Syrtes

  • Les vaincus Nouv.

    Conçu dans les années 1960 par Irina Golovkina et diffusé sous le manteau, Les Vaincus est publié pour la première fois en 1992 avant de connaître un immense succès. Roman de la tragédie russe après les événements de la dictature bolchévique, il évoque les derniers feux d'une noblesse héroïque et d'une intelligentsia idéaliste.

    Le lecteur suit les destins entrelacés d'une illustre famille et d'une foule de personnages dans leur quotidien harassant. Vente de maigres biens pour survivre, car le travail leur est interdit, assignation à résidence, prisons ou camps. Poursuivis par la Guépéou, exilés, persécutés, exécutés, aucun n'échappera au rouleau compresseur soviétique. Ce sont des individus aux abois, traqués par les dénonciations, les interrogatoires et les arrestations arbitraires. Mais Les Vaincus est aussi une sublime histoire d'amour, celle d'une princesse en haillons, et le lecteur, est emporté par l'émotion que suscite ce drame puissant.

  • Le Livre des nombres est un roman monumental : à la fois fresque d'une époque, saga familiale, monographie d'un village d'Europe centrale, depuis 1900, en passant par les tragiques années 1950 et l'instauration du régime communiste et jusqu'à nos jours. Le lecteur assiste à l'entreprise d'un homme qui se lance dans l'écriture du roman de sa famille dans un village de Transylvanie. Peu à peu, se dévoile à lui une histoire impressionnante sur quatre générations de deux familles apparentées.
    Dans une construction littéraire originale, les personnages se racontent afin de reconstituer un arbre généalogique séculaire, bien ancré dans la terre, et sur les branches duquel il y a des noms que l'histoire n'a pas retenus. Faulkner et son Bruit et la Fureur ne sont jamais loin...

  • Béla est un enfant livré à lui-même dans la Hongrie des années 1920. Après avoir vainement essayé de s'en débarrasser pendant la grossesse, sa mère le confie à la « Tante Rozika », vieille prostituée et « faiseuse d'anges ». Là, seules ses ressources d'ingéniosité et d'humour lui permettent d'affronter le froid, la faim, les humiliations et l'injustice. A quatorze ans, il rejoint sa mère à Budapest, où il va connaître à la fois la vie humaine des faubourgs et l'atmosphère corrompue des palaces, l'amour idéal, le sexe et toutes sortes d'aventures étranges qui seront autant de tournants dans sa vie. En partie autobiographique, ce livre aux accents dickensiens nous plonge dans un univers où chaque individu brûle de vitalité.
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  • La Fatigue du matériau est LE roman de la migration. Une géographie de la peur qui exhorte ses lecteurs à se mettre dans la peau d'un migrant. Ici pas de réflexion politique, économique ou jugement moral, car «c'est un livre volontairement physique, chaque phrase interpelle le lecteur, et l'oblige à vivre avec le héros». La force du roman du prometteur écrivain tchèque, Marek Šindelka, tient dans le fait que le lecteur ne consomme pas l'histoire mais la vit profondément, emporté dans le froid, la faim, l'angoisse et le désespoir de ce que l'auteur appelle «la conscience noire de l'Europe». Sans nom, sans pays, sans destination, les héros deviennent les archétypes du migrant.

    Deux jeunes frères fuient clandestinement leur pays, après la disparition de leurs parents dans un bombardement. Ils arrivent ainsi séparément en Europe où ils ont prévu de se retrouver. Ce sont alors deux périples qu'entreprend le lecteur dans ce récit court, intense et haletant, au gré des épreuves que traversent les deux frères, dans l'espoir de se voir accorder un nouveau droit à l'existence. Il faut fuir et se cacher, trouver à manger, tenter de se repérer, avancer. Le monde se révèle à travers le prisme de l'angoisse, nous faisant vivre une véritable expérience physique et humaine. Mus par la force du lien fraternel et par la volonté de ne jamais se laisser humilier, Amir et son frère doivent tenir malgré la « fatigue du matériau », c'est-à-dire l'usure extrême du corps. Un puissant remède contre la déshumanisation.

