Littérature traduite

  • La pièce est un parcours initiatique. Girafe est une petite fille de 9 ans. C'est sa mère qui lui a donné ce nom, car elle est grande. Un peu sur le modèle de Candide, elle va de rencontre en rencontre, en traversant une Lisbonne dévastée par la crise économique. Elle est accompagnée par son ours en peluche suicidaire : Judy Garland.

  • Cléopâtre pense : ses fautes sont des étoiles. Les fautes d'Antoine sont innombrables. Mais ses fautes sont ce qu'il a de meilleur. Ses fautes se voient la nuit. Elles sont la lumière qu'il projette sur les autres. Elles sont ce qu'il ne peut changer. Elles sont ce qu'il ne peut choisir. Elles sont ce que Rome ne pourra jamais éteindre. Même à Rome, Antoine sera une nuit pleine de fautes étincelantes.

    Cléopâtre pense : je suis la faute la plus lumineuse d'Antoine. Et Antoine fautera encore.

  • Les prophètes qui nous ont dit de haïr les riches ont détourné notre attention pendant qu'eux‚ de leur côté‚ en cachette‚ ils n'hésitaient pas à échafauder des plans pour s'enrichir‚ pour passer dans l'autre camp‚ pour nous abandonner Peu à peu‚ les prophètes du socialisme ont laissé entre les mains des riches la santé et l'éducation des pauvres‚ et la gestion des aéroports.

  • On commence enfin à comprendre le sens de cette accusation. Ce roman est considéré comme une menace à l'État. C'est pour cela qu'il est immoral, monsieur Pinard ? C'est pour cela que vous voulez l'interdire ? Mais les lois de l'État ne sont pas les lois de l'art. On ne peut pas jeter en prison tous les personnages qui ont commis des crimes. Si l'art ne montre que ce qui est bon, il n'y a pas de distinction entre le bien et le mal. Un art qui ne montre que ce qui est bon, voilà ce qui est véritablement immoral.

    Cette pièce s'inspire du réquisitoire et de la plaidoirie du procès intenté à Gustave Flaubert en 1857, ainsi que du roman Madame Bovary : moeurs de province, et de la correspondance de son auteur avec Élisa Schlésinger.

  • Saïf. - Réveille-toi, crocodile.

    Envahis l'Empire.

    L'Empire m'a déçu.

    Quand le coeur souffre il faut agir avec le ventre.

    Safia m'a dit un jour : « Si tu cherches une aiguille dans une botte de foin, envahis la botte de foin. » Moi, je lui ai dit : « Comment fait-on ? » Il m'a dit : « Entre dedans comme un crocodile plonge au fond de l'étang. »

  • Le matelot ne dit pas toujours la vérité...
    Une fois il est revenu en arrière mais avec la moitié seulement des voyageurs.
    On n'a jamais rien su de l'autre moitié..
    Une autre fois il a vidé le bateau en pleine mer.
    Comme une casserole d'eau sale...
    Tout cela parce que le clandestin.
    Est privé de la vérité... on le garde à l'obscur de tout.
    Il n'a jamais vu une carte postale de Lampedusa.
    Il n'en a jamais reçu.
    Il ne sait pas de quoi il s'agit.
    Quand on le fait débarquer rien ne dit qu'il est à Lampedusa.

    Lampedusa Beach a obtenu le prix national "Annalisa Scafi" pour le théâtre public à Rome en 2005 et le prix "Anima" pour le théâtre en 2007.
    Création de Christian Benedetti au Studio-Théâtre de la Comédie-Française le 4 avril 2013.

  • Saïf, il n'est pas simple d'aider un jeune homme.

    Écoute, l'Empire est froid.

    Un hiver c'est peu pour mériter l'asile politique, la formule de la régularité est complexe, trop éloignée de la source de chaleur.

    Parole du Chef de la vallée. Il a peu de temps.

    Il attend le retour de la marmotte.

    Saïf, l'Empire aussi a besoin de la bonté.

  • « Rêver, ça ne coûte rien », ils disent, et moi ça me fait de la peine, parce qu'en fait, ce qu'ils voudraient dire, c'est « fantasmer ça ne coûte rien », sauf qu'ils tournent la phrase autrement, et s'ils font ça, c'est parce qu'ils ne savent pas distinguer le rêve du fantasme.

