Pu De Lyon

  • Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie assassiné le 16 octobre 2020 pour avoir proposé à ses élèves d'étudier des caricatures du prophète Mahomet, fut étudiant à l'université Lumière Lyon 2 et à l'université Jean Moulin Lyon 3. En 1995, dans le cadre de sa maîtrise, il soutenait un mémoire de recherche consacré à l'usage et à la symbolique de la couleur noire dans la société française de 1815 à 1995, s'appuyant principalement sur des sources littéraires et picturales.
    À l'initiative de Christophe Capuano, les Presses universitaires de Lyon ont décidé de publier ce texte afin de faire entendre la voix d'un apprenti historien doté d'une forte culture littéraire, d'une réflexion à la fois fine et audacieuse, enfin d'une grande sensibilité aux images. Ce texte présente également l'intérêt d'apporter un témoignage sur la manière dont l'université formait les futurs historiens et enseignants en histoire il y a 25 ans.

  • Depuis la fin des années 1990, le marché du livre d'occasion subit le même phénomène de plateformisation que l'ensemble des marchés de consommation.
    Les libraires traditionnels et les bouquinistes ont investi, souvent à contrecoeur, les places de marché numériques et côtoient de nouveaux détaillants, extérieurs au monde du livre.
    Afin d'analyser les multiples reconfigurations de ce commerce, Vincent Chabault a mené une enquête de longue durée auprès de détaillants et de lieux de vente divers : des bouquinistes aux plateformes en passant par des libraires de Paris et de Lyon, des boutiques associatives, la bourse aux livres d'une faculté de médecine, des particuliers actifs sur Le Bon Coin, des professionnels des Puces de Saint-Ouen et de la salle des ventes du quartier populaire de la Goutte d'Or.
    Les recompositions à l'oeuvre font apparaître un nouveau modèle de vente, de nouveaux rapports de force entre détaillants et places de marché, ainsi qu'une démocratisation ambivalente. Celle-ci apparaît favorable aux plateformes et aux lecteurs-consommateurs, mais elle nuit aux détaillants traditionnels qui, à l'image de l'enseigne séculaire Gibert, voient progressivement le marché leur échapper.

  • Dictionnaire d'iconologie filmique Nouv.

    Alors qu'au XVIe siècle l'iconologie est considérée comme un discours sur les images destiné à l'usage des peintres, elle se réinvente au cours du XIXe siècle, sous l'impulsion des historiens de l'art, comme une technique d'interprétation des oeuvres. Aby Warburg y verra l'instrument privilégié d'une « science de la culture ».

    Conçu par des chercheurs issus d'horizons disciplinaires différents et organisé autour de cinq catégories réparties en une centaine d'entrées - les théoriciens de l'art et du cinéma, les cinéastes, les films, les notions et les motifs -, ce dictionnaire entend tout à la fois reformuler l'iconologie au cinéma et répondre d'une histoire élargie des images. De Walter Benjamin à Jacques Rancière, d'Arnaud Desplechin à Tsai Ming-liang, du Cuirassé Potemkine à Shining et du burlesque au zombie, les contributions proposées constituent un outil et une source de réflexion aujourd'hui indispensables à tous ceux qui font de l'analyse un accès privilégié à la connaissance des films.

  • Né vers 1490 dans ce qui n'était pas encore l'Allemagne, Thomas Müntzer émerge de la masse des partisans de Luther au printemps 1520, quand il est nommé prédicateur à Zwickau. En conflit avec la municipalité, il quitte la ville un an plus tard. Durant les cinq années qui suivent, la situation se reproduit : ses prédications comme ses textes, articulant théologie et politique, prônent l'usage de l'allemand dans les lieux de culte tout en s'insurgeant contre l'ordre établi, ce qui n'est pas du goût des puissants. Müntzer parcourt l'Allemagne du Sud-Ouest au moment où s'y développent les premiers signes de ce que l'on nommera plus tard la « guerre des Paysans », soulèvement de nature à la fois religieuse et sociale. Rentré en Thuringe en février 1525, il devient l'un des chefs de la rébellion dans cette région. Fait prisonnier le 15 mai 1525 à la bataille de Frankenhausen, qui marque la fin des révoltes paysannes, il subit la question et sera exécuté une quinzaine de jours plus tard.
    Son oeuvre, aussi brève et dense que sa vie, vise la fin de l'oppression culturelle entretenue par les clercs, la fin de l'oppression politique instituée par les princes, la fin de l'exploitation économique dont profitent les seigneurs. Cette oeuvre, quantitativement fort réduite par rapport à celle d'un Luther, est immense si l'on songe à son retentissement au xvie siècle et au cours des siècles suivants. Les sept textes fondateurs et les cinquante lettres rassemblés dans ce volume en démontrent l'actualité.