  • Un gardien de camp tatare, victime comme ses prisonniers de l'isolement ; un jeune procureur qui, plein d'enthousiasme et de naïveté, croit encore à la justice ; un peintre détenu et dont l'univers carcéral devient le modèle obsessionnel de ses toiles ; un ancien chanteur d'avenir qui ne chante plus que pour la mort dans un terrible camp de la Kolyma... Tels sont quelquesuns des personnages que Demidov fait revivre avec une puissance d'évocation exceptionnelle dans ces cinq récits : Doubar (1966), Le peintre Bacille et son chefd'oeuvre (1972), L'amok (1965), Au bruit de l'ardent métal (1973), Deux procureurs (1969-1974). Des histoires d'hommes qui, devenus les jouets tragiques de la folie stalinienne, témoignent grâce au talent d'un authentique écrivain.

  • Kotik Letaïev Nouv.

    Un chef-d'oeuvre absolu de la littérature russe du XXe siècle et de la littérature de l'enfance Paru en 1917, Kotik Letaïev est une autobiographie poétique, épopée intérieure de l'enfance sur les trois premières années de la vie de son auteur, Andreï Biely. Le héros, Kotik (diminutif de Konstantin qui signifie également chaton) Letaïev est un enfant précoce qui, depuis son plus jeune âge est familiarisé avec les trésors de la culture. Un jour, poussé par une nostalgie toujours plus grande, il part vers l'inconnu. Le récit, à la première personne, a d'une part le charme naïf d'un discours enfantin au travers duquel se recompose la ville Moscou de la fin du XIXe siècle, et d'autre part l'inquiétant surréalisme d'un parcours initiatique conduisant sa victime par le dédale des mythes.

  • Si Ceux du Donbass, paru en 2018 était une chronique des événements, un exercice littéraire proche de celui d'un mémorialiste où, de l'aveu même de l'auteur, son Donbass à lui restait hors-champ, Certains n'iront pas en enfer est un roman d'autofiction. Écrit et publié après le retour de Zakhar Prilepine du Donbass (en juillet 2018), il est marqué par un certain recul pris par rapport aux événements. Cela imprègne le récit d'une indéniable mélancolie et permet de magnifier la réalité pour donner une stature quasi-mythique à certains des personnages évoqués.
    Certains n'iront pas en enfer est donc inspiré d'une expérience personnelle, issue de l'engagement de Prilepine dans le conflit du Donbass. Prilepine offre ici un texte éclectique, impressionniste et littéraire qui nous permet de mieux comprendre les raisons de son départ pour le Donbass, son état d'esprit et ses occupations concrètes pendant les années de guerre. Il retrouve ici sa plume imagée et concise et une force d'évocation captivante. Comme chez son mentor Edouard Limonov, la prose romanesque est aussi le prétexte pour créer un double fantasmé et omniprésent.

  • Ce roman politique est un marqueur dans l'histoire du bolchevisme. L'auteur y expose son idéal de vie et sa vision d'un socialisme qui le rend proche des utopistes. Emblème du radicalisme russe, son héros deviendra l'archétype du terroriste révolutionnaire, et beaucoup le prendront pour exemple. Rééditer Que faire?? c'est permettre de retrouver ces années 1860, période charnière où émerge en Russie l'intelligentsia, un nouveau groupe social ouvert à la pensée politique occidentale, tout en restant arc-bouté sur les refus slavophiles envers la culture libérale bourgeoise européenne.

  • Dans De l'aigle impérial au drapeau rouge, roman-fleuve publié en 1921, Krasnov s'empare de l'histoire de la Russie de Nicolas II jusqu'à la fin de la dynastie des Romanov?: guerre du Japon, Première Guerre mondiale, révolutions de Février et d'Octobre et la guerre civile. Cette grande saga raconte, à travers le destin du personnage central, Alexandre Sabline, celui d'un empire en voie de décomposition. Mêlant fiction et réalité, l'auteur, également acteur des événements, nous fait côtoyer les grandes figures de l'histoire russe de cette époque : Nicolas II et son épouse Alexandra, Raspoutine, Lénine, Trostki... et bien d'autres, qui, grâce à une intrigue habilement menée parsemée de coups de théâtre, des descriptions minutieuses et des dialogues finement ciselés font revivre les dernières années de l'autocratie russ

  • Les Petrov raconte quelques jours dans la vie d'une famille ordinaire en Russie post-soviétique.
    Souffrant d'une grippe intense, Petrov est entraîné par un ami dans une longue déambulation alcoolisée, à la lisière entre le rêve et la réalité. Progressivement, les souvenirs d'enfance de Petrov ressurgissent et se confondent avec le présent.
    Si au premier regard le couple Petrov ne se distingue guère, la face cachée de leur vie a de quoi étonner. Le mécanicien Petrov dessine des BD et croise régulièrement la route d'un homme étrange. La bibliothécaire Petrova passe son temps à assassiner des hommes ayant fait du tort à d'autres femmes.
    Le succès critique et populaire des Petrov est dû à la prose imagée, décalée, drôle et très vivante de Salnikov.
    Adapté au cinéma par Kirill Serebrennikov.

