livre. cette esquisse s'achève par une évocation de l'atelier, où l'écrivain reçoit la fine fleur de la littérature de son temps, des peintres, des sculpteurs, des musiciens célèbres, mais aussi des inconnus, traducteurs anonymes, polémistes épuisés, qui viennent solliciter son aide.
    Une vision quotidienne et simplement humaine du métier d'auteur, dépouillé de tout romantisme.

  • " Imbéciles, c'est pour vous que je meurs ! " Par ce cri généreux et désespéré, Valentin Feldman prit congé de la vie le 27 juillet 1942, devant les soldats allemands d'un peloton d'exécution. Quelques mois plutôt, le jeune philosophe, élève de Victor Basch, avait fait le choix de l'action clandestine, mettant un terme à l'un des plus beaux journaux de guerre qu'il nous soit donné de lire. Commencé à Rethel, dans la sottise désespérante du cantonnement militaire et la promiscuité des hommes en armes, cet écrit s'étend sur deux années où son auteur en appelle à la solitude pour se défaire de la bêtise, des idées courtes des bien-pensants. Le texte est d'une densité rare, nous conviant à partager une expérience unique, celle de la métamorphose d'une existence en destin.
    Témoin actif de la guerre, penseur de l'engagement, proscrit pour ses origines juives, résistant et bientôt condamné, Feldman écrit en homme libre. Sombres parfois, virulentes, ironiques, légères et tendres aussi, ces pages disent tout à la fois la poésie du monde, la fermeté d'une conscience exigeante, les doutes d'une pensée qui réclame l'action...
    Bien plus qu'un journal de bord, c'est l'oeuvre d'un écrivain par sa maîtrise du récit, le tracé 6n des descriptions, la pointe assassine des portraits. Une écriture portée par l'attachement au monde.

  • Sur commande
  • Sur commande
  • Jacques Dupin est né en 1927 à Privas, Ardèche.
    Il publie son premier livre - Cendrier du voyage - chez G. L. M. en 1950. Poésie ouverte, comme une tête, en deux, toujours à chercher ce qui renverse, ravine et tord elle sonne comme le gong, claque comme les pierres ravinées dans la pente : " illisible graphie où s'accrochent des parcelles de gomme et qu'éclaire parfois la dentelle fiévreuse d'une feuille arrachée . ", écrira-t-il dans Dehors (1975). Ce sont des livres, de Gravir (1963) à Grésil (1994), en passant par L'Embrasure (1969), des écrits sur la peinture, des amitiés avec les peintres (Bacon, Calder, Chillida, Giacometti, Miro, Saura, Tàpies .
    ), Echancré (1991), De singes et de mouches (1983), Contumace (1986) et son procès de vie arrachée, le fil haché d'Artaud, la rage de Ponge, les glissements de Michaux, Char et son roncier dans la langue, la raucité des Mères (1986). Ce sont des livres qui se ramifient en faisant éclater l'écorce, qui vont sous les ongles : écharde, éclisse, fil de soi tendu, comme rare aujourd'hui une expérience de la poésie se fait et se vit.

empty