  • Je ne sais écrire que ma vie

    Henri Calet

    • Pu de lyon
    • 11 March 2021

    Dans le tourbillon des années 1935 à 1955, Henri Calet compose une somme impressionnante de textes : chroniques, romans, nouvelles, critiques littéraires ou artistiques, pièces radiophoniques, scénarios, reportages... Il trace ainsi son sillon d'écrivain à la fois faussement léger et légèrement désespéré, adepte de l'utilisation du « je » et de « l'humour gris ».
    À travers des entretiens accordés aux radios et journaux entre 1935 et 1955 et réunis ici pour la première fois, c'est un Calet méconnu que nous révèle l'impressionnant travail de Michel P. Schmitt, non le Calet des livres, mais celui du métier. Nous voici plongés dans l'ombre de son oeuvre et de ses doutes. L'ouvrage, conçu de manière chronologique, entremêle finement les textes rassemblés par Michel P. Schmitt, la biographie de Calet, le contexte historique et littéraire de l'époque. Ce travail est introduit par un magnifique texte de l'écrivain Joseph Ponthus et complété par un inventaire exhaustif des oeuvres, des articles et des entretiens donnés par Calet.

  • Prenant part au débat actuel sur le statut de la science, cet essai issu de la pratique d'une enseignante-chercheuse se veut une réflexion accessible sur un sujet ardu : qu'est-ce que la recherche scientifique ? Pour illustrer son raisonnement, l'auteure s'appuie sur des exemples aussi variés que la théorie de la relativité d'Einstein, les études de Freud, la peinture de Pierre Soulages, les recherches en neurologie de Jean-Pierre Changeux ou la littérature policière de Fred Vargas.
    La scientificité peut être vue comme un critère rigide de démarcation entre la science et des formes de théorisation réputées irrationnelles, comme le mythe, la croyance, l'idéologie. C'est l'objet d'une épistémologie dite normative : comment la science doit fonctionner.
    La science est aussi une pratique sociale et institutionnelle, et ne peut s'entendre sans référence à ses conditions de production. Ceci relève d'une épistémologie descriptive :
    Comment la science fonctionne.
    Pourquoi le nier, la créativité personnelle occupe également une place importante dans le travail scientifique, qui peut à la fois être analysé comme une passion d'un point de vue psychanalytique et comme une pratique sociale, à la lumière de l'histoire et de la sociologie des sciences.
    À chaque étape de cette réflexion, Patricia Mercader cherche à répondre à deux questions fondamentales : quelle pourrait être la spécificité d'une épistémologie de la psychologie ? Qu'est-ce que la psychologie peut apporter à la connaissance des processus de théorisation et de production de savoir ?