  • À la veille de la Seconde Guerre mondiale, l'émigration russe en Europe offrait une diversité politique importante avec cependant une seule constante : le rejet du bolchevisme. Le déclenchement du conflit allait constituer une très rude épreuve et la question essentielle concernera l'attitude à adopter dans la guerre. Qui soutenir? Qui combattre? Les options étaient variées : depuis l'engagement dans la Résistance, en passant par l'union de tous les Russes dans la défense de la patrie jusqu'à la lutte contre le bolchevisme auprès d'Hitler sous uniforme allemand.
    Nicolas Ross analyse ce panorama dans toute sa complexité et ce qui en ressort est la difficile conclusion que pour tous les camps, l'histoire s'est terminée dans la désillusion et la tragédie.

  • Dans une Russie du Moyen Âge ravagée par la peste, Arseni est élevé à l'écart du monde par son grand-père Hristofor qui lui apprend les secrets des plantes. Ses dons de guérisseur lui valent partout où il séjourne une grande renommée et pourraient lui assurer honneurs et fortune. Or il décide de vivre seul et retiré du monde. Son destin sera bouleversé par la rencontre avec la jeune Oustina qu'il finira par perdre. Toute sa vie il se sentira coupable, et tentera de faire le bien au nom de Oustina; il traversera des expériences traumatisantes, deviendra finalement moine et se retirera dans une grotte.
    Evgueni Vodolazkine a inventé une écriture surprenante, qui renouvelle entièrement le genre de la « chronique », stylistiquement aussi dentelé que les feuilles d'un herbier.

  • Tenu par Thomas Mann pour un immense chef-d'oeuvre, Le Soleil des morts est un récit autobiographique déchirant. Il retrace les mois vécus par Chmeliov en Crimée sous la terreur rouge après la défaite des Armées blanches. Il attend la venue de son fils qui combat sur le front. En vain : celui-ci sera capturé et torturé jusqu'à la mort par les révolutionnaires. Dans ce livre, qui est en fait un journal, Chmeliov décrit comment la faim détruit progressivement tout ce qu'il y a d'humain dans l'homme, et la lente descente aux enfers de tout un monde, avec un sens poétique rare et une retenue qui donnent à ce texte une force unique.

  • Pastorale transsibérienne est l'histoire d'une fuite, dans un pays où la nature offre encore des espaces assez grands pour s'y réfugier ou s'y perdre. Au coeur de la Sibérie, Daniil Menchikov rencontre sur les bords du lac Baïkal un émule de l'écrivain Henry David Thoreau, gardien du silence et des oiseaux. L'exemple de cet homme, qui a su rester libre dans le système le plus hostile à l'individu, va donner à Daniil le courage de se révolter.
    Déserteur, rattrapé puis finalement chassé comme élément perturbateur le jeune homme achète un kayak et remonte le cours d'une rivière vers une contrée mythique, terre de la sagesse ancestrale. Confronté à lui-même et à l'immensité, ses pensées et son corps changent jusqu'à rêver de pouvoir se dissiper dans cette nature... "Il n'était plus le rameur qu'il avait été. Il était pasteur désormais. Le pâtre de ses pensées dans la vastitude."

  • A cinquante ans, Gleb Ianovski, guitariste de renommée mondiale, apprend qu'il est atteint de la maladie de Parkinson. Lorsqu'il fait la rencontre de Nestor, un célèbre écrivain, celui-ci lui propose d'écrire sa biographie. Les deux hommes se retrouvent dès lors régulièrement pour des entretiens portant sur la trajectoire de Gleb. C'est ainsi que se nouent les fils d'une histoire dans laquelle alternent deux voix. Celle d'un enfant en Ukraine, qui aime la musique et rêve d'en vivre, et celle de l'adulte confronté à la maladie et à une tentative de donner un sens à son existence.

    Brisbane est un roman tout en finesse et sensibilité. Un roman symphonique dans lequel la mort est vaincue par la musique, par la force de la mémoire, de l'amour et de la parole. Un roman où, par le seul pouvoir évocateur de son nom, la ville de Brisbane devient un lieu mythique et réinventé, la cible de tous les rêves et la clé de toute l'histoire.

