Reseau Canope

  • La stagnation séculaire peut être liée, côté offre, à l'affaiblissement de la productivité entamé dans les années 1970. D'un autre côté, une demande insuffisante peut générer une double spirale, déflationniste et de l'épargne de précaution, et s'accompagner d'une hausse durable du chômage, en cas de rigidité nominale à la baisse des salaires. La première explication se heurte aux effets inflationnistes, prédits mais non observés. Et, associée à un pessimisme technologique, un monde sans croissance à long terme apparaît alors comme inéluctable. Selon la seconde explication, la sortie de la stagnation séculaire nécessite des politiques budgétaire et monétaire (non conventionnelle) expansionnistes et suffisamment massives, afin de faire remonter la demande globale et le niveau d'inflation.

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  • L'économie numérique a permis l'essor des marchés multifaces, lesquels mettent en relation des utilisateurs via des plateformes. Sur ces marchés, l'existence d'externalités de réseau directes mais aussi croisées pose, pour les firmes, le problème de « l'oeuf et de la poule », qui justifie une tarification asymétrique.

    L'irruption des plateformes conduit à une ré-intermédiation de nombreux secteurs traditionnels (« uberisation ») ainsi qu'à une mutation des administrations (« État plateforme »), et questionne, notamment, la politique de la concurrence (effets de réseau et rendements d'échelle croissants génèrent des rétroactions positives poussant à la concentration) et la politique sociale (plateformes s'appuyant sur le statut d'indépendant face à un modèle social reposant sur le salariat).

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  • Les arguments théoriques en faveur des règles budgétaires découlent des hypothèses d'inefficacité des politiques discrétionnaires de régulation conjoncturelle (incohérence temporelle) ou d'absence de bienveillance des dirigeants politiques dans leurs décisions (biais pour le déficit). Dans la pratique, ces règles sont souvent motivées par la volonté d'attirer des investisseurs sur les marchés financiers et leur variété résulte du grand nombre de compromis possibles entre éléments de rigidité et éléments de flexibilité. Leur efficacité en termes de discipline budgétaire dépend de leurs caractéristiques, des modes de gouvernance mais également du contexte économique, la discipline budgétaire étant remise en cause lors de chocs de grande ampleur (Grande récession).

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  • Les politiques monétaires non-conventionnelles reposent sur un assouplissement qualitatif et quantitatif. Le premier, en touchant aux collatéraux, aux contreparties et aux maturités, modifie la structure du bilan des banques centrales, tandis que le second augmente la taille de ce bilan. Si les principales banques centrales ont eu recours aux deux types d'assouplissement, des différences importantes se manifestent, notamment selon les priorités des autorités monétaires et les caractéristiques des systèmes financiers. En complément des mesures non-conventionnelles, le recours à la forward guidance a été vu comme un moyen d'améliorer l'efficacité des politiques monétaires en tentant d'orienter les anticipations de taux d'intérêt à long terme.

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  • Numéro rédigé par Élisabeth Cudeville et Charlotte Guénard, maîtres de conférences en économie - Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
    La nouvelle théorie institutionnelle du développement s'appuie sur des travaux macro-économétriques qui se sont multipliés à partir de l'article d'Acemoglu, Johnson et Robinson (2001). Ils établissent une corrélation positive entre la qualité institutionnelle et les performances économiques des pays. Si la complexité de la relation entre institutions et développement rend difficile l'identification des liens de causalité entre ces deux variables, les institutions sont néanmoins aujourd'hui reconnues comme un déterminant essentiel des performances économiques. Toutefois, cette quête d'un lien causal quantifiable a souvent conduit à une vision réductrice des « bonnes » institutions, centrée sur les droits de propriété et niant les spécificités nationales.

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  • La réforme de la fiscalité s'est imposée dans la littérature économique et dans les programmes politiques comme un objectif prioritaire pour restaurer la justice sociale, la compétitivité des entreprises et réduire les atteintes à l'environnement. Or, les défaillances du système fiscal se sont accumulées depuis une vingtaine d'années tandis que l'évitement fiscal croissant a privé les budgets publics de leurs marges de manoeuvre. C'est pourquoi les objectifs de la nécessaire réforme se sont complexifiés ainsi que ses modalités. En outre, la réforme fiscale ne peut plus être envisagée sans prendre en compte l'internationalisation de l'économie et des bases imposables.