  • Depuis une trentaine d'années, les revendications identitaires et religieuses liées à l'islam frappent aux portes de l'école. Comment en est-on arrivé là ? Comment est-on passé d'une mobilisation civique à l'époque des Marches pour l'égalité et contre le racisme (1983-1984) à une mise en visibilité de l'islam (à partir des années 1990), telle que l'école est perçue aujourd'hui par certains comme assiégée ? Cet ouvrage tente de comprendre les raisons et les enjeux de cette évolution en croisant enquêtes théorique et empirique.
    Sur le plan théorique, il s'appuie sur le concept de reconnaissance tel que défini par la philosophie sociale du chercheur allemand Axel Honneth : une dynamique qui vise l'émancipation individuelle au sein d'une communauté de réciprocité.
    Sur le plan empirique, l'enquête se fonde sur des entretiens réalisés dans une ville de la banlieue lyonnaise, Vénissieux. Sont interrogées sur leur rapport à l'école des familles françaises de culture musulmane issues de l'immigration algérienne, ainsi que des enseignants et des chefs d'établissement qui décrivent comment eux perçoivent ces familles et leurs enfants. Ici, pour une fois, la parole est donnée aux premiers concernés.
    Ce croisement fructueux entre approche théorique et enquête de terrain met en lumière les « ratés » de l'intégration touchant les générations issues de l'immigration musulmane et les interrogations qu'ils suscitent sur les concepts d'identité, d'universalité, de laïcité au sein de ces populations. Au terme de l'ouvrage, il apparaît que la compréhension de ces questionnements est une exigence politique qui engage l'avenir.

  • Féminin/masculin dans la presse du XIXe siècle

    , ,

    • Pu de lyon
    • 17 February 2022

    Cet ouvrage collectif croise deux champs d'étude, l'histoire de la presse et les études de genre, pour lesquels le XIXe siècle présente un intérêt décisif. En effet, s'instaure alors une véritable « civilisation du journal » en même temps que s'opère une importante redéfinition des rapports sociaux de sexes, marquée par une exclusion de fait des femmes de la sphère publique, malgré quelques avancées difficilement conquises.
    Or, les interactions sont nombreuses entre ces deux mouvements fondamentaux dans la transformation de la société, la presse jouant un rôle considérable dans la définition des rôles masculins et féminins, certaines femmes usant de la presse pour tenter de faire entendre leur voix.
    Sont ainsi tour à tour étudiés la diffusion ou la contestation des stéréotypes, les discours sur l'art ou la littérature et les faits divers au prisme du genre, enfin quelques figures de femmes journalistes souvent peu connues.
    Prenant le genre à la fois pour objet d'étude et pour grille d'analyse, ce livre relève nécessairement d'une approche transdisciplinaire, faisant appel à l'histoire de la culture, à celle des femmes et des médias, aussi bien qu'à la littérature.
    Si la conscience du sexisme et des inégalités femmes / hommes augmente actuellement en France, c'est encore avec très peu d'effets sur les médias. On ne peut comprendre de tels blocages en s'en tenant à l'actualité immédiate. Cet ouvrage voudrait, en éclairant l'histoire qui fonde ces inégalités, aider à prendre du recul pour mieux les combattre.

  • L'anthropologie a mis au jour que tous les êtres humains n'ont pas la même compréhension du monde ni de ce que signifie être au monde ; parmi ces ontologies, aucune ne surclasse les autres. Existe-t-il alors un point de vue neutre à partir duquel les étudier et les comparer ? Dans ces manières d'être et de «composer des mondes», quelle est la part du processus ? Quelle est la part de l'inscription de l'homme dans l'enchevêtrement des existences et celle de l'observateur dans son objet ? Telles étaient les questions posées dans le cadre du festival «Mode d'emploi» organisé par la Villa Gillet en novembre 2013, lors du débat de Philippe Descola et Tim Ingold, animé par Michel Lussault.
    Le livre conçu aujourd'hui à partir de ce débat propose une ouverture par Michel Lussault, un dialogue réagencé et révisé où alternent les voix de Philippe Descola et de Tim Ingold, enfin un post-scriptum de la main de chacun des deux intervenants.

  • La violence en musique

    , ,

    • Pu de lyon
    • 10 March 2022

    Ce nouveau volume de la collection Mélotonia propose une réflexion sur les composantes de la violence comme énergie intra-musicale, en lien avec le contexte qui l'a fait naître, le geste artistique qui en résulte, la perception qui en découle.
    Quels sont les ancrages rituels et primitifs de la violence en musique ? Quel rôle la musique joue-t-elle dans les épisodes de violence mis en scène à l'opéra ou au cinéma, notamment dans les films de guerre ? Comment a-t-elle accompagné les révoltes, les traumatismes, les mouvements sociaux, pour le coup bien réels, du xxe siècle, que ce soit la Révolution russe de 1917, l'extermination des Juifs d'Europe par les nazis, la colonisation ou la contre-culture des années 1970 ? Enfin, en quoi la violence a-t-elle pu être considérée comme une catégorie esthétique à part entière par certains courants tels que le mouvement politique et littéraire allemand du Sturm und Drang ou la seconde École de Vienne ?
    Autant de questions passionnantes auxquelles ce riche volume répond, ponctué d'interludes sous forme d'entretiens avec des musiciens ou des peintres qui ouvriront la réflexion à d'autres horizons.