    Avec une écriture poétique, Evgueni Vodolazkine aborde des thématiques universelles qui font écho à tout un chacun et où l'émotion côtoie l'intensité et l'humanité la plus profonde.

  • La rencontre annoncée dans cette correspondance entre deux génies de la poésie russe du XX e siècle est un événement littéraire exceptionnel. Boris Pasternak et Marina Tsvetaeva s'étaient rencontrés à Moscou en 1918. Ce n'est qu'en 1922 qu'ils se sont véritablement découverts à travers leurs écrits respectifs. Pendant quatorze années, ils ont entretenu une correspondance d'une intensité rare dans laquelle se tissent, étroitement mêlées, passion sentimentale et poésie. Dessinant une courbe en arc de cercle, la relation se noue, suit un mouvement ascendant jusqu'à atteindre un pic paroxystique, décroît, se dénoue et finit par se défaire définitivement.
    Il faut lire les lettres de Tsvetaeva et de Pasternak comme leur poésie, comme une oeuvre à part entière. Véritable laboratoire d'écriture, mais également laboratoire de la vie, car c'est au gré de ces lettres que se façonnent les événements majeurs de leur biographie. Les mots échangés sont dérobés à la vie, au quotidien, à la famille.

  • Irina Emelianova, fille d'Olga Ivinskaïa, la dernière compagne de Boris Pasternak, trace le portrait de ce couple immortalisé à travers la distance de la fiction dans Le Docteur Jivago. Elle évoque aussi son amie Ariadna Efron, fille de la poétesse Marina Tsvetaeva, ainsi que Varlam Chalamov. Tous ont été victimes des persécutions du KGB et ont connu le Goulag.

  • La pandémie causée par la COVID-19 a surpris, désorienté et désorganisé la planète. Les religions n'ont pas échappé à l'ébranlement général et le christianisme a payé un lourd tribu : fermeture des églises, réduction du nombre de participants aux offices et à la communion, modification de la façon dont sont dispensés les sacrements et vénérés les objets sacrés. Ces changements, mettant en cause des pratiques traditionnelles plus que millénaires, ont suscité d'importants débats, touchant parfois des points essentiels de la foi.
    Ce livre apporte des éclaircissements permettant d'affronter plus sûrement et plus sereinement les séquelles de la pandémie sur les âmes et de mieux s'armer pour lutter contre celles qui risquent de surgir à l'avenir.

    Théologien orthodoxe, docteur en philosophie et en théologie, Jean-Claude Larchet est un spécialiste des questions relatives aux maladies corporelles, psychiques et spirituelles, auxquelles il a consacré des ouvrages, en particulier Théologie de la maladie (2017), Thérapeutique des maladies mentales (2017), Thérapeutique des maladies spirituelles (2013), Le Chrétien devant la maladie, la souffrance et la mort (2010).

  • Grands poèmes

    Marina Tsvetaeva

    • Syrtes
    • 27 September 2018

    Marina Tsvetaeva, poétesse russe du xx e siècle est désormais connue en France par la totalité de sa poésie lyrique. Née à Moscou à la fin du xix e siècle, elle commence à écrire des poésies à l'âge de sept ans. Elle a été séduite assez tôt par une forme poétique longue ; non pas ses petites pièces de plusieurs quatrains exprimant une situation émotionnelle donnée, mais des oeuvres poétiques beaucoup plus amples, de plusieurs centaines, voire de milliers de vers.
    L'ouvrage contient vingt et un longs poèmes : les grands poèmes ainsi que les oeuvres inache- vées dans le premier volume, les contes d'inspiration folkloriques dans le second. Les poèmes du premier volume correspondent à des étapes importantes de la biographie de Tsvetaeva, mais la transposition poétique est substantielle. Le Magicien est le premier grand poème narratif de Tsvetaeva, composé au printemps 1914. Resté inédit de son vivant, il a été publié une première fois à Paris en 1976. De la Montagne et De la Fin sont les seuls grands poèmes d'amour, inspirés d'une passion réellement vécue par Tsvetaeva à Prague. L'élément ludique est très présent dans Envoyé de la mer dédié à Pasternak et l'on peut s'étonner en le lisant de savoir que Tsvetaeva prétendait ne pas aimer la mer qu'elle considérait comme un grand espace perdu pour les pro- menades. La mer occupe aussi une place de choix dans La Princesse-Amazone. Mais il s'agit bien sûr de la mer - élément de la nature mythique ou transfigurée et non des plages qu'elle a souvent fréquentées. Chronologiquement, on trouve dans l'oeuvre de Tsvetaeva un long poème narratif qui est une fiction complète mais composée sous une forme folklorique, c'est l'histoire du Cheval rouge. Le folklore est donc pour elle une séduction précoce. Dans l'oeuvre poétique intégrale de Tsvetaeva, pour le moment, l'énigme qui reste est bien Le Poème sur la famille du Tsar, perdu lors du retour en URSS de Marina Tsvetaeva, dont il ne subsiste que des fragments.