    Quel point commun peut-il bien y avoir entre une armée de cafards, deux danseurs de disco junkies, un couple adepte de la double morale, les habitants du canton de Fribourg, une loge maçonnique, Martina Navratilova, Emily Dickinson, Mozart, Bach, Catwoman, un clown en deuil, un sage (ou un fou) coiffé d'une casquette imitation Adidas, un palace saccagé par deux clients adeptes de la cuisine au camping-gaz, une maison vidée de ses rêves, un paysage réfractaire à toute forme de poésie ? La petite chienne Daisy, qui donne son titre à la pièce, est là pour faire le lien. À peine nommée dans le texte, elle est omniprésente dans la mise en scène qu'en propose l'auteur, trônant au centre du plateau, tout à la fois observatrice et interlocutrice muette des comédiens présents sur scène. Passé maître dans le maniement de l'absurde, Rodrigo García procède dans Daisy au dépeçage systématique des rituels que la collectivité a mis en place, pour mieux dévoiler le désarroi des individus qui la composent.

    Christilla Vasserot

  • Aux acteurs accusés, souillés, piégés par les bourreaux ; aux acteurs tués : une fois, deux fois, mille fois sur la place publique. Aux acteurs amoureux qui apportent des fleurs aux acteurs tués. Aux acteurs qui défient le couvre-feu et engloutissent la nuit, la lune, et leurs chaussures, pour que ce soit vraiment le silence. Aux acteurs venus du désert, différents par la matière, sablonneux et en feu, arrêtés à la frontière, qui ont perdu leur corps, qui ont perdu leur corps, qui ont perdu leur corps.

  • Quand on tombe amoureux, on peut juste choisir entre la discipline et la punition. S'éloigner et respecter la discipline. Ou bien se rapprocher et supporter la punition.

    Entre Angélica, la protagoniste, et la Chine, c'est une histoire d'amour faite de pulsions et de contradictions. L'amour de ce pays n'est pas sans douleur et sans amertume. Il se traduit d'abord par l'apprentissage quotidien des signes calligraphiques, mais aussi par l'acceptation lucide de l'histoire sombre de ce pays : l'héritage maoïste, la révolution culturelle, le dévouement inconditionnel exigé envers la patrie, et les amours contre-révolutionnaires. Au terme d'une série de questions lancées comme autant de balles de ping-pong, Angélica poussée dans ses retranchements, devra se raconter et raconter la Chine.
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    Le ping-pong, sport national chinois, est pour l'auteur le symbole de sa relation ambiguë avec la Chine. Comment dire son amour pour ce pays où toute liberté d'expression semble niée et où l'on refuse aux individus le droit de choisir librement leurs affections ?

  • Vera

    Petr Zelenka

    Version scénique de Pierre Notte.

    Dans ce milieu tout le monde doit pouvoir se débrouiller tout seul. Je ne suis pas leur nounou. Si quelqu'un se suicide uniquement pour m'obliger à répondre au téléphone... Enfin quand même - ça n'a pas de sens non ? Bien sûr je regrette mais la vie continue. J'en ai dix autres qui se bousculent pour prendre sa place.

    Mise en scène par Marcial di Fonzo Bo et Elise Vigier, en tournée dans toute la France et au Théâtre de la Ville de Paris du 23 mars au 08 avril 2017.

  • Foncez dans les gens et rendez-vous compte que l'amitié et l'amour sont étroitement liés à la panique et à la Détresse.
    Reconnaissez votre détresse dans cette course folle. Ils te voient trébucher et tomber et ils murmurent : " Il a dû faire quelque chose de mal ". Et si tu tombes au milieu de la rue, ils passent à coté de toi et ils disent : " Il doit être saoul ou drogué ". Et personne ne pense aux raisons, aux choses qui t'ont conduit là à trébucher et à trébucher, brisé dans la rue.

  • Je me souviens que je me suis réjoui‚ mais pas de quelle manière. Et je ne me souviens pas comment j'ai pu me réjouir de l'achat d'un canapé... ou me réjouir en général. Je ne comprends pas. Et en général‚ la manière dont je comprenais avant‚ enfin‚ comprenais‚ c'est fini... ça ne marche plus. Maintenant‚ même les choses les plus élémentaires‚ je ne les comprends plus. Et puisque je ne comprends rien‚ je vois tout...