  • L'exercice de la peur : usages politiques d'une émotion

    ,

    • Pu de lyon
    • 27 November 2015
  • Que signifie « échouer » ou « réussir » à l'école primaire ? Comment comprendre les difficultés éprouvées par des élèves d'origine populaire en lecture-écriture, grammaire, conjugaison, orthographe, vocabulaire, expression orale et expression écrite ? Comment se construisent, jour après jour, les processus de production des inégalités scolaires dans les salles de classe ? Ce livre tente de répondre à ces questions, en procédant à l'étude détaillée des pratiques et des productions scolaires d'élèves du CP au CM2 en français. Soulignant le rôle central du rapport au langage dans la production des différences scolaires, l'auteur fonde son analyse sur une sociologie de l'éducation informée des travaux anthropologiques et historiques concernant la spécificité des cultures écrites. Il entend ainsi rendre raison de l'« échec scolaire » du double point de vue d'une anthropologie de la connaissance et d'une anthropologie du pouvoir. Cet ouvrage est issu de l'enquête menée par Bernard Lahire pour sa thèse de doctorat, soutenue en 1990. Trente ans plus tard, les réflexions et analyses qu'il propose n'ont rien perdu de leur actualité. Dans une préface écrite à l'occasion de cette réédition, il souligne le poids de sa propre trajectoire sociale - son statut de transfuge de classe issu d'un milieu populaire - sur le choix de son objet d'étude.

  • Recrutés massivement depuis les années 1960 dans les usines Citroën et Talbot, les travailleurs immigrés, ces « OS à vie », y sont fortement encadrés par des syndicats à la solde des directions et par des organismes émanant de leurs pays d'origine. Or, au printemps 1982, alors que la gauche est au pouvoir depuis peu, ces ouvriers jusqu'alors discrets se mobilisent et s'emparent des répertoires d'action et des mots d'ordre des luttes ouvrières. Face aux conditions de travail déplorables, aux bas salaires, aux menaces de licenciements collectifs, au racisme latent, aux transformations du travail et aux politiques d'immigration, ils réclament ce qui leur est dû : le respect, la liberté, la dignité.
    Au croisement de l'histoire et de la sociologie, Vincent Gay analyse minutieusement les relations sociales à l'intérieur et à l'extérieur des usines, la place de la politique dans les débats, les pratiques des ouvriers immigrés, leur appropriation du syndicalisme et de la grève. Dans un contexte de crise et de restructurations industrielles, c'est un moment charnière de la contestation sociale, ouvrière et immigrée qui resurgit.

  • Partant du constat d'un retrait progressif des plus jeunes des espaces publics urbains, ce livre analyse la manière dont les parents éduquent aujourd'hui leurs enfants à la ville. Il n'aborde donc pas le sujet du point de vue des enfants, mais de celui de leurs parents. 88 d'entre eux, vivant à Paris ou à Milan, ont ainsi été interrogés en 2015. Ces deux lieux d'enquête, situés dans des quartiers mélangeant des catégories socioprofessionnelles modestes et supérieures, ont permis d'affiner l'analyse en fonction de contextes locaux différents.
    À travers des témoignages à la fois concrets et vivants apparaissent les diverses manières dont les parents parisiens et milanais apprennent à leurs enfants comment se comporter dans l'espace public urbain en leur donnant de multiples consignes : faire attention aux véhicules motorisés, se méfier des inconnus, savoir à qui s'adresser en cas de problème, etc.
    Cet ouvrage éclaire de manière très précise les divers facteurs qui influencent cette éducation à la ville : éducation reçue par les parents eux-mêmes, ressources financières, sociales et culturelles des familles, contexte de résidence, diffusion de nouveaux standards éducatifs, etc.
    Cette analyse démontre également que les consignes données aux filles et aux garçons ne sont pas les mêmes : les premières sont davantage mises en garde contre les dangers potentiels de la ville ; en conséquence, elles sont davantage bridées dans leurs souhaits d'autonomie.
    Enfin, cette étude souligne le rôle central joué par l'école dans l'apprentissage de la ville.