    « Il me semble que du point de vue de la nouveauté d'inspiration mais aussi pour bien d'autres motifs, les grands poèmes ouvrent des perspectives riches pour pénétrer dans l'univers poétique de Tsvetaeva, ils montrent que l'on peut lire toujours davantage et creuser toujours plus loin... » Véronique Lossky

  • C'est une aventure grandiose qu'aucun récit n'a encore retracé de cette manière : l'épopée sibérienne, la conquête des immenses espaces du nord de l'Asie par la Russie. Entamée alors que les Européens sont déjà en Amérique, elle conduit l'empire des tsars jusqu'au Pacifique puis à l'Alaska. Qui en sont les acteurs ? Des dynasties de marchands provinciaux comme les Stroganov ou des Cosaques partis chercher fortune vers l'eldorado qu'ils imaginent, des scientifiques de génie que le tsar Pierre le Grand envoie résoudre l'énigme de la séparation entre l'Asie et l'Amérique, des commerçants qui dominent les échanges avec la Chine et colonisent les côtes d'Amérique du Nord, des idéalistes qui rêvent d'autonomie ou de construire, loin de la capitale impériale, une autre Russie débarrassée des archaïsmes.

    La « conquête de l'Est » par la Russie réveille bien vite d'autres appétits et rivalité et la Russie doit défendre âprement ses nouvelles possessions. Le chantier fou du Transsibérien, les bagnes tsaristes, le Goulag stalinien, la conquête de l'Arctique : autant d'épisodes de cette Épopée sibérienne que l'on croirait sortis d'un roman mais qui reposent sur des sources souvent inédites et de nombreuses recherches sur le terrain.

  • Avec le Journal rédigé par Anna Grigorievna, l'épouse de Fiodor Dostoïevski, parvient au lecteur français, un témoignage de première importance.
    En août 1867, Dostoïevski venant de Dresde et de Baden débarque à Genève avec sa jeune femme tout juste âgée de vingt ans. Pour la petite secrétaire, devenue, sur un coup de passion réciproque, madame Dostoïevskaïa, la deuxième compagne d'un écrivain déjà célèbre, de vingt-six ans son aîné, malade et prématurément vieilli, c'est à la fois la découverte de la condition conjugale et de l'Occident. Pour Dostoïevski, après la condamnation à mort, relevée de justesse, le bagne, Crime et Châtiment, la fièvre des casinos et Le Joueur, s'ouvre la période de composition de L'Idiot, immense et dramatique méditation sur la représentation chrétienne du Bien. C'est dans cette double perspective, dominée par la relation du couple, qu'il convient de placer le Journal.
    D'emblée, deux qualités frappent ici, qui n'ont rien de contradictoire : la franchise et la pudeur. Anna Grigorievna a tenu pratiquement au jour le jour, de 1867 à la naissance de son enfant, en 1868, le registre de sa vie commune avec Fiodor Mikhaïlovitch. Le Journal constitue, par sa constante véracité, un document unique sur la vie d'un couple. Torturé, malade, inquiet, puéril dans ses entêtements, haïssable dans ses mesquineries, Dostoïevski est là, extraordinairement vivant et proche. Il apparaît plus simple, plus vrai, à la fois pitoyable et fascinant. Un cri déchire ces pages, tout imprégnées de tendresse : celui de la détresse matérielle, d'une insupportable pauvreté. Peu de témoignages nous éclairent autant sur les difficultés quotidiennes du ménage Dostoïevski : l'angoisse de la misère se double d'un sentiment d'exil. Anna Grigorievna saisit parfaitement cette double solitude à laquelle les condamne leur position d'étrangers désargentés. Plus que son mari, tout à sa fièvre de création, elle mesure la vertigineuse fragilité de leur situation et l'exprime en termes inoubliables dans leur simplicité. Si l'émotion prend finalement à la gorge, elle résulte de l'accumulation de minuscules et pitoyables vicissitudes, plutôt que de grands coups du sort.
    C'est là que nous touchons à l'essentiel du personnage que révèle ce document : la pudeur. Dans ce texte que son auteur ne destinait pas à la publication, tout s'anime et prend vie, tout échappe à la grisaille quand la narratrice revient sur le jour où la jeune sténographe Anna Snitkina frappe à la porte de Dostoïevski, « l'écrivain bien connu », pour un travail urgent. Ce sont finalement deux humbles qui se rencontrent ce jour-là, et se communiquent leur expérience de la souffrance. Au contact du grand homme, la petite secrétaire est elle-même devenue un modèle, un type, un personnage de Dostoïevski. Les perspectives s'inversent, le paysage bascule, la question n'est plus comment était Dostoïevski mais comment cette jeune femme a-t-elle vécu à ses côtés ? Témoin attendri, chaleureux, toujours discret, Anna Grigorievna, sans paraître y toucher, renouvelle le genre impossible du journal intime avec un grand homme de mari à la clef. Ce n'est pas la moindre surprise qu'apporte le Journal : la petite secrétaire est, elle aussi, un écrivain.