  • L'évaluation socio-économique repose sur la notion de « valeur actuelle nette ». Une telle approche monétaire est rendue problématique par la nature hétérogène des bénéfices collectifs tirés d'un investissement public, ainsi que par la longueur de l'horizon temporel pertinent. Plusieurs évolutions ont eu lieu récemment dans les méthodes de calcul du taux d'actualisation, au moment où l'évaluation devient un impératif légal et que les autorités publiques fixent les procédures d'évaluation. L'extension de l'évaluation socio-économique au-delà de ses domaines traditionnels de l'énergie et des transports (exemple de la LGV Sud-Ouest) pose des défis supplémentaires et amène à d'autres évolutions dans les méthodes d'évaluation (calcul de la valeur de la vie statistique, indice QALY).

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  • Élément de la sociologie du genre, la masculinité ne devient pourtant un objet d'étude à part entière qu'avec les Men's Studies, dans les années 1980. Cette approche se veut empirique et pragmatique : la masculinité n'est pas une notion universelle, ni dans le temps, ni dans l'espace ; en tant que concept relationnel, elle est pensée relativement au féminin, à la classe sociale ou à l'origine ethnique. Dans ce cadre, la typologie de Raewyn Connell distingue les masculinités hégémonique, subordonnée, complice et marginalisée. Diverses évolutions, touchant à la scolarisation des filles, à la désindustrialisation, etc., contribuent à contester la masculinité hégémonique, sans que l'on puisse parler pour autant de crise de la masculinité.

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  • Depuis 2009, des avancées importantes ont eu lieu en matière de régulation financière. Bâle 3 amène au renforcement des ratios de solvabilité et à l'introduction de ratios de levier et de liquidité. L'Union bancaire en Europe remet en cause la doctrine du « Bail Out » au profit de celle du « Bail In ». Le domaine de la réglementation s'étend (shadow banking, produits dérivés). L'échange d'informations contribue à la lutte contre les paradis fiscaux et réglementaires. L'organisation centralisée de la surveillance, plutôt qu'en silos, permet de mieux appréhender le risque systémique. Néanmoins, la maîtrise de ce risque se heurte à certaines limites dans les réformes : ratio de levier à seulement 3 %, faible surcharge en capital pour les banques systémiques, abandon du projet européen de séparation bancaire...

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  • Avec la fragmentation internationale des processus de production, le commerce international est de plus en plus constitué d'échanges d'intrants à l'intérieur des chaînes de valeur mondiales (CVM). Le passage d'une mesure du commerce mondial en valeur brute à une mesure en valeur ajoutée permet de mieux apprécier la contribution de chaque économie aux échanges internationaux et les interdépendances entre les économies, et de réévaluer le rôle des services. Les enjeux concernent également les politiques structurelles, en particulier la politique commerciale, principalement du fait que les importations se révèlent ainsi être un facteur clé de la compétitivité des pays, mais aussi parce que les risques associés à l'insertion dans le commerce mondial apparaissent redéfinis.

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  • Numéro rédigé par Jean-Marc Siroën, professeur de sciences économiques, université Paris-Dauphine et IRD.
    À partir des années 1990, les accords commerciaux régionaux se sont multipliés, sont devenus moins régionalisés et ont vu leur contenu s'étendre aux barrières non tarifaires ainsi qu'à des aspects ne relevant pas de la politique commerciale au sens strict. Partant des effets de création et de détournement introduits par Viner (1950), la prise en compte de ces évolutions ainsi que de la question des coûts de transport et celle des règles d'origine rend encore plus incertains les effets économiques de tels accords ; empiriquement, il s'avère que ces effets dépendent de la nature et du contenu des accords. De plus, leur multiplication semble traduire un recul du multilatéralisme et/ou une incapacité de l'OMC à organiser un commerce mondial en mutation.

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  • Instrument central de la politique climatique européenne, le marché des droits d'émission de CO2 se heurte empiriquement à deux difficultés majeures : un prix du carbone trop faible et volatil. Depuis sa création en 2005, diverses mesures ont été programmées afin de soutenir le prix, en limitant la quantité de quotas en circulation : restrictions des seuils d'émission, retrait temporaire de quotas en circulation (backloading), restriction de l'usage des crédits-carbone internationaux, mécanisme de réserve de stabilité. La volatilité reste néanmoins inhérente à un marché dominé par des contrats dérivés et des opérateurs purement financiers.