  • En 2008, une enquête sociologique révélait qu'en France, un tiers des hommes et un quart des femmes avaient déjà trompé leur conjoint.e.
    Les amours clandestines constituent ainsi le quotidien de millions de personnes.
    Dans une enquête initiale (Amours clandestines. Sociologie de l'extraconjugalité durable, 2016), Marie-Carmen Garcia recueillait la parole de ces hommes et de ces femmes adultères et faisait de l'infidélité conjugale un objet sociologique.
    Dans cette « nouvelle enquête », elle se penche sur des thèmes renouvelés comme la naissance d'un enfant, la famille, l'argent... et adopte une approche délibérément féministe pour comprendre les formes de domination en action dans les couples illégitimes.

  • Forfaiture de Cecil B. Demille

    Laurent Veray

    • Pu de lyon
    • 30 September 2021

    La sortie de The Cheat de Cecil B. DeMille en France en 1916 sous le titre Forfaiture marque une rupture dans l'histoire du cinéma. Laurent Véray fait le récit de ce moment en considérant le film dans sa globalité, de sa réalisation à sa réception critique, tout en menant l'enquête sur le contexte de sa diffusion en pleine guerre mondiale.
    Ce drame mondain met en scène un collectionneur japonais (interprété par Sessue Hayakawa) très attiré par une jeune femme frivole et dépensière (Fanny Ward). Celle-ci dilapide en bourse une forte somme d'argent et emprunte le montant perdu à son richissime ami, qui espère ainsi gagner ses faveurs. Mais la jeune femme se refuse à lui et le dandy outragé se venge en imprimant son cachet brûlant sur l'épaule de l'héroïne en une scène devenue mythique.
    En France, l'engouement du public et l'accueil de la critique sont exceptionnels.
    Colette et Louis Delluc, entre autres, voient dans ce film la promesse d'un nouvel art de l'image. L'oeuvre possède en effet de nombreux atouts, de la rupture esthétique qu'elle marque (usage du clair-obscur ou du contre-jour, gros plans sur les visages) au jeu exceptionnel de Sessue Hayakawa, en passant par la campagne publicitaire inédite lancée à sa sortie.
    Enfin, Laurent Véray situe l'oeuvre de Cecil B. DeMille dans l'histoire de la cinéphilie française, à travers l'analyse de ses multiples ressorties, le repérage de ses adaptations au théâtre, en littérature, à l'opéra et l'analyse du remake réalisé, sous le même titre, par Marcel L'Herbier en 1937.

  • C'est un fait, l'enseignement, et plus largement le système éducatif, constituent en France un secteur professionnel féminisé. Est-ce à dire que femmes et hommes connaissent les mêmes évolutions de carrière dans ce domaine ? C'est la question que pose Gilles Combaz dans cet ouvrage.
    Pour y répondre, le sociologue s'intéresse à trois fonctions : les directeurs/trices d'établissements dans le premier degré, les inspecteurs/trices du premier degré, les directeurs/trices d'établissements du second degré. Mobilisant les statistiques nationales existant sur le sujet et réalisant des entretiens complémentaires pour affiner son propos, Gilles Combaz scrute ces postes à travers trois thématiques clés :
    Le recrutement, la mobilité, l'avancement.
    Ses conclusions sont claires : au-delà d'une féminisation réelle des fonctions d'encadrement de l'Éducation nationale et si, en deux décennies, les écarts se sont considérablement réduits, des inégalités demeurent cependant entre femmes et hommes dans l'accès aux postes à responsabilités et dans le déroulement des carrières.
    Toute l'analyse de Gilles Combaz vise à révéler comment sont produites ces inégalités.

