Vents D'ailleurs

  • Vazguen, vieux danseur sur fil, parcourt les orphelinats à la recherche d'un digne successeur. Un garçon, obligatoirement. Mais les temps changent, seule une jeune fille, Tamar, se passionne pour cet art.
    Résigné, le grand-père revêche et vantard a une manière bien à lui de transmettre ce métier singulier. Exigeant jusqu'à l'obsession, il oblige Tamar à s'entraîner sans relâche et à mentir sur son âge et son genre. La jeune fille, hésitant entre affection et rêves d'évasion, trace son chemin.
    À travers cette histoire de transmission de l'art populaire des Pahlevans, les danseurs sur fil, les auteurs livrent une image décalée et tendre d'une Arménie aux contours arides, entre la mémoire, le poids de l'histoire et une jeunesse d'une vitalité résolument tournée vers l'avenir.

  • L'histoire prend racine dans un village tout à fait ordinaire. La vie s'écoule doucement à Bookin, au Burkina Faso. Là comme ailleurs, Gara, teinturier de profession, doit se plier aux règles de la communauté, dictées par le roi, par la tradition. Mais l'insoumission sommeille. Un événement va précipiter le village dans la guerre et contraindre Gara à l'exil.
    Plus tard, en ville, les règles immuables rattrapent sa fille, Marguerite. Elle est amoureuse de Didier, mais leur union est interdite à cause des origines de la jeune fille. Les forces anciennes ressurgissent dans un contexte moderne. Il ne -restera à Didier et à Marguerite qu'une solution radicale pour forcer leur destin. Quand la culture originelle a été rejetée, et qu'on est abandonné au milieu de nulle part, on rejoint parfois le territoire des nouveaux barbares.
    Sayouba Traoré trace ici le devenir d'hommes et de femmes au destin tout à fait ordinaire, qui empruntent le chemin de leur vie, motivés par l'amour, la haine, l'ambition et le désir de braver l'autorité et l'interdit.
    Il dépeint avec brio la soif du pouvoir et de la réussite, les raisons qui y mènent,
    les compromissions, les scrupules qu'il faut faire taire, et l'étoffe dont sont faits les dictateurs...


  • Kougsalla, un village de la savane en pays moaga, se prépare pour la saison sèche quand une troupe d'infanterie coloniale prend possession du village. La vie change ; apparaissent les impôts, les réquisitions d'hommes pour les travaux forcés et pour l'armée, les recrutements de jeunes filles pour la mission catholique... L'absurde culmine dans cette frontière qui traverse dorénavant le village et le divise en deux camps irréconciliables.

  • Le Fouettateur est un poème épicé au piment brûlant et cru de la vie. Il met à nu, en une chevauchée au souffle enragé, les lâchetés et les crimes commis depuis les origines aux quatre points cardinaux de notre planète. Qui est le Fouettateur ? " Un notaire universel chargé de recenser avec application jusqu'au dernier des suppliciés. Ce n'est qu'avec lui que prendra fin l'inhumanité qui nous ramène constamment à la pauvre nuit de l'homme. " Récolte d'océans de sang, chant survolté et désireux d'enjamber le néant, Le Fouettateur remue et surprend. L'intervention de la Fouettatrice en amazone aimante et ailée, l'impertinence d'un enfant aveugle, la cadence d'un poème-fouet nous emportent aussi dans un tourbillon de langues, un parfum de mangue, de carambole... et de révolte.

  • Emma, déclarée folle, incomprise de tous, se réfugie dans son passé, sa langue. Seule Flore, son interprète, pourra délier l'écheveau de souvenirs qui noue la gorge d'Emma. Ensemble elles démêlent le fil de la mémoire, de ces vies qui s'enchaînent fatalement depuis que Kilima, l'aïeule bantoue, a été arrachée à sa terre natale.
    L'intensité des relations tissées entre les générations va crescendo vers un dénouement accepté comme une évidence.
    Marie-Célie Agnant aménage des pauses dans les atmosphères les plus tendues, elle entretient son récit avec tous les registres, de l'émotion à l'ironie. La retenue dans l'écriture nous protège de la violence de ces amours maternelles bafouées ; la distance entretenue entre le lecteur et la tragédie dispense du jugement : la culpabilité peut enfin faire place à l'innocence.
    Grâce au Livre d'Emma nous traversons le temps et les océans pour inventer une parole qui rompt l'oubli et la malédiction et renoue avec l'espoir.

  • Deux amis, exilés tchèques de longue date, se promènent pour la dernière fois ensemble à Paris car l'âge des impossibilités est venu. L'un d'eux est contraint de retourner vivre chez sa fille à Prague ; celui qui reste se prénomme Milan, sûrement l'écrivain Kundera. Leurs dernières conversations évoquent les petits riens du quotidien, les bouleversements intervenus dans les pays de l'Est, leur exil, leur double culture et, à travers le prisme de la fragilité de l'âge, interrogent les silences des hommes. Empreint de tendresse pour ses protagonistes, écrit avec l'humour propre aux anciens pays communistes, Martin Daneš nous amène à interroger les apparences : et si certaines manoeuvres de pouvoir n'étaient dues qu'à la faiblesse des hommes ?

  • Je remercie avant tout, les Gens de partout, qui ne me connaissent pas, que je ne connais pas, qui étaient là, à vivre sans se soucier du passant lorsque moi je passai par chez eux.
    Parfois mon ombre seule était là, d'autres fois ce n'était que nos corps qui se frôlaient, à certains moments de plénitude j'étais entièrement présent avec eux. Mais toujours, que ce soit par mon ombre ou par mon corps, je gardais à ma conscience la vigilance de la présence des Gens, là, en notre compagnie.
    Collines et avenues, montagnes et grèves, forêts d'immeubles et parcs, déchèteries urbaines torrents et fanfares, tout.

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