  • Pétersbourg, le chef-d'oeuvre de Biely et l'un des grands romans européens du XX e siècle, évoque les balbutiements de la révolution d'Octobre. Il est bâti sur vingt-quatre heures d'attente d'un acte terroriste confié par le Parti à Nikolaï, le fils même de la future victime, le Sénateur Apollon Apollonovitch Ableoukov. Pendant de nombreuses pages, le lecteur suit les différents personnages, vivant plus ou moins bien les heures qui précèdent l'attentat : le vieux sénateur dépoussière sa bibliothèque ; ailleurs, un meurtre est commis ; quant à Nikolaï, engagé, naguère, en faveur d'un acte politique d'envergure, il se demande à quel saint se vouer. À vingt pages de la fin, un terrible coup de théâtre vient secouer une intrigue qui se perd dans ses propres méandres :
    La bombe a disparu. On assiste même aux retrouvailles entre Nikolaï et sa mère (alors qu'elle a quitté le domicile familial deux ans auparavant au bras d'un Italien).
    Porté par des phrases folles, on parcourt la ville à cent à l'heure, et l'oeil de Biely passe sur les choses sans jamais s'arrêter ; il lui arrive de trembler, de sortir du cadre, d'explorer les consciences des uns, l'inconscient des autres, et promener un oeil prophétique sur l'Union soviétique...
    Inspiré par les événements de 1905 dans la capitale russe, écrit entre 1910 et 1913, publié en 1916 puis remanié en 1922, tout dans Pétersbourg est machination, suspense, infiltration, prémo- nition d'une apocalypse finale. Mais c'est aussi une épopée délirante, loufoque, grotesque, parfois à la limite du carnavalesque ; le plus souvent, simplement monstrueuse.

  • Par une nuit d'hiver, sur une côte sauvage du Lac Baïkal, Michka tente d'échapper à ses poursuivants. Son peuple est celui des Evenks, de l'antique famille sibérienne des Toungouses. Le jeune fugitif a été élevé à L'école de la taïga par la chamane Rata, sa grand-mère, qui incarne La sagesse de la communion avec la nature, sait parler aux animaux et lire la forêt comme un livre... Bientôt, Michka est rattrapé.
    Et pourtant sa cavale ne s'arrête pas là. Le Toungouse entame en effet une quête de ses origines qui, d'une spirale à l'autre, dans un mélange poétique de souvenirs, de songes et d'action, le ramène invariablement à l'univers baïkalien. Véritable déclaration d'amour au lac Baïkal et à sa nature envoûtante, Le Cantique du Toungouse est aussi une fable écologique et poétique qui nourrit La pensée en plongeant le lecteur dans une ambiance magique.

  • C'est l'histoire d'un destin de femme, d'une de ses figures « russissimes », qui périt dans la médiocrité de la vie quotidienne : en sorte, la mort d'un rêve. Michel Ossorguine la connaît bien, cette femme aux ailes brisées : c'est Olga, de sept ans son aînée et sa soeur préférée qui mourut d'un cancer à l'âge de trente-sept ans.

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