Sciences & Techniques

  • Raphaël Jozan prend le contre-pied de bien des idées reçues sur la guerre livrée par les anciennes républiques soviétiques du bassin de la mer d'Aral pour le partage de l'eau. Il relève comment les modèles hydro-économiques de la coopération internationale viennent construire une véritable guerre de l'eau en amplifiant les tensions entre États.
    Contrebande de coton, détournement d'argent public, jeux sur les normes techniques : les économies nationales, observées par les experts internationaux, sont littéralement débordées. Les « fuites » d'une gestion de l'eau qu'ils jugent déficiente arrosent en fait une culture non enregistrée par les statistiques administratives et qui leur est invisible. Est-ce de l'aveuglement ?
    Ce travail interdisciplinaire, qui remonte aux sources de l'introduction du coton dans la région et à l'émergence du modèle hydraulique, propose une sociologie des dispositifs de mesures et de calculs des sciences économiques. Fondé sur une enquête de terrain originale, il éclaire la façon dont les experts, canalisés par les administrations locales et par leurs propres dispositifs, s'appuient sur une représentation qui omet une partie cruciale de la réalité.

  • Les maïs des Indiens zapotèques des montagnes du Mexique sont " contaminés " par la présence de transgènes échappés des laboratoires biotechs nord-américains.
    Ce croisement inattendu est bien plus qu'une simple question environnementale ou sanitaire, c'est un véritable choc quant aux différentes façons de se représenter l'agriculture, l'alimentation, la propriété, la connaissance et même la vie. Les maïs transgéniques, produits phares des biotechnologies agricoles, représentent en effet une redéfinition radicale du vivant, à l'heure où émerge la notion trouble de biodiversité comme nouvelle façon de parler de la nature.
    Ils incarnent aussi le rêve hypermoderne d'une alliance entre science et technologie, au service d'un marché tout-puissant, quand la crise écologique globale met justement en évidence les limites du contrôle humain sur son environnement et la nécessité de repenser le lien entre nature et culture. Finalement, on peut même se demander si ce micro-drame qui se joue dans les montagnes mexicaines ne renvoie pas à des conflits beaucoup plus fondamentaux autour de la redéfinition de notre époque moderne, bouleversée par le processus de globalisation.

  • L'objectif de cet ouvrage est d'essayer d'apporter des éléments de réponse à ces deux dilemnes quotidiennement rencontrés par les aidants et les soignants : quelle vérité devons-nous aux malades d'Alzheimer et comment respecter une autonomie fragilisée par la maladie ? Ces questions renvoient à d'authentiques problèmes philosophiques. En effet, la question de l'annonce du diagnostic amène à interroger le rapport entre l'Alzheimer et la normalité (en quel sens est-ce une maladie ?). La question de l'information pronostique amène à interroger l'unité de la notion (est-ce une maladie ou un syndrome ?). La question de la maximisation de l'autonomie exécutionnelle conduit à se demander s'il faut penser l'Alzheimer d'après le modèle des maladies aiguës ou des maladies chroniques (est-ce une maladie ou un handicap ?). Enfin, la question du respect de l'autonomie décisionnelle conduit à se demander quelle est sa place au sein des affections qui touchent le psychisme (maladie « neurologique » ou maladie « psychiatrique » ?). Cette maladie brouille les catégories de pensée auxquelles nous sommes habitués. Par conséquent, si le premier objectif de cette étude est bien d'essayer de répondre aux questions qui nous été adressées par les médecins, elle a pour second objectif d'essayer de dissiper les ambiguïtés qui entravent sa compréhension, autrement dit de réduire l'impensé qui entoure encore la maladie d'Alzheimer.
    Spécialiste de l'éthique clinique, Fabrice Gzil est ancien boursier de la Fondation Médéric Alzheimer et de la Fondation France-Alzheimer.

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