  • Sur fond de crise sociale, dans une petite ville du Japon, une des trois soeurs Fukazawa, décédée, a été remplacée par une androïde mis au point par son père chercheur en robotique de pointe.



    Oriza Hirata, dans sa version des Trois Soeurs de Tchekhov, et dans Sayônara, écrit non pas pour des robots, mais en intégrant leur existence dans la trame même du drame.



    « L'utilisation d'un robot n'a pas beaucoup d'importance. Dans 20 ans, il sera normal de voir des robots sur scène, cela n'a donc pas de sens particulier. Aujourd'hui, s'il faut trouver un sens à cette utilisation, c'est parce que personne dans le monde entier ne l'a fait jusqu'à présent. C'est la seule raison pour laquelle j'utilise des robots sur scène. Cette raison est suffisante pour un artiste. Mais grâce à cela, je pense que les spectateurs devraient réfléchir à la question du théâtre et du comédien. » « Il est vrai que plus la robotique se développe, plus elle écarte les êtres humains. Mais je pense qu'il n'est plus possible d'empêcher ce développement. C'est comme nous qui ne pouvons plus vivre sans ordinateur ni téléphone portable. Dans ce cas-là, il nous faut accepter cette absurdité et réfléchir à comment nous pouvons vivre avec. Je ne souhaite pas décrire «les gens qui sont remplacés par des machines» mais je voudrais montrer «les gens qui n'ont pas conscience d'être remplacés par des machines." » Oriza Hirata Succès du 42è festival d'Automne à Paris 2012.

  • Homériade est l'épopée du non retour, du combat contre la nostalgie comme nécessité vitale de l'existence. Détournant le sens homérique de nostos, destination ultime de l'aventure humaine, Dimìtris Dimitriàdis montre le retour telle une contre-destination et son désir telle une machine de désastre.

  • Un jour‚ un jeune homme décide de tout arrêter. Il se retire du monde et s'enferme dans un « grenier »‚ ne communiquant plus que par l'intermédiaire d'Internet. Il finit par se suicider. Son frère aîné enquête‚ à la recherche du constructeur du grenier. Alors défilent dans ce lieu improbable et confiné toute une série de personnages‚ qui sont comme le reflet de la société japonaise mais aussi des rêves de l'humanité.

    En partant du phénomène réel des « hikikomori »‚ ces adolescents ou jeunes adultes japonais qui se sentent accablés par la pression exercée par la société japonaise et réagissent en s'isolant de celle-ci‚ Yôji Sakate tisse une fable puissante qui dépasse l'aspect purement sociologique pour toucher à l'humain‚ au rêve et à l'universel. Elle offre un regard différent sur un monde qui est aussi le nôtre.

  • Qui est-il ? Moi je ne sais rien de lui. Il a un logement ? Il a des parents ? Je l'ai interrogé mais aux mêmes questions il donne des réponses différentes. Il a des parents et il n'en a pas. Il habite chez eux et n'y habite pas. Il dit tantôt qu'il n'a que sa mère, tantôt qu'il a ses deux parents. Il dit tantôt que son père est mort brusquement, tantôt que quelqu'un l'a tué. Quand il sort il dit qu'il va chez ses parents. Tu le crois ? Quand il parle de ses parents, est-ce qu'il parle de nous ? Quand il parle de chez lui, est-ce qu'il veut dire chez nous ? Alors, quand il sort d'ici, où va-t-il ?

  • Je cours vers Médée.
    Je la touche. Comme on touche une porte ouverte. Je la porte à pleins bras avec la force d'un lion, je la berce comme on berce une amante détruite par le deuil, je sais qu'elle a tué ses enfants mais qui à présent est en mesure de s'occuper de sa douleur ?
    Je la serre avec force contre moi.
    Nos corps sont enlacés, seule la bouche est libre, nous chantons ensemble, « Toi qui descends des étoiles... ».

    Deux textes traversés par le personnage de Médée.
    Anatomie d'un désir : « Elle », femme-mère, rêve de Médée... il y a quelque chose d'antiquement grec dans le coeur et dans l'esprit de cette femme prête à tout.
    Médéàs : C'est l'appel d'une femme à toutes ses ressources pour préparer sa sortie du « présent ». Une vision de l'exil envisagé comme non-lieu et non pas comme perte.