  • Omniprésent dans les médias et le champ politique, mais aussi dans le langage ordinaire, le terme "bobo" n'est pas neutre. Son usage et ses variantes ("boboïsation", "boboïsé") tendent à simplifier, et donc aussi à masquer, l'hétérogénéité des populations et la complexité des processus affectant les espaces urbains qu'ils prétendent décrire. En réduisant les " bobos " à des caricatures, on juge des caractères, des intentions et des volontés, en oubliant que les représentations et les pratiques des individus et des groupes sociaux prennent place dans des trajectoires singulières et un monde hiérarchisé.
    Ainsi, scientifiquement parlant, "les bobos n'existent pas", et les notions de "boboïsation" ou de "boboïsé" ne conviennent pas pour saisir et caractériser la diversité des logiques et des mécanismes, voire, parfois, les contradictions à l'oeuvre dans les phénomènes de "gentrification", marqués par le " retour en ville " des catégories moyennes et supérieures, l'effacement des plus pauvres et le renouvellement des activités et des paysages urbains.
    C'est ce que montre cet ouvrage, qui propose un regard historique et sociologique sur le mot "bobo" et ses usages, dans les univers médiatiques, politiques et culturels, comme dans les discours des populations impliquées.

  • Conçu avec le concours de chercheurs issus de divers domaines - études littéraires, linguistique, histoire de l'art -, cet ouvrage aborde de manière sensible le passé comme le présent de nos villes.
    D'abord sont étudiés les replis de l'Histoire : les profondeurs de la shakespearienne Londres des xvie et xviie siècles, la mouvante urbanisation du Brésil au début du xxe siècle, les villes imaginées par les écrivains germanophones Wolfgang Hilbig et Georg Klein.
    C'est une cartographie de la rencontre qui est ensuite proposée : la place Bellecour, à Lyon, au xixe siècle, a deux visages, l'un diurne, l'autre nocturne, qui ne favorisent pas les mêmes croisements ; Vienne est revisitée dans l'« Anti-Heimatroman » (roman antipatriotique) de Doron Rabinovici ; le Berlin de la République de Weimar, notamment celui de Döblin dans Berlin Alexanderplatz, nous dévoile une frénésie qui ne présage rien de bon.
    Enfin, l'entrelacs des voix et des regards nous donne à voir des villes disparues ou en passe de l'être :
    Mexico-Tenochtitlán décrite par les voyageurs au cours de son histoire, le Paris d'Aragon, le centre historique de Pékin, dont la peinture contemporaine enregistre l'effacement et, pour achever le voyage là où nous l'avions entamé, le Londres de Graham Swift.
    Laissons-nous emporter dans ce fascinant parcours au coeur des entrelacs urbains tels que décrits et pensés par la littérature et la peinture.

  • Le Pigeon de Mario Monicelli

    Loïg Le Bihan

    • Pu de lyon
    • 31 March 2022

    Une oeuvre de transition, c'est ainsi que le film de Mario Monicelli est généralement présenté. Le Pigeon (1958) marquerait l'avènement de ce que l'on a appelé la comédie « à l'italienne », mêlant drame et farce. Invariablement, le film est apprécié au filtre de cette appartenance et d'un contexte historique qui auront fini par le voiler d'une sorte de grille de lecture adaptée mais convenue.
    Pourtant, cette oeuvre narrant un cambriolage spectaculairement raté par une équipe de bras cassés (en italien, le film a pour titre I soliti ignoti, « Les inconnus habituels ») est plus que cela.
    Pour le démontrer, Loig Le Bihan se livre à une étude minutieuse de la grande scène centrale du cambriolage, faisant parler les nombreuses variations entre scénario et tournage.
    Il interroge les sources d'inspiration de cette fiction et montre à quel point les décors naturels romains y sont présents, une Rome pauvre, périphérique, en chantier, ou tout au contraire centrale et héritière de l'urbs antique, à quel point aussi cette fiction est ancrée dans une histoire de l'art assumée.
    L'auteur analyse également les critiques, suite et autres remakes du film et souligne que s'il joue sur le grotesque, n'hésitant pas à grimer ces deux acteurs vedettes que sont Marcello Mastroianni et Vittorio Gassman, c'est d'un grotesque réprimé, pour réaliser la peinture en demi-teinte d'un petit peuple romain qui finira par retourner au travail, qu'il le veuille ou non.