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  • Le secteur des biens culturels a appelé de nombreuses interprétations, tant sur les ressorts de sa croissance que sur les tenants de ses réussites individuelles. Appréhendant l'activité de création comme un travail, Pierre-Michel Menger propose une analyse originale des univers artistiques. Rappelant que les artistes et les techniciens opèrent en situation d'incertitude, il démontre que la valeur des oeuvres et des carrières est le produit cumulatif de tournois de comparaisons et d'appariements sélectifs. Par extension, cette approche éclaire le statut des intermittents, le modèle du travail créateur, qui implique flexibilité, autonomie dans le travail et incertitude, concernant aujourd'hui un ensemble grandissant d'activités et d'emplois.

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  • La balance des paiements est un document de premier plan pour comprendre les relations commerciales, financières et monétaires entre les pays. Des écarts grandissants des excédents et des déficits courants mondiaux menacent la stabilité économique globale. À cet égard, la crise asiatique de 1997 et le « Bretton Woods II » qui en découle, puis la crise des subprimes sont liés. Des déséquilibres nouveaux laissent apparaître d'autres incertitudes aujourd'hui.

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  • La forte augmentation, depuis les années 2000, d'une consommation respectant des critères environnementaux ou éthiques repose sur une multiplicité de motivations et de comportements. Surreprésentées au sein des classes supérieures de revenus et des diplômés, ces nouvelles formes de consommation mêlent des démarches individualistes et collectives qui mobilisent des répertoires d'action divers - tels que le boycott ou le « buycott » - et peuvent être marquées par un militantisme engagé et critique à l'égard de l'ordre marchand (Amap, Sel) ou, au contraire, se rapprocher d'une logique marchande (Max Haavelar).

  • Le salaire minimum légal est marqué par une forte diversité dans l'espace : absent dans plusieurs pays, il connaît ailleurs des histoires plus ou moins longues, des modalités, des niveaux et des évolutions variés. Les controverses théoriques et empiriques concernant ses effets sur le niveau de l'emploi ont été renouvelées suite aux travaux de David Card et Alan B. Krueger. En tant qu'instrument de lutte contre les inégalités de salaires et la pauvreté, son efficacité reste incertaine. En France, sa forte augmentation entre la réforme de 1970 et le début des années 1980 a laissé place à une progression ralentie couplée à des abaissements de cotisations sociales sur les bas salaires traduisant, depuis les années 1990, la domination d'une conception du Smic comme obstacle à l'emploi.

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  • La résurgence des inégalités depuis les années 1980, particulièrement au sein des pays anglo-saxons, a remis en cause la courbe de Kuznets. Les inégalités salariales y jouent un rôle primordial, avec pour causes la mondialisation, un progrès technique biaisé en faveur du travail qualifié et un ensemble de facteurs institutionnels tels que l'érosion des syndicats ou la baisse des taux marginaux supérieurs de l'impôt sur le revenu. Plusieurs effets négatifs des inégalités sur la croissance (relations sociales conflictuelles et instabilité politique, demande de redistribution, allocation inefficace des ressources dans le cadre de marchés de capitaux imparfaits) et sa stabilité (tendance à l'endettement des couches les moins favorisées) ont été soulignés.

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  • En septembre 1985 paraissait le n° 1 d'Écoflash, consacré aux chômeurs. L'analyse des flux (entrées-sorties) retenue par Albert Cohen et Jean-François Royer permettait d'appréhender les caractéristiques des chômeurs mais aussi la précarité du marché du travail, phénomène qui s'est amplifié par la suite. L'étude des séries longues révèle ainsi que, depuis 1975, le chômage a eu tendance à toucher de plus en plus les jeunes actifs - par ailleurs davantage concernés par les emplois temporaires - et à se concentrer davantage sur les moins diplômés et les peu qualifiés ; mais que, depuis peu, il concerne plus les hommes que les femmes. Cette étude s'appuie sur les concepts d'activité au sens du Bureau international du travail, concepts stables depuis 1982, mais dont l'implémentation a évolué.