  • Bon alors, euh, maintenant je vais vous présenter la pièce qui s'appelle Cinq jours en mars, alors le premier jour, enfin d'abord je vais vous situer le cadre, donc ça se passe au mois de mars de l'année dernière, et un matin, Minobe, euh oui, c'est l'histoire d'un mec qui s'appelle Minobe, alors bref, un matin, Minobe se réveille dans une chambre d'hôtel et il se dit : « Non mais qu'est-ce que je fous ici ? » En plus y a une fille à côté de lui, genre j'la connais pas c'est qui cette meuf ? Apparemment elle dort, et là il se souvient tout de suite (...)

  • Dans un centre de recherche au Congo‚ des Belges se retrouvent autour d'un même intérêt pour la région et les bonobos. Néerlandophones et francophones‚ ils ont aussi à composer avec leurs spécialités et leurs histoires respectives qui ne sont pas toujours concordantes. Aux côtés de deux scientifiques spécialistes des singes et d'un spécialiste de l'acquisition du langage‚ il y a en effet un psychologue qui se recommande de l'université de Kyoto‚ un ingénieur agronome qui cherche à faire pousser des légumes géants pour nourrir la planète‚ et un agent d'une compagnie de tourisme qui pense transformer l'endroit en un parc d'attraction.

    Une pièce pleine d'humour sur la communication entre les êtres‚ la difficulté de vivre ensemble‚ et les désordres du monde.

  • Pas ça, je vous en prie.
    Notre Etat, Dieu merci, a créé toutes les conditions. Et il y en a des comme vous qui n'arrivent toujours pas à comprendre. Et qui n'en font qu'à leur tête. Le résultat, le voilà, des drogués, des salopards et des tas de rebuts.

  • Et comment je peux m'en sortir, mère, je serai toute ma vie dans le landau, qu'est-ce que tu crois, c'est là que je retournerai, pour me terrer, me cacher, oublier, je le préfère au reste du monde, mon landau, mais je le sais, mère, ce n'est pas une vie, il faut que je parte, que je fasse quelque chose pour partir... de mon landau... avec le landau...

  • La représentation était catastrophique, ils se sentaient mal à l'aise alors ils sont partis. Je suis habitué. Ne vous inquiétez pas pour moi. Depuis les trois derniers mois, depuis l'accident, j'ai - J'ai perdu toutes mes capacités. Comme je vous l'ai dit, j'assure des dates de tournée déjà prévues.

    Un chêne consiste en un vrai-faux numéro d'hypnose : chaque soir, un deuxième acteur donne la réplique à l'hypnotiseur, sans rien savoir d'une pièce qu'il découvre pas à pas.

    Dans L'Auteur, quatre des protagonistes d'une pièce de théâtre ultra-violente (dont nous ne verrons rien sur scène) se retrouvent au milieu du public et reviennent sur cette création tumultueuse dont les conséquences sur leurs existences ont été terribles...
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  • Elle était recouverte de sacs-poubelle pour se protéger de la pluie, on voyait juste son visage dépasser du plastique noir, et puis ces yeux, tellement brillants, pendant une seconde, elle m'a regardée, je ne saurais pas vous expliquer ce que j'ai ressenti, un choc, je ne savais pas d'où venait cette terreur, si je courais un danger, du fait de sa présence, mais ce n'était pas que de la terreur, il y avait autre chose, c'était de l'ordre du plaisir, de l'idolâtrie peut-être. Ça n'a duré qu'une seconde, elle a donné un coup de talon, le cheval a henni et l'apparition est repartie au galop par le chemin de terre.

    Fauna est une femme hors du commun qui a passé sa vie à brouiller les frontières pour se libérer de l'amour, des hommes, du souvenir. Fauna est le sujet d'un film que quatre personnes tentent de tourner dans un lieu lointain, plus proche des morts que des hommes. Fauna est un fantôme qui pèse sur leur travail, qui envahit leur quotidien, bouleverse leurs relations et, peu à peu, les transforme...

    Création le 06 décembre 2013 au Théâtre de la Bastille à Paris dans la mise en scène de l'auteur, dans le cadre du Festival d'automne.

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