Arts et spectacles

  • Comment s'opère une révolution symbolique et comment réussit-elle à s'imposer ? À travers le cas exemplaire d'Édouard Manet, c'est à cette question que s'est confronté Pierre Bourdieu dès les années 1980 et à laquelle il a consacré les dernières années de son enseignement au Collège de France. Ce deuxième volume des cours inédits du sociologue, accompagnés d'un livre resté inachevé, marque ainsi l'aboutissement d'une réflexion centrale dans son oeuvre.

    Située en pleine crise de l'Académie, à un moment où la croissance du nombre des peintres remettait en cause la tutelle de l'État sur la définition de la valeur artistique, la rupture inaugurée par Manet a abouti à un bouleversement de l'ordre esthétique. La nouvelle vision du monde qu'elle a engendrée a imprimé sa marque jusqu'à nos jours. En abordant la genèse des tableaux de Manet comme une série de prises de position qui sont autant de défis lancés à l'académisme conservateur des peintres pompiers, au populisme des réalistes, à l'éclectisme commercial de la peinture de genre et même aux « impressionnistes », Bourdieu montre qu'une telle révolution est indissociable des conditions d'émergence des champs de production culturelle.

  • Au-delà des clichés liés sa sensualité, que sait-on en France au sujet du tango ? Au vue de la faiblesse de la production éditoriale - quelques essais, de rares anthologies - peu de chose. Un manque criant que comble ce dictionnaire d'un genre nouveau.
    Danse, musique, poésie, mais aussi culture et art de vivre, le tango est un monde que cet ouvrage explore dans toutes ses dimensions - géographiques, métaphoriques, historiques, sociétales...
    Les quelque 600 entrées font la part belle aux biographies de personnages (musiciens, chanteurs, danseurs, poètes. ), pour un tango incarné, mais aussi aux lieux, aux paroles de tango, aux termes techniques, aux concepts qui permettent de reconstituer l'histoire du tango. Tango nomade, mais tango ancré dans la culture et l'histoire du Rio de le Plata, l'ouvrage donne à les voir en un kaléidoscope.
    Le lecteur pressé pourra se référer à l'ouvrage pour chercher une date ou une définition, le lecteur curieux pourra y déambuler, reconstituant, par le jeu des renvois de notices, le puzzle historique. Ni guide ni encyclopédie, emprunt de la subjectivité de ses auteurs qui vivent le tango au quotidien, ce dictionnaire n'en est pas moins fondé sur des recherches rigoureuses, ainsi que sur des entretiens in vivo réalisés depuis une quinzaine d'années. Une approche originale qui allie rigueur scientifique et passion.

  • De Guernica, on croit tout savoir. Tableau majeur du XXe siècle, exposé dans les plus grands musées, reproduit sous toutes les formes possibles, c'est un monument artistique et un étendard politique, un emblème. Guernica, c'est Pablo Picasso, et pour certains, Picasso c'est Guernica. Mais connaît-on vraiment l'histoire de cette oeuvre ? Germain Latour est allé au-delà de la légende et a reconstitué avec précision la genèse et l'itinéraire de ce tableau. A l'origine de Guernica, un village basque qui doit sa notoriété au chêne centenaire devant lequel tous les souverains espagnols venaient prêter serment, raison pour laquelle il sera choisi pour cible au mois d'avril 1937 par Franco et ses alliés pendant la guerre civile. Germain Latour montre de quelle façon cet événement va s'imposer à Picasso, qui travaillait déjà sur cette toile pour l'Exposition universelle de 1937, et analyse la révolution que cette oeuvre a constitué. Mais il ne s'est pas arrêté à cette histoire artistique aux détails pourtant méconnus. L'odyssée de Guernica permet à Latour de faire un état des lieux limpide de l'histoire politique espagnole, du franquisme à la movida. Le parcours financier et institutionnel tortueux de cette oeuvre hors norme s'avère complexe et fascinant, qu'il s'agisse de ses voyages américains, de son installation au MoMA ou de la bataille pour sa restitution, dont les soubassements se révèlent plus subtils et retors qu'on ne l'imagine... Une étude unique qui lève le voile sur un des plus grands mythes artistiques du siècle dernier.

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  • Il aura fallu trente-trois ans pour que l'enfant Alain Souchon - celui qui se prenait pour Rimbaud lorsqu'il marchait dans la campagne - parvienne à se faire entendre du grand public. Le temps de faire le plein de rêveries et de rencontrer son alter ego musical, Laurent Voulzy. «Il y avait une pénurie de mots, de musique dans la chanson. On est arrivés à ce moment-là». Depuis, les paroles ont jailli et sont restées dans les têtes. Des mots d'enfants ou des mots inventés, empruntant soigneusement à l'époque ses couleurs et ses excès. Des mots écrits pour la musique qui fait passer tous les chagrins.
    De Casablanca à Paris, Alain Souchon raconte une enfance au chemin alambiqué, peuplée de personnages farfelus et d'histoires romanesques. Une époque oisive et contemplative qui sera le terreau de sa naissance à l'écriture et à la chanson. A l'âge de 17 ans, Alain Souchon part étudier au Royaume-Uni. Un séjour qui se transformera en une expérience musicale. Il sert dans un pub, à l'époque où Londres voit naître ses plus grands groupes. En 1961, il rentre à Paris le désir de devenir chanteur chevillé au corps . Alain Souchon raconte les petits boulots manuels pour survivre...et les cabarets de la rive gauche. Jusqu'à sa rencontre avec le directeur artistique Bob Socquet et les premiers grand succès. Depuis, un dialogue ininterrompu avec son public, cette foule sentimentale qui apprend, vieillit avec lui et se reconnaît dans ses chansons poétiques qui sont autant de peintures d'une époque mise en mots.

    Texte de Maylis Besserie en collaboration avec France Culture.

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