  • La régression logistique permet de mesurer le lien statistique existant entre des variables expliquées (par exemple, les comportements de certains individus au sein d'une population) et des variables explicatives (par exemple, les caractéristiques socio-économiques de ces individus) lorsque ces variables sont discrètes (être une femme plutôt qu'un homme, avec un diplôme plutôt que sans, etc.). Les odds-ratios (ou rapports des chances relatives) constituent l'information centrale fournie par cette technique puisqu'ils mesurent, pour chaque variable explicative, un effet « pur » sur la variable expliquée, c'est-à-dire en contrôlant l'effet des autres variables explicatives, ce qui permet, notamment, de mettre l'analyse à l'abri des effets de structure.

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  • La déflation constitue une préoccupation majeure qui n'est aujourd'hui plus cantonnée au Japon. Si l'ampleur des menaces qu'elle fait peser sur l'activité économique, l'emploi et les débiteurs est connue, la lutte contre ce phénomène s'avère cependant délicate du fait de la multiplicité de ses causes et des mécanismes susceptibles de l'enclencher. En amont des causes immédiates relatives à la demande, aux coûts de production et à la création monétaire, se trouvent des facteurs structurels et institutionnels sur lesquels les politiques économiques peuvent difficilement agir. Pourtant, dans les faits, c'est essentiellement à la politique monétaire que reste dévolue la tâche d'éviter l'enracinement des économies dans la déflation.

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  • La politique prudentielle se répercute sur la transmission de la politique monétaire et, ainsi, sur son efficacité, en influençant la distribution de crédit par les banques et leur résilience et, à plus court terme, leurs comportements sur les marchés interbancaires et de demande de monnaie centrale. Inversement, les politiques monétaires accommodantes actuelles peuvent biaiser la mesure des ratios de liquidité et de levier, donc peser sur le contrôle prudentiel. Par ailleurs, le durcissement de la réglementation financière accélère l'essor du secteur financier non bancaire, moins régulé, ce qui a des effets contradictoires sur l'efficacité de la politique monétaire (canal du crédit contre canal de la prise de risque).

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  • La coopération pour le développement a longtemps été le reflet d'une domination économique et idéologique des pays du Nord sur ceux du Sud. Les évolutions des inégalités et de la pauvreté ainsi que la puissance croissante des pays émergents, y compris dans le domaine de la coopération pour le développement, soulèvent des doutes supplémentaires quant à la légitimité, l'efficacité et l'avenir de la coopération Nord-Sud. Un renouveau de la coopération pour le développement semble pourtant nécessaire à l'heure où des enjeux globaux (environnement, migration et sécurité) deviennent plus pressants, renouveau qui n'est que partiellement engagé (Objectifs de développement durable, Accord de Paris).

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  • Les droits antidumping sont de plus en plus utilisés dans les relations commerciales internationales. Ils sont autorisés par l'Organisation mondiale du commerce car ils visent à contrer des pratiques déloyales et anticoncurrentielles. Pourtant, de nombreux économistes voient aussi dans ces mesures un nouveau moyen de protéger de la concurrence extérieure des secteurs peu efficaces ou en déclin. Si les droits antidumping sont de nouvelles politiques protectionnistes, alors elles ne répondent plus à leur objectif initial et risquent d'engendrer des coûts sociaux conséquents. Il convient alors de réfléchir à une amélioration des procédures de mise en place de ces taxes aux frontières afin de rétablir une concurrence loyale et d'éviter toute escalade tarifaire.

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  • La démondialisation est d'abord un projet, construit sur une dénonciation des méfaits de la mondialisation commerciale, des firmes et des capitaux. Ce projet rejoint ici celui des altermondialistes et la thématique du développement durable : il s'agit d'opposer au laisser-faire la protection de l'environnement et la lutte contre les inégalités. Mais la spécificité de ce projet réside dans sa défense du protectionnisme, du patriotisme économique ou de la déglobalisation financière. Aujourd'hui, la démondialisation pourrait aussi devenir une réalité : d'une part, certaines mesures prises par les autorités publiques, par exemple pour contrer les délocalisations ou pour réguler davantage la sphère financière, vont dans ce sens ; d'autre part, la progression du commerce mondial ralentit nettement.

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