  • Que faire des enfants de l'immigration coloniale et postcoloniale ? L'école doit-elle adapter ses programmes à leur présence ? La question de l'articulation entre l'universalisme républicain et la pluralité culturelle a toujours travaillé l'institution scolaire, mais elle s'est reconfigurée ces quarante dernières années pour répondre aux débats sur l'immigration et la mémoire coloniale. Que faire des héritages d'une histoire douloureuse pour les uns, glorieuse pour les autres, méconnue de beaucoup ? A partir des archives de l'Education nationale, mais aussi des textes officiels et des manuels scolaires, Laurence De Cock retrace les débats qui ont agité l'enseignement de l'histoire de la colonisation depuis les années 1980.
    En analysant la confection des programmes d'histoire, elle interroge l'influence des débats publics sur leur écriture et montre combien le passé colonial, progressivement saisi par le politique, bouscule en profondeur la fabrique scolaire de l'histoire. Pour un enseignement qui a toujours eu comme finalité de contribuer à l'intégration sociale, les nouvelles demandes de reconnaissance des enfants et petits-enfants d'immigrés sont un facteur de reconfiguration de la discipline historique et des finalités de l'école républicaine.

  • Le dictateur de Charlie Chaplin

    Jean-Pierre Esquenazi

    • Pu de lyon
    • 23 January 2020

    Dans cet ouvrage, Jean-Pierre Esquenazi s'empare d'un classique du cinéma mondial, Le Dictateur de Charlie Chaplin, dont la préparation débute en 1938 et qui est présenté au public pour la première fois le 15 octobre 1940. Mais c'est sous un angle particulier, celui du film politique, qu'il en analyse le contenu. Car cette oeuvre, dénonçant une situation au moment même où elle se déroule, appelant à la lutte contre l'inhumanité de ses instigateurs, est unique dans l'histoire du cinéma. Et cette volonté se traduit dans la manière de filmer de Chaplin. Car, alors que Le Dictateur s'ouvre comme une suite de Charlot soldat (1918) et de son esthétique, un monde sépare les deux films, qui résulte sans doute de la volonté chaplinienne de rendre compte de la dépression des années 1930 et de l'arrivée au pouvoir du fascisme et du nazisme. C'est donc à la question « Comment fait-on un film politique, notamment dans un contexte brûlant ? » que répond cet ouvrage passionnant, doté d'une magnifique iconographie directement issue des archives Chaplin.

  • Le 21 novembre 1912, la Nouvelle Revue française (NRF) décide de ne pas publier Du côté de chez Swann, alors intitulé Le Temps perdu, de Marcel Proust. Ils sont six à diriger la revue, mais c'est André Gide qui portera la responsabilité de cette décision, une « impardonnable erreur » qu'il regrettera jusqu'à la fin de sa vie. Dès lors, Gide apparaîtra comme l'ennemi de Proust, et avec lui d'une certaine littérature.
    En s'appuyant sur la correspondance échangée par les deux hommes, Pierre Masson, l'un des plus grands spécialistes d'André Gide, apporte un nouvel éclairage à cet épisode célèbre de l'histoire littéraire et démontre que leur dialogue fut riche, bien que compliqué. Car si Gide et Proust vouaient tous deux un culte à l'art, ils ne concevaient pas la littérature de la même manière, le premier la voyant comme une mission, le second comme une manière de donner forme à sa vie. Car si l'un et l'autre vivaient leur homosexualité de manière cachée, ils n'envisageaient pas de la dévoiler au même rythme et Proust, d'une certaine façon, semblait incarner tout ce que Gide souhaitait refouler.
    C'est donc à une conversation (parfois heurtée) entre deux figures capitales de la littérature du xxe siècle que Pierre Masson nous invite à participer, où l'on croisera également Fiodor Dostoïeski, Oscar Wilde ou Gabriele d'Annunzio, le tout dans un style d'une limpidité et d'une élégance rares.

empty